Julia Kristeva

  • Dostoïevski

    Julia Kristeva

    Dans la vie d'un lecteur, certains auteurs occupent une place à part : lectures inaugurales, compagnons de tous les jours, sources auxquelles on revient. La collection « Les auteurs de ma vie » invite de grands écrivains d'aujourd'hui à partager leur admiration pour un classique, dont la lecture a particulièrement compté pour eux.
    « Les yeux rivés sur L'Idiot, mon père m'en déconseillait sévèrement la lecture : ''Destructeur, démoniaque et collant, trop c'est trop, tu n'aimeras pas du tout, laisse tomber !'' Il rêvait de me voir quitter ''l'intestin de l'enfer'', désignant ainsi notre Bulgarie natale. Pour réaliser ce projet désespéré, je n'avais rien de mieux à faire que de développer mon goût inné pour la clarté et la liberté, en français, cela va sans dire, puisqu'il m'avait fait découvrir la langue de La Fontaine et de Voltaire. Évidemment, comme d'habitude, j'ai désobéi aux consignes paternelles et j'ai plongé dans Dostoïevski. Éblouie, débordée, engloutie. »
    Julia Kristeva

  • étrangers à nous-mêmes

    Julia Kristeva

    • Fayard
    • 18 Novembre 1988

    Vous en avez assez des étrangers ? Vous êtes vous-même un étranger ? Ou bien vous sentez-vous étranger dans votre propre pays ? Ce livre s'adresse à vous, à votre douleur, à votre agacement.

    A l'heure où la France devient le melting pot de la Méditerranée, une question se pose, qui est la pierre de touche de la morale pour le XXIe siècle : comment vivre avec les autres, sans les rejeter et sans les absorber, si nous ne nous reconnaissons pas "étrangers à nous-mêmes" ?

    Ce livre invite à penser notre propre façon de vivre en étranger ou avec des étrangers, en restituant le destin de l'étranger dans la civilisation européenne : les Grecs avec leurs "Métèques" et leurs "Barbares" ; les Juifs inscrivant Ruth la Moabite au fondement de la royauté de David ; saint Paul qui choisit de prêcher en direction des travailleurs immigrés pour en faire les premiers chrétiens, sans oublier Rabelais, Montaigne, Érasme, Montesquieu, Diderot, Kant, Herder, jusqu'à Camus et Nabokov qui ont chacun médité avant nous les merveilles et les malaises de la vie étrangère. Au coeur de cet avenir cosmopolite : les Droits de l'Homme sous la Révolution française, qui commence par honorer les étrangers avant de faire tomber la Terreur sur leurs têtes. En contrepoint : le nationalisme romantique et, pour finir, totalitaire.
    L'"inquiétante étrangeté" de Freud conclut ce parcours en suggérant une nouvelle éthique : ne pas "intégrer" l'étranger, mais respecter son désir de vivre différent, qui rejoint notre droit à la singularité, cette ultime conséquence des droits et des devoirs humains.

  • « Seule une femme peut et doit se lire dans plusieurs directions. Seule, comme seule une femme peut être seule, face à son irréductible singularité, seule face au défi inlassable que constitue la maternité (biologique ou/et cérébrale) en chacune, seule encore dans le création, dans ce qu'elle a à dire, elle, et nulle autre qu'elle, à la place de nulle autre, loin des meutes et de tous les communautarismes. C'est dire que LA femme n'existe pas, et qu'il faut sans cesse articuler le féminin à la féminité qui échappe et excède les poncifs à l'oeuvre sitôt qu'on se prend à penser à la condition des femmes. » Marie-Christine Navarro, France Culture

  • Ce titre dans son inscription grecque se veut un rappel muet des débuts occidentaux du savoir sur le signe et le sens. La sémiotique, ici, se propose comme le lieu depuis lequel s'articulera une théorie générale des modes de signifier. Visant en même temps à interroger ou à refondre les systèmes linguistiques et logiques par les analyses du sujet et de l'histoire appelées par Freud et Marx, elle se désigne comme une sémanalyse.L'élaboration de la sémanalyse déplaçant les limites du signe, du sens, de la structure, devait nécessairement trouver pour point de départ un " objet exclu de l'ordre du savoir puisque soulignant ses bords: "la littérature" ".

