Jonathan Livernois

  • Un patriotisme, revivifié, plus prospectif que nostalgique est-il possible pour enfin repenser un Québec à la hauteur de son temps? Jonathan Livernois essaie ici de déboulonner son premier patriotisme pour mieux en envisager de nouvelles formes, collectives. Au menu: la déchirure dans sa chemise Mackinaw, les mensonges de son ancêtre patriote, le retour des Belles histoires des pays d'en haut et la route du Pays-Brûlé, qu'on empruntera à ses risques et périls.

  • Dans ses langes, la poésie canadienne est médiatique ou vocale; elle a pour support le journal ou la voix. Dans le premier cas, elle partage l'espace de la page avec la chronique, l'entrefilet, le fait divers, la nouvelle, le roman-feuilleton; dans le second, elle s'énonce dans le brouhaha de la cité, au coin des rues et dans les théâtres, dans les mansardes et les cafés, et le dispute aux débats de l'Assemblée, aux harangues, aux sermons, aux éloges, à toutes les déclinaisons de la parole vive qui remplissaient l'environnement sonore des hommes et des femmes du XIXe siècle. De même que l'étude de la presse comme matrice littéraire a ouvert un nouveau continent à la recherche, celle de l'inscription de la littérature dans la cité, hors l'imprimé, appelle de nouveaux travaux. En proposant quelques études ciblées sur la poésie en voix au Québec, le dossier de ce numéro voudrait offrir une contribution à cette histoire encore à écrire.

  • Montréal s'avère beaucoup plus que ses quartiers centraux et son centre-ville; c'est entre autres une ceinture de quartiers et de villes. En cinq concepts (dont l'eau, l'humilité et l'automobile), des Montréalais originaires de ces frontières nous parlent de la vie loin du centre.

  • Du Montréal qui aurait pu être à celui qu'on se souhaite, de l'hypercentre aux extrémités de l'ile, une quinzaine de journalistes, d'auteurs, d'historiens, de penseurs, de photographes et d'illustrateurs nous rapportent des visions (souvent dissonantes) de cette ville complexe, à la fois internationale et paroissiale.

  • Dans cette rubrique, nous invitons deux participants à correspondre au sujet d'une question ou d'un concept donné.

  • Cet hiver, la revue L'Inconvénient propose un numéro hommage à l'écrivain Pierre Vadeboncoeur dont 2020 marquera le centième anniversaire de naissance et le dixième anniversaire du décès. Le numéro comprend des lettres inédites à Yvon Rivard et à Jean-Pierre Issenhuth, des gravures et des dessins de sa main dont l'autoportrait en couverture, ainsi qu'un entretien avec son fils Alain Vadeboncoeur, mené par Mauricio Segura, des essais d'Isabelle Daunais, Jonathan Livernois, Daniel Jacques, une lettre d'Yvon Rivard, « Des nouvelles de l'autre royaume », adressée à Vadeboncoeur et un long éditorial de Mathieu Belisle qui insiste sur la contribution unique de l'écrivain et sa suprême indépendance, « capable de rompre avec l'unanimisme, assez confiant dans ses moyens et dans ses valeurs pour formuler des vérités désagréables, assez amoureux de sa société pour la rappeler à ses devoirs, assez généreux en amitié pour ne pas hésiter, comme Diogène, à "mordre" ses amis pour les prévenir du danger. »

  • Considéré dans ce texte: Les cours d'histoire. Le manuel scolaire «Mémoire.qc.ca». Fernand Dumont et l'abbé Bonne-Entente. «The Walrus». Se sortir d'une rengaine.

  • Le présent numéro déroge à la formule habituelle d'Études françaises, soit la réunion d'un dossier thématique et de deux ou trois articles libres, pour faire toute la place à ces derniers. En fait, il serait plus juste de dire qu'il renoue avec un usage qui avait déjà eu cours et qui fut ensuite délaissé. À la fin de la décennie 1980 et au début de la suivante, la revue a publié trois numéros de « mélanges » - « Lectures », « Variété » et « Lectures singulières[1] » - qui participaient alors d'une nouvelle politique d'ouverture : on souhaitait accueillir des articles dont l'objet, les questions et les perspectives théoriques soient les plus divers possibles. En fait, Études françaises s'était définie dès sa fondation par l'ouverture ; seulement, la généralisation de la formule du numéro thématique, qu'elle et bien d'autres revues avaient adoptée, rendait difficile, voire impossible, la publication de certains travaux. Sans renoncer aux dossiers, on décida alors de ménager une section de la revue pour des textes libres, et de faire paraître occasionnellement une livraison de mélanges.

