Éditions de la Maison des sciences de l'homme

  • Le 11 mars 2011, au large des côtes de l'île japonaise de Honshu, un séisme de magnitude 9,1, doublé d'un tsunami, provoque plusieurs explosions et la fonte de trois des six réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai ichi. Dix ans après, les conséquences sociales de la gestion de l'accident sont en cause. Les nombreuses victimes, dont la vie a été profondément bouleversée par la tragédie, peinent à retrouver une vie normale. Cécile Asanuma-Brice, chercheuse au CNRS et résidente permanente au Japon, revient sur le déroulé d'un désastre qui se prolonge jusqu'à nos jours. L'ouvrage mêle témoignages et analyse scientifique des politiques d'administration de la catastrophe : refuge, incitation au retour, actions citoyennes, décontamination, répercussions sanitaires, communication du risque et résilience. Autant d'enjeux cruciaux pour une reconstruction en débat.

  • Dans la foulée de la révolution iranienne, et avec notamment les attentats du 11 septembre 2001, un vaste mouvement témoigne dans le monde entier de logiques de violence qui en premier lieu mettent en avant la religion musulmane. Aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs, les chercheurs, les responsables politiques, les think tanks, les agences de sécurité et les médias se sont massivement emparés du phénomène qu'ils qualifient de radicalisation afin de l'analyser et le comprendre. En France, et pour des raisons idéologiques, la notion de radicalisation est mise de côté. Pourtant, les problèmes qu'elle recouvre sont vastes et nombreux : il était urgent d'en analyser les ressorts. Qui se radicalise, comment, pour quelle raison ? Quels rôles jouent l'idéologie, le contexte politique, la situation sociale, la religion elle-même pour les individus qui s'engagent dans des processus aboutissant à des attitudes où se conjuguent inflexibilité, désir et pratique d'une violence sans limites, dans une guerre totale contre la société ? Farhad Khosrokhavar était le mieux préparé par ses recherches pour suivre les méandres les plus récents de l'islam radical. Il nous apporte des connaissances souvent étonnantes et une analyse approfondie de la radicalisation jihadiste en Europe et dans le monde arabe. Il nous propose aussi un éclairage particulièrement saisissant des processus se traduisant par exemple par l'afflux de jeunes Européens vers la Syrie.

  • La nature domestique - symbolisme et praxis dans l'ecologie des achuar Nouv.

  • La societe du declassement. la contestation a l'ere de la modernite r egressive Nouv.

    La possibilité d'une mobilité sociale ascendante était l'une des promesses phares de l'Allemagne d'après-guerre - une promesse tenue pendant un temps : la Coccinelle a laissé place à l'Audi, les enfants d'artisans sont devenus ingénieurs, de nombreux citoyens ont pu accéder au rêve d'une maison avec jardin. Mais aujourd'hui, l'ascenseur social semble enrayé : un diplôme universitaire n'est plus une garantie de statut ni de sécurité, les contrats de travail sont de plus en plus précaires, les employés participent de moins en moins aux bénéfices de leur travail. Certains ne se retrouvent plus dans cette société libérale vers les marges de laquelle ils se sentent repoussés. Le fossé entre les riches et les pauvres se creuse - un constat que la grande majorité des Européens font depuis quelque temps déjà et qui prend une ampleur croissante à l'heure actuelle. Oliver Nachtwey explore les causes profondes de cette rupture et s'intéresse au potentiel de conflit qu'elle génère. Une nouvelle conscience de classe binaire se manifeste dans le « contraste entre une élite et la majorité de la population ». Dans la société du déclassement, cela ouvre la voie à un courant autoritaire « qui se débarrasse des fondements libéraux de notre société ». Il convient alors de reconsidérer la responsabilité de la politique pour inverser la tendance.

