Lucien Suel

  • «Tu récoltes ce que tu as semé, tu commences par le rouge et le vert, premiers radis, premières laitues, gotte jaune d'or ou reine de mai, d'abord des feuilles tendres comme du papier de soie, presque transparentes puis qui bouclent comme des oreilles, d'un vert moyen qui s'approfondit encore à l'extérieur alors que le coeur de la salade enfle et blanchit, un coeur qu'on peut arracher aussitôt avec les dents et croquer naturellement dans le jardin en l'assaisonnant avec une tige de jeune échalote, tu t'accroupis devant les cosses de petits pois à disputer aux ramiers, tu passes une matinée à arracher et préparer les poireaux repiqués l'an passé en juillet qui ont poussé à travers l'hiver...» Le narrateur de ce roman s'adresse à un homme au travail dans l'espace clos de son jardin. Un accident cardiaque frappe le jardinier. Dès lors, un flot traverse sa conscience. Images, sons, odeurs, souvenirs, réminiscences littéraires et musicales, sensations, visions se succèdent et s'entremêlent tandis qu'il s'éloigne, au fil du temps et des mots, des êtres qu'il a aimés.

  • «J'ai écrit beaucoup de pages, mais je n'arrive pas à suivre. Je sais trop de choses. Je ferme comme un robinet devant mes yeux. Trop de choses effroyables. J'ai fait du mal. Je dois raccorder mes nerfs. La Lys me suit après Haverskerque Armentières à travers Comines pour aller dans la mer. L'eau revient dans les nuages. Mon petit Émile tombe dans la pluie. Ici c'est ma peine. Je l'accomplis.» Mauricette Beaussart, soixante-quinze ans, a disparu de l'hôpital où l'on soigne sa santé mentale. Son ami Christophe Moreel entreprend de la retrouver. Au fil de sa quête, le passé et le présent de Mauricette s'entrecroisent, tissant peu à peu le portrait d'une femme riche de ses grandes souffrances et de ses petits bonheurs.

  • 'J'aime laisser un disque tourner pendant ma promenade et revenir ainsi dans une maison habitée. Une entorse à mes principes d'économie, mais dans ce cas, je me fiche de l'économie. Me fiche aussi des régimes minceur de banane, des enquêtes d'opinion de rue, des journaux gratuits, des messieurs en trottinette, des filets militaires ou de fierté ceci ou cela, des jeux à se gratter, discours, règlements intérieurs communautaires, campagnes d'information sur les promotions de la sécurité assurance-vie chewing-gum aliments régimes de chiens minuscules bichons cruchons cornichons vaccinations aviaires révolutionnaires courses autour du monde antennes satellites surgelés bande d'arrêt d'urgence.'

  • Nous avons sollicité Lucien Suel dès le lancement de l´expérience publie.net, pour son positionnement d´auteur : sa présence de terrain, dans son territoire du Nord, ses performances de poète, le risque pris avec des musiciens.
    Mais aussi parce que ça l´a mené à une posture inédite pour l´oeuvre : une suite de textes brefs chacun provoquant une réalisation artisanale, parfois manuscrite, diffusée directement par l´auteur via sa Station Underground d´Émerveillement littéraire.
    Il était bien sûr logique que Lucien Suel ait été un des premiers à investir l´espace blog en tant que création littéraire, risquée, démultipliée, voir Silo, ou exemple dans tiers livre invite.
    Il existe un autre Lucien Suel : l´espace Internet A noir E blanc n´est pas d´abord le sien, mais celui d´une photographe, Josiane Suel. Une recherche texte et image ancrée dans le territoire rural de l´Artois, les objets quotidiens, le travail de mémoire, dans la permanente friction du monde contemporain. Et c´est bien le texte qui, en venant s´assembler près de la photographie, quitte du même coup l´instance de représentation pour devenir fiction, parfois fantastique vaguement menaçant, ou rêveur, ou politique.
    C´est eux-mêmes, Lucien et Josiane, qui ont défini la première limite de cet ensemble. Ensemble circulaire : le dernier mot de chaque poème donne son titre et son premier mot au suivant.
    Ainsi, le développement des textes trouve sa propre logique en dehors du mouvement narratif des images.
    Ils ont continué depuis lors, et nous sommes nombreux (moi c´est le dimanche matin), à venir rêver devant ce compagnonnage en libre dérive,mais où toujours c´est une sorte d´épiphanie qui commande - ce qu´on rencontre, c´est bien notre propre monde.
    Côté publie.net, en quelques mois nous avons beaucoup appris. Il était temps de reprendre cet ensemble, et lui donner une mise en page qui permette vraiment de lui faire honneur.
    Et puis Lucien Suel vient de publier une fiction, Mort d´un jardinier, texte qui participe de ce que Barthes nommait On écrit toujours avec de soi, puisque, sans être nullement autobiographique, les vecteurs d´intensité qu´on trouve dans Poussière, et notamment le rapport au territoire, à la terre en travail, aux éléments naturels et leur croisement avec nos destins minuscules, acception Michon du mot, s´y retrouvent...

