Langue française

  • Une famille n'est jamais autant une famille qu'en vacances. En vacances on voit sa peau.
    Durant leur congé estival à Royan, les Legendre sont très performants : la mère excelle en communication de crise, la petite en piano, et le père en running. Sa montre GPS compte ses pas. Chaque jour davantage de pas. Cette famille de la bourgeoisie parisienne est en croissance.
    Seul le petit dernier tarde à performer. Tarde à apprendre à lire. Ou refuse d'apprendre. Il fait peut-être de la résistance passive. Sur une plage, il creuse un trou pour l'évasion.

  • Tu es un bourgeois.
    Mais le propre du bourgeois, c'est de ne jamais se reconnaître comme tel.
    Petit test  :
     
    Tu votes toujours au second tour des élections quand l'extrême droite y est qualifiée, pour lui faire barrage.
    Par conséquent, l'abstention te paraît à la fois indigne et incompréhensible.
    Tu redoutes les populismes, dont tu parles le plus souvent au pluriel.
    Tu es bien convaincu qu'au fond les extrêmes se touchent.
    L'élection de Donald Trump et le Brexit t'ont inspiré une sainte horreur, mais depuis lors tu ne suis que d'assez loin ce qui se passe aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
    Naturellement tu dénonces les conflits d'intérêts, mais tu penses qu'en voir partout relève du complotisme.
    Tu utilises parfois (souvent  ?) dans une même phrase les mots racisme, nationalisme, xénophobie et repli sur soi.
    Tu leur préfères définitivement le mot ouverture.
     
    Si tu as répondu oui au moins une fois, ce livre parle de toi.
    Prends le risque de l'ouvrir.
     
     
    Romancier, essayiste et dramaturge, François Bégaudeau est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Deux singes ou ma vie politique (Verticales, 2013) et En guerre (Verticales, 2018).

  • "Ne rien dire, ne pas s'envoler dans le commentaire, rester à la confluence du savoir et de l'ignorance, au pied du mur. Montrer comment c'est, comment ça se passe, comment ça marche, comment ça ne marche pas. Diviser les discours par des faits, les idées par des gestes. Juste documenter la quotidienneté laborieuse." Entre les murs s'inspire de l'ordinaire tragi-comique d'un professeur de français. Dans ce roman écrit au plus près du réel, François Bégaudeau révèle et investit l'état brut d'une langue vivante, la nôtre, dont le collège est la plus fidèle chambre d'échos.

  • Molécules

    François Bégaudeau

    - On commence par le mari.
    - Aucun alibi.
    - Tout assassin s'arrange pour en avoir.
    - Il ne s'est pas donné d'alibi afin de ne pas passer pour l'assassin.
    - Les amis présentent le couple Deligny comme très soudé.
    - Seul un couple sait ce qu'il se passe dans un couple.
    - Un couple en crise, ça se voit.
    - Un couple qui ne couche plus, personne ne le voit.
    - Si la fin du sexe était pousse-au-crime, beaucoup de couples s'entretueraient.
    - Beaucoup de couples s'entretuent.
    - Le signalement du visiteur ne correspond pas au sien.
    - Cela au moins est sûr : la victime a été tuée par un homme.
    - Ou par une femme.
    - Cela au moins est sûr : la victime a été tuée.

  • Depuis vingt ans à vrai dire je n'ai plus cessé de rire. C'en est troublant, presque inquiétant, une anomalie car il y aurait plutôt de quoi pleurer, tragédies, saloperies, maladies, labeur de vivre, effroi de ne plus.
    Toujours j'ai donné le change, mais aujourd'hui me trouve las d'esquiver et pressé d'admettre qu'en effet il y a quelque chose qu'il ne faut plus tarder à raconter.
    Le temps est venu quoi qu'il m'en coûte de remonter à la blessure.
    De remonter à 86.
    À l'été 86.

  • "La France des années 70 est un banquet gaulois où l'on boit et mange en parlant fort sous le regard magnanime de nos hommes politiques punaisés au mur comme on place un patriarche en bout de table.

    Moi je suis à l'autre bout, disposé à imiter ce qui passe, à devenir un adulte comme ceux qui me nourrissent, me servent des grenadines, me reprennent si je jure, me déposent à l'école publique. Bientôt je prendrai leur place, puis celle du patriarche. Une vie se sera passée et dedans il y aura eu de la politique, dès le début et jusqu'à la fin.
    Elle ne s'est pas passée comme ça." Ni manuel de conduite, ni texte prosélyte, ni justification complaisante, ni examen de conscience, ni autoportrait générationnel, Deux singes ou ma vie politique emprunte à l'ensemble de ces registres, tout en les détournant de leurs lieux communs.

