Littérature générale

  • En guerre

    François Bégaudeau

    "Louisa rapporte ce qu'elle a retenu d'un tutoriel : les dépressifs d'aujourd'hui sont les gagnants de demain.
    Je suis pas dépressif.
    Ça va c'est pas une maladie honteuse non plus.
    Pour Cristiano, si. Comme les hémorroïdes. Ou les troubles de l'érection. La dépression est la maladie des gens faibles que la meute s'ils naissaient loups déclarerait infondés à vivre."
    Dans une France contemporaine fracturée, Cristiano, outilleur à l'usine Ecolex depuis quinze ans, est licencié. Peu après, il découvre les échanges érotiques de sa compagne Louisa et de son amant, un jeune cadre indolent. Tous deux n'auraient pourtant jamais dû se rencontrer. La réaction dramatique de Cristiano va pousser chacun à s'interroger sur les causes réelles de son acte.

  • Une famille n'est jamais autant une famille qu'en vacances. En vacances on voit sa peau.
    Durant leur congé estival à Royan, les Legendre sont très performants : la mère excelle en communication de crise, la petite en piano, et le père en running. Sa montre GPS compte ses pas. Chaque jour davantage de pas. Cette famille de la bourgeoisie parisienne est en croissance.
    Seul le petit dernier tarde à performer. Tarde à apprendre à lire. Ou refuse d'apprendre. Il fait peut-être de la résistance passive. Sur une plage, il creuse un trou pour l'évasion.

  • "Ne rien dire, ne pas s'envoler dans le commentaire, rester à la confluence du savoir et de l'ignorance, au pied du mur. Montrer comment c'est, comment ça se passe, comment ça marche, comment ça ne marche pas. Diviser les discours par des faits, les idées par des gestes. Juste documenter la quotidienneté laborieuse." Entre les murs s'inspire de l'ordinaire tragi-comique d'un professeur de français. Dans ce roman écrit au plus près du réel, François Bégaudeau révèle et investit l'état brut d'une langue vivante, la nôtre, dont le collège est la plus fidèle chambre d'échos.

  • Molécules

    François Bégaudeau

    - On commence par le mari.
    - Aucun alibi.
    - Tout assassin s'arrange pour en avoir.
    - Il ne s'est pas donné d'alibi afin de ne pas passer pour l'assassin.
    - Les amis présentent le couple Deligny comme très soudé.
    - Seul un couple sait ce qu'il se passe dans un couple.
    - Un couple en crise, ça se voit.
    - Un couple qui ne couche plus, personne ne le voit.
    - Si la fin du sexe était pousse-au-crime, beaucoup de couples s'entretueraient.
    - Beaucoup de couples s'entretuent.
    - Le signalement du visiteur ne correspond pas au sien.
    - Cela au moins est sûr : la victime a été tuée par un homme.
    - Ou par une femme.
    - Cela au moins est sûr : la victime a été tuée.

  • Depuis vingt ans à vrai dire je n'ai plus cessé de rire. C'en est troublant, presque inquiétant, une anomalie car il y aurait plutôt de quoi pleurer, tragédies, saloperies, maladies, labeur de vivre, effroi de ne plus.
    Toujours j'ai donné le change, mais aujourd'hui me trouve las d'esquiver et pressé d'admettre qu'en effet il y a quelque chose qu'il ne faut plus tarder à raconter.
    Le temps est venu quoi qu'il m'en coûte de remonter à la blessure.
    De remonter à 86.
    À l'été 86.

  • Finale de la Coupe d'Europe de football... À la fin de la deuxième mi-temps, juste avant les prolongations, un entraîneur livre d'ultimes conseils à ses joueurs et les exhorte à 'jouer juste'. Mais entre franc-parler et digressions métaphysiques, ce discours déborde son sujet, et vient bientôt s'immiscer le récit d'un amour passé avec une certaine Julie. Chorégraphies amoureuse et sportive sont liées plus qu'on ne le croit.
    Dans ce premier roman atypique, François Bégaudeau a su habiter une parole à la fois artificieuse et fébrile, badine et hallucinée. Le lecteur est emporté dans une logorrhée verbale, dont les à-côtés comiques redoublent le vertige mental, qui révèle les failles et les aveuglements de ce narrateur donquichottesque.

  • "La France des années 70 est un banquet gaulois où l'on boit et mange en parlant fort sous le regard magnanime de nos hommes politiques punaisés au mur comme on place un patriarche en bout de table.

