Jacques Sémelin

  • Fruit de vingt ans de recherches sur la violence, ce livre tente de percer l'énigme des génocides au XXe siècle. Car, des pensées vengeresses au meurtre, et au meurtre de masse, il y a le passage à l'acte, processus de bascule complexe, imbriquant des dynamiques collectives et individuelles, de nature politique, sociale, psychologique, etc. Comprendre n'est pas justifier mais chercher à penser l'impensable.
    Cela exige une démarche pluridisciplinaire et comparative qui ne s'arrête pas au relevé des causes sociales objectives mais s'interroge sur le sens que les individus leur prêtent, et qui les conduit à réagir par le massacre. Figures d'un autre en trop, rationalité délirante, politique publique de destruction, guerre et contexte international, rôle des médias, métamorphoses des individus en tueurs de masse, vertiges de l'impunité et plaisir de la cruauté, l'auteur examine chaque facette du problème à travers plusieurs cas de l'histoire.

  • Voici plus de vingt-cinq ans que je travaille sur la violence et l'action non violente. Sur un tel sujet, la plupart des questions que se pose un enfant concern la vie de tous les jours. Si quelqu'un m'agresse, que dois-je faire ? Comment ragir face au racket l'cole ? Contre une agression sexuelle ? Et la violence des jeunes ? Et le racisme ? Pour rpondre, j'ai quitt mes chres tudes... C'est ainsi que je me suis mis crire quelques pages, que je leur donnai lire : j'ai souvent refait ma copie.J'ai voulu leur dire que la non-violence n'est pas la passivit : c'est une manire d'tre et un e manire d'agir qui visent rgler les conflits, lutter contre l'injustice, construire une paix durable. Je me suis appuy sur de nombreux exemples emprunts la vie quotidienne et l'Histoire. J. S.

  • Cette question était encore un « point aveugle » dans l'historiographie de la Shoah. Certains ont même parlé d'une « énigme française ».

    Au terme d'une enquête de plusieurs années, riche de témoignages et d'archives, écrite d'une plume sensible et sereine, Jacques Semelin apporte une contribution décisive. Il brosse un tableau radicalement autre de la France occupée. Une société plurielle et changeante, où la délation coexiste avec l'entraide, où l'antisémitisme n'empêche pas la solidarité des petits gestes.

    Sans jamais minimiser l'horreur du crime, ce livre monumental ouvre une nouvelle période dans notre lecture des années d'Occupation. Il fera date.

    Directeur de recherche au CNRS (CERI) et professeur à Sciences Po, Jacques Semelin est spécialiste de la résistance civile et des crimes de masse. Son livre Sans armes face à Hitler (1989), désormais considéré comme un classique, vient d'être réédité. Il a aussi publié Purifier et détruire. Usages politiques des massacres et génocides (2005), ouvrage traduit aux États-Unis par la Columbia University Press.

  • Décrivant les mille visages de cette « dissidence/résistance », qui franchit le tabou de l'illégalité, l'auteur s'efforce d'en apprécier le poids, au regard des pratiques de collaboration. Il prend aussi en compte le développement de la lutte armée pour penser ce qu'il nomme le « phénomène résistant ».

    « Cette résistance civile fut celle de la survie, visant à sauver ce qui pouvait l'être, sans attendre nécessairement le renversement du rapport des forces militaires [...]. Le but de la résistance civile ne fut pas tant de vaincre l'occupant - elle n'en avait pas les moyens - que d'exister à côté de lui, en dépit de lui, sans attendre l'heure de l'éventuelle délivrance. » La réédition de ce livre s'imposait alors que son auteur publie, sous le titre Persécutions et entraides dans la France occupée, une étude qui fera date et s'interroge sur le fait qu'en France, soixante-quinze pour cent des juifs ont pu échapper à la mort.

  • "Une question obsédante a commencé alors à m'habiter, qui ne me quittera plus : que faire de ma vie ? Comment me construire, puisqu'un jour je ne verrai plus ? Vers quoi me diriger, tout en sachant que le sol se dérobera sous mes pas ?" A 16 ans, Jacques Sémelin apprend qu'il va devenir aveugle. Pendant des années, il garde ce secret pour lui et affronte seul l'angoisse et la progression de la cécité. Il se bat pour devenir chercheur, se passionne pour le thème de la résistance, il voyage, enquête, enseigne... Aujourd'hui, il a apprivoisé le brouillard, et se sent prêt à témoigner.

    Après la lecture, Jacques Sémelin répond aux questions d'Aurélie Kieffer, journaliste et présidente de l'association Lire dans le noir.

  • La réalité quotidienne d'un non-voyant est un pays étranger. Quel est son rapport au monde ? À la ville et à la nature, à la nécessité de se déplacer, d'utiliser des écrans tactiles, de traverser les rues, de reconnaître les gens ? Invité à donner des cours au Québec, l'historien Jacques Semelin nous propose un récit de voyage d'un genre nouveau. À la fois le sien, dans une ville dont il découvre tout, et le nôtre, dans la tête et le corps d'un non-voyant. Son écriture émouvante et souvent drôle entraîne le lecteur dans ce que Borges appelait une expérience sensuelle et esthétique. Chaque sens (ouïe, odorat, toucher) est sollicité, de même que l'imaginaire pour inventer le réel. Quand on ne voit plus le soleil, il s'agit de croire qu'il existe, et de s'en remettre à la confiance vitale. Un récit unique et universel.

