Sciences humaines & sociales

  • Durant deux millénaires, les Celtes ont été oubliés mais, depuis quelques décennies, ils occupent le devant de la scène historique, effaçant du même coup Gaulois et Germains. Qui étaient-ils en réalité ? Et ont-ils même existé ?
    Pour répondre à ces questions, l'auteur se livre à une vaste enquête, l'obligeant à remonter aux sources écrites les plus anciennes. Il apparaît ainsi que, depuis leur rencontre avec les voyageurs grecs, les Celtes n'ont cessé d'être l'objet des mythes les plus divers, des plus poétiques aux plus idéologiques, voire raciaux. Parce qu'ils ont toujours paru indéfinissables, généalogie, histoire, linguistique, archéologie et comparatisme se sont emparé d'eux comme des exemples ou des modèles malléables à merci. Chacun peut s'imaginer ces hommes à sa manière et les utiliser dans des théories qui souvent ont peu à voir avec l'histoire objective.
    Il est temps aujourd'hui de rendre les Celtes à leur réalité et, dans les récits qui ont été donnés de leur histoire, de faire la part de l'invention.

  • Historien de l'URSS stalinienne, Nicolas Werth a éprouvé le besoin d'aller sur place, à la recherche des traces du plus grand système concentrationnaire du vingtième siècle. La route de la Kolyma est le récit de cette expédition insolite et fascinante dans l'immense contrée isolée de la Sibérie orientale, à neuf heures de vol de Moscou. Région emblématique du Goulag, la Kolyma, grande comme deux fois la France, est aujourd'hui une région sinistrée, aux villes dépeuplées. Nicolas Werth a rencontré les derniers survivants des camps, mais aussi les membres de l'association Memorial qui luttent pour que cette page sombre de l'Histoire ne soit pas oubliée. Il a sillonné les pistes de la Kolyma, pour tenter de retrouver les vestiges des camps de travail forcé, où les détenus extrayaient, dans des conditions extrêmes, l'or, la grande richesse de la Kolyma. Une quête souvent vaine, tant les traces se sont effacées dans ces terres que l'homme n'a jamais véritablement conquises. Comment appréhender cette civilisation disparue ? Ce voyage à la recherche de la Kolyma perdue est aussi une réflexion sur le métier d'historien.

  • À l'origine de cet ouvrage, il y a des voix d'hommes et de femmes, d'origines culturelles et de milieux sociaux différents et, en contrepoint, des souvenirs de lectures transcrits par des écrivains. Tous racontent les biais insolites par lesquels les livres leur ont permis d'apprivoiser leurs peurs, de construire et de réparer leur monde intérieur, de trouver des réponses aux questions qui les hantent, d'apprendre ce que d'autres ont trouvé comme solutions à la difficulté d'être sur Terre. Comme Jorge Semprun qui retrouve espoir dans un texte de Gide, après qu'on l'eut congédié en se moquant de son accent de jeune Espagnol, débarqué à Paris : « La boulangère du Boulevard Saint-Michel me chassait de la communauté. André Gide m'y réintégrait subrepticement. Dans la lumière de cette prose qui m'était offerte, je franchissais clandestinement les frontières d'une terre d'asile probable.» Car lire, c'est aussi un moyen de résister aux processus d'exclusion ou d'oppression, de reconquérir une position de sujet au lieu de n'être qu'objet du discours des autres. En conjuguant sciences sociales et psychanalyse, l'auteur nous livre ici l'analyse de toutes ces expériences singulières où la lecture joue un rôle primordial dans la découverte et la construction de soi, comme dans l'ouverture sur d'autres cercles d'appartenance.

  • De 1717 à 2002 la franc-maçonnerie éclaire et interroge de manière incomparable trois siècles d'histoire et d'identité européenne, de Lisbonne à Saint-Pétersbourg, de Stockholm à Zagreb.

    Europe des Lumières, Printemps des peuples, nationalisme et pacifisme, Société des Nations, guerre froide et construction européenne, après-communisme : les francs-maçons unis ou divisés, écoutés ou exécrés, sont de tous les combats, présents sur tous les chantiers qui rythment l'histoire du continent.

    Ce livre fait le choix de rompre avec une juxtaposition d'histoires nationales pour proposer une perspective résolument européenne. Il mobilise les recherches les plus récentes et s'appuie sur l'exploitation des principaux fonds d'archives maçonniques européens ainsi que sur l'ouverture, en janvier 2002, des « Archives russes » du Grand Orient de France de retour de Moscou.

