Éditions de la Sorbonne

  • Le souci des morts est le propre de notre commune humanité, par delà l'infini répertoire des pratiques funéraires qui l'expriment et le traduisent. Mais les relations entre les vivants et les morts, le commerce qui s'établit de part et d'autre de la tombe, les échanges matériels et immatériels dont elle est le pivôt, sont pour les historiens et les archéologues de formidables révélateurs des structures (sociales, économiques, symboliques) de la société qu'ils étudient. En tenant son LXVIIIe congrès à Jérusalem, ville-sanctuaire et ville-cimetièreoùtant d'hommes et de femmes sont venus ou ontespéré mourir au Moyen Âge, la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public a souhaité interroger les relations entre les vivants et les morts en un lieu placé au coeur des croyances et des attentes eschatologiques des trois grandes traditions monothéistes. Attentifs à la diversité des mondes chrétiens, juifs et musulmans qui se croisent dans l'histoire de Jérusalem, les auteurs ont mobilisé l'ensemble des traces laissées par les gestes, les pratiques et les croyances des hommes et des femmes du Moyen Âgeàl'égard de leurs morts : de l'étude archéologique des sépultures à leurs représentations, de l'épigraphie funéraire à la mémoire archivistique des défunts, du commentaire des écritures saintes au récit des morts illustres ou anonymes. Ainsi sont mis en lumière la prise en charge des défunts, l'espace qui leur est assigné en propre ou en partage dans la société de leur temps, l'économie des échanges matériels et mémoriels entre morts et vivants, les croyances enfin qui investissent les multiples temporalités de leurs relations de part et d'autre de la tombe. Le Moyen Âge n'a cessé de bruisser du commerce des vivants et des morts : ce volume entend donner à entendre cette conversation ininterrompue.

  • Partir sur les traces de Matswa, dans l'entre-deux-guerres, c'est illuminer l'itinéraire d'un acteur à la fois mystérieux et méconnu, pourtant incontournable si l'on veut saisir les contours de la fronde contre l'ordre colonial qui se dessine aux quatre coins de l'Hexagone à partir des années 1920. Utilisant la quête de la citoyenneté française comme un fil d'Ariane, l'auteur fait cheminer le lecteur dans le dédale de la lutte anticoloniale, des cafés de la Ville-Lumière, aux Quatre Communes côtières du Sénégal, aux villages frondeurs du Moyen-Congo et aux camps de détention du Sahel tchadien. À son parcours militant audacieux se double un destin posthume qui occupe une place disproportionnée dans l'imaginaire collectif des Congolais. C'est une vie créée de toutes pièces, une vie de légende dans laquelle Matswa apparaît affublé d'oripeaux prométhéens. Cette biographie de Matswa s'attèle justement, en recourant à une pléthore de sources, à faire la part entre l'univers des croyances et l'ordre des connaissances.

  • Au XIXe siècle, des milliers de Britanniques émigrent vers le continent. Parmi eux, des artisans viennent travailler quelque temps, forts de savoir-faire acquis outre-Manche, au coeur de l'industrialisation. Alors que les circulations se multiplient, mécaniciens, ouvrières du lin et du jute, dentelliers, cheminots, terrassiers ou travailleurs du fer utilisent leurs compétences en Europe. Au moins trois d'entre eux, venus à Paris par ces sentiers de l'ouvrier, ont laissé des mémoires : John Colin, apprêteur de cuir écossais et « ivrogne réformé » ; Charles Manby Smith, typographe érudit, qui compose à Paris des livres en anglais et William Duthie, orfèvre itinérant. Ils sont employés dans cette « fabrique collective » parisienne, capitale de l'échoppe et de l'atelier, destination de centaines de milliers de migrants provinciaux et étrangers. Ces trois témoins décrivent leur travail, leur logement et leurs sociabilités. Ils sont parfois les témoins de la grande histoire, à l'instar de Smith, observateur apeuré de la révolution de Juillet 1830. Ils repartent et finissent par raconter leur vie, selon un usage alors répandu dans les classes populaires britanniques. Leurs témoignages sur le Paris ouvrier sont rassemblés ici, pour la première fois en français.

