Editions Boréal

  • Pour sûr est, entre autres choses, une somme encyclopédique, un labyrinthe, une exploration de la folie des nombres, un précis de typographie, un reliquaire, une défense et illustration de la langue chiac, une réflexion sur les cultures minoritaires et leur obsession linguistique, un jeu de pistes, le roman dun coin de pays. Cest une entreprise aux dimensions surhumaines que France Daigle mène à son terme avec une éblouissante virtuosité. Cest aussi lhistoire de personnages attachants, Terry et Carmen, que lon a connus dans les précédents romans de lauteur, leurs enfants Étienne et Marianne, et toute cette humanité qui gravite autour du bar Le Babar, à Moncton les Zablonski, Zed, Pomme , artistes, gens ordinaires, qui, tout en vaquant à leurs activités quotidiennes, sinterrogent sans cesse sur leur place dans le monde, dun point de vue géographique, historique, politique ou culturel. Devant la savante architecture du roman, suite de fragments agencés selon une implacable structure mathématique, on ne peut sempêcher de penser à lOulipo et à La Vie mode demploi. Mais la rigueur de la forme offre ici un contraste saisissant avec le caractère insaisissable et imprévisible du chiac, avec linfini pouvoir démotion rattaché aux mots de lenfance, aux mots des ancêtres.

  • Ouvrage fondateur, le Journal de Christophe Colomb a toutefois un statut paradoxal : s'il est le premier récit à rapporter l'une des plus grandes découvertes de l'humanité, celle du Nouveau-Monde, il relate aussi une méprise de taille, puisque Colomb, jusqu'à la fin de sa vie, croira être débarqué « aux Indes ». Publié pour la première fois en 1825, après qu'on en eut trouvé une copie manuscrite dans une bibliothèque espagnole quelque trente ans auparavant, ce texte du Journal n'a pas été écrit de la main de Colomb, mais a plutôt été transcrit, condensé et remanié par Bartolomé de las Casas. Cette version - rédigée, en un curieux contrepoint, en partie à la première personne et en partie à la troisième - est la seule qui subsiste de nos jours. Plus de cinq cents ans après sa rédaction, le Journal de Christophe Colomb demeure un document unique et prodigieux. Ce livre reprend l'édition originale établie par Martín Fernández de Navarrete en 1825 et traduite en français par Chalumeau de Verneuil et de la Roquette. Postface de Luca Codignola. L'ouvrage comprend également une chronologie et une bibliographie.

  • « La tête de mon père est sur une montagne près de Gori, dans la région de Tchatchoubeti. » C'est ainsi que le narrateur du roman commence sa lettre à son fils, qui vit au Canada. Mais comment expliquer la façon dont les gens dansaient et vivaient en Union soviétique ? Comment on y travaillait et on y combattait ? Comment dire la rencontre entre ses parents, sa mère - une fête, pas une femme - qui était ventriloque au cirque et son père qui « saucissonnait » des discours pour les dirigeants communistes ? Comment raconter cette guerre qui a éclaté pendant que des gens prenaient tranquillement le soleil sur la plage ou que d'autres faisaient les courses, un cabas à la main ? Et cette route, qu'on ne voyait plus, car elle s'appuyait directement sur le ciel ? Et pourquoi pas un roman aussi court qu'un poème, avec seulement les moments les plus lumineux. Un roman sténographique. Pas un gros roman, lourd, pour qu'on puisse casser des noix avec !

  • Rédigées entre 1727 et 1757, les cinq lettres que nous reprenons ici offrent un aperçu saisissant de lexistence missionnaire en terre dAmérique, sur un continent qui, sil nest plus tout neuf pour les Européens, reste encore largement à découvrir.

    À la fois édifiantes et curieuses, ces missives visaient non seulement à élever lâme par lévocation de martyres ou de conversions exemplaires, mais aussi à étonner, à divertir, à émouvoir les lecteurs auxquels elles étaient destinées. Cest ainsi quon y trouve notamment, en plus du compte rendu dexplorations et de hauts faits de guerre, un exposé sur différentes langues autochtones ainsi que le récit par le menu dun voyage rendu insupportable par les moustiques.