  • Neuf historiens ont mis leur science au service de l'histoire de Paris, pour en éclairer un aspect à la lueur de leurs propres travaux et des derniers acquis de la recherche. C'est ainsi que sont tour à tour abordées la question de la place des saints fondateurs dans la ville, celle de l'évêque, des enceintes, de la justice, de la bourgeoisie, de l'assistance, des femmes, de l'université, de l'aristotélisme, du roi en son palais et de la guerre civile. Ce sont autant de portraits d'une ville aux visages multiples qu'il est difficile de saisir dans son ensemble, mais leur mise en série permet ici de s'en faire une idée. Il en ressort néanmoins que Paris cumule déjà à cette époque les fonctions économiques, religieuses, intellectuelles, curiales et politiques, ce qui est unique en Occident où les villes peuvent rarement s'enorgueillir de plus de deux ou trois fonctions : Gand est avant tout une cité industrielle, Bologne une ville universitaire, Venise un pôle commercial... Cet épais feuilletage de fonctions variées est probablement l'explication de l'exceptionnel développement de Paris au Moyen Âge.

  • La question des origines de la Grande Guerre préoccupe les historiens. Pour deux raisons majeures : parce qu'elle est la première guerre totale de l'histoire ; parce que, détruisant un ordre ancien, elle inaugure l'ère des totalitarismes. Qui donc fut responsable du déclenchement de la Grande Guerre ? Existe-t-il même un responsable, ou les nations ont-elles basculé plus ou moins sciemment dans la guerre ? Les politiques ont-ils fait preuve d'aveuglement et d'inconséquence ? Gerd Krumeich, l'un des meilleurs spécialistes de 1914-1918, apporte une réponse frappante : l'Allemagne a joué le tout pour le tout et s'est servi de l'attentat de Sarajevo pour devancer une éventuelle agression de la Russie et de son allié français. 
    Ce fut non pas la soif d'une suprématie internationale qui fut à l'origine de la crise mais une peur panique de l'avenir. Face au « péril russe », mieux valait déclencher la guerre « maintenant que plus tard ». Mais aucun des dirigeants politiques et militaires n'avait prévu ce que deviendrait le conflit, aucun d'eux n'avait imaginé l'horreur que seraient les batailles de Verdun et de la Somme.

  • Depuis qu'elle existe, l'humanité s'évertue à aménager le Monde, le réaménager, le diviser, le parcourir, le mettre en production et donc en valeur. Elle modifie sans cesse son habitat, produit tous les jours de l'espace, de la différence et de l'organisation - avec art et réussite souvent, mais non sans dégâts et perturbations dus à l'ignorance, aux erreurs, aux conflits, à l'avidité.
    À partir de questions simples et fondamentales, « qu'y a-t-il là, pourquoi est-ce là comme ça, et où cela va-t-il ? », le géographe scrute et déchiffre les traces et les signes que livrent les paysages, la distribution des activités et des habitats, des cultures et des comportements, même les noms des lieux et les antimondes.
    /> Or, le nombre d'habitants vient de quadrupler en un siècle, et les capacités d'agir, de créer et de nuire ont changé d'ampleur et de nature. Ménager le Monde, mieux l'organiser et le protéger dans la perspective du long terme, et non de la spéculation et du profit immédiats, sont des devoirs civiques. Analyser, comprendre et représenter ces actions et ces différences qui changent le Monde est plus que jamais nécessaire. Ce livre, entièrement revu par rapport à l'édition originale, en donne les clés.

  • Le poil a une histoire... Cet ouvrage, très documenté, la retrace en nous révélant l'infinie diversité des adaptations et des déclinaisons du poil à travers les époques, les civilisations et les continents. Car partout le poil a été - et n'a cessé d'être - un marqueur de comportement, un signe politique, un indice social, éthique et religieux, qu'il s'agisse du monde hébraïque, chrétien, islamique ou extrême oriental.

    Se déploie ainsi au fil des pages le kaléidoscope des traces multiples d'une histoire aussi singulière que méconnue : de Sumer à Babylone ; dans la France de Louis XIV, quand le sexe mâle s'enticha de la perruque ; dans la Chine mandchoue, où tous les sujets chinois devaient porter la natte ; lors de la Première Guerre mondiale avec la glorification des Poilus ; sans oublier la Turquie contemporaine, où les positions politiques ont de fortes incidences sur la forme des moustaches...