  • Comment reconnaître une information véridique ? Dans un monde bercé par la litanie des fake news, la question est d'une actualité cruciale. Comment croire autrui, sur quels critères accepter ou réfuter les nouvelles transmises, comment être cru ? Ces questions étaient aussi pertinentes dans l'Athènes classique qu'elles le sont aujourd'hui avec les réseaux sociaux. Dans les plaidoiries du ive siècle avant J.-C. conservées grâce à la transmission manuscrite, les plaignants répètent en effet sans cesse à leur auditoire qu'ils « disent vrai ». Les chercheurs ont cherché depuis longtemps à déterminer si c'était bien le cas, en croisant les événements décrits avec les faits attestés par ailleurs. Ce livre, en interrogeant les mécanismes employés pour rendre vrai un discours, adopte une approche radicalement différente. En situant la fabrique de la vérité du côté de l'énoncé du discours, l'ouvrage déploie pour le lecteur l'éventail des preuves auquel les plaignants avaient recours lors de leur intervention au tribunal, appelé le dispositif de vérité. Au centre de ce dispositif émerge une figure majeure, celle du témoin. La place faite aux déposants dans l'enceinte judiciaire ne va pas de soi, pas plus que les gestes attendus d'eux au moment de leur témoignage. Les dimensions orales et écrites des dépositions testimoniales sont alors soigneusement articulées. La valorisation de la parole des témoins varie en fonction de leur sexe et de leur statut, qu'ils soient libres ou non. Les individus qui montent à la tribune sont tenus responsables de leur parole selon des principes qui nouent étroitement le droit et la religion, le regard des juges et celui des dieux. Témoigner et convaincre sont des actes qui s'insèrent par conséquent dans un dispositif de vérité contraignant. Les Anciens étaient soucieux, à leur manière, de placer leurs discours sous le signe de la vérité.

  • Signs and States, programme financé par l'ERC (European Research Council), a pour but d'explorer la sémiologie de l'État du XIIIe siècle au milieu du XVIIe siècle. Textes, performances, images, liturgies, sons et musiques, architectures, structures spatiales, tout ce qui contribue à la communication des sociétés politiques, tout ce qu'exprime l'idéel des individus et leur imaginaire, est ici passé au crible dans trois séries de rencontres dont les actes ont été rassemblés dans une collection, Le pouvoir symbolique en Occident (1300-1640). Ces volumes, adoptant une perspective pluridisciplinaire et comparative dans une visée de long terme, combinent études de cas, analyses conceptuelles et réflexions plus théoriques. Et les réponses à ce questionnaire, issu d'une réflexion sur une histoire culturelle poursuivie sur plus de cinq siècles, remettent en cause une histoire de l'Occident latin où l'on opposerait Église et État : la mutation culturelle engendrée par la réforme grégorienne qui, tout en assurant d'abord le triomphe de la papauté, a donné à l'État moderne les moyens d'assurer sa propre légitimité en créant les conditions d'une révolution du système de communication. Elle engendre un partage du pouvoir symbolique et des processus de légitimation avec l'État : la capacité de ce dernier à se légitimer par le consentement de la société politique en dehors de la contingence religieuse est une spécificité de l'Occident latin, clé de l'essor des États modernes européens.

  • Peut-on, aujourd'hui, écrire une histoire de la Gaule ? Les descriptions faites par César dans le récit de sa conquête - la fameuse Guerre des Gaules - relèvent-elles du mirage et obéissent-elles à la seule règle de la communication politique ? Quelle était la réalité indigène des Gaules du 1er siècle avant notre ère ? En reprenant l'ensemble du dossier grec et latin, cet ouvrage fait d'emblée le pari de l'unité de la Gaule en montrant comment s'y sont développées, avant César, des pratiques politiques communes : assemblées à différentes échelles, reconnaissance d'une autorité commune, mise en place de coalitions générales placées sous l'autorité de chefs de guerre dont Vercingétorix fut le dernier et le plus célèbre représentant. Après la conquête romaine, ces pratiques constituèrent une partie du socle administratif de la Gaule romaine. Ainsi l'entité gauloise fut pérennisée par le culte du Con_ uent, à Lyon, ignorant la tripartition provinciale imposée par Rome et obéissant en partie à une tradition héritée du temps de l'indépendance. En s'appuyant sur le dynamisme de l'archéologie régionale, cet ouvrage enrichit considérablement l'image communément partagée de la Gaule. Fini le temps où les seuls Éduens représentaient, élevés au rang de modèle unique, tout ce que l'on pensait savoir sur les Gaulois : la diversité des institutions gauloises, liées à celle des peuples de la Gaule, donne à voir une société bien plus complexe et bien plus intéressante. Le découpage provincial et la mutation civique réalisée par les Romains en 16-13 après notre ère, tout en poussant à davantage d'homogénéisation institutionnelle, ne mettent pas un terme à cette diversité. L'adaptation aux normes importées d'Italie suit en effet, selon les régions, des schémas et des rythmes variés. Documentés par un large corpus de textes relus à l'aune de nouvelles questions et par l'exploitation d'un important matériel archéologique et numismatique, la Gaule et ses peuples trouvent ici une épaisseur politique surprenante qui renouvelle largement notre regard sur ceux qui furent longtemps considérés comme de fameux « ancêtres », nos Gaulois.

