Mathieu Guidère

  • Pour la majorité des musulmans, le Coran, parole de Dieu, est immuable. La révélation à Mahomet fut transmise, de façon directe et continue, du Prophète à ses compagnons, enfin des compagnons à l'ensemble de la communauté musulmane, de génération en génération, par voie orale puis sous forme écrite. Un processus de mémorisation par coeur a abouti, au bout de quatorze siècles, à la situation actuelle où le Coran doit être vénéré littéralement.
    Mais face à la violence qui se réclame de l'islam et qui puise sa légitimation dans le Coran même, de nombreux penseurs musulmans défendent l'idée qu'un examen critique des sources et des fondements de la civilisation musulmane est nécessaire et urgent. Sensibles à la dimension contextuelle du texte coranique, ils insistent sur la portée symbolique ou partielle des prescriptions qu'il contient, par exemple sur le voile, sur l'amputation et la décapitation ou encore sur la guerre sainte. Tous font preuve d'un souci d'adaptation aux problématiques des sociétés contemporaines telles que le pluralisme religieux et les droits de l'homme, le statut de la vérité et de la violence sacrée, la libération de la femme et la défense des minorités.

    Mathieu Guidère rend compte des débats en cours dans le monde musulman, et des risques auxquels s'exposent ces penseurs.

  • L'islam vit une guerre permanente qui oppose essentiellement des groupes musulmans chiites et des groupes musulmans sunnites. Mais il existe également une lutte interne à l'islam sunnite, majoritaire dans le monde, entre les sunnites de la tendance frériste (Frères musulmans) et les sunnites de la tendance salafiste (wahhabites). Cette lutte interne à l'islam est soutenue par des pays qui ont pour religion d'État l'une ou l'autre de ces tendances, qui se vit comme dans le « vrai » face aux « déviants » ou « hérétiques ».
    Méconnaissant cette situation, les Occidentaux, par leurs interventions, aggravent les luttes internes, voire les importent dans leur territoire national. Lorsque sous la présidence de Nicolas Sarkozy l'alliance avec le Qatar fut privilégiée, le courant sunnite des Frères musulmans apparut « béni de Dieu » dans la perception commune des musulmans sur les deux rives de la Méditerranée. À l'inverse, lorsque, sous la présidence de François Hollande, l'alliance avec l'Arabie saoudite a été préférée, le courant salafiste de l'islam sunnite a pris le dessus dans la perception collective : à chaque changement d'alliance en politique étrangère correspond un changement de perception dans les communautés musulmanes à l'intérieur comme à l'extérieur du pays.
    Mathieu Guidère articule en permanence le temps long des convictions religieuses et le temps plus court du politique et du national, l'évolution séculaire des disputes théologiques et les divisions très récentes des frontières héritées du modèle européen de l'État-nation. Le lecteur comprend ainsi pourquoi le croyant ordinaire, loin d'être un docteur en théologie, perçoit sa religion comme un marqueur culturel d'us et de coutumes ancestraux et transmis par la famille et le lignage, souvent en contradiction avec l'identité que l'État cherche à lui imposer.

  • Lorsque l'organisation de l'État islamique proclame le califat en 2014, elle signe le retour d'une institution à l'histoire plus que millénaire. Le calife, à l'origine simple successeur du Prophète de l'islam, devient une figure centrale du pouvoir, avec la mise en place de plusieurs dynasties califales : les Omeyyades à Damas, les Abbassides à Bagdad, les Fatimides au Caire, les Almohades à Marrakech, les Ottomans à Istanbul. Au fil des siècles, cette figure évolue : d'abord chef spirituel et temporel, le calife finit par n'être plus qu'un guide religieux, soumis au pouvoir d'un vizir ou d'un émir. Il subit tout à la fois la pression des oulémas et de l'armée, puis celle des puissances étrangères, avant de disparaître à l'issue de la Première Guerre mondiale. Malgré la suppression du califat en 1924, ce rêve d'unité de la communauté musulmane est toujours présent. Il signe l'échec de l'État-nation porté par le nationalisme arabe et le retour d'un panislamisme conquérant. Loin d'être l'expression d'un fanatisme local, il apparaît aujourd'hui comme un projet mûrement réfléchi, à l'enracinement historique.

  • Début 2011, première onde de choc dans le monde arabe. Le peuple se révolte pour se libérer du joug des dictateurs. Du Maroc au Yémen, en passant par l'Algérie et la Syrie, les événements se succèdent à un rythme soutenu : fuite du président tunisien Ben

  • Parti à la rencontre des acteurs et témoins d'une révolution pas comme les autres, deux ans après la chute de Ben Ali, Mathieu Guidère a traversé sept pays du monde arabe, du Maroc à la Syrie, en passant par l'Égypte et la Libye. Fort de sa double culture, ce spécialiste de géopolitique et arabisant hors pair décrypte les espoirs déçus, les préjugés et les malentendus à l'oeuvre de part et d'autre de la Méditerranée. Un récit vivant, éclairant : salutaire.

  • Janvier 2015. Le monde entier assiste avec sidération aux attentats de Paris. Près de quinze ans après le 11 septembre, les modes d'action du terrorisme et ses acteurs ont beaucoup évolué et la radicalisation gagne les jeunes Occidentaux.
    Qui sont les nouveaux commanditaires ? Quelles sont leurs stratégies de recrutement ? Quelles solutions s'offrent à nous pour lutter contre cette radicalisation ? Spécialiste de l'islamisme radical et du terrorisme, Mathieu Guidère mène l'enquête et propose un état des lieux depuis la disparition de Ben Laden en 2011.
    D'Al-Qaida à Boko Haram, en passant par les loups solitaires, les cellules dormantes et les programmes de déradicalisation, l'ouvrage donne des clés de compréhension pour envisager l'avenir avec lucidité et intelligence.

empty