Jean-Pierre Cabanes

  • 1915. Deux hommes que tout sépare vont se rencontrer sur les champs de bataille. Lorenzo, jeune et brillant officier de l'armée italienne, et Nino le Sicilien, qui s'enrôle pour échapper à la prison après avoir commis un crime d'honneur. La guerre va faire d'eux des compagnons d'armes, des frères, avant que le règne de Mussolini neles transforme en ennemis. Tandis que les hommes sont emportés dans le tourbillon des combats, le temps des femmes est venu. Elles vont s'engager dans la plus belle et la plus dangereuse des luttes, celle pour l'amour, l'indépendance et la liberté. Des premières heures du fascisme à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les passions politiques et les passions des amants, les haines et les ambitions s'entrecroisent violemment.

    1 autre édition :

  • Maître Julien Kernas habite la ville de N. ; Maître Kernas est avocat. Maître Kernas vit. Maître Kernas a une maîtresse, Anne Gauthier. Dans la ville de N., Maître Kernas est un jeune avocat comme tous les autres jeunes avocats... ou presque. Derrière le personnage de Maître Kernas vit Julien, l'autre, celui qui ne peut plus compter sur Caty, sa mère, ni sur Jeannot, tous deux disparus, elle après lui, pour toujours. Maître Julien Kernas dans sa chair d'homme, protégé par sa robe d'avocat, a une mission à accomplir : il l'accomplira. Dans la ville de N., le palais de justice ressemble aux palais des autres villes avec à droite la Cour, à gauche le tribunal, ses colonnes et son fronton de temple grec version Louis Philippe. Les robes rouges, les robes noires, les simarres et les hermines des juges, des procureurs et des avocats s'y mêlent en un ballet bien réglé sur fond de plaidoiries et de condamnations. Dans les coulisses les dévotions judiciaires se poursuivent mais c'est d'autres comptes que l'on solde avec, à fleur de regard, des rancunes et des envies, des haines et des amours silencieuses et autrement sanglantes. Superbe et tragique plongée dans le monde apparemment ordonné de la justice, « L'audience solennelle » c'est également le regard d'un homme lucide face à la vie, à la mort, avec ses réflexions, son courage, ses abandons, sa force, sa soif de vérité.

  • Une femme se hâte dans les vapeurs de la nuit. Au bout d'une passerelle se dresse la silhouette d'un homme, comme une statue vomie par la brume, qui l'attend ou la guette. Qui sont-ils ? C'est le thème du jeu que l'écrivain Jan propose à sa soeur Géraldine : chacun écrit à la première personne et à la suite de l'autre les chapitres d'un même roman, inventant l'intrigue au fur et à mesure, lui pour la femme, elle pour l'homme. Ainsi naissent de leur plume sur la côte normande au printemps 1944, Sarah Rosen, la résistante juive et Werner Jungbluth, le Sturmbannführer SS, ennemis fascinés, amants inconciliables et déjà maudits. Mais le jeu est subtilement ambigu. Sarah et Werner ne sont-ils pas le reflet brisé par l'écriture du regard troublé que Géraldine et Jan portent l'un sur l'autre ? Cependant, la ville où ils écrivent le roman, la ville dédoublée hiératique mais dévergondée, suave mais cruelle, perverse jusque dans l'eau de ses canaux où vacille l'image de ses palais troués, la ville dont le nom, galvaudé, n'est jamais dit, les enserre de ses moisissures sublimes. En application de ses us, les habitants de sa nuit, venus de la maison où l'on joue les femmes ou en chemin pour le bal équivoque de la Constantini y avancent masqués. La Bégouini, maquerelle aux traits de nonne ascétique, Pervenche et Jacinthe, les jumelles interverties, composent les ombres gardiennes de son dogme décadent. Sur le devant de la scène, l'esthéticien, philosophe vénéneux et désabusé, à peine déguisé en Méphisto, jette sur ces naufragés de la jouissance un regard inquisiteur et attise le bûcher de l'inceste...

  • Qui est Paul Gauman ? Qu'est-il venu chercher dans cette île oubliée au large de l'Afrique, lui l'ancien de Harvard, l'amant déchiré de Françoise et d'Eileen, le fils spirituel de L.J. Keening, maître d'un empire financier où le soleil ne se couche jamais ? À moins que Gauman soit le Manipulateur. Ainsi s'expliqueraient ces étranges navires qui bientôt apparaissent au large, obéissant aux ordinateurs dont, à Manhattan, le cliquetis froid fait écho à chacune de ses actions. De New York à Paris jusqu'à cette île de pêcheurs, Gauman, grand prédateur de multinationale, accomplit une fois de plus sa besogne à coups de pétrodollars et à l'ombre des silences officiels. Alors, pourquoi Keening se détourne-t-il soudain de lui ? Que lui cache-t-il ? Et si le Manipulateur était manipulé ? La saga à rebours de Gauman vient de commencer. Là-bas sur la plage en enfer, Djinn attend, sensuelle et sauvage...

  • Une seule existence, mais deux vies. C'est le sort de Sylvain. Riche de l'argent des prostituées qu'il blanchit dans ses sociétés, il est bon époux, bon père. Ce chef d'entreprise, ce chef politique, est d'abord un chef de bande.

  • Le nom de Goncourt connaît la célébrité grâce au plus fameux des prix littéraires, mais il mérite aussi de survivre car il fut porté par deux frères, hommes de lettres novateurs, irremplaçables témoins de leur temps.
    Leur double biographie ressuscite un demi-siècle de vie littéraire et artistique, où l'on croise Gautier et Flaubert, où l'on côtoie Renan, Taine, Berthelot, Daudet, Zola. Collectionneurs impénitents, esthètes dolents et élitistes, Jules et Edmond de Goncourt ont transformé leur vie et celle de leurs proches en pages d'écriture. Leur Journal, leurs romans, qui ont initié le naturalisme et la littérature fin de siècle, la création de l'académie des Goncourt, tout témoigne de leur aspiration à la survie littéraire. Leurs engagements avant-gardistes s'associent paradoxalement à un conservatisme politique qui n'exclut ni la misogynie ni l'antisémitisme.
    Fondée sur des archives familiales, sur des correspondances largement inédites et sur le dépouillement de la presse de la seconde moitié du xixe siècle, cette biographie magistrale s'attache à l'oeuvre littéraire et historique aujourd'hui méconnue, elle renoue les fils d'une intense vie à deux, en pénétrant dans l'intimité affective d'une gémellité fusionnelle.
     
     
    Jean-Louis Cabanès, professeur émérite à l'université de Paris-Nanterre, spécialiste du roman au xixe siècle et des rapports qu'entretiennent écrits littéraires et textes médicaux, est l'auteur de nombreux ouvrages. Il dirige un collectif chargé d'établir une édition critique du Journal des Goncourt.
    Pierre Dufief, professeur émérite à l'université de Paris-Nanterre, a travaillé sur le roman (1850-1914) ainsi que sur les écritures personnelles (Les Écritures de l'intime, Bréal, 2001). Président de la Société des amis des frères Goncourt, il édite la correspondance des deux frères.

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