  • Par constitution, il est convenu d'entendre un texte établissant la forme organique de l'État, et de tels textes n'existent pas avant le xviiie siècle. Peut-on alors parler de « constitutions » pour le Moyen Âge ? Empiriquement, communes et monarchies avaient des constitutions : aucun texte juridique ne les décrivait, mais elles existaient bel et bien et on en discutait pied à pied les dispositions. Dès qu'ils les ont connues, les juristes et les théologiens ont discuté les constitutions analysées par Aristote dans sa Politique. Nul ne doute cependant du caractère constitutionnel de la monarchie parlementaire anglaise, que l'on considère aujourd'hui comme une constitution coutumière. Une définition trop stricte conduirait donc à passer sous silence certaines situations et expériences déterminantes dans la conceptualisation et l'application d'une idée constitutionnelle dans l'Europe des États qui se met en place à partir du xiie siècle. Le choix d'une définition plus large s'impose. Nous avons donc adopté une définition plus large de ce que peut être une « constitution » : un ensemble de normes auquel, indépendamment de sa forme juridique, une société accorde une valeur fondamentale, parce qu'il définit, garantit et règle sa relation au pouvoir et fixe, ce faisant, les conditions d'un échange politique. Sur la base de cette définition, la mise en oeuvre de l'idée constitutionnelle a été envisagée depuis les chartes de franchises (des proto-constitutions ?) jusqu'aux constitutions modernes, en passant par les législations produites par les États. On trouvera ici des études portant sur des textes ayant joué un rôle historique considérable : certains sont célèbres (la Grande Charte de 1215, la Bulle d'Or hongroise et celle de l'Empire), d'autres le sont moins (les tracts des Niveleurs), ou ne sont même pas identifiés comme des textes constitutionnels (les chartes gasconnes). Sur le fond de ces textes, on trouvera une réflexion théorique, portant sur la constitutionnalité du souverain ou sur celle des régimes politiques, ou encore sur les crises constitutionnelles. Sur leurs formes, très diverses, on trouvera aussi une approche mettant en relation les formes et les conditions sociales et politiques de production de ces textes. Enfin, peu de volumes peuvent prétendre rassembler à la fois des études synthétiques et des études de cas portant sur autant de périodes et de lieux différents.

  • Cet ouvrage propose une série d'études fondées sur des travaux de jeunes chercheurs éclairant la façon dont l'essor de l'écrit documentaire au cours d'un long XIIIe siècle a transformé en profondeur les pratiques administratives des sociétés médiévales occidentales. De la Sainte-Trinité de Caen au Mont-Cassin, de Paris au Midi toulousain, ces textes interrogent la façon dont l'écrit administratif est produit, utilisé, archivé. Écrire, est d'abord une façon d'appréhender le territoire, par l'inventaire des ressources d'une institution, par l'enquête, par l'enregistrement d'actes, renvoyant aux préoccupations propres au contrôle d'un espace éclaté, ou dans l'affirmation d'une personnalité institutionnelle. Les formes prises par ces documents administratifs et leur place dans les processus de gouvernement dépendent des hommes qui en gouvernent la genèse, de leur conception à leur rédaction, que ces dynamiques soient collectives, comme dans l'administration du comte de Toulouse, ou individuelles, comme dans la pratique toute personnelle de l'artisan Jean Teisseire. L'objet-document ainsi produit résulte d'une stratification de pratiques évoluant dans le temps, que seule une étude codicologique minutieuse et rigoureuse peut restituer, comme dans le cas du livre-outil de Saint-Martin de Pontoise. Enfin, la dimension archivistique de l'écrit apporte un recul sur la constitution de mémoires documentaires indissociables de certaines transformations sociales de la fin du Moyen Âge. L'étude des cartulaires de Notre-Dame de Paris et des regards croisés sur la documentation de la Sainte-Chapelle, par exemple, viennent ainsi compléter notre compréhension des mécanismes d'archivage et de la fonction des archives au sein des institutions.

