Belin

  • Durant deux millénaires, les Celtes ont été oubliés mais, depuis quelques décennies, ils occupent le devant de la scène historique, effaçant du même coup Gaulois et Germains. Qui étaient-ils en réalité ? Et ont-ils même existé ?
    Pour répondre à ces questions, l'auteur se livre à une vaste enquête, l'obligeant à remonter aux sources écrites les plus anciennes. Il apparaît ainsi que, depuis leur rencontre avec les voyageurs grecs, les Celtes n'ont cessé d'être l'objet des mythes les plus divers, des plus poétiques aux plus idéologiques, voire raciaux. Parce qu'ils ont toujours paru indéfinissables, généalogie, histoire, linguistique, archéologie et comparatisme se sont emparé d'eux comme des exemples ou des modèles malléables à merci. Chacun peut s'imaginer ces hommes à sa manière et les utiliser dans des théories qui souvent ont peu à voir avec l'histoire objective.
    Il est temps aujourd'hui de rendre les Celtes à leur réalité et, dans les récits qui ont été donnés de leur histoire, de faire la part de l'invention.

  • Historien de l'URSS stalinienne, Nicolas Werth a éprouvé le besoin d'aller sur place, à la recherche des traces du plus grand système concentrationnaire du vingtième siècle. La route de la Kolyma est le récit de cette expédition insolite et fascinante dans l'immense contrée isolée de la Sibérie orientale, à neuf heures de vol de Moscou. Région emblématique du Goulag, la Kolyma, grande comme deux fois la France, est aujourd'hui une région sinistrée, aux villes dépeuplées. Nicolas Werth a rencontré les derniers survivants des camps, mais aussi les membres de l'association Memorial qui luttent pour que cette page sombre de l'Histoire ne soit pas oubliée. Il a sillonné les pistes de la Kolyma, pour tenter de retrouver les vestiges des camps de travail forcé, où les détenus extrayaient, dans des conditions extrêmes, l'or, la grande richesse de la Kolyma. Une quête souvent vaine, tant les traces se sont effacées dans ces terres que l'homme n'a jamais véritablement conquises. Comment appréhender cette civilisation disparue ? Ce voyage à la recherche de la Kolyma perdue est aussi une réflexion sur le métier d'historien.

  • À l'origine de cet ouvrage, il y a des voix d'hommes et de femmes, d'origines culturelles et de milieux sociaux différents et, en contrepoint, des souvenirs de lectures transcrits par des écrivains. Tous racontent les biais insolites par lesquels les livres leur ont permis d'apprivoiser leurs peurs, de construire et de réparer leur monde intérieur, de trouver des réponses aux questions qui les hantent, d'apprendre ce que d'autres ont trouvé comme solutions à la difficulté d'être sur Terre. Comme Jorge Semprun qui retrouve espoir dans un texte de Gide, après qu'on l'eut congédié en se moquant de son accent de jeune Espagnol, débarqué à Paris : « La boulangère du Boulevard Saint-Michel me chassait de la communauté. André Gide m'y réintégrait subrepticement. Dans la lumière de cette prose qui m'était offerte, je franchissais clandestinement les frontières d'une terre d'asile probable.» Car lire, c'est aussi un moyen de résister aux processus d'exclusion ou d'oppression, de reconquérir une position de sujet au lieu de n'être qu'objet du discours des autres. En conjuguant sciences sociales et psychanalyse, l'auteur nous livre ici l'analyse de toutes ces expériences singulières où la lecture joue un rôle primordial dans la découverte et la construction de soi, comme dans l'ouverture sur d'autres cercles d'appartenance.

