Langue française

  • Une croyance règne en France, depuis maintenant un demi-siècle : de Gaulle aurait été un 'grand mystificateur' qui, avec l'aide des communistes, aurait menti aux Français à la Libération ; il leur aurait fait croire qu'ils avaient tous été de vaillants résistants, que Vichy avait à peine existé, que la collaboration avait été le seul fait d'une poignée d'égarés et que 'l'État français' n'était pour rien dans la déportation des Juifs. Bref, communistes et gaullistes auraient administré à un peuple qui ne demandait qu'à être dupé le baume consolateur de mensonges édifiants.
    Faut-il vraiment penser que l'héroïsme des résistants et des Français libres n'a été qu'une valeur de contrebande destinée à faire oublier toutes les réalités fâcheuses des années noires? Faut-il croire que les pouvoirs ont soigneusement célé pendant vingt-cinq ans la vérité et que les Français ont cru à ces illusions réparatrices?
    Il faut le dire nettement : cette croyance en un mensonge consolateur est un mythe, et le présent livre montre comment et quand celui-ci s'est construit, quelle part de vérité il contient et quelle histoire a écrite la mémoire de la Résistance, cet événement hors du commun. Contrairement à ce que l'on pense, tout a été mis tout de suite sur la table ; les Français ont pu savoir tout ce qu'ils désiraient apprendre et aucune censure n'a empêché quiconque le souhaitait de regarder en face les années noires. Et les Français de l'après-guerre ne s'en sont pas privés.

  • Le mythe du grand silence

    François Azouvi

    • Fayard
    • 12 Septembre 2012

    L'extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale aurait été oubliée, dit-on, au lendemain de la guerre, voire refoulée, et que l'opinion française en a été ignorante jusqu'aux années 1970. Or, cette approche psychologique ne tient pas. Juifs et non-Juifs se sont efforcés dès le lendemain de la guerre de penser le génocide dans sa singularité. Les élites intellectuelles, dès les années 1945-1950, se sont exprimées publiquement, et très fortement. Soulignons en particulier le rôle précoce des catholiques et des protestants dont les écrits bouleversants témoignent de leur prise de conscience ; ils iront même jusqu'à adressee des demandes de pardon aux Juifs. Puis ce sont les romanciers, les cinéastes et les hommes de théâtre qui font passer dans l'opinion, au cours des années 1950 puis 1960, la connaissance du génocide. Lorsque la Guerre des Six Jours éclate en juin 1967, elle rencontre une opinion publique déjà parfaitement instruite, qu'elle n'a pas besoin de réveiller - comme on le dit généralement - car elle ne dormait pas. Alors commence l'action de Beate Klarsfeld, ses scandales calculés pour que la conscience du génocide gagne la sphère politique et que, contraint, l'Etat français s'engage dans la voie des procès. La phase de la reconnaissance publique de l'extermination commence ; mais elle n'aurait jamais pu exister sans le lent travail de maturation et de prise de conscience de l'opinion

  • Il y a un malheur français, bien spécifique à ce pays : pourquoi sommes-nous les champions du monde du pessimisme et du mécontentement de nous-mêmes ? Pourquoi vivons-nous notre situation, notre place dans l'Europe et le monde, comme un malheur incomparable ? Marcel Gauchet aborde ce problème d'une façon originale, en procédant d'abord à un vaste examen historique, qui le conduit aux xviie-xviiie siècles, jusqu'à la période immédiatement contemporaine. Au passage, l'auteur analyse en profondeur le règne de De Gaulle et celui de Mitterrand, l'un et l'autre matriciels pour comprendre notre présent. Puis Marcel Gauchet s'attaque aux ressorts de la société française d'aujourd'hui, dont il dissèque les maux : pourquoi la mondialisation et l'insertion dans l'ensemble européen sont-ils ressentis en France avec une particulière inquiétude ? Pourquoi le divorce entre les élites et le peuple prend-il chez nous ce tour dramatique ? Quelle responsabilité incombe aux dirigeants dans la montée de ce qu'on appelle, sans y réfléchir, « populisme » ? Quel rôle joue, dans le marasme français, le néo-libéralisme auquel Mitterrand a converti la France sans le dire ? Enfin, l'auteur montre que nous sommes aujourd'hui au plein coeur d'une période d'idéologie, d'autant plus pernicieuse qu'elle n'est jamais repérée pour ce qu'elle est, mais toujours confondue avec le cours obligatoire des choses : il s'agit de l'idéologie néo-libérale, qui va de pair avec la dépolitisation de nos sociétés.

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