    Les marges de l'histoire ne sont pas omises, avec les eunuques byzantins ou les malheureux atteints d'hypertrichose - cette maladie qui se manifeste par une pilosité envahissante sur une partie du corps ou sa totalité - et présentés comme des monstres.

    Ainsi, du poil biblique au poil freudien en passant par celui des Poilus, chacun trouvera « son poil » dans cette étude riche en surprises et inattendus et, l'esprit aiguisé par la curiosité, il pourra, au fil de sa lecture, s'en tisser d'autres.

  • Republier quelque quarante ans plus tard l'essai de Claude Lefort paru en 1976 et aujourd'hui introuvable en librairie, c'est d'abord rendre accessible une oeuvre importante de la philosophie politique, l'un des ouvrages majeurs de l'auteur. Il y propose tantôt une analyse très concrète, historiquement informée, de L'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljénitsyne, qui venait de paraître ; tantôt une réaction passionnée, polémique, une lecture sensible des textes et de leur situation dans le temps des idéologies et des pensées. Tantôt surtout, et à cette occasion, une réflexion profonde sur les rapports de la société et du pouvoir souverain qui se détache d'elle en prétendant la remodeler, donc sur l'énigme de l'entreprise totalitaire.Le projet d'emprise totalitaire sur la société n'est pas une chose du passé. Qu'on pense à la Chine ou à la Corée du Nord, auxquelles Lefort fait allusion plusieurs fois. Plus près de nous, certaines caractéristiques du totalitarisme soviétique sont encore en place dans la Russie d'aujourd'hui, car plus de soixante ans d'emprise ne s'effacent pas aisément. La pensée active de Lefort, attentive aux événements, jamais refermée sur une doctrine préalablement conçue, peut nous aider à penser notre présent. Pierre Pachet (extrait de la Préface)

  • L'animal et la machine nous parlent-ils ? Y a-t-il des pensées dangereuses ? Pour avoir du goût, faut-il être cultivé ? Un monde humain sans affrontement est-il pensable? La diversité des cultures contredit-elle l'existence de valeurs universelles ? Le cinéma est-il un art ? Pour limiter le pouvoir de l'État, peut-on s'en remettre à l'État? À quoi sert la philosophie ? Autant de questions que cet ouvrage se propose de démêler, réunissant sujets classiques et problèmes contemporains en dix-sept chapitres. Laurence Hansen-Løve propose ainsi non pas une histoire de la philosophie, mais un cours particulier vivant et actuel de philosophie. Outre la présentation des points de vue ou des opinions des philosophes sur une question donnée, elle nous livre ici une parole singulière pour s'orienter dans le temps présent.

  • Le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 est emblématique de la catastrophe qui a frappé toute l'Afrique des Grands Lacs depuis une vingtaine d'années. Il n'a été le fruit ni d'une fureur conjoncturelle, ni d'une fatalité ethnographique ou biologique, mais il est le produit très moderne d'une option extrémiste, jouant du racisme comme arme de contrôle du pouvoir. En effet, cette mise en condition de tout un pays aurait été impossible sans l'inscription durable dans la culture de cette région d'Afrique d'une idéologie racialiste, discriminant, sous les étiquettes hutu et tutsi, des autochtones et des envahisseurs, le « vrai peuple » rwandais majoritaire et une « race de féodaux ». Ce livre décrypte la construction de cette idéologie, trop méconnue, qui oppose les « vrais Africains » à des « faux nègres », ceux qu'on a appelés les Hamites depuis les années 1860 dans la littérature africaniste. Le schéma racial dit « hamitique » est né de la même matrice intellectuelle que celui opposant Aryens et Sémites, qui a embrasé l'Europe dans les années 1930-1940.

  • La Grèce antique a longtemps été réputée «blanche», car l'usure du temps avait effacé les couleurs ornant sculptures et reliefs, pour ne laisser que le marbre blanc. Dès la Renaissance, on célèbre la blancheur des statues exhumées et l'on en fait des copies, blanches elles aussi.Cet impérialisme esthétique du blanc trouvera une expression radicale dans les discours racistes exaltant la figure de l'homme occidental blanc, fils de l'Antiquité classique. Les couleurs seront dès lors la marque dégradante de l'Autre, du «Métèque». Les dernières technologies donnent les preuves incontestables de la présence de polychromie et d'or sur toute la sculpture grecque, y compris le prestigieux Parthénon, icône suprême de la «Grèce blanche». Pourtant, il y a encore des réactions incrédules, voire dégoûtées (trop «kitsch» !), et ­certains archéologues continuent de passer soigneusement au kärcher les derniers témoignages du goût des Anciens pour l'or et les couleurs.