  • Les phénomènes migratoires atteignent une ampleur inédite et suscitent de graves crises sociétales en Europe et ailleurs. C'est pourquoi il importe d'en renouveler les analyses en se penchant sur la condition des exilés. Si les discours actuels font du migrant une figure propre à alimenter chiffres et statistiques, ils gomment son vécu et ses parcours, ses espoirs et ses souffrances. Or, le migrant est d'abord un exilé, porteur à ce titre d'une identité plurielle et d'une expérience de multiappartenance propres à enrichir le vivre-ensemble. Comprendre le migrant en tant qu'exilé permettra de mieux l'accueillir et, en place d'un droit d'asile défaillant, d'esquisser les fondements d'un droit d'exil.

  • Les images d'archives - bien précieux à la fois matériel et immatériel - sont aujourd'hui indispensables pour écrire et penser l'histoire. Pourtant, à l'heure où le numérique révolutionne leurs conditions d'accès, de reproduction et intensifie leur circulation, elles ne bénéficient pas d'un statut équivalent à celui des archives écrites ou des oeuvres d'art. Leur valorisation tout comme leurs métamorphoses soulèvent de nombreuses questions : politiques, juridiques, éthiques, économiques et esthétiques qui nécessitent une réflexion interdisciplinaire. Autour de Sylvie Lindeperg et d'Ania Szczepanska, des personnalités influentes du monde des images ouvrent le débat pour tenter de préserver ce qui est au fondement de l'imaginaire collectif du passé.

  • "L'orgue joue", dit-on souvent, en oubliant que derrière les buffets de ces instruments et derrière leurs tuyaux impressionnants, un musicien oeuvre dans l'ombre, tissant ensemble les notes et les sons, façonnant dans l'acoustique une voie pour la musique. A l'écart des scènes de concerts, dans les hauteurs des églises, les organistes s'effacent autant que la présence de leur instrument en impose. Qui sont ces musiciens méconnus, ces artistes de l'invisible que l'on entend sans les voir ? Comment devient-on musicien lorsqu'on joue d'un instrument caractérisé par sa démesure, à l'écart du monde de la musique, dans l'intimité des églises ? Ce livre est une invitation à grimper les marches des tribunes et à entrer dans l'univers insoupçonné des organistes. Il s'appuie sur une enquête de terrain menée en France ainsi que sur des récits de vie qui, disposés en échos, révèlent la trame initiatique de l'apprentissage de cet instrument singulier qu'est l'orgue. Au fil des pages, l'auteure, ethnologue, rend sensible la nécessaire et délicate transformation des apprentis-organistes en musiciens accomplis, depuis la découverte de l'instrument jusqu'à sa maitrise, qui est aussi celle de la passion qu'il suscite. A la croisée d'une ethnologie contemporaine de la musique et des savoirs, et recourant à l'histoire, cet ouvrage rend compte des mutations profondes qui, dans une société sécularisée, modèlent le devenir de celles et ceux qui choisissent la voie des orgues.

  • Par quelles opérations un édifice ou un objet se trouve-t-il intégré au corpus du patrimoine ? Quelles sont les étapes de la "chaîne patrimoniale", ...

  • Avec la loi de séparation des Églises et de l'État (1905) et son inscription dans la Constitution (1946 et 1958), la laïcité apparaît comme une référence importante en France. Depuis le début du xxie siècle, elle est de plus en plus invoquée, et une très grande majorité de Français affirment qu'ils y sont « attachés ». La plus grande confusion règne pourtant sur le sens de ce terme. De plus, hier valeur essentielle de la gauche, elle est de plus en plus omniprésente dans le discours politique de la droite et de l'extrême droite. En fait, nous explique Jean Baubérot, il n'existe pas de « modèle français » unique de laïcité mais des visions divergentes qui s'affrontent dans un rapport de forces toujours évolutif. Ainsi le contenu de la loi de 1905 a représenté un enjeu entre quatre conceptions différentes de la laïcité. Celles-ci ont subsisté en s'adaptant, alors que trois « nouvelles laïcités » ont apparu. Ces sept laïcités, l'auteur nous les décrit en les qualifiant : laïcité antireligieuse, laïcité gallicane, laïcité séparatiste stricte, laïcité séparatiste inclusive, laïcité ouverte, laïcité identitaire et laïcité concordataire. Pour finir, Jean Baubérot expose les mutations de la laïcité depuis la fin du xixe siècle et propose des hypothèses sur son devenir.