    FB

  • Lucien Suel est un atypique.
    Et c´est bien pour cela qu´on s´est rejoint, c´est bien pour cela que ce site existe, c´est bien pour cela que je considère importante, ici, sa présence.
    Notre système de production et reproduction de littérature a des canons fixes. Qu´une forme naisse à côté, il ne sait pas l´intégrer. Alors des branches neuves poussent, sans repère prévu à l´avance. A nous de faire avec.
    Ainsi, Lucien Suel a toujours lié sa pratique de l´écriture a son goût de la musique punk, en a accompagné la naissance, en a suivi les formes dans ses modes mêmes de se saisir du texte.
    Ainsi pratique-t-il la lecture à haute voix, et sa pratique des groupes de rock.
    Ainsi, son amitié et sa complicité pour l´atypique et nécessaire Mauricette Beaussart.
    Lucien Suel est une sorte d´atelier vivant : voir sa Station Underground d´Expérimentation Littéraire. Commandez pour 20 euros de textes, et vous verrez l´enveloppe que vous recevrez. Le papier matière, l´écriture manuscrite à tirage ultra-limité, les supports parfois aux formats les plus incongrus : et alors ?
    C´est justement ce qui permet à l´écriture d´être ou de naître ailleurs.
    Voir ici sur tiers livre ce qu´on en pense, avec large extrait.
    C´est aussi avec Lucien qu´on a inauguré la section texte/images de publie.net : Poussière, texte LS, photographies Josiane Suel.
    Quant à William Burroughs. Ah, William Burroughs. Non, vous n´êtes pas d´accord sur Burroughs ?
    Voici donc, à l´interconnexion de Lucien Suel et de William Burroughs, il y a 36 ans exactement, en 1972, la première expérimentation d´un cut-up, et cela devient coupe carotte.
    Il n´est nul besoin que vous dépensiez 1,30 euros, dont la moitié reviendra à l´auteur, pour télécharger l´intégralité de Coupe Carotte.
    Lucien Suel et moi-même installons ici, dans les formes brèves de publie.net, ce Coupe Carotte parce que cela nous fait plaisir.
    Le texte contient d´ailleurs lui-même les notes de sa genèse.
    Voir ci-dessus l´extrait en lecture libre. La mise en page est aussi de l´auteur.

    FB

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • D'abord, le ciel du Nord. Ce Pas-de-Calais où, entre mines et usines, la dureté de vivre est plus à nue. Lucien Suel est des voi e là-bas, de ceux qui arpentent la poésie à voix haute, mêlant l'expérience Internet aux performances et musiques.

    Mais toujours, sous les mots qui s'assemblent ici en semblance de la bascule du temps, accumulations noires, et ce sentiment de suspension propice au retour sur soi-même, l'ancrage est perceptible : le canal qu'on distingue sur les deux toiles "Approaching Storm" de William Brown qui accompagnent le texte, c'est là qu'est né Suel, là qu'il vit toujours.

    On le connaît désormais aussi par son travail de romancier, lui aussi ancré en ce pays même. La représentation du ciel et ses nuages, d'où cette théorie des orages, a toujours été point d'inflexion pour l'art - et pas seulement par Turner.

    C'est à cette expérience que nous convie ce texte à la foix complexe et scintillant.

    FB

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