Editions Sulliver

  • XXIe siècle. La dictature du vacarme organisé régit la censure par le trop-plein et orchestre l'adhésion inconditionnelle au Grand Consensus.
    Amoindrissement du sens critique et appauvrissement de la sensibilité produisent une langue décharnée, dévitalisée, la langue soumise indispensable à ce système pour prospérer à marche forcée.
    Mais embusquée derrière cette parole sans âme, une autre langue persiste en nous, elle attend son heure, et parfois affleure.
    Une émeute émotionnelle alors bouscule le langage, y ouvre des chemins inexplorés, agrandit nos territoires sensoriels, instinctuels, intellectuels. Elle est poésie, au sens le plus authentique, s'étonne d'elle-même, s'obstine au-delà du mot écrit, inscrit sa semence dans les plis de nos circonvolutions.
    Car l'écriture créatrice participe du mouvement que sous-tend le processus du vivant.
    />
    André Bonmort publie ici son sixième titre aux éditions Sulliver. Ce texte peut aussi être lu comme un manifeste en faveur de la littérature telle que l'auteur la conçoit, celle qu'il défend comme éditeur à travers la collection Littératures actuelles. Cette collection qui s'est fixé comme objectif, contre toute raison, de ressusciter l'albatros.

  • Quasi amnésique, Ambre vit dans un foyer où la visitent des hommes de passage. Elle a perdu le fil de sa vie.
    En quête d'elle-même et de sa dignité bafouée, c'est pour elle une évidence: elle s'envolera pour le territoire le plus chargé en mémoire et le plus souffrant du globe, la Palestine.
    Un périple à travers les ruines de son passé (sa mère décédée à sa naissance; son père abusif qu'elle ne peut s'empêcher d'aimer...). Et par ce voyage elle découvrira un peu de cette terre où s'affrontent depuis si longtemps « les infidèles et les mécréants ». Ainsi, réapprenant à se connaître, apprend-elle en parallèle le monde où il lui faudra exister.
    Parcours de vie, mais surtout parcours de vie intérieure, tant cette héroïne toute de fragilité et de résilience illustre avec justesse la quête aveugle mais déterminée à laquelle est vouée chaque conscience.

    Après une licence de biologie, Damien Desbordes rejoint l'école de journalisme de Marseille (EJCAM). Finaliste du Grand Prix des journalistes de la Chimie, il a publié deux recueils de poèmes aux éditions Stellamaris : La Cité des anges (2012) et Gemmes (2013). À 24 ans, il signe ici son premier roman.

  • « Plus l'autre vous jette plus vous vous agrippez. Plus vous hait plus l'aimez. Et la force se multiplie par deux: l'autre dans la rage vous dans l'adoration. Elle vous tue tous les jours mais vous ne mourez pas. Et vous lui pardonnez. Elle est votre mère tout au monde et plus. Vous craignez le reste. Le monde vous fait peur. Mais je vous expliquerai une autre fois. »

    Une relation perverse mère-fille qui se nourrit de mal-être et aboutira à la destruction. Rozenn Guilcher, par le tremblé de sa voix en équilibre sur le fil de la langue, en rend tout le tragique et toute l'ambiguïté, amour et haine mêlés, lutte incessante entre fatalité de la déchéance et aspiration à la délivrance. Un livre au bord de la folie.

    Née en 1968, Rozenn Guilcher répond depuis longtemps au besoin d'écrire mais publie ici pour la première fois. Après des études de Lettres Modernes (mémoires sur Saint-Exupéry et Henri Michaux), elle a exercé divers métiers liés à l'éducation et à la culture.