  • Finale de la Coupe d'Europe de football... À la fin de la deuxième mi-temps, juste avant les prolongations, un entraîneur livre d'ultimes conseils à ses joueurs et les exhorte à 'jouer juste'. Mais entre franc-parler et digressions métaphysiques, ce discours déborde son sujet, et vient bientôt s'immiscer le récit d'un amour passé avec une certaine Julie. Chorégraphies amoureuse et sportive sont liées plus qu'on ne le croit.
    Dans ce premier roman atypique, François Bégaudeau a su habiter une parole à la fois artificieuse et fébrile, badine et hallucinée. Le lecteur est emporté dans une logorrhée verbale, dont les à-côtés comiques redoublent le vertige mental, qui révèle les failles et les aveuglements de ce narrateur donquichottesque.

  • "Quand on couche pas, même si on est convaincu que ça avance à rien, animal triste et tout, eh bien on est angoissé, assez connement je dois dire mais voilà. Alors on essaie de trouver des plans, avec même de l'amour des fois, ce qui complique les choses, ou au contraire ça les simplifie, enfin faut voir, il y a un peu de tout dans ce dossier-là."

    Selon un subtil désordre chronologique, ce roman à épisodes brouille les pistes de l'existence de Jules, amateur de plans improbables, journaliste sportif et célibataire intermittent. De malentendus jouissifs en gags à répétition, l'auteur tient la chronique de ses aventures et fiascos parmi une dizaine de trentenaires des deux sexes. À moins que ce jeu de rôles archi-contemporain n'implose in extremis, pour s'ouvrir à une fantaisie sentimentale, assumée dans toute sa douceur.

  • Isabelle est infirmière au service de chirurgie du centre hospitalier de Figeac, après des débuts dans des hôpitaux d'Ile-de-France. Au plus près du geste médical, François Bégaudeau fait le portrait d'une femme animée par la passion du soin. Isabelle est affectée par la mutation profonde que connaît l'institution médicale - restructuration, multiplication des actes, compression du personnel. Sa solitude face aux malades s'accroît. Mais son besoin de les soulager reste inébranlable.François Bégaudeau publie des romans aux Éditions Verticales, dont Entre les murs, La Blessure la vraie, Deux singes ou ma vie politique. Il est aussi l'auteur de pièces de théâtre ( Le Problème, Un deux un deux, Non-réconciliés ). Son dernier livre est un abécédaire, D'Âne à Zèbre, paru chez Grasset. Site officiel : bégaudeau.info

  • "La Voix du Nord demande si les deux auteurs se sentent particulièrement concernés par le thème de ce soir, Écrire la vie.

    Nous nous sentons particulièrement concernés. Nous ne voyons pas ce que nous pourrions écrire d'autre.
    En poussant un peu, nous pourrions démontrer qu'écrire la vie est un pléonasme.
    - Mais est-ce que ce n'est pas voué à l'échec ?

    Nous pensons que si. Nous persistons néanmoins dans cette gageure. Nous serons bientôt au Salon du livre."

  • Un président de la République qui fait son jogging devant les caméras, un footballeur antillais qui interpelle la France sur son passé colonial... chaque jour le sport et la politique agissent l'un par l'autre.
    Avec un mélange d'érudition, de passion sportive et d'humour, treize écrivains contemporains explorent ce croisement entre deux mondes. Ensemble, avec François Bégaudeau, ils ont écrit ce livre multiple, foisonnant et drôle, qui réveille les mémoires, rappelle des événements essentiels comme la performance de Jesse Owens devant Hitler à Berlin en 1936, le Mundial des généraux argentins en 1978, ou encore La Marseillaise sifflée dans les stades depuis 2001. Chacun y pose forcément des questions dérangeantes (le rugby est-il collabo? le patinage artistique est-il démocrate-chrétien? la Lazio est-elle vraiment fasciste?) et plonge dans ces mythologies quotidiennes où le sport en dit beaucoup plus sur la politique que les politiques eux-mêmes.

  • D'âne à zèbre

    François Bégaudeau

    • Grasset
    • 8 Janvier 2014

    « Pourquoi un âne premier sur la piste ? Décision alphabétique.
    Pourquoi un a en tête du cortège des lettres ? Prérogative originelle.
    D'une bouche nouvellement née sort un a primal à quoi succède un b qui prenant les devants inculquera le b.a.-ba. C'est ainsi qu'animal, par quoi tous commençons, commence par une semblable inspiration.
    Tout se tient.
    Presque trop.
    Il serait bon parfois qu'on ne sache pas bien à quoi rime tout ce cirque. » François Bégaudeau compose, entre réel et fiction, essai et comique, léger et sérieux, son abécédaire subjectif.