  • Cet ouvrage collectif se propose d'interroger les circulations des objets et des pratiques artistiques à travers différents espaces géographiques, cadres culturels, milieux sociaux et médiums. Il s'agit de mener une réflexion sur les enjeux de ces mobilités dans une perspective pluridisciplinaire (histoire de l'art, du cinéma, de l'architecture, sociologie des institutions culturelles, du théâtre, material studies, etc.). La première partie, Jeux d'échelles et mécanismes de la mobilité artistique, questionne la circulation à travers ses différentes échelles ainsi que les agents impliqués dans les échanges, qu'ils soient institutionnels, humains ou matériels. Les articles mettent en lumière par l'étude de situations propres à un contexte socio-culturel précis, la complexité des mécanismes de déplacement des artistes et de diffusion des formes et des discours. Le seconde partie, Imaginaires et sociétés, est consacrée aux deuxièmes vies des productions artistiques ou plus généralement culturelles. Elles voyagent, sont redécouvertes, recréées, réinventées, bricolées, revendiquées voire détournées. Artistes, médiateurs et publics s'en emparent et les font résonner dans des contextes parfois éloignés de celui de leur création.

  • Que se serait-il passé si Adam n'avait pas péché ? Le récit de la Chute ne raconte pas seulement comment le premier homme et la première femme ont désobéi et ont été chassés du jardin de l'Éden. C'est aussi un instrument formidable pour penser philosophiquement la nature humaine, ses potentialités et ses limites, pour dessiner les différents plans d'une anthropologie complexe et diversifiée. La rupture du péché originel, qui instaure un Avant et un Après de la nature humaine, a représenté un défi intellectuel, une provocation pour la philosophie que la pensée médiévale - et moderne - a voulu recueillir et affronter. Cette nécessité s'est faite d'autant plus pressante que d'autres modèles anthropologiques devenaient disponibles, au premier rang desquels le modèle aristotélicien, où l'idée d'une rupture dans l'histoire humaine ou d'une naturalité scindée n'avait pas sa place. Les réflexions sur la Chute ont donné lieu à des débats importants sur le langage, la liberté et le mal, le bonheur, les passions, le corps, la vie et le pouvoir politique, le droit, le travail, qui sont l'objet des chapitres de ce livre. Prises ainsi dans leur dimension anthropologique, ces questions autour de la Chute deviennent un véritable modèle épistémologique pour penser la naturalité de l'homme et son histoire, en termes de dégradation ou de progrès, modèle qui dépasse l'époque médiévale et rejoint des questionnements que l'on retrouve notamment à l'âge classique.

  • L'ouvrage, qu'on situera volontiers dans le sillage et l'exploration de l'assertion forte, programmatique, qui ouvre la « petite physique », au scolie de la proposition 13 de la seconde partie de l'Éthique, se propose d'explorer les rapports entre aptitudes, changements, et accommodements, afin de découvrir si, de façon larvée ou explicite, la conception spinoziste de l'essence n'aurait pas à (nous) offrir des ressources de plasticité. Celles-ci, pour peu qu'on y porte son attention, pourraient être proportionnelles au nombre des contextes affectifs que la nature exerce sur les individus qui la peuplent, et donc, selon le chapitre 6 de l'appendice de la quatrième partie de l'Éthique, « quasiment infinies ». Tentons alors, à l'aide des textes du philosophe néerlandais, de mesurer l'étendue de ces ressorts.