  • Le temps proustien croise celui de l'histoire : les mutations sociales, l'Affaire Dreyfus, la Première Guerre mondiale, l'antisémitisme, l'identité nationale. Juif et catholique, ni l'un ni l'autre, Proust écrit en moraliste une des fresques les plus complexes de cet univers qui sort de La Bruyère, Sévigné et Saint-Simon pour basculer déjà dans la société de l'éphémère. Mais c'est un moraliste insolite, qui éclaire d'une impitoyable ironie nos vices les plus dérobés, nos amours les plus infantiles.
    Tissé de perceptions et de fantasmes, ce temps proustien - qui n'est ni celui de Bergson ni celui de Heidegger - devient sensible. À l'imaginaire avide du lecteur, le narrateur offre l'appât savoureux de ses personnages : Swann et Odette, Bloch, Oriane, Verdurin, Albertine, Charlus, dont cet essai aide à retrouver les caractères mêlés aux paysages, églises, dalles et aubépines.
    Pourtant, dans les plis de longues phrases, dans le cumul des brouillons et des lettres, dans la cruauté et le ridicule des passions, l'insignifiance des amours et le néant des êtres brusquement s'imposent. Les personnages se contaminent et se brouillent, une profondeur secrète les attire. Telle la madeleine trempée dans le thé, ils perdent leur contour absorbé par le style. Ces héros, ces visions, fruits d'une imagination dont Proust disait qu'elle était son seul organe pour jouir de la beauté, finissent par nous laisser un goût, un seul, âcre et tonique : le goût de l'expérience littéraire. Du roman comme thérapie, comme transsubstantiation.

  • Par où commencer quand on veut s'initier à la linguistique ? Ce livre répond à cette question, que se pose tout étudiant qui s'intéresse au langage et aux sciences humaines. Plus qu'un manuel, il retrace l'histoire des pensées sur le langage, élaborées dans différentes civilisations, pour centrer son intérêt sur la science du langage en Occident et plus particulièrement encore aujourd'hui. La pensée linguistique s'éclaire ainsi, comme étroitement liée à la philosophie et à la société. S'il est vrai qu'à l'ère de l'humanité succède... une inconnue, n'est-il pas indispensable de l'aborder par ce qui demeure encore et toujours plus inconnu que l'homme et coextensif à son être : le langage ?

  • Nouvelle édition entièrement révisée et surtout augmentée de nouveaux importants chapitres inédits sur le radicalisme religieux, l'Europe.
    Au cours d'un long dialogue inédit en français, et de quelques textes rassemblés ici pour la première fois, Julia Kristeva bouleverse nos idées reçues sur la religion et le christianisme, et nous invite à une formidable analyse de notre « incroyable besoin de croire »
    A partir d'une question sur la place du religieux dans les sociétés postmodernes, l'auteure analyse l'importance de ce besoin de croire et aborde le sujet à partir d'exemples littéraires, philosophiques et religieux. Avec des textes sur le christianisme et la souffrance, deux articles sur Jean-Paul II et la place du catholicisme dans le monde.
    « Contrairement à Freud, je ne dis pas que la religion est seulement une illusion et une source de névrose. Le temps est venu de reconnaître, sans craindre de "faire peur" aux fidèles ni aux agnostiques, que l'histoire du christianisme prépare l'humanisme... »
    Résumé (Valeur obligatoire)

  • Dans les époques que nous sentons obscurément en déclin ou du moins en suspens, le questionnement demeure la seule pensée possible : indice d'une vie simplement vivante.
    L'intimité n'est pas la nouvelle prison. Son besoin de liens pourrait fonder une autre politique, plus tard. Aujourd'hui, la vie psychique sait qu'elle ne sera sauvée que si elle se donne le temps et l'espace des révoltes : rompre, remémorer, refaire. De la prière au dialogue en passant par l'art et l'analyse, l'événement capital est toujours le grand affranchissement infinitésimal : à recommencer sans cesse.
    En contrepoint des certitudes et des croyances, la révolte permanente est cette remise en question de soi, de tout et du néant, qui n'a visiblement plus lieu d'être.
    Cependant, s'il est encore temps, faisons un pari sur l'avenir de la révolte. "Je me révolte, donc nous sommes" (A. Camus). Ou plutôt : Je me révolte donc nous sommes à venir.
    Une expérience lumineuse et de longue haleine.