  • Les femmes sont-elles « naturellement » douées pour le langage et les hommes bons en maths ? Nos aptitudes et nos personnalités seraient-elles inscrites dans le cerveau dès la naissance ? Les recherches récentes montrent au contraire que, grâce à ses propriétés de « plasticité », le cerveau fabrique sans cesse de nouveaux circuits de neurones en fonction de l'apprentissage et de l'expérience vécue. Rien n'est jamais figé dans le cerveau. C'est une véritable révolution pour la compréhension de l'humain. Cet ouvrage, qui s'est imposé au fil du temps comme une référence, replace le débat autour de la différence des sexes sur un terrain scientifique rigoureux. Il s'appuie sur les avancées des neurosciences, qui apportent un éclairage nouveau sur le rôle de la biologie et de l'environnement socio-culturel dans la construction de nos identités de femmes et d'hommes. Notre destin n'est pas inscrit dans notre cerveau !Ce livre comporte un épilogue qui fait le point des toutes dernières découvertes.

  • Une vie au goulag, récit autobiographique de Dimitri Vitkovski, est un document exceptionnel, cité par Alexandre Soljenytsine en ouverture de L'Archipel du Goulag. Tout oppose, cependant, Soljenitsyne et Vitkovski : si le premier est révolté, le second évoque, avec lyrisme et humour, sa vie brisée par le système. Ce qui frappe d'abord, lorsqu'on lit Vitkovski, c'est le ton du récit. D'une grande concision, sans aucun pathos, mais aussi lyrique, d'un lyrisme unique dans la littérature concentrationnaire. Écrit dans les années soixante, ce récit décrit, sur près de trente ans, une vie de captivité entrecoupée de très courts répits de liberté - déportation dans les profondeurs des forêts sibériennes, travail de bagnard dans les îles Solovki, tortures, interrogatoires, peur et survie. Dimitri Vitkovski, ingénieur devenu zek, accusé sans preuves mais lourdement condamné, retrace le monde des persécuteurs et des prisonniers mais aussi, avec une sensibilité de poète, la taïga sibérienne au printemps, la lumière irréelle qui se dégage de la mer Blanche aux îles Solovki, ou une aurore boréale. Un document pionnier, un petit chef-d'oeuvre.

  •  Pilier de l'islam, le pèlerinage à La Mecque est à l'origine du plus grand rassemblement humain au monde. Née aux premiers temps de l'islam, cette pratique n'a cessé de croître, s'inscrivant dans une histoire qui mêle les dimensions religieuses, politiques, sociales, économiques ou encore sanitaires. Au cours du XIXe siècle, le voyage à La Mecque prend un essor inédit et cesse d'être une affaire exclusivement musulmane : les puissances coloniales s'attachent à gouverner administrativement ce vaste mouvement touchant chaque année plusieurs dizaines de milliers de leurs ressortissants. La communauté internationale se mobilise pour assurer un strict contrôle sanitaire de ces rencontres qui catalysent les risques d'épidémies. Avec la fin des empires coloniaux, le pèlerinage entre dans l'histoire de reconfigurations géopolitiques, qui demeurent jusqu'à aujourd'hui au coeur des enjeux de la région.
    En retraçant l'histoire du voyage à La Mecque, Sylvia Chiffoleau nous plonge dans le quotidien des pèlerins et nous montre que ces croyants, au fil du temps, expérimentent les territoires de la modernité.

  • Née en 1766, l'agrégation en est venue à incarner un des volets de l'« exception française ». Au départ simple remplaçant, l'agrégé est devenu ensuite le seul professeur titulaire des lycées et le candidat préférentiel à un poste en faculté. Après l'âge d'or de l'entre-deux-guerres, il s'est retrouvé critiqué aussi bien dans le second degré que dans l'enseignement supérieur. L'impératif de l'harmonisation européenne des diplômes a compliqué encore la donne.