  • À trois mois d'écart, en 1905, Albert Einstein découvre la nature quantique de la lumière, puis les lois de la relativité. Ces deux coups de génie de jeunesse irrigueront toute la physique du XXe siècle. Et pourtant, il n'était pas seul. On ne peut comprendre ses travaux sans les replacer dans ce début de XXe siècle foisonnant d'idées, où les physiciens discutaient avec passion de vastes problèmes : qu'est-ce que la lumière ? Les atomes existent-ils ? Au milieu de ce bouillonnement intellectuel, l'atout d'Einstein fut son approche totalement nouvelle de ces questions, une approche fascinante par la simplicité des idées initiales, contrastant avec les étonnantes conséquences qu'il en tira.
    Pour esquisser une image fidèle d'Einstein et rendre justice à son héritage scientifique, l'auteur de cet ouvrage, Silvio Bergia, se penche sur les différentes étapes qui ont façonné la personnalité du grand physicien, et sur le cheminement qui l'a conduit à ses résultats révolutionnaires. Avec une grande pédagogie, il dépeint le contexte scientifique de l'époque, de façon à révéler la subtilité de l'approche d'Einstein. Y a-t-il un "mystère" Einstein, comme le font penser de nombreux hagiographes ? Au fil des pages, le lecteur suivra Silvio Bergia dans sa tentative de lever le voile. "Le but de toute activité intellectuelle est de réduire tout mystère à quelque chose de compréhensible", a dit un jour un fameux physicien... qui s'appelait Albert Einstein.

  • De 1717 à 2002 la franc-maçonnerie éclaire et interroge de manière incomparable trois siècles d'histoire et d'identité européenne, de Lisbonne à Saint-Pétersbourg, de Stockholm à Zagreb.

    Europe des Lumières, Printemps des peuples, nationalisme et pacifisme, Société des Nations, guerre froide et construction européenne, après-communisme : les francs-maçons unis ou divisés, écoutés ou exécrés, sont de tous les combats, présents sur tous les chantiers qui rythment l'histoire du continent.

    Ce livre fait le choix de rompre avec une juxtaposition d'histoires nationales pour proposer une perspective résolument européenne. Il mobilise les recherches les plus récentes et s'appuie sur l'exploitation des principaux fonds d'archives maçonniques européens ainsi que sur l'ouverture, en janvier 2002, des « Archives russes » du Grand Orient de France de retour de Moscou.

  • Imaginez à quoi ressemblerait un matin dans un monde sans abeilles. Ce n'est pas seulement le miel qui disparaîtrait de votre table. Plus de confiture de groseille, d'abricot ou de marmelade d'orange. Plus de jus d'orange ou de pomme. Plus de café ni de chocolat. Il vous resterait le thé... Au rythme où les populations d'abeilles déclinent, ce cauchemar risque-t-il de devenir réalité ?Durant deux ans, Vincent Tardieu a sillonné la France et les États-Unis, rencontré des dizaines de chercheurs et d'apiculteurs, compilé près de deux cents publications scientifiques. Il présente ici les résultats d'une enquête exceptionnelle, où l'on découvre que de multiples raisons se conjuguent pour causer le déclin des abeilles : pesticides, parasites, virus, apiculture intensive, appauvrissement des ressources alimentaires pour l'insecte, mauvaise gestion de l'espace rural... Il est urgent de comprendre et, surtout, d'agir. Ce livre comporte un épilogue qui fait le point des toutes dernières découvertes.

  • N'y a-t-il pas une véritable grandeur dans cette façon d'envisager la vie... Ainsi Charles Darwin achève son grand oeuvre, L'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, publié en 1859.

    « Cette façon d'envisager la vie » bouleversa la biologie, mais aussi l'humanité en remettant l'homme à sa place dans l'Univers - à la façon d'un Copernic quelques siècles plus tôt - et dans le monde du vivant.

    Pour comprendre la genèse de ces idées et ce qu'elles recouvrent, suivons Darwin dans ses pérégrinations autour de la planète, dans le monde scientifique de l'époque victorienne et dans son intimité familiale.

    Ouvrage paru initialement dans la collection « Les génies de la sciences » (Belin-Pour la Science).

  • Apprendre !

