Eres

  • Le délire est une tentative de guérison, un travail rigoureux du patient qui produit une forme originale, une véritable création de la pensée pour répondre à l'effondrement qu'il a subi. Ce n'est pas une errance de l'esprit arbitraire, une aberration ; c'est au contraire la tentative rigoureuse d'un sujet de bâtir une architecture signifiante autour d'un noyau de vérité historique . Face à cette tentative aventureuse, le psychanalyste répond par une construction, une proposition d'égale dignité théorique. Délire et construction sont ainsi les deux faces d'une même entreprise transférentielle. Telle est l'audacieuse proposition de Freud dans son texte Constructions en analyse , dont la portée théorique et éthique est aujourd'hui tellement actuelle.

  • Le discours des sciences humaines décrit, errant parmi les foules normalisées, un homme voué à la solitude, régime contemporain des subjectivités. Mais il n'éclaire en rien le statut, la fonction et la signification de cette solitude. N'est-il pas plus pertinent de parler des solitudes ?

    L'idée d'une solitude contemporaine est problématique du point de vue de la psychanalyse, car elle ne peut être cernée sans la référer à l'Autre. Ce nouage permet de penser des formes possibles de la solitude.

    De la solitude originelle de l'enfant à celle de l'esclave, où la violence subie a produit des effets ravageants toujours actuels, en passant par la solitude radicale de la folie et enfin par la solitude réelle où le sujet est poussé aux limites du langage, la solitude contemporaine plurielle reste corrélative de l'implication du sujet dans le politique et l'histoire, qui scandent sa présence au monde. Des auteurs français et antillais font entendre les différentes variations de leurs voix.

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