  • 2009. Le jeune homme est à bout. « Trop. J'avais envie de crier, de hurler tout ce que je pensais d'eux, leurs arrangements et leur mocheté, j'avais envie de leur bondir à la face, de les attraper par les cheveux, par la peau des grasses bajoues, j'avais envie d'écrabouiller leurs visages sur la longue table ovale. » Il fuit. Retour aux sources, loin du travail cravaté, de l'avenir formaté : les copains d'antan. L'océan pour sa beauté. Et pour survivre, des chantiers de bricole.
    Mais le temps passant, l'âge venant, sur quoi va déboucher l'accès de révolte de la jeunesse ? Suivent les années 2024, 2039, 2064: trois instantanés de vie, dans un Sud-Ouest où tout vire au cauchemar. Relégués dans des mobil-homes près de l'océan, nos antihéros vivent des miettes d'une radieuse « Seacity » pour résidents aisés. Mais si la marge est la seule échappée, elle se réduit à mesure que l'humanité se déshumanise. L'écart ne cesse de se creuser entre un monde voué au culte du paraître et du profit et ceux qui refusent de couler leurs vies dans le moule de cette idolâtrie. D'autres horizons s'ouvriront-ils pour celui qui ne veut pas renoncer à s'indigner ?
    Prenant à contre-pied le roman d'anticipation qui nous chante d'hypothétiques lendemains, Violaine Ripoll rajoute avec une lucidité joyeusement désespérée de l'aujourd'hui à notre aujourd'hui et dessine ainsi non sans ironie un demain ordinaire glaçant de vraisemblance.

    Après des études de géographie, Violaine Ripoll a travaillé comme assistante au sein du Monde diplomatique, puis comme rédactrice en chef de la revue Le Passant ordinaire. Elle a publié des articles de presse, critiques de livres, textes engagés et des nouvelles. Elle consacre aujourd'hui son écriture à la fiction et à la poésie. L'un de ses textes, Valse mémoire, a été mis en scène en 2010 par la compagnie chorégraphique Gradiva.

  • Là-bas, aux antipodes, certaines personnes handicapées habitent en colocation de quatre ou cinq des maisons dispersées en ville, où des assistants se relaient pour les aider à appréhender la vie quotidienne.
    À Dunedin, Nouvelle-Zélande, nous partageons avec le narrateur - un Français - les jours et les nuits de Melville Street et de ses habitants : Tommy-dans-son-fauteuil et Tommy-debout, Chesley, Jon, Carolyn. Au rythme des rites journaliers et des péripéties déconcertantes, aux frontières de « normalité » et d'« anormalité », des vies se croisent, se chevauchent ou se heurtent, et tentent de s'accommoder de l'hypocrisie persistante de la société.
    Un humour tendre, ou plus corrosif, imprègne ce peu commun journal de bord de son parfum doux-amer. Et le cheminement du narrateur, qui découvre la complexité - et parfois la violence - de ses propres réactions, nous aide à décrypter le regard que nous portons sur la différence.

    Né à Lyon en 1975, Xavier Deville s'est éloigné de sa formation de géographe pour travailler dans un centre de séjour pour personnes handicapées en tant que musher et pilote de parapente spécialisé en vol fauteuil. Après avoir vécu en Nouvelle-Zélande et au Portugal, il réside en Isère où il partage son temps entre ses trois jeunes enfants et son métier d'élagueur.

  • - 50%

    Nous sommes en 2091. Après un cataclysme écologique et deux guerres révolutionnaires avortées, la mondialisation est enfin achevée, les règles clairement affichées : « Toute communauté se partage entre l'élite et la multitude. La première se compose des créateurs de richesses et gens éclairés, la seconde de la masse du peuple. »
    Quand on sait que ce texte de Hamilton a effectivement servi... au XVIIIe siècle, à jeter les bases des États-Unis d'Amérique, on mesure combien le monde inventé par Anne Vernet plonge ses racines dans le nôtre, dont il constitue une satire éclairante.
    Et quand on sait que ce monde de 2091, qui s'est brutalement effondré, est reconstitué à partir de fragments par un historien vivant en 2168, on peut imaginer dans quel tourbillon de l'espace-temps va nous entraîner la virtuosité de l'auteur, qui s'efforce de maintenir ouvertes les portes de l'espoir.

    Née en 1953, Anne Vernet obtient un doctorat en Sciences du langage (Arts & Littérature) avant de poursuivre des études de psychanalyse. Metteur en scène, elle enseigne le théâtre pendant vingt ans et publie des articles (philosophie politique, histoire de l'art, dramaturgie). La Seconde Chance est son premier roman.