  • Le parcours de Guylaine de sa naissance jusqu'à ses 60 ans. Sa particularité : être née moche. Pendant des années elle va ruser à coup  de maquillage et de vêtements pour s'arranger avec la réalité. Les défauts s'atténueront  avec le temps. Ce récit résolument féministe est porté par les dessins délicats et émouvants de Cécile Guillard.

  • Avoir la foi, y revenir, l'abandonner ou s'en passer : autant d'interrogations auxquelles nous avons cru, à tort, échapper. En réalité, pour beaucoup d'entre nous, la question de Dieu n'est pas réglée : l'échange épistolaire de deux écrivains quarantenaires, François Begaudeau et Sean Rose, nous montre combien ce sujet demeure vif, brûlant, inquiet.
    Le premier est un athée déclaré... tellement questionné par la geste du Christ qu'on pourrait dire qu'il croit un peu ; le second est un croyant pratiquant... tellement désorienté par les réalités humaines, trop humaines, qu'on pourrait dire qu'il doute beaucoup. Leur échange est une dispute théologique rythmée par la fureur de l'amitié. Leurs confidences sur des vies sinueuses font place au paradoxe : l'athée se baptise soudain « écrivain chrétien » quand le croyant lutte pour ne pas perdre une foi précaire. Il y a une impatience dans ces pages qui cherchent la vérité. Qu'attendent-ils chacun ? Une révélation ?

  • Wonder

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    En mai 68, Renée, une jeune ouvrière de l'usine de piles Wonder, est emportée malgré elle par le flux de la grève générale. Au gré des rencontres et des événements, elle va gagner son émancipation.
    Étudiants et ouvriers, unis contre le patronat, c'est la collision de deux mondes qui vont s'entrechoquer. Rebaptisée « Wonder » par des étudiants bourgeois, Renée va vivre avec eux, découvrir leur système de pensée, la joute verbale, la culture, la politique et comprendre qu'elle vit un moment clé. Elle a pu entrevoir un univers foisonnant... où tout est à réinventer. Les lignes peuvent bouger.

  • Le foot, la musique et l'adolescence... Un récit mené tambour battant par François Bégaudeau et Grégory Mardon. Chacun a su donner corps aux affres de cette période charnière de la vie où tout s'apprête à basculer.Star de son équipe de foot, Jonathan, 16

  • « Les voyages forment la jeunesse », « il faut bien que jeunesse se passe », « courir après sa jeunesse» Qui est-elle donc, cette jeunesse ? Tour à tour adulée, quand on parle pour elle, et réfrénée, quand elle prend la parole, la jeunesse n´est-elle pas une « invention » ? Et «les jeunes », ne seraient-ils rien d´autre qu´un groupe aux contours flous qui entendent surtout profiter de ce temps de la vie où tout est possible ? Ce livre évoque, avec humour et familiarité, « la culture jeune » et défend la philosophie de la jeunesse, sa rébellion comme sa passivité, son intégration comme son exclusion sans craindre de susciter la polémique. 

  • Thomas, 28 ans, est prêt à tout pour trouver l'âme soeur... Une comédie douce-amère sur les relations hommes-femmes sublimée par un duo de choc : le style caustique et grinçant de Bégaudeau, décuplé par le trait vif et sensible de Oubrerie.Thomas drague et se prend des râteaux à la pelle. Il n'a pas réalisé que le féminisme avait fait son oeuvre. Les filles sont devenues exigeantes et directes. Sa technique d'approche est très ringarde. Mais, il apprendra à apprivoiser la gente féminine avec délicatesse tout en se retrouvant parfois dans des situations épineuses...

  • Vaste champ que le sport, plaine immense et peuplée mais aussi réductible à une somme de gestes. Prendre le sport par les gestes, qu'ils soient dérisoires ou décisifs, c'est zoomer sur l'unité de base qu'il partage avec le quotidien et qui en fait de la vie continuée par d'autres moyens, néanmoins, le sport prolonge de manière spécifique l'immense affaire d'avoir un corps. On ne court pas sur une piste comme derrière un bus. On ne lance pas un javelot comme un galet. Le geste sportif est appris, éprouvé, ajusté. voici donc une petite balade subjective qui va du geste basique (courir) au geste unique (la mano de dios de Maradona) et nous fait croiser des hommes faits gestes (La Papinade)...
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