  • L'espace est à la fois une réalité concrète, matérielle et mesurable, et une construction sociale et symbolique, ces deux aspects interagissant en permanence. L'Occident latin est certes en ce domaine l'héritier de Rome, mais les conceptions et les pratiques de l'espace ont été bouleversées par la chute de l'Empire et le développement de nouvelles structures politiques où les pouvoirs s'exercent sur les hommes plus que sur les territoires, une notion qui semble s'être temporairement effacée. Dans la perspective du programme SAS qui est celle d'une sémiologie de la naissance de l'état moderne, ce sont moins les signes dans l'espace que les signes de l'espace qui sont étudiés ici. On sait que l'espace est une production sociale et notre conception de l'espace comme surface homogène et mesurable n'est pas celle de la période médiévale et moderne, où l'on oscille sans cesse entre un espace polarisé autour des lieux de pouvoir et/ou des lieux sacrés et l'espace conçu comme territoire. Les communications sont regroupées en quatre thématiques : marqueurs symboliques de l'espace (palais communaux, espaces de pouvoirs, mausolées dynastiques), pouvoirs et symbolique de l'espace (identité civique des communes, contrôle de l'espace impérial, marquage de l'espace économique, retour du territoire), représentation symbolique de l'espace (cartes marines, portulans, vues figurées, usages de la géographie) et perception de la symbolique de l'espace (frontières, écrits administratifs, représentations de la cité).

  • Le souci des morts est le propre de notre commune humanité, par-delà l'infini répertoire des pratiques funéraires qui l'expriment et le traduisent. Mais les relations entre les vivants et les morts, le commerce qui s'établit de part et d'autre de la tombe, les échanges matériels et immatériels dont elle est le pivot, sont pour les historiens et les archéologues de formidables révélateurs des structures (sociales, économiques, symboliques) de la société qu'ils étudient. En tenant son LXVIIIe congrès à Jérusalem, ville-sanctuaire et ville-cimetière où tant d'hommes et de femmes sont venus ou ont espéré mourir au Moyen Âge, la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public a souhaité interroger les relations entre les vivants et les morts en un lieu placé au coeur des croyances et des attentes eschatologiques des trois grandes traditions monothéistes. Attentifs à la diversité des mondes chrétien, juif et musulman qui se croisent dans l'histoire de Jérusalem, les auteurs ont mobilisé l'ensemble des traces laissées par les gestes, les pratiques et les croyances des hommes et des femmes du Moyen Âge à l'égard de leurs morts : de l'étude archéologique des sépultures à leurs représentations, de l'épigraphie funéraire à la mémoire archivistique des défunts, du commentaire des écritures saintes au récit des morts illustres ou anonymes. Ainsi sont mis en lumière la prise en charge des défunts, l'espace qui leur est assigné en propre ou en partage dans la société de leur temps, l'économie des échanges matériels et mémoriels entre morts et vivants, les croyances enfin qui investissent les multiples temporalités de leurs relations de part et d'autre de la tombe. Le Moyen Âge n'a cessé de bruisser du commerce des vivants et des morts : ce volume donne à entendre cette conversation ininterrompue.

  • En explorant cinémas et boutiques, cimetières, rues et places publiques, c'est à une autre histoire de la socialisation politique au Maghreb qu'invitent les vingt-huit disciples et amis réunis dans ce livre pour rendre un hommage collectif à Omar Carlier. Historien de l'Algérie et homme de terrain, Omar Carlier a profondément renouvelé l'approche du politique en Afrique du Nord : venus d'Algérie, de France et d'ailleurs, ces vingt-huit historiens enquêtent, suivant les chemins qu'il a défrichés, sur les lieux, les événements et les objets grâce auxquels il a éclairé d'un jour nouveau notre compréhension de la région et des enjeux politiques, sociaux et culturels qui l'animent. Ces études offrent ainsi de nouvelles pistes pour comprendre la guerre d'indépendance algérienne, revenant sur les origines du Front de libération nationale, sur les mouvements et engagements militants, à Alger comme en métropole, et sur les chants et les festivités à l'heure de l'indépendance. Car, dans ce livre, l'Algérie est saisie dans son ensemble : à l'échelle du Maghreb comme au sein du monde ottoman, parmi les empires coloniaux et dans la période de l'après-indépendance - quand l'histoire coloniale pèse, encore et toujours.

