Langue française

  • " Rarement la vie politique sous la Ve République a semblé à ce point sinistrée, ravagée par un mal secret ", constate Jean-Marie Rouart au regard d'une campagne présidentielle hors normes. Dans ce journal politique tenu au cours des dix dernières années, sous les mandats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, l'écrivain fournit autant de clés permettant de décrypter une dramaturgie dont les héros semblent frappés d'une étrange malédiction. Il dépeint avec maestria la vie politique pour ce qu'elle est avant tout à ses yeux : un terrain d'expériences romanesques où se jouent les destins. Ce qui passionne l'auteur dans la geste politique et dans les portraits qu'il brosse, c'est tout ce qui les relie à la vie où nous trouvons reproduites nos propres passions, ambitions, et blessures. Jean-Marie Rouart montre ici le lien direct entre la politique et l'histoire qui sous-tend à chaque instant notre roman national. D'où l'éclairage saisissant que son livre apporte sur ce psychodrame typiquement français. Un mystère qui fait de notre pays, avec ses contradictions, ses diverses guerres de clans, un terrain d'étude et d'observation plus que jamais fascinant. Sa richesse, l'aura culturelle que la France garde dans le monde, mais aussi sa tendance masochiste à l'autodestruction, viennent aussi de cet extraordinaire paradoxe. Le passé comme l'actualité continuent de nous en offrir des exemples imprévisibles et parfois déroutants.

  • Assistons-nous à la fin d´un monde ou à la naissance d´une ère nouvelle ? Les multiples crises que nous traversons, financières, sociales, morales, culturelles sont des symptômes. Mais de quoi ?
    C´est cette question que se pose Jean-Marie Rouart dans ce livre caustique, ironique voire polémique. Il observe sans complaisance les renoncements, les hypocrisies et les injustices de notre société. Il en relève les contradictions et les faux-semblants. Scrutant les événements et les hommes, il brosse dans un style savoureux et iconoclaste les portraits des personnages qui sont au coeur du système. Bien sûr, d´abord la constellation sarkozienne : le trépident président, Carla qui met la République en chansons, Rachida Dati, icône de la diversité mais victime de la mode, l´ombrageux Fillon, un volcan sous un lac glacé qui digère les couleuvres et attend son heure. Cette crise, comment le parti socialiste au coeur des contradictions françaises y échapperait-il ? Rouart décrypte ce qui se dissimule sous la rivalité Ségolène Royal - Martine Aubry, sous l´oeil de ces prédateurs avides que sont Bayrou Ramina Grobis et Besancenot l´angelo diabolique.
    Mais le regard que l´écrivain porte sur notre société va au-delà du microcosme politique. Il cherche quelles sont les impostures et mystifications qui suivront le dégonflement de la bulle financière. A travers la disparition de Soeur Emmanuelle, d´Yves Saint-Laurent ou, plus tragique encore, celle de Chantal Sebire, la visite du pape à Paris mais aussi à travers le traitement de l´affaire DSK qui a secoué le FMI, il tente de comprendre les fantasmes contradictoires d´une société égarée, inquiète, à la fois dépravée et en quête de renouveau spirituel.

  • Dans ce livre - qui conjugue subtilement une trame autobiographique à une trame idéologique - Jean-Marie Rouart se penche sur une énigme : qu'est-ce que la France ? Ou, plutôt : quelle est sa France à lui ?
    Cette question, à vrai dire, n'est pas nouvelle de la part d'un écrivain dont les romans ou les chroniques n'ont cessé - depuis Avant-guerre jusqu'à sa défense d'Omar Raddad, depuis sa biographie du cardinal de Bernis jusqu'à son élogue du Duc de Morny - de traquer l'essence d'un pays qu'il aime à la folie, mais qui ne ressemble pas toujours à l'idée qu'il s'en fait. Car la France de Jean-Marie Rouart, au fond, n'est pas « progressiste », ni « réactionnaire ». C'est, de l'aveu même de l'auteur, « un jeu de miroirs avec la mémoire », où l'on trouve Jeanne d'Arc et Romain Gary, l'aventure coloniale et la Résistance, l'affaire Dreyfus et le martyre des Moines de Tibirine, Vichy et Valmy, Stendhal et de Gaulle, Drieu la Rochelle et Chateaubriand.
    « Sa » France, c'est aussi - d'abord - une aptitude à l'universel toujours contrariée par des régressions identitaires ; c'est une façon d'aimer, une manière agnostique de rester chrétien... Avec cet essai, écrit à la première personne, très « Berlien » d'inspiration, ce jeune académicien a donc choisi de voyager par l'esprit dans l'éternité d'une nation où l'on a l'habitude de faire de la littérature avec l'histoire, et de la politique avec la littérature. A sa façon, toute impressionniste, et plus charnelle que cérébrale, Rouart nous donne là une « anti-idéologie française » dans la mesure où, contrairement à Bernard-Henri Lévy, il tient pour acquis que la France est ce pays qui, irrésistiblement, a su déjouer le pire - tout en le frôlant, parfois, de très près...

    A l'heure des supranationalités en vogue, à l'heure des communautarismes triomphants, cet essai a le mérite de poser, non sans quelque angoisse, la question suivante : comment préserver le « miracle » français - ce dosage improbable d'esprit et de racine, de fidélité à une mémoire et de disponibilité à l'avenir ? En d'autres termes, sommes-nous les contemporains d'une France qui « s'en va » ou d'une France qui demeure ? Ce livre, a n'en pas douter, ouvrira un immense débat à ce sujet.

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