    L'agrégé est-il professeur d'élite ou bien professeur pour les élites, lauréat d'un des plus prestigieux « concours républicains » ou bien « privilégié » bénéficiant d'horaires amoindris ? Et où doit-il enseigner ? Dans le second degré, comme le suggère l'« agrégation des lycées » ? Dans l'enseignement supérieur, comme le croirait volontiers le béotien se fiant à l'appellation d'« agrégé de l'Université » ? Pourquoi des professeurs d'université mentionnent- ils leur qualité d'agrégé sur les ouvrages qu'ils publient ? Pourquoi les « soixante-huitards » ont-ils voulu supprimer l'agrégation ? À quoi sert la Société des Agrégés ?
    Autant de questions qui suggèrent que l'agrégation et les agrégés sont l'enjeu de controverses passionnées.

  • L'école a-t-elle continué, ou non, à « faire d'excellents Français » d'une guerre à l'autre ? 
    Pour y répondre, Olivier Loubes sonde l'institution scolaire à la fois de l'intérieur, depuis les circulaires ministérielles, les programmes, les manuels, jusqu'aux cahiers d¹élèves, et de l'extérieur, en partant des débats nourris dans l'opinion. L'école ne se limite pas ici à son seul rôle d'enseignement : elle est envisagée à la fois comme « institutrice de la nation » et comme produit de la nation. 
    Le corps sacré de la patrie est gravement affecté par la mort de masse de la Grande Guerre : c'est un véritable désenchantement national qui touche l'école de plein fouet jusqu'en 1940. Néanmoins, l'auteur montre que les instituteurs et les institutrices de l'entre-deux-guerres, accusés d'être devenus pacifistes (intégraux) après avoir été (trop) patriotes en 1914, ont en fait continué à forger la francisation et l'éducation républicaine des jeunes Français, sans oublier de leur inculquer les devoirs patriotiques. 
    Replaçant ainsi les rapports troublés qu'entretiennent l'école et la nation dans la culture et l'imaginaire politiques entre 1914 et 1940, Olivier Loubes souligne en quoi ils n'ont cessé de forger une identité française en mouvement, se réinventant dans un entre-deux-guerres qui prend dès lors les allures d'un entre-deux-France.

  • Quand la guerre commence, en août 1914, personne n'imagine laisser les combattants rentrer chez eux avant la victoire. Avec le prolongement du conflit, moral et certitudes vacillent : la question de l'endurance des populations se pose avec force dans une guerre qui devient totale.
    À partir de 1915, quelques jours de permission à l'arrière permettent aux combattants d'échapper aux tranchées et aux horreurs de la guerre. Moment d'émotion familiale et de retrouvailles amoureuses, la permission est aussi un temps de distractions dans un Paris où le contraste avec le front est saisissant.
    Commis voyageur du front à l'arrière, le permissionnaire vient rappeler aux civils le sacrifice combattant et devient une figure-clé des représentations du temps de guerre.
    /> Dans une approche globale et neuve des sociétés durant la Grande Guerre, Emmanuelle Cronier embrasse d'un même regard les aspects militaires et logistiques, la culture politique républicaine, l'intimité des familles et des couples, le quotidien des permissionnaires et les multiples transgressions indissociables de la figure du « poilu » à l'arrière.

  • Souvent étudié sous l'angle de ses dirigeants nationaux et de ses arènes parisiennes, le Parti socialiste français est analysé ici à partir de ses usages locaux. À travers l'étude socio-historique approfondie de trois de ses fédérations (le Pas-de-Calais, le Var et l'Ille-et-Vilaine) dans les années 1980-1990, choisies pour leurs caractéristiques contrastées, ce livre s'efforce de cerner au plus près du terrain les spécificités du milieu partisan socialiste.

    La mise en évidence, sur la longue durée, des réseaux à travers lesquels se recrutent les dirigeants et les militants, illustre la diversité des modalités concrètes d'implantation et d'organisation du parti. Cette diversité est à la fois le produit des caractéristiques sociologiques propres à chaque département et du travail effectué par les dirigeants et élus fédéraux qui parviennent, avec plus ou moins de succès, à forger une identité fédérale spécifique. La question de l'identité propre à chaque fédération sert par conséquent de guide à ce voyage dans le temps et dans l'espace partisan socialiste.

    L'auteur montre que cette exploration de trois fédérations du parti socialiste permet aujourd'hui de mieux caractériser les traits de ce parti, ceux qui ont changé, ceux qui demeurent et ceux qui se sont accentués.

empty