    André Giordan

    Comment apprend-on ? Quelle est la place de la mémoire, de la motivation, du désir ou de l'émotion ? Que sait-on des capacités étonnantes du cerveau ? Pourquoi certains enfants ou adultes ont-ils tant de difficultés à apprendre ? Dans ce livre, l'auteur, lui-même ancien cancre, suggère une approche radicalement nouvelle de l'apprentissage. Il montre qu'apprendre est un processus complexe, souvent conflictuel, qui suppose de bousculer les conceptions ancrées dans nos têtes. S'appuyant sur sa longue expérience d'enseignant, André Giordan avance des propositions pratiques pour mieux apprendre et propose une redéfinition du rôle et de la place de l'école. Dans une société en pleine mutation, contrainte d'innover en permanence, il est vital, plaide-t-il, de développer une « culture du questionnement ».

  • Neuf historiens ont mis leur science au service de l'histoire de Paris, pour en éclairer un aspect à la lueur de leurs propres travaux et des derniers acquis de la recherche. C'est ainsi que sont tour à tour abordées la question de la place des saints fondateurs dans la ville, celle de l'évêque, des enceintes, de la justice, de la bourgeoisie, de l'assistance, des femmes, de l'université, de l'aristotélisme, du roi en son palais et de la guerre civile. Ce sont autant de portraits d'une ville aux visages multiples qu'il est difficile de saisir dans son ensemble, mais leur mise en série permet ici de s'en faire une idée. Il en ressort néanmoins que Paris cumule déjà à cette époque les fonctions économiques, religieuses, intellectuelles, curiales et politiques, ce qui est unique en Occident où les villes peuvent rarement s'enorgueillir de plus de deux ou trois fonctions : Gand est avant tout une cité industrielle, Bologne une ville universitaire, Venise un pôle commercial... Cet épais feuilletage de fonctions variées est probablement l'explication de l'exceptionnel développement de Paris au Moyen Âge.

  • La question des origines de la Grande Guerre préoccupe les historiens. Pour deux raisons majeures : parce qu'elle est la première guerre totale de l'histoire ; parce que, détruisant un ordre ancien, elle inaugure l'ère des totalitarismes. Qui donc fut responsable du déclenchement de la Grande Guerre ? Existe-t-il même un responsable, ou les nations ont-elles basculé plus ou moins sciemment dans la guerre ? Les politiques ont-ils fait preuve d'aveuglement et d'inconséquence ? Gerd Krumeich, l'un des meilleurs spécialistes de 1914-1918, apporte une réponse frappante : l'Allemagne a joué le tout pour le tout et s'est servi de l'attentat de Sarajevo pour devancer une éventuelle agression de la Russie et de son allié français. 
    Ce fut non pas la soif d'une suprématie internationale qui fut à l'origine de la crise mais une peur panique de l'avenir. Face au « péril russe », mieux valait déclencher la guerre « maintenant que plus tard ». Mais aucun des dirigeants politiques et militaires n'avait prévu ce que deviendrait le conflit, aucun d'eux n'avait imaginé l'horreur que seraient les batailles de Verdun et de la Somme.

  • Depuis qu'elle existe, l'humanité s'évertue à aménager le Monde, le réaménager, le diviser, le parcourir, le mettre en production et donc en valeur. Elle modifie sans cesse son habitat, produit tous les jours de l'espace, de la différence et de l'organisation - avec art et réussite souvent, mais non sans dégâts et perturbations dus à l'ignorance, aux erreurs, aux conflits, à l'avidité.
    À partir de questions simples et fondamentales, « qu'y a-t-il là, pourquoi est-ce là comme ça, et où cela va-t-il ? », le géographe scrute et déchiffre les traces et les signes que livrent les paysages, la distribution des activités et des habitats, des cultures et des comportements, même les noms des lieux et les antimondes.
    /> Or, le nombre d'habitants vient de quadrupler en un siècle, et les capacités d'agir, de créer et de nuire ont changé d'ampleur et de nature. Ménager le Monde, mieux l'organiser et le protéger dans la perspective du long terme, et non de la spéculation et du profit immédiats, sont des devoirs civiques. Analyser, comprendre et représenter ces actions et ces différences qui changent le Monde est plus que jamais nécessaire. Ce livre, entièrement revu par rapport à l'édition originale, en donne les clés.