  • Beautes arbitraires. essai sur l'imagination a l'epoque moderne Nouv.

    Les beautés arbitraires ont une histoire qui précède la question esthétique du beau et la dépasse. Fortes d'un je ne sais quoi qui les fonde à l'écart des systèmes théoriques, elles renversent au XVIIIe siècle la construction sociale du goût. Il se peut que cette conquête soit le plus grand effort de la pensée moderne. Distinguer, du point de vue de l'histoire de l'art, ce que recouvre la notion d'arbitraire, telle est la vaste énigme dénouée dans ce livre. La reconnaissance des beautés arbitraires se heurte à l'absolu d'un modèle antique qu'il est temps de contredire à l'époque moderne. Car il n'est rien de fixe, ni d'immuable dans l'arbitraire de la beauté, tout entier laissé à l'imagination du peintre, du poète, de l'architecte ou du musicien... Beauté chimérique opposée à la beauté véritable, elle revêt soudain valeur de rareté et de distinction et se transforme en beauté nécessaire, liée à l'invention de formes nouvelles qui peuvent plaire et toucher universellement. Entre caprice et convention, non-sens et vraisemblance, raison et sentiment, beautés essentielles et arbitraires échangent leurs rôles pour représenter différemment le monde et ses figures.

  • « L'argent est la seule création culturelle qui soit de pure énergie, qui se soit complètement abstraite de son support matériel, n'étant plus qu'absolu symbole. Il est le plus significatif des phénomènes de notre temps dans la mesure où sa dynamique a envahi le sens de toute théorie et de toute pratique. » La Philosophie de l'argent de Georg Simmel, dont la première édition parut en 1900, suivie d'une édition augmentée en 1907, a donné à la sociologie, au moment même où elle naissait en Allemagne, un tour très particulier. Comme le marxisme Simmel traite du capital et du travail ; comme Max Weber il traite des formations sociales et des forces morales qui les portent. Mais il le fait en des termes qui, tout à la fois, sont profondément marqués par le contexte spirituel de l'époque - en particulier la « philosophie de la Vie » - et qui ont révélé toutes leurs potentialités critiques en ce qui concerne l'interprétation de la « vie moderne ». Les cinq textes de ce recueil portent précisément sur le rapport entre l'argent et « l'économie de la vie ». Il ne s'agit nullement de parega mais, dans l'optique de la sociologie de la culture dont Simmel est le fondateur, d'études qui permettent d'appréhender l'ensemble de sa pensée et qu'il a d'ailleurs en partie intégrées à certaines de ses publications majeures, et notamment à son ouvrage-testament Lebensanschauung.

  • Au début des années 2000, le musée des Beaux-Arts de la Ville de Strasbourg eut à répondre à plusieurs demandes de restitution. C'est dans le sillage de ces affaires que l'institution entama un travail pionnier de recherche sur la provenance des oeuvres conservées dans sa collection. Après sa phase de création et sa refondation soutenue par Wilhelm von Bode de 1889 à 1918, puis la période de l'Alsacien francophile Hans Haug entre les deux guerres, les années 1940 à 1944 ont marqué en effet une étape cruciale dans la constitution de ses fonds artistiques. Le régime nazi confie alors la direction du musée à l'historien de l'art Kurt Martin : déjà à la tête de la Kunsthalle de Karlsruhe depuis 1934, il est nommé administrateur général des musées d'Alsace et de Bade en 1940. C'est le parcours de cette personnalité complexe à travers une époque régie par la contrainte et l'idéologie que Tessa Friederike Rosebrock s'attache à éclairer ici, tout en analysant l'ambitieuse politique d'acquisitions qu'il mit en oeuvre à Strasbourg au cours de la Seconde Guerre mondiale. Dans le portrait d'un homme et de ses actions, l'histoire tourmentée des institutions artistiques de part et d'autre du Rhin dans les années 1940 et l'immédiat après-guerre se fait jour. Sources et documents inédits racontent dans le détail la vie du musée, les achats et les réseaux sur lesquels Kurt Martin s'appuie, le transfert de la collection dans des dépôts sécurisés allemands à la fin de la guerre et sa réinstallation au palais Rohan à Strasbourg après 1945. Cet ouvrage nous invite donc à porter un regard neuf sur l'histoire et les histoires dans lesquelles toute oeuvre de musée se trouve prise.

