Éditions Textes Gais

  • Au moment, où, un peu partout dans le monde, a fini par éclater le scandale, trop longtemps étouffé, des innombrables viols d'enfants et d'adolescents impunément perpétrés par des prêtres, le roman d'Octave Mirbeau Sébastien Koch, publié en 1890 et qui s'est heurté alors à une véritable conspiration du silence, apparaît plus que jamais d'actualité. Car Mirbeau, le grand démystificateur, a été le premier à transgresser le tabou et à dévoiler publiquement le secret le mieux gardé : celui des turpitudes de l'Eglise catholique, qui, non contente de pétrir et de pourrir les jeunes cerveaux malléables pour préserver sa domination, comme l'en accuse le romancier, protège de surcroît les prédateurs sexuels qu'elle abrite en son sein et qui bénéficient d'une totale impunité, parce que tout vaut mieux à ses yeux qu'un scandale qui ternirait sa façade de respectabilité et menacerait son autorité.
    L'action de ce roman, souvent qualifié d'autobiographique, est situé au collège des jésuites de Vannes, où le romancier lui-même a fait ses études, avant d'en être chassé dans des conditions plus que suspectes. Son intérêt majeur est de nous faire partager la perception du monde des adultes par le jeune et naïf Sébastien, manipulé et séduit par un jésuite cynique et madré, et de faire découvrir les conséquences dévastatrices du traumatisme du viol. Sébastien Koch est le récit bouleversant du « meurtre d'une âme d'enfant », dans un univers absurde, où rien ne rime à rien, et dans une société bourgeoise oppressive, où tout va à rebours du bon sens et de la justice.
    Mirbeau parvient à un dosage subtil entre pitié et ironie, écriture artiste et « tragique dans le très simple », qui contribue à faire de Sébastien Koch un roman d'une étonnante modernité, à la fois subversif et émouvant, en même temps qu'un acte d'accusation lancé à la face d'un ordre social inique et hypocrite.
    Pierre Michel

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