  • Léonard de Vinci a « dessiné » la science. Peintre de génie, il n'avait aucune formation universitaire et  dut apprendre le latin, se faire expliquer les mathématiques, l'optique, l'hydrodynamique et l'architecture par les spécialistes de l'époque et surtout s'inspirer de l'observation de la nature pour comprendre le monde.

    Pour lui, saisir un phénomène, c'est en dessiner les aspects nouveaux. Ainsi, dans ses tableaux, n'hésite-t-il pas à insérer les dernières avancées scientifiques. L'auteur de cet ouvrage nous les restitue avec force et clarté : la lecture raisonnée des magnifiques oeuvres de Léonard, outre le plaisir esthétique, permet ainsi de faire également le point sur les connaissances de l'époque.

    Mais si Léonard de Vinci sut peindre la nature avec force et exactitude, il ne put maîtriser intellectuellement sa diversité: la nature est trop complexe, se plaint-il, pour que l'on puisse l'expliquer avec la rationalité scientifique. Nous sommes, de ce point de vue, tous des Léonard de Vinci.

    Ouvrage paru initialement dans la collection « Les génies de la sciences » (Belin-Pour la Science).

  • Le poil a une histoire... Cet ouvrage, très documenté, la retrace en nous révélant l'infinie diversité des adaptations et des déclinaisons du poil à travers les époques, les civilisations et les continents. Car partout le poil a été - et n'a cessé d'être - un marqueur de comportement, un signe politique, un indice social, éthique et religieux, qu'il s'agisse du monde hébraïque, chrétien, islamique ou extrême oriental.

    Se déploie ainsi au fil des pages le kaléidoscope des traces multiples d'une histoire aussi singulière que méconnue : de Sumer à Babylone ; dans la France de Louis XIV, quand le sexe mâle s'enticha de la perruque ; dans la Chine mandchoue, où tous les sujets chinois devaient porter la natte ; lors de la Première Guerre mondiale avec la glorification des Poilus ; sans oublier la Turquie contemporaine, où les positions politiques ont de fortes incidences sur la forme des moustaches...

    Les marges de l'histoire ne sont pas omises, avec les eunuques byzantins ou les malheureux atteints d'hypertrichose - cette maladie qui se manifeste par une pilosité envahissante sur une partie du corps ou sa totalité - et présentés comme des monstres.

    Ainsi, du poil biblique au poil freudien en passant par celui des Poilus, chacun trouvera « son poil » dans cette étude riche en surprises et inattendus et, l'esprit aiguisé par la curiosité, il pourra, au fil de sa lecture, s'en tisser d'autres.

  • Republier quelque quarante ans plus tard l'essai de Claude Lefort paru en 1976 et aujourd'hui introuvable en librairie, c'est d'abord rendre accessible une oeuvre importante de la philosophie politique, l'un des ouvrages majeurs de l'auteur. Il y propose tantôt une analyse très concrète, historiquement informée, de L'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljénitsyne, qui venait de paraître ; tantôt une réaction passionnée, polémique, une lecture sensible des textes et de leur situation dans le temps des idéologies et des pensées. Tantôt surtout, et à cette occasion, une réflexion profonde sur les rapports de la société et du pouvoir souverain qui se détache d'elle en prétendant la remodeler, donc sur l'énigme de l'entreprise totalitaire.Le projet d'emprise totalitaire sur la société n'est pas une chose du passé. Qu'on pense à la Chine ou à la Corée du Nord, auxquelles Lefort fait allusion plusieurs fois. Plus près de nous, certaines caractéristiques du totalitarisme soviétique sont encore en place dans la Russie d'aujourd'hui, car plus de soixante ans d'emprise ne s'effacent pas aisément. La pensée active de Lefort, attentive aux événements, jamais refermée sur une doctrine préalablement conçue, peut nous aider à penser notre présent. Pierre Pachet (extrait de la Préface)