  • Comment et pourquoi 75 % des juifs ont-ils échappé à la mort en France sous l'Occupation, en dépit du plan d'extermination nazi et de la collaboration du régime de Vichy ? Comment expliquer ce taux de survie inédit en Europe, dont les Français ont encore peu conscience ?

    Comment et pourquoi 75 % des juifs ont-ils échappé à la mort en France sous l'Occupation, en dépit du plan d'extermination nazi et de la collaboration du régime de Vichy ? Comment expliquer ce taux de survie inédit en Europe, dont les Français ont encore peu conscience ?

    Jacques Semelin porte un regard neuf et à hauteur d'hommes sur les tactiques et les ruses du quotidien qui ont permis aux persécutés d'échapper aux rafles et déportations. Au-delà du contexte international et des facteurs géographiques, politiques, culturels, il montre que les juifs ont trouvé en France un tissu social complice pour les aider, surtout à partir de l'été 1942, malgré l'antisémitisme et la délation.

    Entre arrestations et déportations d'une part, gestes d'entraide et pratiques de solidarité d'autre part, ce livre est tout sauf une histoire édulcorée des quelque 220 000 juifs toujours en vie en France à la fin de l'Occupation. C'est une histoire au plus près des réalités quotidiennes des persécutés juifs, français et étrangers, illustrée par les trajectoires d'individus ou de familles, dont le lecteur suit l'évolution de l'avant-guerre aux années noires.

    " Ce livre que j'aurais tant voulu écrire, c'est Jacques Semelin qui l'a écrit et c'est une remarquable réussite. "

    Serge Klarsfeld

  • De la Préhistoire et l'Antiquité à la Bosnie et au Rwanda, en passant par la guerre de Trente Ans, la guerre des Boers ou Little Big Horn et, bien entendu, les deux guerres mondiales, ce passionnant volume montre l'apport considérable de l'archéologie contemporaine. Son approche anthropologique, libérée des contraintes de l'histoire militaire et stratégique, rennouvelle en profondeur notre vision les violences du XX e siècle. L'archéologie, par la documentation considérable qu'elle apporte sur l'expérience de la guerre et la réalité de la violence, renouvelle notre compréhension des conflits, depuis la Préhistoire jusqu'à aujourd'hui. Son approche anthropologique a en effet libéré la recherche des contraintes de l'histoire militaire et stratégique, les violences du XXe siècle conduisant la discipline vers de nouveaux enjeux liés à l'expertise médico-légale, à la récupération de la mémoire historique et au droit. Guerres et combats ne sont plus uniquement relatés par les archives des vainqueurs, mais étudiés par l'archéologue en prenant en compte l'ensemble des documents mis au jour : champs de bataille, dépôts d'armes, restes humains, garnisons, camps de prisonniers ou d'internement... La propagande est déconstruite, images et objets sont contextualisés, le cadre économique et social du conflit est restitué, la réalité de la violence collective est analysée. Et les morts peuvent sortir de leur anonymat. Dans cet ouvrage, qui propose une grande variété d'éclairages sur les violences et les guerres, l'archéologie apparaît ainsi à la fois comme la science de la mémoire matérielle des hommes et comme un instrument au service de la longue histoire du savoir, des techniques et de la diversité culturelle qui fait la richesse de l'humanité.

  • Quand la haine et la peur gagnent un pays, que la guerre et le massacre se propagent, il est toujours quelques hommes et quelques femmes qui ne se laissent pas entraîner. Sans mot dire, ils se tiennent de côté. Dans le secret et le risque, ils veulent aider plus que dénoncer, protéger plus que détruire. Parfois, ceux-l mme qui participent au carnage tentent aussi de sauver. Dans ces situations d'extrme violence, une résistance civile, improvisée, tend se développer, faite d'une multitude de petits actes individuels et de l'action de quelques organisations clandestines.
    Partir de trois cas (les génocides des Arméniens, des juifs et des Tutsis), cet ouvrage représente la premire tentative la fois internationale, comparative et pluridisciplinaire pour constituer l'acte de sauvetage en objet de recherche, en se dégageant de la catégorie mémorielle du Juste . Le résultat est d'une richesse exceptionnelle et dérangeante. Impossible de dresser un portrait type du sauveteur, cependant les actes de sauvetage témoignent d'un fait historique : l'existence discrte d'une société informelle de sauvetage, si fragile soit-elle, ds que commence le génocide.
    Réunissant trente chercheurs de onze pays, cet ouvrage est dirigé par Jacques Sémelin, historien et politiste, directeur de recherche CNRS au CERI (Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po), Claire Andrieu, professeure des Universités en histoire contemporaine l'Institut d'études politiques de Paris, et Sarah Gensburger, docteure en sociologie (EHESS).

  • Problèmes de méthode pour une approche cohérente de la défense civile non-violente. Apports de la recherche historique à l'élaboration d'une telle défense. Exposé de quelques mesures pouvant préparer la société française à une dissuasion de cet ordre.

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