Sciences humaines & sociales

  • Les productions culturelles « parlent » : entre réalités et fantasmes, elles nous proposent un monde. Or les magazines pour hommes, au contraire de la presse féminine, n'ont pas fait l'objet de lectures critiques poussées, et nous ne savons presque rien à leur sujet. Que disent-ils, au juste ? Comment la presse masculine représente-t-elle les hommes, les femmes et les rapports entre eux ? Qu'est-ce qui, pour elle, définit l'homme ? À quoi ce dernier s'intéresse-t-il, que veut-il, que craint-il ? Les femmes sont-elles vues comme des objets sexuels, des rivales, des complices ou des égales ? Accepte-t-on les changements sociaux survenus depuis une trentaine d'années ou a-t-on la nostalgie d'une masculinité « de nature », d'une époque où les hommes étaient « des vrais » ?

    Attentive tant au texte qu'aux images, l'étude de Lori Saint-Martin comble une lacune en proposant une lecture fine, mesurée et rigoureuse de trois magazines québécois : Homme, Summum et Summum Girl, lequel, paradoxalement, se révèle un magazine masculin destiné aux femmes. Une étude vive et décapante, non dénuée d'humour, qui interroge avec pertinence les identités contemporaines.

  • La mine, c'est à la fois le crayon, l'expression et le potentiel explosif. Nous disons mines de rien, parce qu'il s'agit de petites choses, ces petits riens souvent passés sous silence, et qui, pourtant, nous minent.

    Trois professeures de lettres délaissent les formes académiques pour se donner le plaisir des billets d'humeur, de l'archéologie du quotidien, en solidarité avec toutes celles qui subissent les humiliations invisibles. Têtues, critiques, moqueuses ou graves, elles s'entendent sur un point: si le monde a beaucoup changé, si l'égalité semble à portée de main, le sexisme demeure bien vivace partout.

    Mines de rien, ce sont trois féministes qui mettent en commun leurs plumes grinçantes pour dépeindre nos travers avec des lunettes pas vraiment roses. Du marketing aux toilettes publiques, en passant par les médias sociaux, la culture du viol, l'instinct maternel ou la masturbation, leurs chroniques s'indignent de l'ordinaire sexiste, et prouvent qu'il est aussi arbitraire qu'anachronique. Ici la conscience aiguë du phallocentrisme n'est pas un poids, mais un moteur. Mieux vaut, paraît-il, en rire. Mieux vaut surtout s'en indigner.

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    Isabelle Boisclair, Lucie Joubert et Lori Saint-Martin sont auteures et professeures de littérature à l'université.

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