  • L'animal et la machine nous parlent-ils ? Y a-t-il des pensées dangereuses ? Pour avoir du goût, faut-il être cultivé ? Un monde humain sans affrontement est-il pensable? La diversité des cultures contredit-elle l'existence de valeurs universelles ? Le cinéma est-il un art ? Pour limiter le pouvoir de l'État, peut-on s'en remettre à l'État? À quoi sert la philosophie ? Autant de questions que cet ouvrage se propose de démêler, réunissant sujets classiques et problèmes contemporains en dix-sept chapitres. Laurence Hansen-Løve propose ainsi non pas une histoire de la philosophie, mais un cours particulier vivant et actuel de philosophie. Outre la présentation des points de vue ou des opinions des philosophes sur une question donnée, elle nous livre ici une parole singulière pour s'orienter dans le temps présent.

  • Le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 est emblématique de la catastrophe qui a frappé toute l'Afrique des Grands Lacs depuis une vingtaine d'années. Il n'a été le fruit ni d'une fureur conjoncturelle, ni d'une fatalité ethnographique ou biologique, mais il est le produit très moderne d'une option extrémiste, jouant du racisme comme arme de contrôle du pouvoir. En effet, cette mise en condition de tout un pays aurait été impossible sans l'inscription durable dans la culture de cette région d'Afrique d'une idéologie racialiste, discriminant, sous les étiquettes hutu et tutsi, des autochtones et des envahisseurs, le « vrai peuple » rwandais majoritaire et une « race de féodaux ». Ce livre décrypte la construction de cette idéologie, trop méconnue, qui oppose les « vrais Africains » à des « faux nègres », ceux qu'on a appelés les Hamites depuis les années 1860 dans la littérature africaniste. Le schéma racial dit « hamitique » est né de la même matrice intellectuelle que celui opposant Aryens et Sémites, qui a embrasé l'Europe dans les années 1930-1940.

  • La Grèce antique a longtemps été réputée «blanche», car l'usure du temps avait effacé les couleurs ornant sculptures et reliefs, pour ne laisser que le marbre blanc. Dès la Renaissance, on célèbre la blancheur des statues exhumées et l'on en fait des copies, blanches elles aussi.Cet impérialisme esthétique du blanc trouvera une expression radicale dans les discours racistes exaltant la figure de l'homme occidental blanc, fils de l'Antiquité classique. Les couleurs seront dès lors la marque dégradante de l'Autre, du «Métèque». Les dernières technologies donnent les preuves incontestables de la présence de polychromie et d'or sur toute la sculpture grecque, y compris le prestigieux Parthénon, icône suprême de la «Grèce blanche». Pourtant, il y a encore des réactions incrédules, voire dégoûtées (trop «kitsch» !), et ­certains archéologues continuent de passer soigneusement au kärcher les derniers témoignages du goût des Anciens pour l'or et les couleurs.

  •  Pilier de l'islam, le pèlerinage à La Mecque est à l'origine du plus grand rassemblement humain au monde. Née aux premiers temps de l'islam, cette pratique n'a cessé de croître, s'inscrivant dans une histoire qui mêle les dimensions religieuses, politiques, sociales, économiques ou encore sanitaires. Au cours du XIXe siècle, le voyage à La Mecque prend un essor inédit et cesse d'être une affaire exclusivement musulmane : les puissances coloniales s'attachent à gouverner administrativement ce vaste mouvement touchant chaque année plusieurs dizaines de milliers de leurs ressortissants. La communauté internationale se mobilise pour assurer un strict contrôle sanitaire de ces rencontres qui catalysent les risques d'épidémies. Avec la fin des empires coloniaux, le pèlerinage entre dans l'histoire de reconfigurations géopolitiques, qui demeurent jusqu'à aujourd'hui au coeur des enjeux de la région.
    En retraçant l'histoire du voyage à La Mecque, Sylvia Chiffoleau nous plonge dans le quotidien des pèlerins et nous montre que ces croyants, au fil du temps, expérimentent les territoires de la modernité.