  • Cette jeune femme qui ne peut cesser de dialoguer avec son bébé mort (Tu sais, un jour, j'ai eu deux coeurs)... Azura qui a perdu la moitié de son visage dans un attentat: elle vit depuis lors derrière un masque (Ce qui a été emporté ne reviendra pas)... Et puis la précarité affective de l'immigré toujours en marge des regards et des existences; l'incompréhension de l'aïeule qu'un fils aimé pousse vers la maison de retraite ; l'attente et le désarroi de l'enfant dont la mère a quitté le foyer sans un mot... mais aussi, deux êtres qui entrevoient la plénitude amoureuse...
    En lisière de conscience, là où les émotions naissent, le vacillement envoûtant de la voix de Rozenn Guilcher dénude mot à mot ces régions mentales si vulnérables où s'assemblent - ou bien se délitent - les liens qui nous unissent.
    Se rejoignant autant par leur ton que par leurs thèmes, ces nouvelles impressionnistes rappellent combien nos vies sont incertaines et combien le « vivre ensemble » est à la fois prodigieux et fragile.

    À la suite de ses études de Lettres, Rozenn Guilcher a été enseignante et médiatrice culturelle. Aujourd'hui écrivain et comédienne, elle anime aussi des ateliers d'écriture pour adultes et enfants. Après un roman et deux recueils de nouvelles, elle publie ici son quatrième titre aux éditions Sulliver. Certaines de ses nouvelles paraissent également en recueils collectifs. Plusieurs ont été primées.

  • La narratrice, « écrivain de seconde zone », entame une correspondance avec une critique littéraire de renom à l'aura déclinante, mais toujours en quête d'une petite cour appliquée à faire miroiter son ego.
    Une relation classique dominée-dominante, mais qui s'exacerbe lorsque notre romancière ose se prétendre amoureuse de son égérie et harcèle de ses avances cette femme d'un autre monde qui lui ferme résolument les portes de son milieu et lui interdit l'accès à son intimité : « Considérez que je n'existe plus, achetez un pistolet, des comprimés pour dormir, une corde, que sais-je, et suicidez-vous. Mettez fin à vos jours - cessez enfin de nuire. »
    C'est tout le contraire qui va se produire. Le moteur passionnel s'emballe et avec lui celui de l'écriture, tout d'un coup régénéré, et qui trouve là son plus précieux carburant : désirs extrêmes et émotions intenses.

    Depuis 1988 et Elle , son premier roman, qui lui vaudra une rapide notoriété - et avec lequel ce nouveau texte renoue presque trente ans plus tard -, Martine Roffinella a publié plus de quinze livres, explorant avec minutie et causticité ce qui caractérise l'existence humaine dans tous ses méandres, et questionnant de plus en plus intensément nos portions de vie infimes afin d'appréhender en chacun de nous cette flamme de beauté et de laideur confondues qui nous fait « être ».

  • Une jeune femme fantasme sur un homme entrevu dans un bar. Le désir devient bientôt obsessionnel, et s'étend à tous les hommes...
    Mais entrecroisant dans son délire amoureux les fruits défendus de son imaginaire, les bribes d'une réalité magnifiée, des éclats de mémoire enfantine et le scénario d'une histoire qui s'écrit, la narratrice est-elle réellement la « possédée » qu'elle prétend ? Ou plutôt, s'abandonnant sans tabou à l'éveil des sens, une « délivrée » qui dessine, sous couvert d'une pseudo-confession intime, un authentique autoportrait du désir féminin universel ?
    Ce cocktail de fièvre abrasive et de candeur limpide hisse vers les hauteurs de la littérature un texte où il n'est plus dès lors possible de voir un simple livre de genre, tant l'érotisme - pourtant livré à l'état brut - est ici comme clarifié, dépuré, et nous entraîne irrésistiblement du côté de l'âme.

    Sandrine Rotil-Tiefenbach, romancière, poète, illustratrice, peintre et photographe, est l'auteur de J'air, roman (éditions Michalon) ; Dernière fin du monde avant le matin, poésie & aquarelles (éditions Mélis) et Grise, roman (éditions Sulliver). Elle signe également nouvelles, chroniques, poèmes ou images au sein de différents anthologies et collectifs, reconnus ou underground. Karma X est une nouvelle édition de son premier roman, paru initialement sous le titre Sarah K 477 (éditions Que).

  • Claire est psychologue, elle vient de rencontrer un nouveau patient. Antony a dix-neuf ans, l'âge de l'enfant qu'elle n'a pas eu. Celui-là, Claire a décidé de le sauver, comme on ramasse les morceaux. Mais sur la route, les débris. Les siens. Les leurs. Les nôtres.
    Autour d'Antony, Monsieur Zed, le Cyclope, Fatima et Papillon repeuplent ce désert asilaire de leur forêt mentale, labyrinthe de toutes ces vies qu'on fracasse contre les murs de la nuit sécuritaire.
    Claire y abandonne peu à peu ses amours, son enfance et ses ratages, dans un récit tout en pudeur et en retenue, traversé de fulgurances qui viennent bousculer nos indifférences.
    Ce premier roman sait allier dans un équilibre rare la révolte politique et citoyenne avec la sensibilité des intimités blessées.