  • Les samourais

    Julia Kristeva

    • Fayard
    • 1 Mars 1990

    Une aventure s'est déroulée en France entre 1968 et 1990 : fièvre de la pensée et des corps, passions excessives, goût du risque. Les personnages de ce roman en sont issus.

    Originaire d'un pays de l'Est, Olga rencontre à Paris l'écrivain Hervé Sinteuil, directeur de la revue Maintenant, puis sa famille: Mathilde et Jean de Montlaur. Une histoire d'amour " pas comme les autres ", les surprises d'une île secrète, les ravissements d'une naissance.

    Martin, lui, anthropologue et homme de plaisir, découvre dans les terres australes que l'État est un mal, et son anarchisme le conduit de la science à la peinture, mais, surtout, après Mai 68, à une révolte définitive. Carole l'accompagne, fidèle et blessée, que n'épargneront pas le reflux des idées et la dépression.

    Pendant que ces hommes et ces femmes, dans lesquels se reconnaître une génération, aiment et souffrent, partent en Chine, travaillent à New York, s'installent en Israël ou en Californie, leur destin croise celui de penseurs et d'écrivains illustres de ce temps: Maurice Lauzun, Armand Bréhal, Sherner, Wurst, Edelman, Benserade, Strich-Meyer...

    L'érotisme, les femmes, le langage, les prisons, la folie: débats, conflits, ruptures. Ces " thèmes " deviennent ici des caractères vivants.

    Face à eux, Joëlle Cabarus, une psychanalyste, détachée et ironique, tient son journal. Elle observe les autres avec une sympathie désabusée.

    Les Samouraïs excellaient dans l'art de la guerre comme dans la poésie, la calligraphie ou le rituel du thé. Olga, Hervé, Martin, Carole, Joëlle et les autres poursuivent une expérience qui les conduit parfois à l'erreur, à la violence, à la mort. Ces méditatifs sont les Samouraïs modestes, comiques ou intenses d'une société sans sacré, mais qui leur permet d'aller jusqu'au bout du sens de la vie, jusqu'au bout d'eux-mêmes.

  • "Colette, un génie féminin : tel est le postulat dont part l'écrivain et psychanalyste Julia Kristeva dans ce dernier tome d'un triptyque consacré à ces femmes qui ont cherché à secouer la pesanteur d'un destin. Longtemps, Colette a été tenue pour le génie d'une France surannée. C'était oublier deux choses. D'abord à quel point Colette a su ébranler la condition féminine. Parce qu'elle fut une gourmande impétueuse, se vivant comme une hermaphrodite mentale. Mais il ne faut pas non plus perdre de vue que Colette est loin de se résumer à l'archétype de la femme volage. Cet essai ciselé et profond rend hommage à Colette d'avoir battu en brèche toute la rhétorique de l'éternel féminin." Marianne

  • Polylogue analyse diverses pratiques de symbolisation : de la plus archaïque, la langue, le discours de l'enfant ou de l'adulte, en passant par la peinture de la Renaissance (Giotto, Bellini) et la littérature moderne (Artaud, Joyce, Céline, Beckett, Bataille, Sollers), jusqu'à leurs approches par les « sciences humaines » actuelles ; linguistique (classique ou moderne), sémiotique, épistémologie, psychanalyse.Traversant des époques charnières - Chrétienté, Humanisme, XXe siècle - et interrogeant l'usure des anciens codes comme l'affirmation d'une nouvelle identité, d'une nouvelle signification, le livre pose en permanence la question du sujet parlant. Il démontre, par son trajet, que la seule positivité acceptable à l'époque moderne est la multiplication des langages, des logiques, des pouvoirs. Poly-logue : pluralisation de la rationalité comme réponse à la crise de la Raison occidentale.Julia Kristeva, linguiste, écrivain et psychanalyste, est professeur à l'Institut universitaire de France (Université Paris-7 Denis Diderot). Elle est l'auteur de nombreux essais et romans traduits dans le monde entier.