    Moi je suis à l'autre bout, disposé à imiter ce qui passe, à devenir un adulte comme ceux qui me nourrissent, me servent des grenadines, me reprennent si je jure, me déposent à l'école publique. Bientôt je prendrai leur place, puis celle du patriarche. Une vie se sera passée et dedans il y aura eu de la politique, dès le début et jusqu'à la fin.
    Elle ne s'est pas passée comme ça." Ni manuel de conduite, ni texte prosélyte, ni justification complaisante, ni examen de conscience, ni autoportrait générationnel, Deux singes ou ma vie politique emprunte à l'ensemble de ces registres, tout en les détournant de leurs lieux communs.

  • "Quand on couche pas, même si on est convaincu que ça avance à rien, animal triste et tout, eh bien on est angoissé, assez connement je dois dire mais voilà. Alors on essaie de trouver des plans, avec même de l'amour des fois, ce qui complique les choses, ou au contraire ça les simplifie, enfin faut voir, il y a un peu de tout dans ce dossier-là."

    Selon un subtil désordre chronologique, ce roman à épisodes brouille les pistes de l'existence de Jules, amateur de plans improbables, journaliste sportif et célibataire intermittent. De malentendus jouissifs en gags à répétition, l'auteur tient la chronique de ses aventures et fiascos parmi une dizaine de trentenaires des deux sexes. À moins que ce jeu de rôles archi-contemporain n'implose in extremis, pour s'ouvrir à une fantaisie sentimentale, assumée dans toute sa douceur.

  • "La Voix du Nord demande si les deux auteurs se sentent particulièrement concernés par le thème de ce soir, Écrire la vie.

    Nous nous sentons particulièrement concernés. Nous ne voyons pas ce que nous pourrions écrire d'autre.
    En poussant un peu, nous pourrions démontrer qu'écrire la vie est un pléonasme.
    - Mais est-ce que ce n'est pas voué à l'échec ?

    Nous pensons que si. Nous persistons néanmoins dans cette gageure. Nous serons bientôt au Salon du livre."

  • Au début

    Francois Begaudeau

    Au commencement était la grossesse, le ventre rond, empli de vie, gros de promesses. Mais aussi d'appréhensions, de réflexions, de souvenirs... Car l'attente de l'heureux événement engendre une foule de sentiments et de mouvements contradictoires et c'est pour les futurs parents l'occasion, souvent, de faire le point sur leur propre existence.

    Avec Au début François Bégaudeau nous entraîne dans l'infini mystère de la gestation et signe un magnifique recueil de récits pleins de suspense, d'humour et d'amour sur la maternité.

  • « Sur la banlieue on oppose parfois au discours catastrophiste (zone de non-droit) son symétrique (plein d'initiatives formidables). À équidistance de ces deux généralités se tient le réel de la banlieue. Des millions de gens singuliers qui essaient d'avancer dans la journée, la semaine, le mois, les années. Je voulais raconter une vie ordinaire, sans spirale délinquante ni miracle méritocrate. Depuis un an que je connais Fatima, qui travaille au Auchan de Neuilly-sur-Marne, son existence m'est apparue par bribes de conversation. Cette fois je lui ai demandé de tout me raconter, depuis le début. »
    François Bégaudeau, écrivain

  • D'âne à zèbre

    François Bégaudeau

    • Grasset
    • 8 Janvier 2014

    « Pourquoi un âne premier sur la piste ? Décision alphabétique.
    Pourquoi un a en tête du cortège des lettres ? Prérogative originelle.
    D'une bouche nouvellement née sort un a primal à quoi succède un b qui prenant les devants inculquera le b.a.-ba. C'est ainsi qu'animal, par quoi tous commençons, commence par une semblable inspiration.
    Tout se tient.
    Presque trop.
    Il serait bon parfois qu'on ne sache pas bien à quoi rime tout ce cirque. » François Bégaudeau compose, entre réel et fiction, essai et comique, léger et sérieux, son abécédaire subjectif.

  • Avoir la foi, y revenir, l'abandonner ou s'en passer : autant d'interrogations auxquelles nous avons cru, à tort, échapper. En réalité, pour beaucoup d'entre nous, la question de Dieu n'est pas réglée : l'échange épistolaire de deux écrivains quarantenaires, François Begaudeau et Sean Rose, nous montre combien ce sujet demeure vif, brûlant, inquiet.
    Le premier est un athée déclaré... tellement questionné par la geste du Christ qu'on pourrait dire qu'il croit un peu ; le second est un croyant pratiquant... tellement désorienté par les réalités humaines, trop humaines, qu'on pourrait dire qu'il doute beaucoup. Leur échange est une dispute théologique rythmée par la fureur de l'amitié. Leurs confidences sur des vies sinueuses font place au paradoxe : l'athée se baptise soudain « écrivain chrétien » quand le croyant lutte pour ne pas perdre une foi précaire. Il y a une impatience dans ces pages qui cherchent la vérité. Qu'attendent-ils chacun ? Une révélation ?

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