Henri Mitterand

  • Lorsque Zola a choisi le mot naturalisme pour définir sa conception du roman, il n'a sans doute pas mesuré à quel point la réception de son oeuvre proprement romanesque allait en souffrir. Il s'assurait ainsi une célébrité durable dans les manuels d'histoire littéraire et dans la réserve de clichés de la critique au quotidien. Mais il dissimulait, et d'abord peut-être à ses propres yeux, la véritable nature de son génie. Sans sous-estimer l'originalité et la force doctrinales de son discours théorique et critique, ni l'éclat de ses enquêtes sociales, l'analyse moderne reverse du côté du désir de récit sa fascination pour la pensée de son temps, celle de Michelet, de Lucas, de Taine, elle-même marquée par l'attrait des grands récits de genèse. Qu'on ne soit pas dupe des raideurs du roman expérimental. Zola, tel qu'en lui-même, n'est pas un homme de systèmes et de modèles, mais avant tout un conteur, un peintre, un poète. Seul et monumental. Le public d'aujourd'hui reconnaît la démesure d'une oeuvre visionnaire aux multiples profondeurs, rythmée par ses prises de vues sur les décors de l'existence humaine, sa scénographie des fièvres et des violences du corps et de l'histoire, ses glissades dans l'étrangeté et le chaos de la vie, ses détraquements du réel sous le poids des mythes immémoriaux. « Le souffle de la passion », selon les propres mots de Zola, partout présent.

  • Les stéréotypes de l'histoire littéraire ont défiguré l'oeuvre des grands romanciers de la « représentation » psychologique et sociale. Maupassant, le premier, avait pourtant démonté le concept de réalisme et de naturalisme et montré que l'effet de réel est en littérature le produit d'une illusion construite. L'impression de vérité naît des artifices de la fiction. L'observation des grands romans de la tradition dite « réaliste », de 1850 à 1940, montre en tout cas que leur survie et leur statut d'oeuvres tiennent à la virtuosité de leur recette technique et stylistique autant qu'à la validité de leur savoir sur l'homme et la société. Il arrive de ce fait que leur écriture les apparente à des oeuvres que la tradition scolaire et parfois leurs auteurs eux-mêmes leur ont opposées, et qu'elle recèle des éléments d'invention formelle et de modernité que la critique a inconsidérément attribués aux successeurs. Que valent, dans ces conditions, les mots et les classifications de la vulgate ? Le réalisme de doctrine a été mis en pièces par les réalistes eux-mêmes...

  • Les stéréotypes de l'histoire littéraire ont défiguré l'oeuvre des grands romanciers de la « représentation » psychologique et sociale. Maupassant, le premier, avait pourtant démonté le concept de réalisme et de naturalisme et montré que l'effet de réel est en littérature le produit d'une illusion construite. L'impression de vérité naît des artifices de la fiction. L'observation des grands romans de la tradition dite « réaliste », de 1850 à 1940, montre en tout cas que leur survie et leur statut d'oeuvres tiennent à la virtuosité de leur recette technique et stylistique autant qu'à la validité de leur savoir sur l'homme et la société. Il arrive de ce fait que leur écriture les apparente à des oeuvres que la tradition scolaire et parfois leurs auteurs eux-mêmes leur ont opposées, et qu'elle recèle des éléments d'invention formelle et de modernité que la critique a inconsidérément attribués aux successeurs. Que valent, dans ces conditions, les mots et les classifications de la vulgate ? Le réalisme de doctrine a été mis en pièces par les réalistes eux-mêmes...

  • Le roman reviendrait-il, de nos jours, à la grande tradition du récit de caractères, de moeurs, d'aventures et de destinée ? Ce serait une raison pour s'interroger sur les mérites des oeuvres maîtresses qui ont donné à cette tradition son esthétique, voire sa poétique. Il existe en effet, sans paradoxe, une poétique du réalisme et du naturalisme : elle induit chez le lecteur, inséparablement, le plaisir de la connaissance et le plaisir de la fiction, dans un même plaisir du texte, selon le mot de Roland Barthes. Chez Flaubert, Zola, Maupassant, et les autres, le regard et le signe sont associés, créant une vérité du roman qui est autre chose que la vérité dans le roman. Ne pas se laisser tromper donc par le discours sur le document humain, l'observation, la littérature exposante ou, en termes plus modernes, la mimésis. À l'inverse, ne pas dénoncer sans nuances l'illusion réaliste. Les contraintes de la forme romanesque et le cahier des charges de l'écriture réaliste, filtrent et transforment le regard ethnographique sans le détruire mais, au contraire, en le fortifiant. De là, naît l'ironie impassible de Flaubert, aussi bien que le tragique carnavalesque de Zola. Point de définition univoque, mais une diversité de configurations. Ainsi, s'ouvre au lecteur une source d'analyses fécondes, pourvu qu'il se détourne des catégories scolaires et de la vulgate critique.

  • Quatre angles d'approche sont appliqués ici au genre romanesque : Une première partie de critique génétique, une seconde s'attache au temps et à l'espace à travers Zola, Maupassant, Céline, puis viennent cinq études sur la relation du romancier et de l'hi

  • L'oeuvre romanesque d'Émile Zola (1840-1902) n'a pas cessé d'être lue, par tous les publics, populaires ou lettrés. Mais, de génération en génération, on l'a lue différemment. Le fait frappant, à notre époque, est l'intérêt qu'elle suscite dans tous les courants de la critique moderne. Ces lectures ont renouvelé notre connaissance de Zola : l'homme, son savoir et ses rêves, sa poétique et son écriture.
    Prenant appui sur ces travaux, l'auteur propose une étude synthétique des principaux aspects de la formation littéraire, de l'inspiration romanesque et des techniques de Zola, afin de mieux comprendre le courant appelé « naturalisme » auquel la postérité l'a associé.  

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