  • « Où est le temps, existe-t-il encore ?  Je vous propose d´ouvrir la question du TEMPS.  Jamais le temps n´a été aussi compact, uniformisé, fermé comme il l´est désormais à la surface globalisée de l´hyperconnexion. Mais jamais non plus il n´a été aussi ouvert et multiple : incessant battement d´avènements, amorces, émergences, éclosions perpétuelles.  Je retrouve ici des expériences singulières : dans l´érotisme maternel et dans celui de la foi religieuse, j´ose parier sur la culture européenne et sur l´humanisme à refonder, je découvre un destin de la psychanalyse en terre d´Islam et en Chine.  Je n´ai pas de réponses toutes faites et n´en donne pas une fois pour toutes. Je déplie des vérités hic et nunc telles que je les vis et les pense.  Je vous présente mes compagnons de route : Antigone et Philippe Sollers, Jean-Jacques Rousseau et Jacques Lacan, Jackson Pollock et Emile Benveniste ; Simone de Beauvoir et Thérèse d´Avila.  Un livre sur la Vérité découverte par le Temps ? Plutôt une expérience du temps scandée par des événements, des étonnements, rebonds de surprises et de renaissances. »

  • La pratique psychanalytique récente découvre de " nouveaux patients ". Au-delà des apparences classiques, hystérie ou névrose obsessionnelle, les blessures narcissiques, les risques de psychose, les symptômes psychosomatiques montrent tous une particulière difficulté à représenter. L'espace psychique, cette chambre obscure de notre identité où se réfléchissent à la fois le mal de vivre, la joie et la liberté de l'homme occidental, est-il en train de disparaître ? Cet ensemble d'études pose une question alarmante qui révèle non seulement une urgence thérapeutique, mais aussi un problème de civilisation.

    Comment ne pas voir, par exemple, que le " retour des religions " entraîne une relecture de la Bible et des Evangiles ? Que les arts et les lettres s'éclairent d'une nouvelle lumière ? Que l'inquiétude sexuelle et métaphysique des femmes en Europe est l'indice d'une mutation profonde au coeur des idéologies en faillite du vieux continent ?

    Ces " nouvelles maladies de l'âme " sont-elles des promesses de créativité ?
    Peut-être, mais à condition de les entendre, de les analyser, de les écrire.
    J.K.

  • Ce récit fantastique est aussi un roman policier.

    Des loups envahissent Santa Barbara, ils tuent bêtes et gens, changent les visages des hommes et des femmes : tout le monde devient arrogant, criminel, animal.

    Une noyée anonyme est repêchée dans le lac. Alba et Vespasien ne songent qu'à s'entretuer, tandis que le Vieil Homme - seul être vigilant qui continue à refuser la barbarie ambiante - meurt d'une mort inexplicable. Qui est l'assassin ?

    Stéphanie Delacour, journaliste, se transforme en détective pour mener l'enquête. Elle observe une civilisation en pleine métamorphose. Ex-démocratie populaire ou bien société superlibérale qui a perdu ses valeurs, Santa Barbara est un condensé de haine et de crime banalisé.

    Cette vision à la Goya noir, appliquée au monde actuel, s'impose au détective à partir d'un deuil qui brûle au coeur de son journal intime. Le Vieil Homme et les loups s'adresse ainsi à ceux qui, ayant perdu une personne aimée, s'étiolent d'angoisse devant l'inimaginable de la mort et cherchent à dire la violence de leur solitude sans partage.

    Le roman policier rejoint à cet instant le conte philosophique.

  • L'horloge enchantée

    Julia Kristeva

    • Fayard
    • 4 Février 2015

    Nivi, psy, est sauvée de la noyade à Ré par Théo, astrophysicien. Ils forment un trio avec Stan, enfant d´un compagnon volage, atteint d'une maladie orpheline, que Nivi accompagne entre comas et rémissions. Un personnage et sa créature les passionnent : Claude Siméon Passemant, l´un de ces savants artisans mécaniciens qui confectionne pour Louis XV le Bien Aimé une pendule capable de dévider le temps jusqu´en l´an 9999. Le monarque s´éprit si bien de l´automate que même la Pompadour en tomba jalouse. Intrigué, Théo va délaisser la traque des exogalaxies pour remonter sa propre généalogie : ne descend-il pas lui-même d´un Passemant ?Outre les patients qu´elle analyse, Nivi collabore à un magazine,Psymag, gagné par la vague du déballage de la presse à scandales, qui n´est pas sans rappeler la campagne de rumeurs de la fin de l´Ancien Régime où se forgent les prémisses de 89. Son rédacteur en chef se suicide alors qu´on apprend le vol de l´horloge enchantée à Versailles : enlèvement commandité par un émir moyen-oriental ? Otage d´écologistes radicaux réclamant en échange l´arrêt de centrales nucléaires ?Le temps est le centre de ce roman où percent de sourds accents autobiographiques.