  • Les femmes sont-elles « naturellement » douées pour le langage et les hommes bons en maths ? Nos aptitudes et nos personnalités seraient-elles inscrites dans le cerveau dès la naissance ? Les recherches récentes montrent au contraire que, grâce à ses propriétés de « plasticité », le cerveau fabrique sans cesse de nouveaux circuits de neurones en fonction de l'apprentissage et de l'expérience vécue. Rien n'est jamais figé dans le cerveau. C'est une véritable révolution pour la compréhension de l'humain. Cet ouvrage, qui s'est imposé au fil du temps comme une référence, replace le débat autour de la différence des sexes sur un terrain scientifique rigoureux. Il s'appuie sur les avancées des neurosciences, qui apportent un éclairage nouveau sur le rôle de la biologie et de l'environnement socio-culturel dans la construction de nos identités de femmes et d'hommes. Notre destin n'est pas inscrit dans notre cerveau !Ce livre comporte un épilogue qui fait le point des toutes dernières découvertes.

  • Une vie au goulag, récit autobiographique de Dimitri Vitkovski, est un document exceptionnel, cité par Alexandre Soljenytsine en ouverture de L'Archipel du Goulag. Tout oppose, cependant, Soljenitsyne et Vitkovski : si le premier est révolté, le second évoque, avec lyrisme et humour, sa vie brisée par le système. Ce qui frappe d'abord, lorsqu'on lit Vitkovski, c'est le ton du récit. D'une grande concision, sans aucun pathos, mais aussi lyrique, d'un lyrisme unique dans la littérature concentrationnaire. Écrit dans les années soixante, ce récit décrit, sur près de trente ans, une vie de captivité entrecoupée de très courts répits de liberté - déportation dans les profondeurs des forêts sibériennes, travail de bagnard dans les îles Solovki, tortures, interrogatoires, peur et survie. Dimitri Vitkovski, ingénieur devenu zek, accusé sans preuves mais lourdement condamné, retrace le monde des persécuteurs et des prisonniers mais aussi, avec une sensibilité de poète, la taïga sibérienne au printemps, la lumière irréelle qui se dégage de la mer Blanche aux îles Solovki, ou une aurore boréale. Un document pionnier, un petit chef-d'oeuvre.

  • La guerre de 1914-1918 a creusé un fossé de génération chez les scientifiques français. Des mathématiques françaises moribondes contrastaient avec une algèbre allemande d'une grande vitalité. Cette situation sera à l'origine de la création du groupe Bourbaki. Le 10 décembre 1934, une poignée de jeunes mathématiciens se réunissent dans un café du Quartier latin à Paris. Leur but : rédiger un traité d'analyse. C'est le coup d'envoi à une entreprise qui bouleversera les mathématiques et entrera dans la légende. Car Bourbaki présente deux visages. L'un, public, empreint de sérieux et d'aridité, qui se targue de remettre à plat les mathématiques de l'époque ; l'autre, privé, marqué par l'humour et la farce. Ainsi, pendant plus de 60 ans, plaisanteries de potaches et mathématiques de haut vol émaneront de cette société secrète.
    Nicolas Bourbaki se distinguera in fine par son oeuvre monumentale, un traité de mathématiques de plus de sept mille pages. Le premier volume parut en 1939, le dernier date de 1998. Y en aura-t-il d'autres ? Beaucoup en doutent. Bourbaki renouvelle ses membres en permanence, et pourtant il n'a pas réussi à garder sa jeunesse. Quatre-vingt-trois ans après sa création, son rôle et sa survie sont en question.
    Ce livre rappelle le contexte historique dans lequel est né le groupe Bourbaki (soulignant au passage son inspiration allemande), résume son histoire (sans oublier ses quelques potacheries), présente son oeuvre (les Élements, le Séminaire) et brosse au passage le portrait de quelques-uns de ses membres. Mais on ne tombe pas pour autant dans l'hagiographie, il est aussi question des critiques dont le groupe a fait l'objet.

