Sciences humaines & sociales

  • « Avant de mourir, à 41 ans, Guy Hocquenghem a tiré un coup de pistolet dans la messe des reniements. Il fut un des premiers à nous signifier que, derrière la reptation des « repentis » socialistes et gauchistes vers le sommet de la pyramide, il n'y avait pas méprise mais accomplissement, qu'un exercice prolongé du pouvoir les avait révélés da- vantage qu'il les avait trahis. On sait désormais de quel prix - chômage, restructurations, argent fou, dithyrambe des patrons - fut payé un parcours que Serge July résuma en trois mots : "Tout m'a profité." »
    Cet ouvrage qui a plus de vingt-cinq ans ne porte guère de ride. L'auteur nous parle déjà de Finkielkraut, de BHL, de Cohn-Bendit, de Bruckner. Et déjà, il nous en dit l'essentiel. Renonçant aux apparences de la bienséance, de la suavité bourgeoise propres, Guy Hocquenghem a usé de la truculence, de la démesure. Son livre éclaire le volet intellectuel de l'ère des restaurations. Les forces sociales qui la pilotaient tiennent encore fermement la barre ; les résistances, bien qu'ascendantes, demeurent éparses et confuses. Nous ne sommes donc pas au bout de nos peines. Les repentis ont pris de l'âge et la société a vieilli avec eux. L'hédonisme a cédé la place à la peur, le culte de l'"entreprise" à celui de la police. Favorisés par l'appât du gain et par l'exhibitionnisme médiatique, de nouveaux retournements vont survenir. Lire Guy Hocquenghem nous arme pour y répondre avec ceux qui savent désormais où ils mènent. »
    (Extrait de la préface de Serge Halimi)

  • En 1972, un jeune philosophe alors âgé de vingt-cinq ans publiait un livre au titre retentissant : Le Désir homosexuel. Ecrit sous l'influence de Gilles Deleuze, et profondément marqué par le bouillonnement politique et intellectuel qui a suivi en France la révolte de mai 68, l'ouvrage s'inscrivait aussi dans le sillage des émeutes homosexuelles de Stonewall, à New York en 1969, et de la naissance, aux États-Unis, d'un mouvement gay et lesbien qui se pensait comme subversif et voulait révolutionner la société.
    Ce livre est vite devenu un classique dans le monde entier, et notamment aux Etats-Unis où il a trouvé récemment une nouvelle jeunesse lorsque les penseurs de la Queer Theory ont revendiqué son héritage.
    Près de trente ans après sa parution, le livre de Guy Hocquenghem a bien quelque chose à nous dire, à la fois parce qu'il nous aide à comprendre le regain que vient de connaître ce qu'il appelait la "paranoïa anti-homosexuelle", et parce qu'il incite ceux qui portent les revendications gays et lesbiennes sur la scène publique à s'interroger sur l'évolution actuelle qui tend à la normalisation et à l'intégration.

    Guy Hocquenghem est mort du sida en 1988.

  • " Il y a deux traitements du nom étranger en france : celui de la concierge qui fait semblant d'écorcher un nom musulman, et celui de l'homme cultivé qui prononce passio pour patio, persuadé d'être plus espagnol que nature. Il suffit qu'une prononciation " fasse étranger " à une oreille française. " La france, avec un f minuscule comme Guy Hocquenghem l'écrit constamment dans son essai à charge, c'est la france, rejetée avec violence, de tous ceux qui sont persuadés qu'elle est ou qu'elle a été la meilleure en tout ; dans sa langue, ses institutions, sa littérature, sa cuisine, etc. Pour mieux rejeter cette france-là, l'auteur, tout en se livrant à un véritable jeu de massacre intellectuel, choisit l'éloge de l'autre, du métis, de l'étranger. Il se transforme, à la manière d'un Genet, en " ennemi intérieur ", reniant en bloc la france et sa francité pour devenir le métis dont il affectionne la liberté d'être et de penser. À mille lieues des contempteurs nostalgiques d'aujourd'hui, Guy Hocquenghem dynamite le système, le met en lambeaux, souvent avec une certaine injustice, pour faire l'éloge d'un métissage dont il affirme qu'il sera une chance pour le vieux pays qui est le sien. "Un superbe pamphlet paru en 1978", Le Magazine littéraire

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