Littérature générale

  • Les illusions de la Libération, la vie mesquine, la grogne dans le métro, la terreur de la bombe, la honte de la Shoah, les premières douleurs de la décolonisation : quand on a vingt ans, terrible époque !
    J'étais trotskiste et sartrien. Mais une fois libéré de ces carcans, ma belle époque a commencé. Tout semblait à nouveau possible, il suffisait d'écouter les gens : plus on les écoutait et plus ils parlaient. Ecouter, enquêter, penser en toute liberté ! Je me suis fait sociologue, avec passion.
    Bientôt viendrait le temps de l'aventure américaine, de la Californie à Harvard, celui des enquêtes de terrain. Comment oublier le regard des employées des Chèques postaux écoutant mes questions ? Ce fut aussi le temps de l'aventure politique, à Esprit et au Club Jean-Moulin.
    C'est avec Mai 68 que se clôt ma belle époque. Il faut dire que c'est dans mon amphithéâtre précisément, à Nanterre où j'enseignais alors, que Daniel Cohn- Bendit fit ses premières armes un beau jour de novembre 1967... Quoi qu'il en soit, cette révolution n'allait décidément pas dans le sens de ce qui, jusque- là, avait été mon engagement de sociologue et d'intellectuel.

    L'un des plus illustres sociologues français, dont l'oeuvre signe l'engagement réformateur (le Phénomène bureaucratique, la Société bloquée, l'Acteur et le Système, Etat modeste, Etat moderne, la Crise de l'intelligence notamment), livre le premier volet de ses Mémoires, qui court depuis sa naissance dans une honnête famille de la banlieue parisienne jusqu'en Mai 1968.
    Portraits, anecdotes, instantanés de vie : voici l'histoire d'une formation intellectuelle au coeur des Trente Glorieuses, ces années qui ont tant marqué la France.

  • 1969 : je rentre définitivement de Harvard. Mes travaux inspirent le projet de " Nouvelle Société " défendu par Chaban. Commence alors pour moi une carrière, aussi ingrate qu´exaltante, de réformateur.
    Mon aventure est d´abord intellectuelle. Contre la sociologie critique dominante, je veux développer une sociologie positive, réaliste, fondée sur l´écoute des gens, afin de les aider à prendre eux-mêmes la responsabilité du changement. Me voici chef de commando à la tête d´un centre de recherches, dirigeant des enquêtes de terrain dans les écoles, les hôpitaux, les entreprises et l´administration.
    J´ai essuyé quelques échecs, mais j´ai aussi montré qu´on pouvait réussir de vraies réformes à l´Equipement, à Air France, à la SNCF.
    Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, je parcours le monde pour comprendre ce qui se passe derrière le rideau de fer, en Chine et bien sûr en Amérique, ma patrie d´adoption, qui, des années Johnson à la déroute de Nixon, paraît alors au bord de l´effondrement.
    Passionnante, mais difficile époque pour qui s´acharne à penser à contre- courant...

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