  • La vie, la folie, les mots : trois femmes s'en sont faites les exploratrices lucides et passionnées en engageant leur existence autant que leur pensée, et en éclairant pour nous les enjeux majeurs de notre temps : Hannah Arendt (1906- 1975), Melanie Klein (1882-1960) et Colette (1873-1954). Les trois volumes de cet ouvrage, dont voici le premier, se proposent d'en retracer l'aventure.

    L'impact de certaines oeuvres ne se traduit pas à la somme de leurs éléments.
    Il dépend de l'incision historique qu'elles opèrent, de leurs répercussions et de leurs suites, de notre réception. Quelqu'un s'est trouvé à cette intersection, en a cristallisé les chances : le génie est ce sujet-là. Trois femmes extraordinaires ont ainsi marqué l'histoire de ce siècle. Mais qu'est-ce qui fait la singularité de chacune ?

    Hannah Arendt, philosophe et politologue, est tout entière prise dans une méditation sur la vie qui demeure notre ultime après la crise des religions et idéologies. Vie menacée, vie désirable : mais quelle vie ? Face aux camps des deux totalitarismes, c'est sur le miracle de la natalité que se concentre l'oeuvre de cette rescapée du nazisme qui, en discussion avec Heidegger, et en rejetant l'automatisation moderne de l'espèce, pose des jalons d'une action politique envisagée en tant que pluralité vivante : comme naissance et comme étrangeté. Une utopie ? A moins que ce ne soit une manière de pardon, et donc une promesse.
    Julia Kristeva a publié chez Fayard Etrangers à nous-même, Les nouvelles Maladies de l'âme, Sens et non-sens de la révolte, La révolte intime, ainsi que trois romans : Les Samouraïs, Le Vieil Homme et les loups, Possessions.

  • Reconnaître la contribution majeure de quelques femmes exceptionnelles qui, de leur vie et leur oeuvre, ont marqué l'histoire de ce siècle, est un appel à l'unicité de chacun de nous, au dépassement de soi. Car au temps de la massification succède aujourd'hui le souci de singularité. Le Génie féminin s'inscrit dans cette perspective. Après Hannah Arendt : la vie, et avant Colette : les mots, voici Melanie Klein : la folie.
    Adorée jusqu'au fanatisme dogmatique par ses disciples, honnie par ses détracteurs, Melanie Klein (1882-1960) apparaît comme la novatrice la plus originale de la psychanalyse. Alors que Freud centre la vie psychique du sujet sur l'épreuve de la castration et la fonction du père, Melanie Klein - sans les ignorer - les étaie d'une fonction maternelle, absente dans la théorie du fondateur. Pourtant, la mère ainsi révélée est loin de s'ériger en objet de culte, comme le prétendent trop facilement ses adversaires. Car c'est bien au matricide que Melanie Klein fut la première à penser. Capable dès la naissance d'un lien à l'objet (le sein, la mère), et habité de fantasmes aussi violents que réparateurs, l'enfant selon Melanie Klein a ouvert de nouveaux horizons à la clinique de la psychose et de l'autisme.
    Pour avoir entendu plus nettement que quiconque l'angoisse, cette onde porteuse du plaisir, et élu le transfert et l'imaginaire comme terrains privilégiés de l'expérience analytique, Melanie Klein a fait de la psychanalyse un art de soigner la capacité de penser. Son oeuvre la situe ainsi au coeur le l'humanité pensante et de la crise moderne de la culture.

    Julia Kristeva a publié aux éditions Fayard Etrangers à nous-mêmes, Les Nouvelles Maladies de l'âme, Sens et non-sens de la révolte, t. I et t. II, Le Génie féminin, t. I, Hannah Arendt, ainsi que trois romans : Les Samouraïs, Le Vieil Homme et les loups, Possessions.