  • Géo-histoire de l'islam

    Pascal Buresi

    Au début du XXIe siècle, un cinquième de la population de la planète se rattache à la religion musulmane, selon des modalités qui varient considérablement d'une région à l'autre.

    Peut-on réduire l'islam/Islam (religion et civilisation) à un ensemble de traits qui le caractériserait en tous temps et en tous lieux ?

    Une approche historique et géographique s'impose pour comprendre les processus sociaux, politiques et culturels qui sont à l'oeuvre dans le monde au sein des différentes populations musulmanes. De la prophétie muhammadienne à l'Empire ottoman, des guerriers nomades du désert aux marchands-navigateurs de l'océan Indien, du coeur de la péninsule Arabique aux périphéries « occidentales », de la centralité du pèlerinage à La Mecque à l'infinie variété des pèlerinages locaux, de l'héritage des savoirs médiévaux à la chaîne de télévision qatariote al-Jazeera, des souks traditionnels au système bancaire « islamique », de la naissance des droits musulmans aux révoltes des « printemps arabes », des règles de l'hospitalité à l'exposition numérique de décapitations d'otages par l'État islamique de Syrie et d'Irak (Daesh), cette synthèse explore toutes les composantes de la religion et des cultures musulmanes, pour mieux comprendre les fractures qui affectent le monde.

    La violence pratiquée au nom de l'islam est-elle un aspect du choc des civilisations cher à Samuel Huntington, ou bien celui, inattendu, de la globalisation néo-libérale ?

    Ce livre a été augmenté d'une préface et d'un chapitre final.

  • Merleau-Ponty donne ici, pour la première fois, une inflexion décisive à la phénoménologie en direction d'une nouvelle ­ontologie.Avec la notion d'institution, il vise, dans des domaines très divers (le sentiment, l'art, les mathématiques, la connaissance d'autres cultures), «des événements d'une expérience qui la dotent de dimensions durables par rapport auxquelles d'autres événements auront sens, formeront une suite [...]».Dans la passivité, il décèle non pas un état, mais une modalité de notre relation au monde ; non pas le contraire de l'activité, mais son envers. En témoignent l'attache au monde qui subsiste dans le sommeil, le travail du rêve, l'efficacité de l'oubli qui maintient un présent intact dans la mémoire.Ces notes de cours nous rendent sensible une recherche dans ce qu'elle a d'aventureux, au meilleur sens du terme. Incursions dans l'univers de Proust, discussion du détail d'interprétations de Freud, exploration des croyances au temps de Rabelais, dans le sillage de Lucien Febvre, analyse critique de thèses de Sartre ou de Lévi-Strauss: la pensée de Merleau-Ponty ne cesse de s'exercer et, parfois, semble se découvrir à elle-même au contact des autres.

  • Définir l'art

    Alain Séguy-Duclot

    La destruction des Bouddhas de Bâmiyân (Afghanistan) en 2001 ou, plus récemment, l'attaque en 2015 des collections du musée de Mossoul viennent nous rappeler la fragilité de l'art face à la violence du réel et la rareté des grandes oeuvres. Plus que jamais, il est crucial de penser la distinction entre l'art et le grand art, entre l'art et le non-art - en bref, de définir l'art.
    Mais comment évaluer objectivement les oeuvres si toute évaluation esthétique est subjective ? Et comment articuler la dimension technique de la création avec à la fois la liberté créatrice et l'irrationalité de l'inspiration ? La haute couture, la composition des jardins, la création des parfums ou encore la cuisine sont-elles des productions artistiques à part entière ?
    Autant de questions auxquelles Alain Séguy-Duclot propose ici des réponses, en philosophe, interrogeant à nouveaux frais l'idée que l'art serait indéfinissable.

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