  • De Jean de Berry, l'histoire a retenu l'image d'un prince mécène et bibliophile, ardent défenseur de la couronne au temps de Charles V et de Charles VI. Doté d'une principauté au centre du royaume, tenue en apanage, il a développé une administration dont les contours ont déjà été reconnus. Sa chancellerie, en revanche, a peu retenu l'attention. C'est autour des pratiques de l'écrit documentaire, actes en tête, que s'organise la présente publication. Celle-ci se veut une contribution à une meilleure connaissance de l'acte princier des xive et xve siècles, un domaine qui, s'il a été illustré par divers historiens et diplomatistes, ne l'a été jusqu'à maintenant que de façon discontinue et incomplète. Par l'extension géographique et la variété de ses pouvoirs, par sa proximité avec la personne royale (il a été successivement fils, frère, oncle de roi), par la durée de son activité (une soixantaine d'années, de 1356 à 1416), Jean de Berry a légué un corpus central pour l'étude de l'acte princier. Un acte princier qui devient, à l'époque, une pièce importante de la production diplomatique et, par la captation de traits royaux, un outil efficace de la genèse de l'État moderne et de l'apprentissage de la sujétion. Organisation, recrutement, fonctionnement de la chancellerie, gestion de la mémoire des actes, traits internes et externes des productions, manifestations du pouvoir dans les titulatures et les sceaux, méthodes d'édition... sont scrutés dans les contributions de ce volume, non seulement pour Berry, mais aussi, de façon délibérément comparative, pour plusieurs de ses contemporains (princes anglais et navarrais, ducs de Bourbon, d'Anjou et de Bretagne).

  • L'avènement du sultan Barqûq sur le trône du royaume syro-égyptien en 1382 est perçu dans l'historiographie comme l'événement qui distingue l'époque turque de la période circassienne du sultanat mamlouk. Si rupture il y a eu, elle n'est toutefois pas tant ethnique que politique, marquant l'évolution de la nature du régime. La restauration de la dignité sultanienne et l'élaboration d'un nouveau discours de légitimité vont de pair avec la concentration des ressources fiscales au sein de la Maison du sultan, celle-ci étant confrontée néanmoins, dans le même temps, à la multiplication des conflits opposant les membres de l'élite militaire, les émirs. Au-delà des enjeux symboliques et économiques que se disputent ces officiers du sultanat, la lutte politique s'élabore autour de l'extension d'un capital social fondé sur des réseaux clientélistes. Dans cette compétition politique, les sultans successifs rivalisent avec de puissants émirs pour affirmer leur patronage sur l'élite militaire et s'imposer comme les maîtres du jeu. Ce livre se saisit de la « dynastie barqûqide » en tant que laboratoire d'observation anthropologique de la conflictualité dans le sultanat mamlouk. Entre exclusion des émirs et intégration dans les réseaux, démonstration de force théâtralisée et violence anomique, la forme des conflits suit l'évolution de la nature du régime pour mener trente ans plus tard, en 1412, à la chute de la dynastie. L'ouvrage remet ainsi en question la périodisation classique en faisant de l'exécution du fils de Barqûq, le sultan Faraj, la véritable fondation du régime circassien.

  • Qu'est-ce que l'« épistémologie historique » ? À cette question ce volume répond en esquissant le portrait d'un Janus bifrons, dont l'une des faces est tournée vers le « style français » traditionnel en histoire des sciences et l'autre vers les avancées épistémologiques anglo-saxonnes les plus contemporaines. Quels sont les échanges, les continuités et décalages, les convergences et divergences entre des philosophes ou historiens des sciences aussi divers que Gaston Bachelard, Georges Canguilhem, Michel Foucault, Ian Hacking, Hans-Jrg Rheinberger, Peter Galison ou Lorraine Daston ? De même que l'on peut distinguer différentes époques et versions de l'épistémologie historique et de l'historical epistemology, de même les « méthodes » mobilisées dans des contextes scientifiques particuliers sont très diverses. Ce volume vise à réfléchir plus avant, à partir de l'étude de cas précis, sur les modalités selon lesquelles des objets et des concepts émergent historiquement à l'intérieur des diverses sciences. Les objets mathématiques ont-ils une histoire ? Comment des sujets humains sont-ils devenus les objets d'une science de l'observation ? Le traitement statistique des données est-il la seule issue possible pour les sciences médicales ? En donnant ces exemples, parmi d'autres, des possibilités d'interactions entre sciences, philosophie et histoire, ce volume veut montrer que l'épistémologie historique n'est pas un « livre de recettes » méthodologiques, mais bien plutôt un champ de questionnement ouvert : la flexibilité de l'épistémologie historique lui permet de répondre à bon nombre des défis posés par la philosophie des sciences contemporaine.