    Scénariste et lectrice, Sandrine Bourguignon accompagne des auteurs et des cinéastes dans leur travail de création et anime des ateliers d'écriture dans diverses institutions psychiatriques. Quelque part dans la nuit des chiens est son premier roman publié.

  • Cet homme qui se laisse transformer en produit d'entretien pour enfin se rendre utile. Cette ville de verre qui ne cesse de grandir en se nourrissant des cadavres de ses habitants. Ce vieillard croisé dans le désert, qui est peut-être Le Petit Prince de Saint-Exupéry 70 ans plus tard. Ce gros dormeur qui tombe amoureux de la roche où il fait la sieste et finit par se confondre avec elle... À travers la cocasserie de situations improbables et une galerie de portraits décalés, ce livre est une constante invitation à rire (jaune !) de nous-mêmes et de notre monde.
    Une tonique causticité poussée à l'extrême ; un humour au scalpel porté par un style dense et musclé ; la charge à la fois implacable et désopilante de la satire sociale... et une invariable pointe de tendresse : avec ses Farfulettes, Marie-Hortense Lacroix nous a concocté une savoureuse recette pour croquer joyeusement le cynisme contemporain. Tout en nous invitant à explorer ce territoire troublant où se côtoient le rire et la douleur.

    Marie-Hortense Lacroix est née en 1972. Après des études en sciences de la matière, elle fait le choix de se consacrer à la musique, à l'écriture et au théâtre, autres formes de laboratoires du monde tel qu'il vit.

  • «Je suis parti. Je n'avais pas d'itinéraire. Je devais répertorier les peuples et leurs cultures. Je devais garder trace du monde et ses rites et ses croyances. J'ai visité plusieurs planètes et j'y ai séjourné. »
    Planètes insondées, parcelles du temps, enclaves de l'espace. Un voyage dans des univers étranges et pourtant si familiers. Ces nouvelles lancent des passerelles insolites entre notre époque et les contrées du possible.
    Bien plus qu'un simple livre d'anticipation, Futura dessine un cheminement qui relie notre monde - son histoire barbare, sa géographie abîmée - et celui que nous préparons. Un cheminement qui se refuse pourtant obstinément à désespérer, dans un hors du temps parfois cruel et inquiétant, mais aussi poétique et sensible.
    Dans une langue qui se confronte à l'indicible, Rozenn Guilcher redonne ici toute leur place à l'audace, à l'impertinence, à l'humour et à l'inventivité.
    « Quand tu partiras n'oublie pas ton ciel. N'oublie pas de prendre la couleur de tes rêves. Quand tu partiras n'oublie pas n'oublie pas d'où tu viens. Transporte avec toi les petits morceaux que nous t'avons donnés. Et le jour aussi où nous avons vu le soleil ensemble emmène-le. Et le jour où la nuit est définitivement tombée emmène-le. »

    Née en 1968, Rozenn Guilcher est titulaire d'un DEA de Lettres modernes. Elle a également publié un roman, La Fille dévastée, et deux autres recueils de nouvelles, Des nouvelles du monde et Déshabiller nos solitudes, aux éditions Sulliver. Dans son style si singulier, elle nous invite à explorer nos paysages intérieurs et à entendre la voix de l'inconscient collectif qui nous rassemble.

  • Deux femmes, Juliette et Pique-Lune, déclarées « phobiques, névrosées, aliénées » et enfermées pour avoir refusé de toutes leurs fibres l'aliénation du dehors. « Être dans les clous, toujours, dans le cadre, avec pour mot d'ordre le consensus heureux. »
    « Entassées là » avec d'autres, sous le regard d'un gardien-psychiatre-narrateur (un « Ajusteur » !) qui essaie de les percer à jour et de les maintenir enfermées dans ses catégories, elles se racontent et se rebellent. Leur maladie, cette honte qui les mine, c'est peut-être, ainsi que le lecteur le découvrira peu à peu, d'avoir collaboré avec un ordre marchand qui a piétiné la beauté du monde. Et leur survie - ainsi que la nôtre, probablement - passe par ces échappées déchirantes qui les rappellent à elles-mêmes et à la permanence de l'aspiration à la communion avec l'Autre et avec le monde. Au-delà de l'exclusion, derrière les frontières floues de la normalité, se révèle alors, outre-noir, un territoire intérieur où nos vies réapprennent la lumière.

