Raymond Aron

  • "Parti à la recherche des origines de la sociologie moderne, j'ai abouti, en fait, à une galerie de portraits intellectuels... Je me suis efforcé de saisir l'essentiel de la pensée de ces sociologues, sans méconnaître ce que nous considérons comme l'intention spécifique de la sociologie, sans oublier non plus que cette intention était inséparable, au siècle dernier, des conceptions philosophiques et d'un idéal politique." Raymond Aron.

  • Paru en 1955, L'Opium des intellectuels est une condamnation sans appel de la crédulité teintée de mauvaise foi et du dogmatisme dans lesquels se drape l'intelligentsia française de l'époque.
    Raymond Aron interroge avec la plus süre probité intellectuelle l'évolution des mots "gauche", "révolution" et "prolétariat", ces mots qui appartiennent au mythe qu'il désacralise.
    Car, questionne Raymond Aron, comment accpeter l'attitude des intellectuels devenus impitoyables face aux défaillances des démocraties dites "bourgeoises", et pourtant si complaisants pour les crimes perpétrés par les démocraties "populaires", comment ne pas saisir l'absurdité des amalgames politico-idéologiques qui ne font qu'aliéner un peu plus des intellectuels en quête de religion, idolâtrant l'Histoire comme on idolâtre un dieu ?
    En rupture avec la famille dont il est originaire, Raymond Aron ne se livre pas pour autant à un règlement de compte stérile. Il propose une réflexion dépassionnée, un combat sans haine, invitant à le suivre "tous ceux qui refusent dans les luttes du Forum, le secret de la destination humaine".

  • "Ce livre fait suite aux Dix-huit leçons sur la société industrielle et à La lutte de classes. Il traite de deux régimes typiques de la civilisation moderne, l'un que j'appelle constitutionnel-pluraliste et l'autre que je caractérise par la prétention d'un parti au monopole de l'activité politique.
    La comparaison entre les régimes politiques, à la différence des comparaisons entre les économies, met surtout en lumière des différences. Les régimes apparaissent comme des solutions opposées à des problèmes semblables.
    L'année 1957-1958, celle durant laquelle le cours fut professé, fut celle de la fin de la IVe République et du retour au pouvoir du général de Gaulle. Une préface écrite en 1965, équilibre le chapitre consacré à la République morte par une analyse critique de la République gaulliste."
    Raymond Aron.

  • Avant d'écrire Le Temps du soupçon, commentaire de la dernière conférence de presse du Président de la République, j'ai longuement hésité. Si certaines voix s'étaient élevées, si François Mauriac ou André Malraux avaient répondu au général de Gaulle ce qu'ils auraient répondu à tout autre homme d'État tenant de pareils propos, je serais resté en dehors d'un débat dans lequel je ne puis m'engager en toute sérénité. Aucun des écrivains, honneur des lettres françaises, n'a parlé. Je me suis donc résolu ou résigné à plaider contre un réquisitoire d'autant plus insidieux qu'il demeure camouflé. J'ai pensé que ce témoignage ne prendrait sa pleine signification qu'à la condition d'y joindre les articles publiés pendant la crise du printemps 1967 et deux études sur Israël et les Juifs, écrites en 1960 et 1962, à l'époque où l'alliance franco-israélienne assurait aux Français d'origine juive une sécurité morale dont les privent, aujourd'hui, les péripéties de l'Histoire. (Raymond Aron, 1968)
    Ce livre a été publié à la suite de la conférence de presse du général de Gaulle du 27 novembre 1967 au cours de laquelle ce dernier s'exprima à propos des Juifs et d'Israël en un raccourci « un peuple fier, sûr de lui-même et dominateur » qui devait marquer les esprits et suscita chez Raymond Aron des réflexions restées d'actualité.

