Stéphane Castonguay

  • Afin de placer les contributions à ce numéro dans un contexte théorique plus large, nous montrons comment les problèmes écologiques peuvent être approchés à partir des perspectives qu'offre la sociologie de l'environnement. Les problèmes écologiques sont des constructions sociales résultant d'un processus complexe de définition, d'appropriation et de diffusion sociale. Ils donnent lieu à des débats et des controverses publiques, dévoilant des conflits et des alliances entre acteurs sociaux. Ils peuvent conduire à des décisions collectives s'institutionnalisant en politiques et pratiques publiques et privées. Quatre approches des enjeux environnementaux, accentuant des aspects différents des relations sociales à l'environnement, sont passées en revue : l'écologie politique, l'écologie humaine, la modernisation écologique, et l'analyse des controverses socio-écologiques. Les articles rassemblés dans ce numéro s'inscrivent dans l'une ou l'autre de ces approches, à l'exception de l'écologie humaine.

  • Au tournant du 20e siècle, plusieurs ministères du gouvernement de la province de Québec se dotent d'un service scientifique. Tournés vers l'exploitation des ressources naturelles et l'occupation du territoire, ces ministères cherchent à acquérir des compétences propres à la réalisation de leur mission, en même temps que l'Etat québécois accueille les diplômés d'institutions d'enseignement supérieur récemment créées. Comment la présence d'un personnel scientifique et technique à l'intérieur de l'administration publique modifie le fonctionnement de l'Etat québécois? Comment la connaissance développée à l'intérieur des services scientifiques participe à la fois à la définition des interventions étatiques et à la formation de territorialités? Quelles nouvelles relations de pouvoir découlent de la production de savoir sur le territoire et les ressources naturelles?

    /> Le gouvernement des ressources naturelles examine le développement des activités scientifiques et techniques à l'intérieur de l'Etat québécois, depuis la Confédération jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale. En étudiant les développements de l'extraction minière et de la géologie, de la coupe forestière et de la foresterie, des activités de chasse et pêche et de la gestion de la faune, ainsi que de la production agricole et de l'agronomie, ce livre décrit comment l'exploitation des ressources naturelles est constituée en objet de connaissance et en outil de gouvernement. Il démontre que la mise en forme de territorialités par l'activité scientifique participe à la formation de l'Etat et à l'accroissement de ses capacités administratives.

  • Les discours sur la nouvelle économie du savoir accompagnent souvent une remise en question de l´interventionnisme étatique dans les secteurs scientifiques et une révision à la baisse des activités des laboratoires gouvernementaux. Or, les activités de recherche des gouvernements jouent un rôle unique dans l´avancement des connaissances et la vitalité de la communauté scientifique. Ne pas en apprécier la contribution aux développements des technosciences, c´est en partie hypothéquer le dynamisme même de l´entreprise scientifique.En étudiant le développement de l´entomologie appliquée - la science du contrôle des insectes nuisibles en agriculture et en foresterie - au Canada entre 1884 et 1959, Stéphane Castonguay examine la contribution du gouvernement au développement de la recherche scientifique et à la formation des chercheurs, deux fonctions normalement attribuées à la seule institution universitaire. Ouvrage d´histoire des sciences, Protection des cultures, construction de la nature offre aussi une lecture nouvelle de l´histoire politique canadienne. L´auteur y démontre le rôle de la connaissance scientifique dans le fonctionnement du fédéralisme canadien par l´étude d´un des ministères les plus importants sur le plan économique, pour cette époque, soit le ministère canadien de l´Agriculture. Enfin, dans cette étude de la recherche entomologique au Canada se dessine une histoire de l´environnement où l´occurrence des infestations d´insectes nuisibles constitue un révélateur des transformations de l´écosystème agro-forestier nord-américain et des pressions exercées sur des ressources naturelles devenues plus susceptibles aux variations écologiques.

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