    Nathalie Vialaneix, née en 1967, est enseignante. Elle a collaboré à la revue X-Alta. Elle a publié en 2010, aux éditions Sulliver, un premier roman écrit avec Fabien Ollier, La Révolution du Grand Renoncement.

  • Présentée sous la double forme d'un journal et d'une correspondance à une seule voix, l'exploration sans tabou d'une relation amoureuse destructrice qui conduira la narratrice dans un hôpital psychiatrique.
    Pire qu'une brutale dépossession, une histoire à éclipses à laquelle elle ne peut se soustraire plonge la narratrice dans une lancinante dépression et l'amène au fil des pages à s'interroger : quelle est cette puissance plus forte que la volonté qui entretient l'addiction à un sentiment qui vous détruit ? La compassion n'a-t-elle pas de place là où a existé le désir ?
    Et pourtant, même dans les pires moments - la narratrice finira par chercher refuge pour se protéger d'elle-même dans cet "HP" dont elle restitue avec une ironie lucide l'atmosphère et la vie de tous les jours -, subsistera une part salutaire d'humour et d'autodérision. Et la perspective de sortir grandie de cette confrontation aux « affres et merveilles de la passion ».

    Actrice et auteure dramatique (sa pièce Miss Griff messe fut présentée au Festival d'Avignon), Nicole Charpail dirige par ailleurs une association qui s'est fixé pour objectif de donner aux plus défavorisés accès au jeu théâtral, notamment dans les milieux hospitalier et carcéral.

  • De balcon à fenêtre, une aérienne relation amoureuse se noue au-dessus d'une rue du XVe arrondissement de Paris. Deux voisins, à travers la découverte de leurs sentiments naissants, cheminent en douceur vers leur part essentielle.
    Évacuées les pesanteurs et les angoisses que génèrent les attentes de la société (études, métier, mariage, famille...), le lieu et le lien amoureux s'allient en un immatériel mais irréductible foyer de résistance au monde et à son esprit de sérieux.

    La fantaisie ouvre ici la voie à la liberté, et la poésie s'immisce par effraction naturelle dans la langue, car elle seule est habilitée à traduire les effets de l'amour en germe sur les psychismes (et sur les organismes !) de ces deux héros ordinaires.

    Née en 1967, Corinne Lagorre étudie la musique, l'art dramatique et les mathématiques: diplôme d'ingénieur Supélec, Doctorat en mathématiques appliquées de l'École des Mines de Paris, Habilitation à diriger des Recherches de l'École Normale Supérieure de Cachan. Elle est actuellement maître de conférences à l'Université Paris-Est Créteil. Voyons-nous est son premier roman.

  • «... Et le miroir glacé de la nuit est un huissier implacable, qui détaille mon visage décapé d'où a été effacée toute lueur de fraternité, mon regard lisse, où la source de la compassion a cessé de roucouler... Que reste-t-il en moi de ce beau nom d'humanité, dont mes enfants m'avaient baptisée ?... »
    Douloureuse, éplorée, voyant les hommes renier le meilleur d'eux-mêmes, l'humanité les apostrophe, les fustige, les exhorte, les implore.
    « Le savez-vous, oui ou non, que la planète est partagée en deux singulières moitiés ? L'une cent fois mieux nourrie, l'autre dix fois plus peuplée !
    Le savez-vous, oui ou non, que le profit à tout prix est devenu, dans votre cathédrale cathodique, la seule religion digne de foi ? »
    En ces temps sombres où « un matérialisme forcené s'est révélé le plus efficient antidote aux dérangeants ultimatums du rêve », elle guette « une fragile chaleur frissonnant sous la cendre », s'évertue désespérément à « essayer de redonner visage humain à l'homme défiguré »...

    Nouvelle édition.

    André Bonmort a également publié Insurrection du verbe être, Appel au possible, La Guérilla des poètes, La Citadelle Espérance et Ils ont tué l'albatros dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver, au sein desquelles il s'attache également, en tant qu'éditeur, à donner la parole à la langue insoumise.