  • Sebastian Chrest-Jones, historien des migrations à Santa-Barbara, disparaît mystérieusement de son domicile et de son labo. Est-il sur les traces d´un ancêtre présumé, parti en 1045 de Vézelay ou du Puy-en-Velay avec la Première Croisade, traversant au XIe siècle ce que l´historien moderne croit être déjà l´Europe ? S´est-il égaré à Byzance ?
    Pendant ce temps, Santa-Barbara - lieu imaginaire, à moins que ce ne soit n´importe lequel des villages planétaires - est en pleine crise : sectes, mafias, manipulations en tous genres, sans parler d´un serial killer qui sévit dans la ville et signe ses forfaits d´un mystérieux emblème ésotérique ressemblant au chiffre 8. Le commissaire principal Northrop Rilsky, dont les lecteurs de Julia Kristeva ont déjà fait connaissance, est chargé de l´enquête, aidé pour ce faire par Stéphanie Delacour, journaliste à l´Evénement de Paris. Il s´efforce de ne pas y perdre complètement son latin et de démêler le double écheveau de cette intrigue : l´histoire de Sebastian, hanté par la figure emblématique d´Anne Comnène - née en 1083, à ses yeux la première intellectuelle de l´Histoire - et l´obscur destin du tueur en série : le purificateur, l´homme secret, étranger parmi les étrangers.
    Un roman des origines qui permet à Julia Kristeva, pour la première fois, de dévoiler les siennes (bulgares). Tour à tour thriller historique, peinture ironique de nos sociétés modernes, Meurtre à Byzance raconte le destin controversé des migrants, la douleur des étrangers, les guerres qui dressent aujourd´hui encore les uns contre les autres de nouveaux Croisés, avec des clins d´oeil sur l´actualité mondiale et parisienne, le terrorisme, une Europe inconnue, la religion et la politique, au présent et au passé.

  • Possessions

    Julia Kristeva

    • Fayard
    • 1 Mai 1996

    Possessions est un roman policier. Il commence par la découverte à Santa Barbara du corps d'une femme décapitée : Gloria Harrison, traductrice de son état, mère de Jerry, un enfant pas comme les autres. Ce dernier absorbe toute sa passion - mystique ou folie par laquelle une femme transfuse sa vie à un autre - au point de perdre la sienne. Mais qui est le monstre qui a intérêt à tuer et à mutiler une étrangère, tout compte fait pas si exceptionnelle qu'on pourrait le croire ?

    Stéphanie Delacour, journaliste parisienne à l'Événement, se retrouve détective malgré elle en compagnie du commissaire Northrop Rilsky. Tous deux s'affrontent, non sans détours, au mystère et, d'aventures croisées en rebondissements, rencontrent les hommes et les femmes de Santa Barbara, mais aussi ceux de Paris, au bar du Lutétia ou rue du Cherche-Midi : les femmes surtout, dont l'enquête restitue aussi bien les démons que la lucidité intermittente. Pour découvrir, de l'autre côté de l'angoisse et du crime, une nouvelle possession : la passion pour la vie dans ce qu'elle a de fragile et d'incertain. La souffrance s'apaise alors en comédie, et le roman policier devient une façon de rire.

    Julia Kristeva a déjà publié chez Fayard Étrangers à nous-mêmes , Les Nouvelles Maladies de l'âme, Les Samouraïs, Le Vieil Homme et les loups.
    En même temps que ce roman paraît son essai Sens et non-sens de la révolte.

  • Refus du code social inscrit dès la structure de la langue ; prise sur la substance folle qui en réclame la liberté : le langage poétique est ce lieu où la jouissance ne passe par le code que pour le transformer. Il introduit donc, dans les structures linguistiques et la constitution du sujet parlant, la négativité, la rupture. Il faut lire un tel "langage" comme pratique : avec et à travers le système de la langue, vers les risques du sujet et l'enjeu qu'il introduit dans l'ensemble social. Irruption de la pulsion toujours sémiotique : moment de la négativité, éclatement de la structure signifiante dans le rythme, mise en procès du sujet. Nouvelle disposition du sémiotique dans l'ordre symbolique : temps de la limite, de l'énonciation, de la signification. Inséparables dans leur dialectique, ces deux mouvements font du langage poétique une pratique qui nous entraîne à repenser la logique de toute pratique. Lautréamont et Mallarmé sont les noms que porte, à la fin du XIXe siècle, cette expérience bouleversant la phonétique, le lexique, la syntaxe, les relations logiques, en même temps que l'"ego transcendantal". Dans la crise de l'Etat bourgeois, du droit paternel, de la religion, un sujet et son discours, qui se maintenaient depuis deux mille ans, s'effondrent. L'avant-garde du XXe siècle opère, en l'approfondissant, depuis cette révolution.