  • Maurice Duplessis incarne un passé, flou et conspué tout à la fois, que l'on appelle la Grande Noirceur. Les chercheurs en lettres et en sciences humaines ont beau tenter de remettre le balancier en marche - en lui donnant parfois une trop grande impulsion - et rappeler que le portrait doit être nuancé, le « Chef » divise toujours les esprits.

    Déjà en 1952, le futur premier ministre Daniel Johnson dira du règne de Duplessis : « Depuis 1936, il s'est opéré dans notre province une véritable révolution dans l'ordre. » Comment une révolution peut-elle se dérouler dans l'ordre ? Comment le bouleversement et, bien sûr, la violence de l'histoire peuvent-ils s'abattre sur Québec sans que cela déstabilise une chose ou deux ? On a là une des plus belles expressions de la quadrature du cercle que représente le temps duplessiste. Changer sans changer ; marcher au repos; vivre une révolution qui se déroule dans l'ordre. N'y a-t-il pas là une des explications du succès électoral de Duplessis ?

    Quarante ans après les synthèses de Conrad Black et de Robert Rumilly, La Révolution dans l'ordre tient le pari de raconter ce qu'ont été les années du régime Duplessis au Québec. Jonathan Livernois s'intéresse à la fois à la fortune mémorielle du personnage, aux faits et gestes de son gouvernement, à sa machine de guerre électorale ainsi qu'à ses amis et ennemis de la société civile. Ni panégyrique ni philippique, ce retour sur le duplessisme n'en est pas moins le lieu de prises de position nettes d'un auteur qui n'était franchement pas né en 1960.

  • Dans le Québec d'aujourd'hui, la figure de Louis-Joseph Papineau est évoquée par les politiciens de tous horizons. D'un côté, des fédéralistes croient que les revendications de Papineau - qu'ils résument à l'exigence d'un gouvernement responsable - ont trouvé une réponse favorable grâce à la conciliation et à la collaboration de Louis-Hippolyte LaFontaine. De l'autre côté, des souverainistes soucieux de ne pas agiter les épouvantails de la violence donnent à penser que Papineau tenait aux liens de la colonie avec l'Angleterre.

    Lamonde et Livernois montrent que, depuis Lord Durham (1792-1840) jusqu'à André Pratte (né en 1957), la méprise a pu être profitable à plusieurs intellectuels, historiens et politiciens. Mais ils insistent pour retourner à la pensée de Papineau : pourquoi s'opposait-il au gouvernement responsable, lui, le républicain en quête d'une république ? Les auteurs se sont donné pour but de montrer toutes les conséquences de l'erreur, de faire voir qu'elle a une incidence sur quelques blocages de la société québécoise, à moins qu'elle en soit plutôt une manifestation subreptice.

  • Pierre Vadeboncoeur (1920-2010) est reconnu comme l'un des maîtres de l'essai au Québec. Pour la première fois, son parcours intellectuel et artistique fait ici l'objet d'une synthèse. On pourrait tout aussi bien parler d'une biographie, dans la mesure où le lecteur découvrira la vie d'un homme qui a su concilier le syndicalisme et la littérature pendant les deux derniers tiers du XXe siècle québécois, période dont cet ouvrage offre aussi un portrait particulièrement éclairant. Le rapport au passé de Pierre Vadeboncoeur, auquel Un moderne à rebours accorde une place importante, permettra de comprendre comment l'écriture de l'homme a résisté et résiste encore aux vents dominants du cynisme, de la démission politique et de la compromission artistique. Il y a dans cette oeuvre quelque chose d'exemplaire.

  • L'oeuvre qu'Yvan Lamonde a construite depuis plus de quarante-cinq ans donne l'impression d'avoir tendu dès le départ vers un projet ambitieux: une synthèse des idées au Québec, de 1760 à 1965, qui sera achevée en 2015. Depuis quelques années, notamment dans sa biographie intellectuelle Historien et citoyen (2008), on constate que derrière cette tâche colossale, se cache - ou se révèle - la préoccupation d'un Sorelois, d'un citoyen qui cherche à relever et à nommer des «cheminements civiques partageables». Dans cet ouvrage, des collègues et des amis ont cherché à rendre compte de cet engagement intellectuel et civique unique au Québec.

  • « Les combats perdus, les « prochaines fois » réitérées sans relâche, les projets inachevés encombrent le pas de notre destin. Rien nest jamais tout à fait fini au Québec. Le passé se prolonge donc dans le présent de manière confuse, malgré la soi-disant

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