Geneviève Haroche-Bouzinac

  • Comment connaître quelqu'un dont les yeux changent de couleur selon les interlocuteurs ? Ceux de Louise de Vilmorin sont pailletés de vert pour le peintre Jean Hugo, violets selon Paul Morand, ou encore gris-bleu pour ses amis. La célèbre romancière s'en est toujours amusée, elle qui aimait brouiller les pistes, accentuer ses contradictions et construire sa légende. « Inconstante, je suis fidèle... » répétait-elle à l'envi.
    Née en 1902 dans une illustre famille de botanistes, Louise a raconté son enfance mélancolique à l'ombre d'une mère peu aimante, auprès de quatre frères joueurs et veillant sur elle. D'une maladie qui lui imposa une longue convalescence, elle conservera un déhanchement qui accentuera son charme et lui donnera le goût de rêver.
    Tour à tour poète, romancière, scénariste pour Max Ophüls ou Louis Malle, dessinatrice, la femme de lettres réussit tout ce qu'elle entreprend au tournant des années 50. Elle devient l'égérie bohème des artistes de l'après-guerre et, avec sa silhouette impeccable et ses longues jambes, l'icône des couturiers. Dans la maison de ses ancêtres à Verrières, elle tient un salon, le dernier du genre, où sa conversation enjouée attire le Tout-Paris des écrivains, des journalistes, des musiciens. Tout brille, tout pique dans le destin de cette amoureuse de l'amour. Mais, entre Saint-Exupéry et André Malraux, ses amants aux noms célèbres et ses deux maris, connut-elle vraiment le bonheur?
    Rien ne fut jamais simple dans la vie de Louise de Vilmorin. Sans nul doute, la vérité de sa personne est à rechercher ailleurs, dans ces révélations cryptées au hasard de lettres redécouvertes, entre les pages de ses romans, dans les recueils de poèmes qu'elle nous a laissés comme un testament gracieux à son image, avec élégance.

  • Henriette Campan aura eu tant de vies...
    Et pourtant, une femme unique guide les lignes de cette passionnante biographie. Son parcours est d'une grande modernité : par nécessité économique, la jeune femme devient lectrice à la cour de France, avant d'entrer au service particulier de la reine Marie-Antoinette. Son père, chef du bureau de traduction aux Affaires étrangères, lui a donné le goût des idées nouvelles, convaincu de la nécessité de réformer un régime exsangue. Henriette Campan parle plusieurs langues, vénère les livres et les auteurs. Un bel esprit qui, au fil des épreuves, lui permet de résister à la fatalité des destins propres aux femmes de son temps.
    À Versailles, sa vie bascule. Cette observatrice discrète est aux premières loges pour consigner dans ses carnets la matière de ses futurs Mémoires. Contre toute attente, la liberté lui vient avec la Révolution. À quarante ans, sans argent, éprouvée par les violences dont elle a été témoin, Henriette Campan ouvre un pensionnat, véritable laboratoire où elle crée sa méthode d'éducation, en offrant aux filles de larges pans de la connaissance jusque-là réservés aux garçons. Mais, si l'Empereur la nomme à la tête de la Maison de la Légion d'Honneur, il s'oppose à sa volonté de former une élite féminine, pendant de l'élite masculine qu'il est en train de fonder.
    Fruit d'une longue enquête à travers des archives inédites en France et aux États-Unis, cette biographie éclaire d'un jour nouveau le parcours d'Henriette Campan ; elle apparaît ici maîtresse de sa vie, entreprenante, inventive, à l'image de sa devise : « Les talents sont la vraie richesse. »

  • À partir d'une réflexion sur la lecture de la lettre, l'ouvrage se propose de redonner au genre épistolaire sa place dans l'histoire et de présenter la diversité de ses formes. La lettre est un objet qui doit sans cesse reconquérir son statut littéraire. « Discours des absents », elle établit sa propre temporalité et place sa rhétorique au service d'une stratégie. Est-elle un moyen d'effacer la distance ou de tenir à distance l'autre, le destinataire idéal avec lequel s'est établi un contrat épistolaire ? Tendue vers ce destinataire, la lettre participe également à l'édification d'une image de soi : « miroir de l'âme », elle renvoie l'épistolier à lui-même. Accompagnatrice de l'oeuvre, il lui arrive d'entrer en concurrence avec elle. Aussi entretient-elle avec la fiction des rapports complexes, tantôt mystificatrice pour transformer le réel, tantôt instrument d'un récit romanesque, tantôt actrice principale du roman épistolaire.

  • À partir d'une réflexion sur la lecture de la lettre, l'ouvrage se propose de redonner au genre épistolaire sa place dans l'histoire et de présenter la diversité de ses formes. La lettre est un objet qui doit sans cesse reconquérir son statut littéraire. « Discours des absents », elle établit sa propre temporalité et place sa rhétorique au service d'une stratégie. Est-elle un moyen d'effacer la distance ou de tenir à distance l'autre, le destinataire idéal avec lequel s'est établi un contrat épistolaire ? Tendue vers ce destinataire, la lettre participe également à l'édification d'une image de soi : « miroir de l'âme », elle renvoie l'épistolier à lui-même. Accompagnatrice de l'oeuvre, il lui arrive d'entrer en concurrence avec elle. Aussi entretient-elle avec la fiction des rapports complexes, tantôt mystificatrice pour transformer le réel, tantôt instrument d'un récit romanesque, tantôt actrice principale du roman épistolaire.

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