Pierre Vadeboncoeur

  • En 1970, à la parution de La Dernière Heure et la Première, le Québec est en pleine ébullition intellectuelle et politique, les empêchements de l'ancien monde semblent évanouis, et pourtant Pierre Vadeboncoeur jette un regard sévère sur la situation de son peuple. La longue survivance des Canadiens français révèle moins un parcours de résistant qu'une dépossession politique continue qui ne prendra certainement pas fin avec le fédéralisme du Parti libéral du Canada. N'en déplaise à Pierre Elliott Trudeau, à qui cet essai est destiné, son antinationalisme ne fait que reproduire, à l'envers, le vieux nationalisme canadien-français qu'il dénonçait jadis dans Cité Libre. Dans un cas comme dans l'autre, le peuple est tenu à l'écart du pouvoir. Et c'est bien ce qui est au centre de cet essai : l'appropriation du pouvoir par le peuple. S'il offre une autre confirmation de la prose lumineuse de Pierre Vadeboncoeur, ce petit traité philosophique sur le néonationalisme et l'indépendantisme québécois n'a rien perdu de son actualité et de sa perspicacité.

  • « La culture, c'est de gagner en liberté et de perdre en arbitraire. L'inculture, c'est de gagner en licence et en arbitraire. » Non seulement ces deux courtes phrases résument l'objet de ces essais sur l'insignifiance, mais elles expriment aussi une préoccupation constante dans l'oeuvre de Pierre Vadeboncoeur. Méditant sur l'état de la culture en s'appuyant ici sur des oeuvres d'art et de littérature emblématiques, l'essayiste voit dans le culte de l'immédiateté une manifestation éclatante de l'inculture. En rupture avec l'héritage européen, le « nouvel homme » américain est collé au réel, obsédé par son bien-être, impatient de convertir la moindre angoisse ou injustice en cause militante. Le Québec n'est pas à l'abri du décervelage de la culture de masse, comme en témoigne la Lettre à la France. Parus au début des années 1980, ces essais sont une contribution importante aux diagnostics de crise de la culture qui se multiplient à l'époque. Ils préfigurent également l'oeuvre tardive de Pierre Vadeboncoeur, où affleure une inquiétude pour « l'humanité improvisée ».

  • Intellectuels de gauche, amis de longue date, Pierre Vadeboncoeur et Hélène Pelletier-Baillargeon ont été l'un et l'autre, depuis les années 1960, à travers leurs actions et leurs écrits, d'ardents militants de l'indépendance du Québec. Pas un instant ils n'ont hésité à afficher et à défendre publiquement leurs positions politiques, en particulier, mais pas seulement, lors des deux référendums sur la souveraineté.
    Or, c'est précisément ce qui rend cette correspondance à la fois si étonnante et si précieuse, et qui explique pourquoi ils tenaient à ce que leurs lettres demeurent confidentielles. Car les pensées et les émotions qu'ils y expriment en toute franchise ont quelque chose d'éminemment paradoxal. D'un côté, jamais ils ne renient leur foi en l'indépendance, en la nécessité de l'indépendance ; mais d'un autre côté, ils voient bien que le pays attendu ne se fera pas, qu'il ne peut pas se faire, que tout joue contre la possibilité concrète de l'indépendance, aussi bien les forces extérieures, trop puissantes pour être renversées, que l'état intérieur et la psychologie de la nation elle-même.
    Document de première importance pour la compréhension du Québec récent, ce dialogue secret sur un rêve impossible mais qui refuse de s'effacer concerne tous ceux et celles qui ont encore le souci du Québec.

  • Pierre Vadeboncoeur et Pierre Elliott Trudeau ont été d'inséparables copains de l'école primaire jusqu'à l'université, pour ensuite devenir collaborateurs à la revue Cité libre et camarades de luttes contre le duplessisme. Cette bonne entente a duré jusqu'à ce qu'ils s'affrontent dans les années 1960 sur l'avenir de la nation québécoise. L'un étant souverainiste et socialiste, l'autre, le fédéraliste que l'on connaît. Pourtant, l'affection qui les liait ne s'est jamais démentie, la véritable amitié s'éprouvant bien plus dans la possibilité d'un désaccord que dans le confort des affinités faciles.

    La correspondance rassemblée dans ce livre, dont plusieurs lettres couvrent la période des années 1940 et 1950, donne à voir une grande amitié tout en documentant un pan entier de notre histoire.

  • Dans cet essai, Pierre Vadeboncoeur met en scène une galerie de personnages publics ayant mis leur ingéniosité au service de la bêtise. Ce sont les grands imbéciles. Il s'agit de politiciens, d'entrepreneurs et de savants dont l'intelligence abdique devant les tâches qui lui incombent, et dans les mains desquels la raison est une arme pointée contre l'esprit public. En politique internationale, messieurs Bush et Cheney en sont de beaux spécimens. Monsieur Harper fait bonne figure en politique nationale, en compagnie de tous ceux qui, à gauche comme à droite, ont perdu le sens des réalités politiques et historiques du pays. Pour les Québécois, c'est cependant le retour du politicien provincial qui offre la variété la plus troublante du genre. Incarné à merveille par Mario Dumont, ce type de politicien, déplore l'auteur, présage un « retour à la nullité d'antan », avec sa démagogie, sa veulerie et ses compromissions. C'est, en outre, à l'exorcisme d'un tel revenant que nous convient la plume et la sagacité de Pierre Vadeboncoeur. On retrouvera avec joie dans ce recueil de courts textes la fougue, la profondeur et l'élégance des analyses politiques d'un essayiste dont la réputation n'est plus à faire. L'Académie des lettres du Québec honore Pierre Vadeboncoeur de sa plus haute distinction, la médaille de l'académie. Elle souligne ainsi la contribution de Pierre Vadeboncoeur à l'essor de l'essai comme genre littéraire au Québec. «L'essayiste, souligne Yvan Lamonde au sujet de l'auteur primé, qui valorise tant l'intuition du départ et qui maîtrise si bien l'expression analytique du propos, ne pouvait mieux pratiquer le genre et lui donner ses lettres de créances.»

  • La correspondance entre Jean-Marc Piotte et Pierre Vadeboncoeur couvre une décennie, celle des années 1960, sans doute la plus effervescente du Québec contemporain. Caractérisée à la fois par les grandes réformes de la Révolution tranquille et la montée de l'indépendantisme, elle scande le moment fort d'une amitié nouée durant la période qui précède immédiatement la fondation de la revue Parti pris.

empty