  • Les Manouches, dont les roulottes et camions sillonnent le Massif central, ne parlent pas de leurs morts. Cette déférence muette procède d'un art plus général du non-dit et de l'absence qui soude la communauté tsigane et l'inscrit dans le monde des Gadjé, le nôtre. Les Manouches ne disent rien d'eux-mêmes. De leurs défunts ils taisent les noms, détruisent les biens et abandonnent les campements aux herbes folles : « L'avènement manouche se fait par la soustraction », souligne l'ethnologue dans ce texte exceptionnel. Seul un intime des « buissonniers », des chasseurs de hérisson, des rempailleurs de chaises et autres ferrailleurs nomades de nos campagnes pouvait procéder à l'ethnographie de ce retrait et de ce silence essentiels, à chaque instant refondateurs de l'identité du groupe dans sa distance aux non-Tsiganes. L'écriture « compréhensive » de Patrick Williams épouse, par son rythme, ses décalages et son inventivité, la complicité subtile du plus apparent et du plus caché, et nous restitue la cassure structurelle qui fait des Manouches ces gens du proche et du lointain, d'ici et d'ailleurs. Ni marginale, ni dominée, ni déviante, leur civilisation n'a cessé de se constituer au sein des sociétés occidentales comme circonstancielle et pure différence. En creux, en contrepoint, en silence. Ce livre plein de finesse, d'émotion et de questions cruciales posées à l'ethnologie nous révèle sous un jour entièrement nouveau l'un de ces « peuples de la solitude » chers à Rimbaud et à Chateaubriand. Alban Bensa

  • Que serait une santé sans médecins ou sans maladies, une maladie sans médicaments, ou des malades sans entourage ? À l'heure des réflexions sur la bioéthique et de la politisation de ces questions, cet ouvrage se propose d'identifier collectivement et le plus en amont possible les enjeux éthiques de ce qui pourrait advenir dans le secteur de la santé. Quel est le champ de possibilités qui s'ouvre lorsque l'on se défait de certains tropismes, notamment technologiques - aucune liste des nouvelles technologies liées à ce que l'on pourrait appeler la santé numérique ici - ou organisationnels ? Afin d'esquisser une réponse à cette question, les auteurs ont imaginé un futur construit par soustraction d'options - la santé sans maladie, les malades sans entourage, la maladie sans médicaments... Ces futurs fictionnels sont confrontés aux regards d'anthropologues, médecins, philosophes et sociologues, libérés de la continuité entre le présent et l'à-venir. Cet ouvrage vient appuyer la nécessaire construction d'une éthique de l'anticipation comprise comme éthique de notre façon de prendre soin du futur, tout en restant attentif à la santé d'aujourd'hui. Cet ouvrage a été réalisé dans le cadre des séminaires de l'Espace éthique Île-de-France.

