Louky Bersianik

  • C'est à l'invitation de Nicole Brossard que Louky Bersianik, Louise Cotnoir, Louise Dupré, Gail Scott et France Théoret se réunissent, tous les deux mois, autour de thèmes et d'enjeux de la pensée et de l'écriture féministe. Elles publieront, ensemble, un livre composé d'essais et de fictions. Nous sommes en 1988.

    Les femmes de La théorie, un dimanche, chacune par le biais de son oeuvre à elle, mais ici toutes ensemble, ont marqué la littérature des femmes et la pensée féministe. La théorie, un dimanche est un incontournable, un classique.

    Martine Delvaux / extraits de la préface

  • J'ai hurlé, hurlé, hurlé, hurlé. Est-ce que vous m'entendez maintenant? Est-ce que quelqu'un m'entend? La grande marche est commencée. - L'Euguélionne

    À la façon d'une archéologue littéraire, France Théoret a mené en 2006 une série d'entretiens inédits avec Louky Bersianik, alors âgée de 75 ans. Fortes de décennies de luttes communes et d'écriture, les deux penseuses revisitent les thèmes d'une oeuvre monumentale: la famille, la mythologie et les symboles, la transformation de la langue, l'imaginaire patriarcal et l'émergence d'une culture au féminin. Au sortir de ces conversations, on connaît mieux l'univers bersianikien, entre l'engagement et la conscience, où tout est sujet à transgression, où peuvent cohabiter la violence et la vie.

    Mais qui est Lucile Durand, alias Louky Bersianik, cette écrivaine visionnaire née à Montréal en 1930 et emportée par la maladie en 2011? Après des études à l'Université de Montréal et à la Sorbonne, elle fut rédactrice pour la radio, la télévision et le cinéma, ainsi qu'auteure de contes pour enfants et de paroles de chansons. Mais c'est en publiant le roman triptyque L'Euguélionne en 1976 (aux éditions La Presse, alors dirigées par Hubert Aquin) qu'elle entama l'une des oeuvres féministes les plus savantes et épiques du siècle dernier. Elle publia par la suite poèmes, essais et romans dont La main tranchante du symbole (Remue-ménage, 1990) et Le pique-nique sur l'Acropole (VLB, 1979).

  • Août 1939. Sylvanie Penn s'entasse avec ses deux soeurs et son petit frère dans un wagon de train. C'est au pensionnat d'Eremo qu'ils sont envoyés, loin, très loin de la maison de l'Anneau d'hier. Là-bas, il faut cacher son corps et retenir son amour; les religieuses leur enseignent la peur, la honte et le sacrifice de soi. Heureusement il y a les livres et les jeux de l'enfance qui permettent de supporter toute cette cruauté, et de la dire ensuite.

    Depuis son petit lit austère, Sylvanie Penn a soif d'humanité, de justice et de sensualité. Elle décrit dans une langue inventive un monde en guerre, un clergé censeur et ridicule, et surtout un amour indomptable pour sa famille, pour les mots, pour la belle Alix et le boitillant Clovis. Dans le désert d'Eremo, les enfants plantes poussent comme ils peuvent, et en Sylvanie s'éveille une révolte profonde, prête à tout renverser.

  • Considéré dans ce texte: La culture patriarcale. Le sexisme de la langue. L'Académie française. La formation des noms féminins. Les augustelles et les professantes. La côte d'Adam.

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