  • « Adélie n'a jamais commencé. Elle n'a jamais su qu'elle était née. Naître ne suffit pas pour commencer. »
    Adélie est autiste. Autiste : le mot seul suffit à symboliser l'isolement. Mais ici, par la grâce d'une écriture clairvoyante, l'univers d'Adélie nous devient accessible et cette réalité autre révèle souvent l'irréalité de la nôtre.
    Tandis qu'en parallèle, par petites touches, mais implacablement, le père baissant les bras, la mère s'enfonçant dans la culpabilité, nous découvrons une famille minée par la pression sociale qu'engendre « la différence ». Seul Daniel, le frère d'Adélie, surnage et l'aide à survivre, raccroché à l'espoir que pourront un jour se rejoindre les deux pans d'un monde brisé.

    Née en 1953, Anne Vernet est titulaire d'un doctorat en Sciences du langage. Metteur en scène, elle a enseigné le théâtre durant vingt ans. Proche de la pensée de Cornelius Castoriadis (qui fut également psychanalyste, et très interpellé par l'autisme), elle est l'auteur de nombreux articles en philosophie politique, histoire de l'art, dramaturgie, et a publié en 2009 La Seconde Chance aux éditions Sulliver.

  • Le conflit intérieur d'une descendante d'esclave : la Pensée médite tout haut, lorsque la Voix vient l'interrompre. Leur discours est contraire: la Pensée voudrait parler de Bònanman , son aïeule, et de l'inhumanité de sa vie d'esclave. Mais la Voix veut étouffer jusqu'à l'idée même de sa négritude, et le justifie en invoquant la modernité et l'ouverture d'esprit.
    S'engage entre elles un échange virulent. Tout les oppose, lorsqu'un troisième personnage vient troubler leur discussion ; une personne étrange, qui psalmodie poésie et proverbes, et se parle à elle-même. Qui est-elle et que veut-elle ?

    Ce livre salubre s'attaque de front à ce mot qui depuis des siècles sédimente dans les consciences, en couches successives de non-dit : « esclavage ».

    Antillaise, Monette Besry est poète et peintre. Médaillée des Arts et Lettres et lauréate du Grand Prix International de poésie, L'Arbre des anonymes est son premier roman.

  • Un Français rencontre à Paris une plantureuse femme noire américaine et se prend pour elle d'un violent désir. Celle-ci, Ninehanka Lokas, une black Indian séminole de Floride, l'emmène chez elle aux Everglades, lui fait connaître sa famille et découvrir ses marais, tout en lui narrant dans une langue aussi foisonnante que sa chair l'épopée de ses ancêtres, seule tribu invaincue des guerres indiennes. « On peut bien sauter regarde, tout un océan et redécouvrir ma Floride. Pareil on peut imaginer que la fusion a pas merdé, cherokees-nègres et toute la clique. T'aurais dans les quarante millions de métis. »
    L'ébattement des corps s'invite souvent dans le récit, nous montrant que si l'amour peut être fusionnel, l'écriture peut l'être aussi. Et à chaque page ce livre nous le confirme, tant se marient intimement, dans l'invention verbale la plus maîtrisée, la démesure de «Nine» et celle de l'histoire de son peuple, ou encore les états d'âme méandreux de son compagnon et les entrelacs des paysages aquatiques qu'il découvre. Une telle empathie entre l'écriture et son objet nourrit le charme entêtant de cette « symphonie-western ».

    Michel Hoëllard vit et travaille à Paris. Il a publié un roman, Lunes noires, EPV, Nantes, en 2001, et un recueil de nouvelles, Inseguendo le lune, traduction en italien par Anna Berra, Effigie, Milan, en 2005. Polémique, il collabore parfois au blog Stalker, dissection du cadavre de la littérature.

  • « Un lent et raisonné dérèglement des sens », préconisait Rimbaud, engagé dans une expérience poétique dont le lecteur trouvera ici des résonances.

    Mais Le Dérèglement dont nous parle la voix véhémente de Yann Bourven, dans ce texte qui bouscule les limites du roman, est aussi celui du monde dans lequel nous vivons, les « suprêmes barbaries » pressenties par le visionnaire des Illuminations. Ce monde délibérément insensible et cruellement formaté, crispé sur son unique règle, celle de la pensée unique face à laquelle l'écriture poétique - déréglée, forcément - constitue l'un des derniers bastions de résistance.