  • Qu'y a-t-il de commun entre la traduction du patrimoine littéraire mondial en langue wolof défendue par Boubacar Boris Diop dans le contexte postcolonial sénégalais, les négociations entre différents acteurs associatifs et institutionnels autour des routes de la mémoire de la dictature au Chili, l'hétérochronie sous-jacente à la « biennalisation » de l'espace urbain à Tirana dans l'Albanie post-socialiste, la mise en fiction documentaire de leur propre culture par les autochtones Kakataibo en Amazonie péruvienne, la création collective autour de la danse du Diable dans les Andes urbaines en Bolivie, l'effet de l'intégration des arts sonores dans un musée sur le genre artistique lui-même autant que sur l'institution, et la recréation collaborative des happenings d'Allan Kaprow à partir des scripts ? Aucune de ces contributions ne conçoit les patrimoines culturels comme des corpus établis d'oeuvres du passé achevées qui feraient l'objet d'une conservation illusoirement neutre idéologiquement. Elles éclairent au contraire la patrimonialisation en tant que processus dynamique d'interaction avec la création, celle-ci étant entendue au sens large de production artistique, culturelle et sociale dont les enjeux sont aussi bien esthétiques que politiques et institutionnels. L'accent est mis sur l'impact spatial (local et mondial ; territoires naturels et espaces urbains), temporel (passé et présent) et institutionnel (littérature, musées, urbanisme, configuration du territoire) de collaborations interdisciplinaires qui impliquent souvent des négociations complexes entre les différents acteurs. Ces perspectives diverses contribuent ainsi toutes à mettre au jour ce que masquent souvent les termes de « préservation » ou de « conservation », à savoir la dimension performative de la patrimonialisation.

  • Sport populaire, le football a conquis la planète en moins d'un siècle. Il est devenu le moyen le plus commun de découverte des particularités des nations. Par sa médiatisation à l'occasion des Coupes du monde ou des compétitions continentales, on connaît désormais une nation à travers son équipe, son style de jeu, sa composition. Les équipes nationales de football contribuent à fabriquer des « communautés nationales imaginées » qui semblent plus réelles quand elles se trouvent réduites à onze joueurs dont on connaît les noms. Tout au long du XXe siècle, transgressant la diversité des régions, des générations et des classes sociales, l'équipe nationale de football devient un emblème majeur de l'État-nation. Cependant, bien loin de constituer l'élément cristallisateur exclusif et permanent des fiertés nationales, les sélections nationales, et la passion qu'elles ont pu et peuvent susciter, sont le produit de constructions historiques bien différentes selon les sociétés envisagées. Miroir de nos sociétés et sport à fort investissement nationaliste, le football reste pourtant un objet mineur et peu légitime des sciences sociales. Ce livre collectif propose de retracer, à l'échelle européenne et par des approches monographiques, la diversité des liens entre chaque nation et le football, c'est-à-dire le rapport entretenu à la nation par le football et au football par le prisme du fait national.

  • Cet ouvrage propose de s'interroger sur l'appréhension et la qualification des espaces au sein du site archéologique. Les intervenants ont ainsi partagé leur réflexion sur les marqueurs matériels - artefact ou écofact - servant à l'identification des espaces au sein du site. Il est organisé autour des trois thèmes majeurs qui ressortirent alors : l'identification et la dévolution des bâtiments ; les espaces funéraires et enfin la spatialisation des activités. Nous espérons que le lecteur trouvera tant dans la grande diversité des périodes et aires chrono-culturelles représentées, que dans le vaste panel des sources et méthodes mobilisées, inspiration et sujet de réflexion.

  • En droit canonique, l'excommunication est une censure, une peine médicinale, qui vise à mener le pécheur à faire pénitence afin d'être réintégré dans le giron de l'Église. À la fin du Moyen Âge, l'excommunication apparaît aux yeux des réformateurs comme galvaudée par son usage courant pour des causes mineures, endettement ou contumace essentiellement. Quel est le poids réel de l'excommunication pour les fidèles qui l'endurent ? Sources normatives et liturgiques définissent l'excommunication comme une peine prononcée par les pouvoirs ecclésiastiques envers ceux qui sont rétifs à l'autorité de l'Église : l'excommunié est banni de la communauté des chrétiens jusqu'à ce qu'il obtienne son pardon. Mais les archives des officialités révèlent à la fois les usages réels de la censure, arme de l'Église pour défendre ses droits et surtout pour obtenir des fidèles un comportement conforme aux exigences chrétiennes, et la perception de l'excommunication par ces mêmes fidèles. L'attachement à la communauté est indéniable et l'excommunication abusive est vécue comme une atteinte à l'honneur de chacun, comme une mise en cause du lien social existant au sein de la paroisse. Cependant, les relations entre proches, parents, amis, voisins, dépassent la portée de l'excommunication, réduisent l'efficacité de celle-ci en maintenant l'excommunié au milieu des siens. L'idéal reste une participation pleine et entière à la vie liturgique paroissiale, par laquelle la communauté se forme et s'affirme. Abus de l'Église peut-être, mais l'excommunication est indéniablement un révélateur du lien existant entre l'Église et les fidèles en cette fin du Moyen Âge.