  • Ce recueil rassemble dix articles et lettres de jeunesse de Raymond Aron, jamais ou rarement réédités, rédigés à un moment où il pressent l'arrivée de l'âge des tyrannies recouvrant l'Europe. Universitaire à Cologne en 1930 puis à Berlin entre 1931 et 1933 -  où il assiste à des autodafés  -, il perçoit avec une grande acuité la montée du totalitarisme nazi.
    De ces textes, parmi lesquels figure la célèbre conférence «  États démocratiques et États totalitaires  », le lecteur tire l'impression de revivre la révolution nationale en Allemagne, le basculement dans le totalitarisme des démocraties occidentales et la naissance d'une pensée résistante. En même temps, il se donne les moyens de comprendre ce passé tragique aux échos contemporains. À l'heure où l'Europe voit ressurgir ses vieux démons nationalistes et antidémocratiques, relire le jeune Raymond Aron est salutaire et éclairant.

  • Raymond Aron s'oppose ici au rationalisme scientiste comme au positivisme : "il faut comprendre l'histoire pour penser la destinée humaine", donc la philosophie de l'histoire est une introduction à la philosophie; "il n'y a pas de devenir humain sans une doctrine de l'homme", donc elle en est la conclusion.

  • "J'ai lu De la guerre pour la première fois il y a une vingtaine d'années, puis je l'ai cité comme tout le monde. En 1971-1972, j'étudiais l'ensemble des écrits militaires, politiques, personnels de Clausewitz et crus constater que la pensée du plus célèbre des stratèges restait à découvrir et à comprendre", écrit Raymond Aron en 1976.
    La pensée de Carl von Clausewitz retrouve ici sa dimension essentielle : être une théorie en devenir, qui jamais ne trouva sa forme définitive, puisque le général prussien, né en 1780, mourut en 1831, victime du choléra.

    Dans ce premier tome, Raymond Aron reconstruit, avec la rigueur qu'on lui connaît, le système intellectuel de celui qui voulut mettre à jour l'esprit, c'est-à-dire la nature et l'essence, de la guerre, "véritable caméléon". Formation du système, tendances divergentes, synthèse finale, équivoque irréductible, rapport à Montesquieu, à Kant ou à Hegel - sur tous ces sujets Aron formule ses analyses qu'il confronte aux jugements des critiques allemands.

    Grand prix de la Fondation de France 1976
    Prix Paul-Valéry 1976

  • Entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton.

  • Ce tome deuxième prend l'exacte mesure de la place de Clausewitz dans le monde d'aujourd'hui. Les grandes écoles d'état-major l'enseignent, Moltke comme Foch, Lénine comme Mao Zedong l'ont lu, étudié ou appliqué. Qui d'entre tous s'y montre le plus fidèle? Clausewitz peut-il lui-même être tenu pour responsable des massacres militaires et civils de la Première Guerre mondiale ou bien pour le plus farouche procureur contre la guerre d'anéantissement menée par Hitler ?
    Grâce à son échec dans l'action, Clausewitz, tel Machiavel, a trouvé le loisir et la résolution d'achever au niveau de la conscience claire la théorie d'un art qu'il a imparfaitement pratiqué. Son héritage consiste en deux idées maîtresses : le principe d'anéantissement et la suprématie de l'intelligence politique sur l'instrument militaire. L'arme nucléaire confirme la deuxième et modifie le sens de la première.

  • Mai 68 n'aura-t-il été qu'un psychodrame bavard, selon la formule  cruelle et lapidaire de Raymond Aron ?Dans La Révolution introuvable, l'observateur perspicace de l'actualité  politique montre que par-delà le brouhaha des apparences, les  risques étaient faibles que Mai 68 ne constitue un danger sérieux  pour les institutions de la Ve République. Les deux grandes forces  qui structuraient alors la vie politique française, le Parti communiste  et le mouvement gaulliste, n'y avaient aucun intérêt.Comme l'analyse Philippe Raynaud dans sa préface inédite,  Raymond Aron, en héritier de la grande tradition sociologique, fut  également attentif à la crise essentielle de nos sociétés modernes  dont Mai 68 fut un des premiers symptômes  : la tension  contradictoire entre la passion de l'égalité, la demande de  reconnaissance des individus, et l'interdépendance croissante de  chacun à l'égard de tous.