  • La philosophie du langage, l'esthétique et la philosophie de l'histoire de Walter Benjamin ont fait l'objet de travaux conséquents, qui ont assuré la reconnaissance et balisé l'interprétation de textes essentiels. La pensée anthropologique, en revanche, reste un champ insuffisamment exploré, bien que central dans l'oeuvre de Benjamin. Elle trouve sa source dans une réflexion approfondie sur la question du corps, qui captive le philosophe du milieu des années 1910 jusqu'à la fin de sa vie et ouvre des perspectives inédites sur la théorie de la connaissance, l'éthique et la théorie politique. Ce livre tisse ensemble les différents fils qui constituent cette pensée du corps et relève l'ampleur des enjeux que ce questionnement soulève. Les textes de Benjamin rendent remarquablement compte du défi que doit relever la philosophie européenne à l'aube du xxe siècle : prendre en considération le caractère corporel de l'expérience et, ce faisant, l'historicité de la connaissance, la relation constitutive à l'altérité, l'expérience de la vulnérabilité, l'engagement matériel et affectif dans le monde social. Suivre l'évolution du questionnement sur le corps met en lumière la cohésion de l'oeuvre de Benjamin, tout en en éclairant la position singulière qu'elle occupe au sein de son contexte théorique d'émergence. Si la réflexion de Benjamin sur la corporéité ouvre des perspectives sur le paysage philosophique de l'Europe du tournant du siècle, elle entre aussi en résonance avec des questionnements qui animent la philosophie contemporaine.

  • Peint en 1808 pour une salle d'audience du Palais de Justice de Paris, le tableau de Pierre-Paul Prud'hon, La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime, a toujours été considéré comme un chef-d'oeuvre du romantisme français, mais a rarement été étudié sous l'angle de l'histoire du droit pénal. Pourtant, les débats contemporains autour de la question du libre arbitre jouèrent un rôle fondamental dans le choix de son iconographie. Selon la conception invoquée par Prud'hon, l'homme agissant librement est pleinement responsable de ses actes, y compris de ses crimes - responsabilité qui confère au législateur le droit moral de fixer des sanctions, même sévères. Les réflexions d'Emmanuel Kant revêtent dans ce contexte une importance majeure. Prud'hon en eut probablement connaissance par l'intermédiaire du commanditaire du tableau, Nicolas-Thérèse-Benoît Frochot, préfet du département de la Seine, auquel est attribuée ici la paternité du programme iconographique. À travers la présente monographie, Thomas Kirchner montre combien cette célèbre peinture est l'exact reflet des discussions juridiques et philosophiques qui animèrent la France révolutionnaire, et donnèrent naissance au nouveau Code pénal et à un nouveau Code d'instruction criminelle.

  • La cour d'honneur de la Sorbonne est domínée par deux statues - celle de Víctor Hugo et celle de Louis Pasteur - un poète et un homme de science. C'est à I'extérieur, sur la place de la Sorbonne, que se trouve le monument à Auguste Comte, fondateur et patron de la sociologie. Tandis que la littérature et les sciences avaient leur place assurée à l'intérieur de l'Université, la sociologie a dû conquerir le droit d'y entrer. Ce livre restitue la lutte que se livrent trois protagonistes, trois cultures : les sciences, les lettres et la sociologie. Certes, les forces en présence ne cessent de se redéfinir. Et que de différences entre la France marquée par l'héritage d'un Auguste Comte et déchirée par ses luttes idéologiques, l'Angleterre où une évolution moins polarisée produit de surprenantes alliances et l'Allemagne, où, plus tard venues, les sciences sociales provoquerit une scission radicale entre des cultures irréductibles. Mais nul schématisme dans ces pages où une érudition étourdissante, un art consommé de la composition et de la narration reconstituent toute la complexité des controverses, des idées et des positions sans négliger la bizarrerie du destin.