  • De 1838 à 1858, en Grande-Bretagne, dans la première société industrielle, le chartisme fut un mouvement ouvrier inédit, mobilisant, à son apogée, trois millions d'hommes et de femmes. Les militants de la Charte du Peuple luttaient pour le suffrage universel et une société démocratique qui permettent à chacun de vivre dignement de son travail. À travers des pétitions de masse adressées au Parlement, des rassemblements et des manifestations, des journaux, des chants et des communautés villageoises, les chartistes envisageaient une autre société. Le chartisme étudie le mouvement dans son intégralité, en Grande-Bretagne et en Irlande. S'appuyant sur une grande maîtrise des archives et des publications d'époque, l'auteur s'est particulièrement intéressé à l'expérience des hommes, des femmes et des enfants du mouvement. Le récit haletant est entrecoupé de courtes « vies chartistes », qui constituent autant de passionnantes biographies. Cet ouvrage est, depuis 1913, le premier en français sur le sujet.

  • Le XLIe Congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public s'est tenu en juin 2010 dans l'ancienne capitale des Gaules, qui, au Moyen Âge, fut au coeur de relations complexes entre Royaume et Empire. De nos jours, les pratiques diplomatiques servent un ordre international qu'elles ne cessent de refaçonner, misant sur les révolutions, les guerres et une certaine éthique démocratique. Au Moyen Âge également, elles furent une modalité des relations entre États. Mais, parce qu'elles expriment parfois un rapport de forces et qu'elles se construisaient sur l'échange et la communication, elles tenaient aussi une place et un rôle en d'autres lieux d'expression du pouvoir. Les relations diplomatiques ne constituent pas seulement une alternative à l'affrontement, au recours aux armes et à la violence politique. Elles sont ici envisagées dans toutes leurs dimensions. Des jeux d'échelles permettent de saisir les techniques et les rites qui les structurent dans un cadre curial et, tout autant, leur évolution dans divers espaces géographiques où elles permettent d'instaurer à partir d'un désordre relationnel un ordre diplomatique. Décloisonner l'appréhension d'un tel objet historique, dépasser le seul point de vue des relations internationales ou de la politique extérieure, ouvrir l'horizon vers d'autres cultures, byzantine, musulmane, asiatique, et vers des mondes régis par d'autres références, conduit cet ouvrage à suggérer ce que les recherches sur les relations diplomatiques au Moyen Âge peuvent apporter à l'histoire de la diplomatie dans son ensemble.

  • Cet essai de synthèse est consacré à l'historiographie du Maghreb contemporain. Qui a écrit, et qui écrit l'histoire de l'Afrique du Nord, devenue Maghreb, depuis la fin du XIXe siècle ? Un demi-siècle après les indépendances, sans doute est-il nécessaire de revenir sur ce champ de recherches extrêmement idéologique. L'historiographie du Maghreb en langue française se présente comme une succession de séquences politiques et idéologiques qui se chevauchent rapidement. Pour éclairer ces interrogations, Pierre Vermeren dresse le portrait des générations d'historiens et autres spécialistes de ce champ. Cette histoire d'hommes, d'écoles et de réseaux est d'autant plus nécessaire, en ce début de XXIe siècle revenu des grandes idéologies, que la cohorte des historiens du Maghreb est résiduelle. Cette peau de chagrin scientifique peine à dépasser le cadre des spécialistes de la guerre d'Algérie. Or l'histoire de la région ne s'est pas arrêtée en 1962. En dépit de la forte demande sociale des héritiers et porteurs de cette histoire, le Maghreb s'est-il échappé du champ des préoccupations françaises ? Et pourquoi ?

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