  • À travers les Dimensions de la conscience historique, Raymond Aron s'impose comme l'un des penseurs majeurs de l'histoire au XXe siècle. Après les bouleversements issus du second conflit mondial, Raymond Aron pense le monde à l'aune de l'installation durable du communisme à l'Est de l'Europe, de la fin de la colonisation, des mutations que signale une phase de progrès technique encore inconnue dans les sociétés développées. Il prend acte du changement radical que marque pour la condition humaine l'avènement de l'ère nucléaire. Face à ces mutations, le philosophe a plus que jamais le devoir de penser l'histoire et la liberté de l'homme face à l'évènement. Dialoguant avec Thucydide, combattant l'idée d'une fin de l'histoire avancée par Spengler et Toynbee et plus encore par la téléologie marxiste, il poursuit la réflexion sur les limites de l'objectivité historique engagée au cours des années 1930.

    Les Dimensions de la conscience historique n'ont cessé de nourrir les débats sur l'histoire. Il demeure aujourd'hui un ouvrage indispensable pour réfléchir à notre condition historique.

    Raymond Aron (1905-1983) a soutenu dans son oeuvre une philosophie critique de l'histoire, relativiste et pluraliste en critiquant les explications monistes et déterministes du devenir historique. Il a contribué au développement de la sociologie et des sciences politiques. Collaborant à différents journaux (Combat, Le Figaro, L'Express), il fut professeur à l'Institut d'études politiques de Paris (1945-1954) et à l'E.N.A (1945-1947), puis titulaire de la chaire de sociologie de la Faculté des lettres de Paris (1955-1967), directeur d'études à la VIe section de l'École pratique des hautes études (1960-1978) et professeur au Collège de France (chaire de sociologie de la civilisation moderne) (1970-1978).

  • Dissuasion, subversion, persuasion. Ce sont les trois concepts qui désignent les composantes principales des diplomaties-stratégies. Au terme de son enquête, Raymond Aron tente de définir la morale de l'action diplomatique, la stratégie qui donne la meilleure chance de sauver la paix sans sacrifier la liberté. Enfin en un exercice de pensée utopique, il cherche les conditions de paix par la loi.

    En 1962, lorsque cet ouvrage paraît, ces conditions ne sont pas réalisées et la paix se résume à l'absence ou à la limitation des guerres. L'analyse de Raymond Aron prend place en pleine guerre froide et explicite les rapports de force qu'impose l'arme nucléaire détenue par quelques puissances militaires.

    C'est aussi une réflexion sur le devenir de l'humanité.

  • "Monsieur l'Administrateur, mes chers Collègues, 
    Nul ne franchit sans émotion le seuil de cette illustre maison. Même si l'âge le devrait convaincre que, pour lui et pour son oeuvre, les jeux sont faits, même s'il a déjà goûté quelques-unes des satisfactions ambiguës qu'apportent les honneurs académiques, celui que vous avez, par vos suffrages, appelé parmi vous n'échappe pas à l'inquiétude. Personnellement, il me semble que je ressens les affres du candidat au moment de vous exprimer une gratitude dont je vous prie de ne pas mettre en doute la sincérité."
    Raymond Aron

  • "Ce cours n'est et ne veut être qu'une introduction, objective je pense, à l'étude d'un problème chargé de passions politiques. Il s'adresse non au spécialiste mais à l'étudiant et à l'honnête homme. Il n'impose pas de réponses dogmatiques, il dissipe les mythes : celui d'une évolution nécessaire du capitalisme au soviétisme, celui d'une convergence fatale des deux types de société industrielle, celui du caractère homologue des diverses phases de la croissance, quelle que soit l'époque et quel que soit le régime politique."
    Raymond Aron.

  • Devant le silence comme réponse à leurs appels, certains tissent une trame, créent une parole, adoptent une attitude. Dans l'errance, s'expérimente un chemin initiatique où la frustration du désir les mène à la souffrance et à l'extase. Figure de la jouissance, le terme générique qui s'applique à leurs comportements est celui de "mystique". Lacan dans ses séminaires fait références à certains d'entre eux. Il nous propose une articulation liée au processus psychanalytique.

  • Le désir traverse tous les sujets, il est l'élément qui fonde l'existence de la pulsion de vie. Sa disparition signifie l'approche d'un état de déréliction et d'absence au monde. Les auteurs choisis ici (Mishima, Joyce, Beckett) marquent dans leur écriture ce débat intérieur ainsi que la recherche d'arriver à exprimer d'une façon incandescente comment atteindre une forme de la jouissance sans s'y perdre. Ce qui n'est pas toujours le cas et alors s'entrouvre l'abîme.

