Maurice Mourier

  • « Écraser au revers des feuilles frisées, vert bouteille, des plants de pommes de terre, les plaques jaune safran qu'y déposent les doryphores en tenue camouflée, rayée de kaki, et se salir les doigts au jus collant de leurs oeufs en suave omelette.

    Pourchasser au soir tombant les hannetons patauds : ils lancent d'un buisson l'autre la basse bruyante de leur moteur.

    Rouler et te rouler dans la prairie qui moutonne en pente vers le ru.

    Jeter soudain un corps fourmillant de sèves dans la terre tout juste bêchée du potager, te retourner face au ciel, fermer les yeux tant la lumière est forte, appuyer ton dos contre l'axe du monde et éprouver en chaque fibre la sensation enivrante qu'il tourne sans à-coups et t'entraîne sur sa puissante machine pour un manège éternel.

    Dans la cour, l'eau usée venue de l'évier coule librement là où s'interrompt le tuyau de plomb qui passe sous la croûte durcie par le piétinement des gens et des bêtes. Avant de se perdre en contrebas dans le jardin, au-delà du mur d'un demi-mètre de haut seulement et presque autant de large sous lequel elle s'échappe par un trou, elle imbibe en profondeur ce coin fangeux où ne poussent guère, entre les déjections de la volaille, que du plantain rabougri et le pissenlit increvable. Avec quelle joie tu patauges dans cette sanie, t'escrimant à l'aide d'un bâton à déloger les lombrics qui pullulent dans le sol gras et que viennent engloutir les canards !

    Une fois la semaine Grand-mère va aux commissions dans les trois épiceries où il n'y a plus rien, dit-elle, et qui sur l'arrière font bistrot. Elle s'attarde avec les commères :

    « Tu sais comme j'aime blaguer, ne t'inquiète pas, quelquefois elles me tiennent la jambe, à Alger j'appelais ça des charrettes ! »

    Seul, à la garde du chien, tu possèdes alors le lieu, tu possèdes toute la terre. »

    Maurice Mourier est poète, romancier, et critique à la Quinzaine littéraire. Il a notamment publié Le Miroir mité (Gallimard, 1972), Golilande ou Journal d'un Mort (Gallimard, 1974), Parcs de Mémoire(Denoël, 1985), et, plus récemment, Dans la maison qui recule aux Editions de l'Ogre.

  • « Silence ! », répéta la voix, une voix désagréablement criarde, accompagnée de raclements de gorge, essoufflée, une de ces voix d'emphysème, encombrée de mucus, dont on a toujours l'impression qu'elles vont se résoudre en toux graillonneuse, et puis non, ça repart au milieu d'efforts pour s'empêcher d'éructer, et ça dit à nouveau : « Silence ! nom de Dieu ! Vous recommencerez plus tard vos jacasseries. Maintenant, on s'arrête, on écoute, on regarde. »

    Maurice Mourier est poète, romancier, et critique à la Quinzaine littéraire. Il a notamment publié Le Miroir mité (Gallimard, 1972), Golilande ou Journal d'un Mort (Gallimard, 1974), et Par une forêt obscure (L'Ogre, 2016).

  • Encore et toujours à découvrir et à redécouvrir, Henri Michaux au texte acéré, nu, grinçant, rieur, plus nécessaire que jamais en notre "époque du flot" où les discours se dévergondent, où la pléthore creuse des objets donne la nausée. Cinq trajets divers parcourent l'oeuvre de Michaux : poésie "énergétique" qui révèle aux faibles leur incroyable puissance, stratégie à l'appui (DADOUN), jeux mystificateurs des idéologies de la lecture et de l'écriture (KUENTZ), lecture légère et dansante d'un Plume aux mésaventures chaplinesques crépitantes d'humour (MATHIEU),"pensée "expérimentale" sollicitant la drogue (MOUCHARD), mouvements subtils d'une écriture qui entrelace sagesse et magie (MOURIER). Toutes ces ruptures obstinées et avides sur les textes de Michaux révèlent au moins sa présence tenace, rigoureuse, éclatante - rocs de mots aux étincelles aptes à crever maints obscurantismes.

  • Encore et toujours à découvrir et à redécouvrir, Henri Michaux au texte acéré, nu, grinçant, rieur, plus nécessaire que jamais en notre "époque du flot" où les discours se dévergondent, où la pléthore creuse des objets donne la nausée. Cinq trajets divers parcourent l'oeuvre de Michaux : poésie "énergétique" qui révèle aux faibles leur incroyable puissance, stratégie à l'appui (DADOUN), jeux mystificateurs des idéologies de la lecture et de l'écriture (KUENTZ), lecture légère et dansante d'un Plume aux mésaventures chaplinesques crépitantes d'humour (MATHIEU),"pensée "expérimentale" sollicitant la drogue (MOUCHARD), mouvements subtils d'une écriture qui entrelace sagesse et magie (MOURIER). Toutes ces ruptures obstinées et avides sur les textes de Michaux révèlent au moins sa présence tenace, rigoureuse, éclatante - rocs de mots aux étincelles aptes à crever maints obscurantismes.

  • Trois études sur ce poète d'origine belge, dont l'oeuvre est le témoignage sur ses voyages réels ou imaginaires, ses rêves ou ses hallucinations.

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