  • Rassemblés bien souvent sans l'avoir souhaité, les habitants des ensembles résidentiels urbains doivent partager des lieux intermédiaires entre l'espace privé du logement et l'espace public de la rue. Si ce partage se réduisait à des rencontres épisodiques, la cohabitation entre voisins serait sans histoires. Mais tel n'est pas le cas. Les parties communes ont pour vocation d'être partagées sans pour autant qu'un accord préalable sur la manière de s'y comporter ou sur leur utilisation ait été établi. Aussi sont-elles le lieu privilégié de confrontations entre différentes conceptions de la civilité, de la propreté, de la sociabilité, du savoir-vivre... C'est ici notamment que se déroulent les luttes destinées à faire prévaloir son identité ou à éviter de se voir imposer une image stigmatisée. Attentifs à ce qui se passe dans ces espaces entre-deux - à la fois lieux de passage et scène où se confrontent différentes cultures de l'habiter -, les ethnologues et sociologues réunis dans cet ouvrage analysent les mécanismes récurrents, les codes sociaux et les normes culturelles mis en oeuvre par les habitants pour produire des règles de vie communes possibles et les inscrire dans des contextes aussi divers qu'imbriqués : individuel et familial, collectif et social. Au-delà des variations et des différences qu'ils décrivent, les auteurs montrent comment l'établissement d'un ordre, souvent provisoire, résulte de confrontations et de négociations quotidiennes où se jouent les rapports à soi et aux autres - de quoi interpeller les concepteurs (architectes, urbanistes, aménageurs) ainsi que les gestionnaires de nos cadres bâtis (bailleurs, syndics, élus), surtout lorsqu'ils se lancent dans des politiques dites de « résidentialisation ».

  • Du cyclone de Bhola en 1970 à la catastrophe de Tohoku et Fukushima en 2011, en passant par le séisme en Arménie de 1988, l'ouragan Mitch de 1998 ou le tsunami de 2004 en Asie du Sud-Est, un monde international des catastrophes dites « naturelles » a progressivement émergé. Pourquoi « naturelles » ? Depuis les années 1990, les phénomènes naturels - séisme, ouragan, tsunami, éruption volcanique - ne sont plus considérés comme seuls responsables des catastrophes : l'activité humaine accentue la vulnérabilité des territoires et des habitants face aux catastrophes, qu'il n'est donc plus acceptable d'imputer à la seule nature. Le monde social qui se construit autour de ces catastrophes est composé de nombreux acteurs issus d'horizons divers : secouristes, professionnels des ONG, diplomates, scientifiques... Pour former un « gouvernement international des catastrophes », ils ont dû élaborer des normes, des standards, des outils et un langage communs afin d'harmoniser des façons de faire divergentes voire concurrentes. Cet ouvrage, fruit d'une ethnographie de sept années auprès des acteurs de ce monde, rend compte de ce travail continu et fait émerger les principales tensions qui l'animent : entre préparation et résilience, prévention et urgence, technologie et pratiques traditionnelles, commandement hiérarchique et organisation horizontale, paradigme aléa-centré et paradigme de la vulnérabilité...

  • Pour s'opposer efficacement au Front national et aux tenants de la société fermée, les bons sentiments ne suffisent pas. Mieux vaut disposer de connaissances précises, documentées et à jour. Le Front national était extrémiste à la naissance : jusqu'à quel point l'est-il encore ? Il est généralement tenu pour populiste : mérite-t-il pleinement cet étiquetage ? Capable de parler avec un certain succès au nom des « oubliés » et des « invisibles » et ainsi de se référer à des figures sociales, le FN n'est pas seulement une force nationaliste. Porté par la hantise de l'islam, il semble soucieux de se rapprocher des Juifs, et de s'écarter de son lourd passé antisémite - mais n'est-il pas, ici profondément ambivalent ? Ses succès politiques récents dessinent une carte de France inédite, dans laquelle les villes, et même les « banlieues » dites « difficiles » prennent leur distance avec ce parti, tandis que des pans entiers de son électorat résident aujourd'hui dans des zones périurbaines : cette tendance est-elle appelée à se renforcer ?

  • Pour comprendre les violents conflits identitaires qui traversent aujourd'hui les sociétés ex-colonisatrices ou ex-colonisées, Ernesto Ottone revient sur l'histoire paradoxale de la mondialisation au xxe siècle. Au long de cette genèse, traversée par des guerres meurtrières et des conflits idéologiques, il remet en cause la conception de l'« universel » qui promeut des représentations culturelles fondées sur le rejet de l'autre. Il prône l' « accumulation civilisationnelle », un outil conceptuel pour réinterpréter ces antagonismes à la lumière des valeurs de tolérance issues de toutes les cultures. Un moyen de se départir des résidus de barbarie dissimulés dans le refus du vivre ensembl