  • "Les études rassemblées dans ce volume, dont quelques-unes remontent à l'avant-guerre, partent toutes d'un même projet : éclairer les problèmes que posent les péripéties de l'histoire contemporaine en les rapportant aux idées des philosophes classiques (Machiavel, Marx, Pareto, Max Weber, Alain) et aux systèmes de la science moderne politique à l'intérieur des États ou entre les États.
    Le lecteur percevra l'écho du tumulte du forum dans ces études, engagées et détachées, d'un homme qui n'a jamais franchi le seuil de l'action, "spectateur impur" des batailles auxquelles il ne se mêle que par la plume ou la parole."
    Raymond Aron.

  • In this collection of newly translated essays, philosopher and sociologist Raymond Aron chronicles the twentieth century with the authority of an active participant. Combining objectivity with incisive questioning, Aron's reading of movements and people reminds us of what was really at stake. Whether charting the rise of Fascism and Marxism and their respective descents into totalitarianism, or the United States's role as the world's last remaining superpower, Aron was a nondogmatic thinker who emphasized realism over any devotion to theory. The result is history that is less concerned about where it falls on the political spectrum than about getting it right.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Depuis sa fondation, en 1951, la revue « Preuves » s'est donné pour but de mettre en question les idéologies héritées du XIXe siècle, en les confrontant avec les réalités de la société contemporaine. Fin des idéologies et renaissance des idées, nature de la société industrielle et avenir du Tiers Monde, voies nouvelles de la littérature et de l'art et leurs rapports avec la culture des masses : tels sont les thèmes que « Preuves » tente d'élucider avec l'aide de collaborateurs venus de tous les pays et de tous les horizons de la pensée. Ainsi, par son ouverture aux problèmes mondiaux, aussi bien que par l'intérêt qu'elle porte aux littératures étrangères, « Preuves » s'est constamment proposé d'être, dans son exigence intellectuelle, la plus internationale des revues françaises. Elle se veut présente à l'étude de toutes les grandes questions de notre temps. Les ouvrages qui paraissent dans la collection « Preuves » aux Éditions René Julliard, à la Librairie Plon et aux Éditions du Rocher prolongent les recherches, les enquêtes et les dialogues engagés dans la revue, avec le même souci d'explorer en profondeur les problèmes de notre génération, et de leur faire face.

  • Avant d'écrire « Le temps du soupçon », commentaire de la dernière conférence de presse du Président de la République, j'ai longuement hésité. Si certaines voix s'étaient élevées, si François Mauriac ou André Malraux avaient répondu au général de Gaulle ce qu'ils auraient répondu à tout autre homme d'Etat tenant de pareils propos, je serais resté au dehors d'un débat dans lequel je ne puis m'engager en toute sérénité. Aucun des écrivains, honneur des lettres françaises, n'a parlé. Je me suis donc résolu ou résigné à plaider contre un réquisitoire d'autant plus insidieux qu'il demeure camouflé. J'ai pensé que ce témoignage ne prendrait sa pleine signification qu'à la condition d'y joindre les articles publiés pendant la crise du printemps 1967 et deux études sur Israël et les Juifs, écrites en 1960 et 1962, à l'époque où l'alliance franco-israélienne assurait aux Français d'origine juive une sécurité morale dont les privent, aujourd'hui, les péripéties de l'Histoire.

  • Comment utiliser diplomatiquement des armes de manière telle que l'on n'ait jamais à les employer militairement ? Telle est la question, simple et décisive, que pose l'existence des armes thermonucléaires dont la puissance destructive est sans commune mesure avec celle de toutes les armes du passé (une seule bombe thermonucléaire recèle une puissance explosive supérieure à celle de toutes les munitions consommées pendant les deux guerres mondiales). Les analystes américains ont poursuivi depuis quinze ans recherches techniques et spéculations stratégiques afin de répondre à cette interrogation. L'administration Kennedy s'inspire d'une théorie élaborée, non par des militaires professionnels, mais par des universitaires ou des amateurs. Quoi que l'on pense de ces théories, il faut les connaître, faute de quoi on ne comprendrait ni les relations entre Union Soviétique et États-Unis, ni la querelle sino-soviétique, ni les controverses franco-américaines. Dans son livre, Raymond Aron expose et discute la théorie américaine ; il pèse avantages et inconvénients de la force française de dissuasion ; il rend intelligible l'univers étrange de la diplomatie actuelle dans laquelle les ennemis sont en quelque sorte alliés contre la guerre et les alliés incapables de s'accorder, les États possesseurs de ces armes terrifiantes voulant garder, à défaut du monopole, le commandement exclusif de la stratégie de l'alliance, et les autres refusant la dépendance et la perte de la souveraineté militaire.