    « Je suis le révolté criblé de balles de dettes et de mauvaises pensées qui se glisse entre les mailles d'un filet-patrie oppresseur. »

    Né en 1978, Yann Bourven construit une oeuvre qui explore sans trêve ce territoire qu'il nomme « poésie-vérité ». Sont également parus aux éditions Sulliver : Maclow, Ville-Fièvre et Chroniques du diable consolateur.

  • Le décor : urbain, saturé de voitures et de publicités. L'époque : début de siècle, fin de cycle. Les protagonistes : des jeunes adultes, plus si jeunes en réalité, en dépit de leurs façons de vivre. Tous au travail mais se tenant - qui par choix, qui par orgueil, qui par peur, qui par inadaptation - en marge du flot majoritaire. Solitaires, isolés, y compris dans le foisonnement de leurs nuits citadines.
    Ils vont se renifler, s'attirer, s'opposer, se chercher, se quitter au fur et à mesure que la situation se tend autour d'eux et par l'effet de leur action.
    Pour autant, cette histoire n'est pas tant celle de leurs relations que celle de leur confrontation rageuse au monde qui les entoure, à ce système qui leur laisse toujours moins d'espace, qui tend chaque jour à imposer la résignation comme idéologie de survie.
    L'écriture directe, où alternent l'humour et la rage, suscite l'empathie du lecteur avec ces personnages.

    En marge d'un parcours professionnel atypique, Dani Frayssinet, co-fondateur du magazine littéraire Noir & Blanc, se livre à « l'activisme poétique » : scènes slam, interventions de rue et création de Petit Prince au repêchage, un spectacle qu'il interprète seul en scène.

  • L'auteur se revendique « écrivain vagabond », mais notre monde brutal lui renvoie une image en forme de sigle : SDF ! C'est donc sa vie de marginal que nous conte ici FP Mény.

    Oscillant constamment entre le réalisme le plus cru et les fulgurances poétiques, le livre brasse les révoltes et les errances. Il explore aussi les contrées où langage et pensée prennent forme et s'allient. « Lyrique, gouailleur, insinuant, sarcastique... Répétitions incantatoires, polémiques, ellipses, interruptions, ruptures, où se mêlent inserts, maximes, aphorismes. La question étant de glisser à travers. »

    Le rythme et l'invention verbale conjugués - et un humour désespéré toujours présent - portent la langue à un surprenant niveau d'incandescence.

    FP Mény (1965 - 2008) a publié en 2005 White Trash Napoléon aux éditions du Quartanier et Homeless Story, en 2009, aux éditions Sulliver.

  • À travers un récit éclaté où se mêlent intimement rébellion et autodérision, Homeless Story raconte l'errance, la galère, l'exclusion. Rencontres éphémères, amitiés boiteuses dessinent un portrait acide de notre société de l'indifférence. Et les retours sur l'enfance et l'adolescence du narrateur révèlent les premières blessures, ces cicatrices intimes dont on ne guérit pas.

    Il s'agit d'un livre posthume : FP Mény a été retrouvé mort à 43 ans, en 2008, dans une grange où il s'était réfugié pour se protéger du mauvais temps, au bord de cette « route » avec laquelle il entretenait un rapport tellement passionnel, la maudissant pour le statut de déclassé où elle le cantonnait, la chérissant pour la liberté dont elle imprégnait son écriture.
    />
    FP Mény (1965 - 2008) a publié en 2005 White Trash Napoléon aux éditions du Quartanier et Conquête du désastre, en 2008, aux éditions Sulliver.

  • « Purger sa peine de tout ce qui y croupit. » Ce roman dévoile graduellement la personnalité souterraine d'un monstre ordinaire : un monstre victime de la monstruosité du monde, et qui tente de l'éradiquer. Notre société barbare confrontée à un terrorisme qui ne l'est pas moins, pouvons-nous continuer à croire en un avenir ?

    À la fois plongée dans les abîmes de l'âme humaine et critique puissante de notre époque vouée au culte de l'Argent (« l'homme du XXe siècle a inventé en structures ce qu'il a perdu en sensibilité »), cette impétueuse Dévoration est également celle d'une langue inspirée qui s'acharne à dépecer notre âpre réalité.

    Louis Mandler est né en 1971. Il a publié en 2004 Sus aux immondes, aux éditions Panormitis, et L'Humanité sans sépulture, aux éditions Sulliver, en 2008.

empty