  • Le passage des études de folklore à l'ethnologie en France s'est fait dans la période troublée qui va du Front populaire à la Libération. Le folklore scientifique se construit de manière ambivalente, dans le cadre d'une politique culturelle qui fait la part belle aux traditions régionales : à la fois ouverte sur la modernité, et fascinée par un passé volontiers idéalisé. Avec l'avènement du régime de Vichy, le folklore devient l'instrument de la politique culturelle du maréchal Pétain et de sa Révolution nationale. Mais, en même temps, de vastes enquêtes scientifiques, extensives et collectives voient le jour. Cet ouvrage, qui fait suite à un colloque international tenu en 2003 au musée national des Arts et Traditions populaires (MNATP), apporte une réponse collective à des questions restées longtemps Houes, voire taboues : comment apprécier les activités du MNATP, créé en 1937, et celles de son directeur, Georges Henri Rivière, sous le régime de Vichy ? Quelles continuités, quelles ruptures apparaissent entre la période du Front populaire et Vichy ? Jusqu'où les folkloristes se sont-ils compromis ? Une nouvelle discipline était-elle déjà en germe ou le folklorisme sombrait-il totalement dans l'exaltation passéiste du inonde paysan ? Ce regard en arrière s'avère nécessaire à l'heure où l'ethnologie s'affranchit des barrières nationales - et alors qu'un nouveau musée, le musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM), vient remplacer le MNATP.

  • Quel avenir faut-il prédire aux humanités ? Les signes d'une désaffection pour la culture humaniste se sont multipliés au cours des dernières années en France et ailleurs. Dans ce contexte morose et déprimé, le développement des humanités numériques apparaît à certains comme une planche de salut pour des disciplines autrement condamnées à disparaître. Toutefois, réinventer les humanités par le numérique suppose de relever trois défis de taille : leur rapport à la technique, leur relation au politique et enfin à la science elle-même. Les humanités numériques sont très critiquées : pour certains elles relèvent de la poudre aux yeux, pour d'autres, elles constituent une menace extraordinaire. Mais s'il y a bien quelque chose que l'on ne peut contester, c'est leur capacité à poser de bonnes questions aux différentes disciplines des sciences humaines et sociales. Penser la place que les humanités doivent tenir dans notre monde implique d'en redéfinir le contrat social et épistémique. Elles sont riches d'opportunités de ce point de vue : à condition de ne pas dénaturer la spécificité humanistique des pratiques de recherche auxquelles elles s'appliquent.

  • Le pouvoir en mediterranee. un reve francais pour une autre europe Nouv.

    Nourrir une « ambition pour la Méditerranée » est une composante essentielle de la politique française depuis la fin de l'empire napoléonien. Cette politique, qui vise à former une coalition entre les divers peuples de la « mer privilégiée » (comme l'appelait Fernand Braudel), s'offre comme un contrepoids à l'influence de l'Allemagne sur l'Europe. C'est ainsi que pour tenir tête aux empires slaves et germaniques, plusieurs générations de décideurs politiques ont envisagé de créer un « Bloc latin », une « Union méditerranéenne » ou bien encore, sous un intitulé particulièrement agressif et significatif, un « Empire latin ». Le présent ouvrage traite de ces tentatives, de leurs soubassements et de leurs ressorts. Il s'attache à décrire la construction et la propagation des stéréotypes culturels nord-sud depuis le xviiie siècle jusqu'à nos jours, s'intéresse au « Système de la Méditerranée » des saint-simoniens du début xixe siècle, et s'attarde sur la période des deux guerres mondiales. Wolf Lepenies révèle dans la vieille rivalité franco-allemande des ressentiments profondément enracinés entre un Nord protestant soi-disant austère et un Sud catholique où règnerait légèreté et joie de vivre - idées reçues anciennes qui aident à comprendre les coalitions et les lignes de front européennes qui sont encore à l'origine des politiques actuelles.

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