Patrick Kéchichian

  • 'Le désir de l'éloge, comme tout vrai désir, est sortie, abandon joyeux de soi. L'éloge suppose l'existence, la consistance de la personne (ou de la chose) dont on veut dire et chanter les mérites, l'intérêt, l'intelligence, la séduction, la beauté, la hauteur, la profondeur, etc. Cette personne il faut d'abord la nommer - ou échouer à la nommer -, l'invoquer, se placer, en pensée et de toute son âme, face à elle.
    Les pièces qui composent cet ouvrage, à partir des entrées choisies, ne forment pas un dessin complet, pas davantage une synthèse. Encore moins un guide. Il y a des omissions criantes, des trous profonds, des impasses. Le contournement d'immenses massifs. Ces manques seraient injustifiables si n'était la volonté qui m'anime et peut-être me justifie : témoigner d'un bouleversement intérieur, la foi, qui, peu à peu, s'est constituée, dans ma vie, en lignes de pensée, de conduite - et partant d'inconduite -, en morale, en horizon.'
    Patrick Kéchichian.

  • De toutes parts, des questions fusent : Où suis-je ? Combien sommes-nous ? Vous plaisantez ? Qui êtes-vous pour me parler de la sorte ? Comment cela va-t-il finir ? Mais pourquoi pleurez-vous ?Dans le brouhaha, on distingue quelques réponses, comme venues de nulle part. Certaines sont violentes, péremptoires, destinées à faire taire l'adversaire, d'autres lamentables ou encore de pure convention. Mais très vite, on prend la mesure des décalages : les réponses sont souvent étrangères aux questions qui, à leur tour, ne semblent en attente d'aucune réponse. Les malentendus abondent, qui prennent force de loi. Cette cacophonie pourrait être joyeuse : elle n'est que risible. Toutes ces voix impuissantes à se parler, à se rassembler, on se fatigue à les distinguer, à tenter de démêler en elles le vrai du faux. Alors il faut lutter avec le langage, ruser avec les lieux communs, les idées emprisonnées dans les expressions toutes faites. Avec ou contre ? Finalement, nous jouons moins avec les mots qu'ils ne jouent avec nous.Au milieu de ce paysage de voix et de discours, au centre de la société invisible qu'ils finissent par former, une montagne s'élève soudain. Si elle n'était d'opérette et de carton-pâte, elle serait symbolique. Sur l'une des pentes, un alpiniste d'occasion, tel un ludion silencieux, monte, et surtout descend. Sur sa malheureuse personne, beaucoup de paroles vont converger.Quant à l'auteur, il revendique «l'entêtement» du «guetteur» dont parlait Roland Barthes. Un guetteur placé «à la croisée de tous les discours, en position triviale».

  • La défaveur

    Patrick Kéchichian

    C'est l'histoire intérieure d'un enfant, puis d'un jeune homme, de sa formation, ou plus précisément de son édification. Elle est racontée par un narrateur, à la fois intéressé, avisé et impatienté, qui tente de rassembler des fils épars, de construire une sorte de cohérence dans un parcours fort chaotique. Fils d'immigrés, l'enfant en question a vingt ans au début des années 1970 et vit à Paris, au Quartier Latin. Là, il observe avec mélancolie, réfléchit autant qu'il le peut, lit et écrit d'une manière désordonnée, tente de s'éduquer dans la langue et la culture de son pays d'adoption. L'action de la grâce vient donner à l'usage de cette langue et à la parole qui en procède une importance et une centralité décisives. Il se convertit alors au catholicisme et entre dans la demeure que constitue désormais l'Église. Dieu, le langage, la parole et la littérature, la critique enfin, traceront, pour lui, des voies d'accès au monde et à son prochain.Patrick Kéchichian est né à Paris en 1951. Il est critique littéraire et écrivain.

  • Fiction & CieL'AIGUILLE DE MINUIT CARNETS DE L'ALPINISTEQui est l'Alpiniste ? Pourquoi ce nom si commun malgré sa majuscule Je ne sais pas. C'est ainsi. Mais ce que je sais, je m'empresse de le dire : au retour de son ascension, et avant de me faire

  • « L'être spirituel et intérieur dont, secrètement, sans l'avouer, je faisais mon projet, mon motif, ma raison d'être, mon identité, et presque ma gloire, doit affronter une autre vérité : celle du réel. Et de quel droit, de cela, me plaindrais-je ? Cette relativisation, dois-je, clamant ma propre innocence, la condamner ? À l'empire microscopique de mon dedans triomphant, n'est-il pas temps de soumettre l'épreuve décisive, virtuellement mortelle, du dehors ? »
    Patrick Kéchichian

  •  Si la littérature est une connaissance et une recherche de la vérité, celui qui écrit devrait s'effacer pour mieux témoigner de cette connaissance et faire apparaître cette vérité. Or, il arrive que, loin d'adhérer à la nécessité de l'effacement, l'écrivain cherche d'abord à se faire un nom, à devenir un notable, le Prince d'un monde de fiction et d'artifices - la République des lettres. Bientôt, il n'agira qu'en vue de sa gloire tangible, immédiate, et des prestiges qui sont attachés à son état. Quant à la vérité, il n'aura que le souci d'en faire une intéressante source de profit.Avec tristesse, mais aussi avec colère, l'auteur de ce pamphlet a observé et inventorié un certain nombre de mensonges, indignités, brutalités et bassesses mises en oeuvre pour parvenir à ce but. Il a donné ensuite à cette concrétion de comportements et d'attitudes la dimension d'un édifiant cauchemar. Patrick Kéchichian, né en 1951 à Paris, est journaliste et critique littéraire au Monde. 

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