  • Pouvoirs de l'horreur Pourquoi l'abjection ? Pourquoi y a-t-il ce « quelque chose » qui n'est ni sujet ni objet, mais qui, sans cesse, revient, révulse, fascine ? Ce n'est pas de la névrose. On l'entrevoit dans la phobie, la psychose. Il s'agit d'une explosion que Freud a touchée mais peut-être aussi évitée, et que la psychanalyse devrait être de plus en plus pressée d'entendre. Car l'histoire et la société nous l'imposent. Dans l'horreur. Les rites, les religions, l'art ne feraient-ils rien d'autre que de conjurer l'abjection ? D'où l'étrange révélation de la littérature : Dostoïevski, Lautréamont, Proust, Artaud et, de façon très symptomatique, Céline. Le voici maintenant, cet habitant des frontières, sans désir ni lieu propres, errant, douleur et rire mélangés, rôdeur écoeuré dans un monde immonde. C'est le sujet de l'abjection.



    Julia Kristeva Linguiste, sémiologue, psychanalyste, elle est professeur émérite de l'université Paris VII-Diderot. Elle a notamment publié Le Langage, cet inconnu (Seuil, 1981) et Pulsions du temps (Fayard, 2013).

  • « Notre » Colette... Des regards croisés se posent dans ces pages sur une oeuvre décidément inclassable. Si la vie de l'écrivain - particulièrement dans son rapport à l'histoire - pique la curiosité au moins autant que ses livres, ceux-ci fournissent matière à de nouvelles réflexions : ils nous concernent, ici et maintenant, parce qu'ils évoquent une jouissance et des amours sans frontières, parce qu'ils chantent le culte de l'instant dilaté et maîtrisé, parce qu'ils osent présenter - et parfois préférer - les monstres. Ils laissent entrevoir la « femme cachée », les forces clandestines qui ouvrent la voie à l'écriture, suscitent d'étonnants personnages, et tracent un alphabet du monde. Cheminement très maîtrisé d'ailleurs, comme le montrent la mise en scène soignée des multiples images de l'écrivain, ou les étincelants paradoxes de son portrait inattendu en moraliste. Cette Colette-là est nôtre, parce qu'elle est autre...

  • " Au fur et à mesure que j'écris ces lignes, je me prends à espérer que ces efforts pour " sensibiliser, informer, former " pourront changer vraiment les mentalités. Que chacun de nous se glisse dans ses propres rêves, les plus bizarres ou les plus répétitifs. Qu'il remonte ensuite à la surface et écoute ceux qui parlent, marchent, entendent, regardent, agissent alentour, autrement, bizarrement, follement, à faire peur. Des mondes nouveaux s'ouvriront alors à notre écoute, douloureux ou enchantés, ni normaux ni handicapés, éclosions de surprises, des mondes en train de devenir polyphonie, résonances différentes, et cependant compatibles, des mondes enfin rendus à leur pluralité. Ne me dites pas que je rêve ou que c'est de la poésie. Et si c'était la face intime de votre chantier ? " J. K.

  • Pour la première fois, la linguiste, psychanalyste, romancière  Julia Kristeva - reconnue à l'étranger parmi les plus importants intellectuels de notre époque - dévoile des facettes intimes de sa vie, qu'elle éprouve comme un voyage. Trois quarts de siècle en affinité avec les vertiges identitaires de l'exil et de l'amour. Ce livre nous donne à voir l'enfant née en Bulgarie, puis la jeune femme découvrant Paris et qui éclot dans le bouillonnement de Saint-Germain-des-Prés des années 1970, mais aussi l'amante, l'épouse, la mère. Je me voyage nous convie à la suivre dans la chair des mots et à partager en sa compagnie cette traversée : Europe de l'après-guerre en ruine puis reconstruite, communisme, libéralisme, mondialisation, mais aussi dépression nationale, terrorisme, désir de France, sans oublier la littérature et l'expérience intérieure. Par-delà la genèse d'une oeuvre et de sa philosophie, c'est une vitalité existentielle, à l'affût des mutations historiques de notre monde que nous communiquent ces Mémoires sous forme d'entretiens. Samuel Dock est psychologue clinicien et écrivain. Son premier roman, L'Apocalypse de Jonathan (2012), a été bien accueilli par le public et la critique. Son dernier essai, Le Nouveau Choc des générations, a paru chez Plon en 2015. Depuis 2012, il écrit une tribune libre au Huffington Post.

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