Lucien Jaume

  • Sait-on encore ce qui fonde l´Europe ? Quel ordre juridique et constitutionnel les peuples européens peuvent-ils et doivent-ils adopter ? Quelle éducation doit être proposée pour perpétuer la civilisation dont nous sommes issus ? C´est à ces questions que Lucien Jaume répond en menant une enquête sur la nature de l´esprit européen. Ni « identité » ni « conscience » européenne, ce dernier est bien plutôt un héritage intellectuel, artistique, spirituel et scientifique, ainsi qu´une attitude de l´esprit vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis de la société. On peut parler d´un « sens commun » qui, depuis la Renaissance, a nourri et façonné nos nations aujourd´hui membres de l´Union.
    Entre la règle et le marché, mais aussi à travers la puissance (ambivalente) de l´opinion, l´esprit européen s´exprime par les créations de la liberté qui se soumet aux règles et aux normes.
    Depuis Bossuet et Pierre Nicole, en passant par Locke et Adam Smith, pour arriver, grâce à Tocqueville, à notre démocratie d´opinion, cet ouvrage invite chacun à se remémorer le lien original que l´Europe a forgé entre l´individu et la communauté.

    Un recueil de textes de Locke, Bossuet, Nicole, Adam Smith, Tocqueville et Bachelard prolonge cet essai.

  • Les années 1789-1794 sont capitales dans la genèse de la vie politique moderne, dont elles ont constitué le laboratoire: la voix de l'opinion publique, le jeu des " factions ", la citoyenneté, le dogme de la souveraineté populaire entrent en scène avec éclat. De cela l'étude de la forme d'organisation des Jacobins, de leurs idées, de leur rhétorique est un excellent révélateur.

    Ce club, à l'origine diversifié, est devenu, sous l'effet des Brissot, des Marat, des Robespierre, une remarquable machine politique; il a capitalisé les attentes de couches sociales multiples, incarné contre plusieurs adversaires _ et pas seulement les royalistes! _ la " Personne " du peuple et l'unité de l'Etat révolutionnaire.

    L'efficacité du discours jacobin met en évidence le pouvoir, nouveau, de l'offre politique sur l'électorat et annonce ce qui est devenu aujourd'hui la compétition et les techniques de conquête de l'opinion.

    Dans le fil des problèmes soulevés par François Furet, cet ouvrage éclaire des pans entiers, longtemps délaissés par l'historiographie, de la pratique et de l'idéologie révolutionnaires.

    Agrégé de philosophie, historien et politiste, Lucien Jaume s'est fait connaître jusqu'à présent par des travaux sur Hobbes et sur les questions concernant la souveraineté et la représentation.

  • Faut-il opposer la loi et les droits ? L'universalité de la loi possède-t-elle un sens pour la liberté démocratique ? À l'heure de la montée des particularismes, des communautarismes et des différentialismes, c'est la question majeure de nos sociétés dont ce livre retrace l'émergence, l'oubli et les altérations.
    On assimile communément le libéralisme au triomphe de l'individu protégé par un certain nombre de droits, ou bien au triomphe du marché et de la société civile. D'où les figures du Contrat, du Juge et de la délibération sur la Justice popularisées par la philosophie américaine ou de langue anglaise, mais au prix d'un oubli des origines du libéralisme en philosophie : c'est la souveraineté de la loi et la fécondité de la loi pour la liberté humaine que les " classiques " ont mis au centre de leur pensée. Dans l'histoire américaine, puis européenne, la montée en puissance des droits de l'homme et du juge constitutionnel a également contribué à occulter la première philosophie du libéralisme. Tout comme a été obscurci, enfin, le grand partage entre libéralisme politique et libéralisme économique, entre la vision rationaliste de la loi et l'anthropologie empiriste des Écossais.

    Enseignant la philosophie et l'histoire des idées politiques à Sciences Po et au Centre Raymond-Aron (EHESS), Lucien Jaume apporte ici le complément, dans le domaine de la philosophie, à sa radiographie de l'esprit libéral en France publiée chez Fayard en 1997 : L'Individu effacé ou le paradoxe du libéralisme français (prix Guizot, 1998, décerné par le Conseil général du Calvados, et Prix Philippe Habert de science politique, Sciences Po/Le Figaro, 1998).

  • La représentation, pierre de touche de l'État démocratique moderne, est-elle un concept rationnellement analysable ou le mystère constitutif du logos politique ? Une généalogie de la théorie de la représentation contenue dans le Léviathan, dont elle est la clé de voûte, telle que la propose la présente étude, s'avère un révélateur privilégié de cette question majeure. L'analyse précise des présupposés, de la structure et des conséquences de la théorie hobbienne, permet de repérer le thème de la personne fictive ou artificielle comme déterminante pour cette problématique - ce qui requiert l'examen des filiations, refontes et polémiques menées par l'artificialisme et le matérialisme. Là, se dessine le destin de l'individualisme dans la modernité politique. Une fois restitué dans la problématique qui lui est propre, Hobbes se révèle, dans un second temps, éminemment éclairant pour les enjeux du séisme politique que constituera la Révolution française : la volonté générale rousseauiste, la Déclaration de 1789, les thèses sur la représentation de Madison ou Sieyès, sont réexaminées à partir du terrain de Hobbes. Il se révèle ainsi que le moment hobbien reste consubstantiel de l'actualité de la théorie politique. L'examen de ses apories vaut donc ipso facto comme élucidation de certaines contradictions du présent de la philosophie politique, à travers son point aveugle : la représentation.

  • On croit généralement que le libéralisme a consacré partout le triomphe de l'individu, le droit de se choisir et de choisir sa forme de société. Cela est vrai pour Mme de Staël et Benjamin Constant chez qui apparaît, contre le " despotisme " de Napoléon, une pensée de l'individu, sujet libre jugeant les institutions. Tel n'est pas le cas cependant en France du courant majoritaire fondé par Guizot, qui tend à effacer l'individu, au profit de l'Etat, des notables et de l'esprit de corps.
    Cet ouvrage donne la première synthèse, à la fois philosophique et historique, sur le libéralisme français, y compris le catholicisme libéral trop souvent négligé; les idées de très nombreux auteurs et acteurs, les uns _ comme Tocqueville ou Royer-Collard _ demeurés célèbres, les autres _ comme Cousin ou Sismondi _ à redécouvrir, sont constamment confrontées aux enjeux politiques de l'époque. On y trouvera aussi préfigurées nombre de nos controverses actuelles:
    Justice, presse, laïcité, liberté de l'enseignement, corruption, république monarchique, etc. Car la France de Napoléon est toujours là, et la liberté individuelle encore en recherche.

    Lucien Jaume, agrégé de philosophie, directeur de recherche au CNRS (Centre d'étude de la vie politique française), spécialiste de philosophie politique et de l'histoire des catégories de l'Etat moderne (souveraineté, représentation, citoyenneté), a publié des ouvrages sur Hobbes, le jacobinisme, les droits de l'homme.

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