  • D'un bout à l'autre de la planète, des hauts fourneaux surgissent, le pétrole jaillit du sol, les ouvriers s'entassent dans les usines. A travers les cinq continents, les mêmes mots sont employés, les mêmes valeurs proclamées, les mêmes buts visés. Un type de société, la société industrielle, sans précédent dans l'histoire, est en train de devenir le modèle pour l'humanité entière. Tel est le fait décisif qui sert de base au rapport de Raymond Aron et aux colloques de Rheinfelden, qui ont trouvé tant d'échos dans la presse de tous les pays, comme pour témoigner encore de ce caractère universel du temps que nous vivons. Si l'industrialisme est la loi de notre époque, quel est le sens du grand schisme entre les deux sociétés industrielles d'Union soviétique et des Etats-Unis ? La similitude de l'organisation sociale entraînera-t-elle le rapprochement des idéologies, l'atténuation de la rivalité diplomatique ? Comment les sociétés encore peu développées réussiront-elles à s'industrialiser ? Par quelle méthode ? Au-delà de ces controverses sociologiques, les philosophes, savants, juristes, sociologues réunis à Rheinfelden, ont discuté le problème central que pose et qui dépasse la société industrielle : quelle est la valeur de ce nouveau type social ? La production, l'abondance, l'efficacité ne sont pas buts, mais moyens. Le but est la vie bonne, la société bonne. Et par là, l'humanité, aux prises avec le délire technique, retrouve les questions éternelles de Socrate, du Christ, de Bouddha. Robert Oppenheimer, George Kennan, Raymond Aron, Bertrand de Jouvenel, Asoka Mehta, bien d'autres encore, venus de tous les horizons et de toutes les disciplines, retrouvaient une langue commune pour répondre à cette commune interrogation.

  • D'un bout à l'autre de la planète, des hauts fourneaux surgissent, le pétrole jaillit du sol, les ouvriers s'entassent dans les usines. A travers les cinq continents, les mêmes mots sont employés, les mêmes valeurs proclamées, les mêmes buts visés. Un type de société, la société industrielle, sans précédent dans l'histoire, est en train de devenir le modèle pour l'humanité entière. Tel est le fait décisif qui sert de base au rapport de Raymond Aron et aux colloques de Rheinfelden, qui ont trouvé tant d'échos dans la presse de tous les pays, comme pour témoigner encore de ce caractère universel du temps que nous vivons. Si l'industrialisme est la loi de notre époque, quel est le sens du grand schisme entre les deux sociétés industrielles d'Union soviétique et des Etats-Unis ? La similitude de l'organisation sociale entraînera-t-elle le rapprochement des idéologies, l'atténuation de la rivalité diplomatique ? Comment les sociétés encore peu développées réussiront-elles à s'industrialiser ? Par quelle méthode ? Au-delà de ces controverses sociologiques, les philosophes, savants, juristes, sociologues réunis à Rheinfelden, ont discuté le problème central que pose et qui dépasse la société industrielle : quelle est la valeur de ce nouveau type social ? La production, l'abondance, l'efficacité ne sont pas buts, mais moyens. Le but est la vie bonne, la société bonne. Et par là, l'humanité, aux prises avec le délire technique, retrouve les questions éternelles de Socrate, du Christ, de Bouddha. Robert Oppenheimer, George Kennan, Raymond Aron, Bertrand de Jouvenel, Asoka Mehta, bien d'autres encore, venus de tous les horizons et de toutes les disciplines, retrouvaient une langue commune pour répondre à cette commune interrogation.

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