Mélissa Correia

  • Il s'agit, dans ce dossier, d'examiner les pratiques de dépouillement et de simplicité volontaire : comment peut-on assumer la pauvreté, comment la création est-elle perçue comme dénuement? Il s'agit de vivre et de créer avec peu, mais aussi de mettre en commun nos ressources, outils, technologies. L'artiste peut travailler par choix avec un matériel désuet, low-tech, recyclé, bon marché. Tout le monde peut réaliser son oeuvre, il est remplaçable, « disposable ». Il peut aussi travailler pour donner une voix aux exilés, aux réfugiés ; explorer la condition des personnes sans statut politique, sans droits civiques, sans représentation historique. Qu'est-ce que la « vie nue » (Agamben) dans une société des technologies et de la consommation?

  • En 1966, alors que le LSD était encore légal, les artistes étaient préoccupés par l'exploration du potentiel cognitif, la conquête de la « liberté interne ». Ils n'hésitaient pas à avoir recours aux psychotropes pour parvenir à des états seconds et à une conscience modifiée. Ils s'intéressaient aux philosophies orientales et au chamanisme de la Sibérie et de l'Amérique du Sud, à l'ayahuasca et au peyotl, dans leur recherche de nouvelles formes d'existence. Ce numéro riche en contenu explore, cinquante ans après, le rôle des prothèses chimiques dans l'art d'aujourd'hui et en quoi elles seraient supplantées par des « suppléments technologiques ». Nous pouvons nous demander si, en 2016, les artistes sont encore préoccupés par les « portes de la perception », s'ils cherchent une conscience augmentée, sinon une humanité transformée (H+). Avons-nous encore besoin de raccourcis spirituels, d'accélérateurs psychiques, d'électrochocs culturels?

  • La 124e édition de la revue d'art actuel Inter est un véritable happening, produit à l'occasion d'un geste collectif : « La revue comme action ». Le samedi 9 avril 2016, pendant huit heures d'affilée, les pages du numéro ont été créées sur les murs du Lieu, centre d'art de Québec, avec divers supports et disciplines correspondant aux participants sélectionnés. Ces participants, collaborateurs anciens et nouveaux, artistes et poètes, ont ainsi renoué avec le travail sur la revue comme objet et espace d'exposition. Une revue faite à la main à l'ère du numérique, un beau pari! Pensée critique, subversion graphique, rencontres entre la trace et l'empreinte : l'art actuel demande une implication directe dans tous les processus. Certaines pages ont été produites par plusieurs, d'autres en solo. La publication prenait progressivement forme au gré des situations et des contextes d'exécution. Échanges Québec-Bangkok, Günter Brus et Yoko Ono... autant de libertés créatives à explorer.

  • Le numéro automnal d'Inter, art actuel est la suite du dossier sur les risques et dérapages, thématique riche et étendue. Il insiste sur la nécessité de faire connaître le contexte spécifique à certaines oeuvres à risque et souligne l'importance de bien articuler la différence entre risque et dérapage. La page couverture du numéro présente d'ailleurs Fountain qui célèbre son 100e « anniversaire ». Pour l'occasion, Michael La Chance livre une analyse assez touffue et éclairante sur la « signature » et le développement du récit de Fountain dans son insertion historique. Inter propose d'ailleurs un opuscule qui est joint à la revue, témoignage aussi de la relativité des appropriations comme des propositions esthétiques. Des collaborateurs de diverses provenances et positions poursuivent ensuite l'incursion dans nos réalités en explorant des attitudes souvent radicales ou iconoclastes pour nous pousser à la réflexion et à l'exploration des limites, par des gestes et actions qui témoignent d'une situation actuelle souvent sans compromis.

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