Loïc Blondiaux

  • Une nouvelle demande de participation se fait jour dans les démocraties. Sous des formes variées (blogs, forums, journalisme participatif, conférences de consensus, concertations...), elle exprime une insatisfaction à l'égard de la démocratie représentative comme de ses médiations traditionnelles. Comment donner corps à ce " nouvel esprit de la démocratie " sans succomber aux faux-semblants d'une rhétorique de la proximité ? Comment faire vivre cet impératif de participation des citoyens sans sortir du cadre de la démocratie représentative ? Comment penser les dispositifs susceptibles de réaliser ce nouvel idéal ? C'est à ces questions cruciales que répond le livre de Loïc Blondiaux.
    Loïc Blondiaux est professeur des universités à l'Institut d'Études Politiques de Lille et chercheur au CERAPS (CNRS/université Lille II). Il est l'auteur de nombreux articles et ouvrages dont La Fabrique de l'opinion (Paris, Seuil, 1998) et Le Débat public : une expérience française de démocratie participative (Paris, La Découverte, 2007, en
    co-direction).

  • La question de l'opinion publique - de sa puissance, de sa mesure et de son contrôle - hante le gouvernement des sociétés occidentales depuis la fin du XVIIIe siècle. Intellectuellement, elle mène au coeur des contradictions de la pensée démocratique. Tout à la fois vénérée et redoutée, écoutée et dénigrée, elle s'est imposée très tôt aux élites politiques et savantes comme une énigme à résoudre autant que comme un risque à domestiquer. Cette « force impalpable comme le vent » qu'évoquait encore à la fin du siècle dernier un publiciste anglais se matérialise aujourd'hui à nos yeux sous la forme presque exclusive du sondage.Une telle révolution dans nos manières de penser le nombre, en statistique et en politique, n'a paradoxalement jamais fait l'objet d'une véritable histoire. A l'heure où chaque élection importante semble devoir tourner au procès des sondages, ce livre voudrait revenir sur les origines de ce phénomène et comprendre comment cette improbable statistique de l'opinion a fini par s'imposer comme une composante majeure de notre univers démocratique. En exhumant les débats passionnés qui ont jalonné la naissance des enquêtes d'opinion, en revenant sur les pas de ses pères fondateurs, en reconstituant avec précision le récit de l'avènement de cet instrument, en s'interrogeant sur la spécificité du rapport que la France entretient avec les sondages, l'auteur veut inviter à réfléchir aux implications politiques de cette invitation.

  • En Inde, le jan sunwai orchestre des règlements de comptes entre fonctionnaires et victimes de l'administration devant un public qui rit, applaudit ou hue. À Grenoble et à Charleroi, les Parlons-en invitent les sans-abris à discuter de leurs difficultés avec leurs concitoyens. Au Chili, la Table de consensus offre aux peuples indigènes spoliés la possibilité de s'épancher auprès des agents du gouvernement... Les pratiques de démocratie participative qui se multiplient à travers le monde afin d'associer les citoyens à la décision sont de hauts lieux d'expression des émotions.

    Curieusement, la science politique s'est peu intéressée à cette dimension, la considérant comme résiduelle. Pour combler cette lacune, les auteurs ont choisi de révéler son rôle essentiel au sein des conseils de quartier, dialogues citoyens et autres jurys d'assises, ainsi que les interactions constantes entre affects et rationalité. Les cas empiriques qu'ils présentent montrent également que, proscrites ou prescrites selon les effets politiques escomptés, les émotions sont fortement normées dans ces nouvelles arènes de la démocratie, qui doivent bien plus à la volonté des experts de l'ingénierie participative qu'aux élans affectifs spontanés.

  • L'histoire des sciences de l'homme se développe en France à la croisée des disciplines, de la philosophie et de l'histoire intellectuelle. Interrogations, doutes éthiques, réformisme politique suscitent une réflexion épistémologique. Il s'agit de comprendre quelle est la place de la science dans le monde moderne. Les différents intervenants s'interrogent sur la périodisation, les usages historiographiques dans les disciplines, les tendances actuelles de l'épistémologie, le rapport conflictuel des sciences humaines aux savoirs qui les bordent.

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