    De Saint-Domingue aux rives du Mississippi, de Québec à La Nouvelle-Orléans, les pères Rasles, du Poisson, Le Petit et Margat nous parlent dun monde à la fois familier et étrange, toujours fascinant.

  • On a aujourd'hui trop souvent tendance à réduire « Jean Rivard, le défricheur et Jean Rivard, économiste » à leur statut de « romans de la terre », refusant d'y voir autre chose que des textes édifiants conçus dans le but d'exalter les vertus de la colonisation. Ce faisant, on néglige le caractère profondément littéraire de l'oeuvre de Gérin-Lajoie, ignorant ce qui la rend à la fois unique et nécessaire, même, et peut-être surtout, plus de cent cinquante ans après sa parution. Ouvrage à la fois classique et par moments étonnamment moderne, digne héritier de « Robinson Crusoé » aussi bien que de « Don Quichotte », Jean Rivard offre une merveilleuse leçon de littérature et mérite d'être redécouvert d'un oeil neuf.

    Cette édition comprend quatre chapitres parus à l'origine dans « Le Foyer canadien », mais jamais repris en livre jusqu'à aujourd'hui.

    Postface, chronologie et bibliographie de Yannick Roy.

  • Leurs parents sont nés en Haïti, au Chili, au Vietnam. Eux sont nés ici, portés par des rêves qui ne sont pas les leurs. Ils parlent français avec un accent du Québec, mais leur vie n'est pas celle des autres enfants de Montréal. Ce premier roman de Mauricio Segura va au-delà de l'aspect documentaire pour rendre la musique de la langue de ces jeunes, pour exprimer la détresse de ces adolescents, qui cherchent un point d'appui, un coin de terre ferme afin d'ancrer un destin qui n'a été jusque-là que mouvement.

  • Dans la prose sobre, colorée, vivante d'Honoré Beaugrand, la légende de La Chasse-galerie a trouvé son incarnation définitive. La parution, en 1900 de La Chasse-galerie, légendes canadiennes, est un événement clé non seulement dans la littérature mais aussi dans l'édition québécoise. Le présent volume reprend les illustrations qui ornaient l'édition originale, signées Henri Julien, Henry Sandham et Raoul Barré. Postface de François Ricard. Cette édition comprend également une chronologie et une bibliographie.

  • À la fois grand roman à la manière de Walter Scott et récit des origines de la culture et de l'identité canadiennes, Les Anciens Canadiens, première oeuvre d'un septuagénaire, garde une jeunesse qui ne s'est pas altérée depuis plus d'un siècle.

  • L'histoire d'amour tragique d'Évangéline est de nos jours si célèbre qu'elle touche au mythe, et incarne aux yeux de plusieurs l'Acadie même. À travers le destin d'Évangéline et de Gabriel, jeunes fiancés séparés par le Grand Dérangement, c'est la quête et l'histoire d'un peuple entier que trace Henry Wadsworth Longfellow, histoire marquée au sceau de la perte, du manque et de l'espoir. À la fois universel et archétypal, le personnage d'Évangéline est l'une des figures importantes de l'imaginaire non seulement acadien, mais de tous les Canadiens, qu'ils soient anglophones ou francophones. L'édition bilingue présentée ici réunit le texte anglais de Longfellow tel qu'il se donne à lire dans l'édition de 1848 et la traduction française de Pamphile LeMay publiée en 1870. Postface de Jean Morency. L'ouvrage comprend également une chronologie et une bibliographie.

  • Aux premiers jours du printemps 2000, André Carpentier entreprend ce qu'il appelle ses « flâneries en ruelles montréalaises ». Loin d'être un guide touristique, ce livre mêle littérature et réflexion d'admirable manière. Second volet des Fragments nomades - le premier racontait un voyage au Tibet (Mendiant de l'infini, Boréal, 2002) -, ces fragments ont été écrits durant trois ans et en toutes saisons. André Carpentier nous transmet magnifiquement sa fascination pour ces ruelles, son « promenoir », lieu de spontanéité et d'improvisation. Montréal en dissimulerait quelque 475 kilomètres ! Enfant élevé à la très montréalaise formule du « va donc jouer dans la ruelle ! », Carpentier nous entraîne dans ses errances, celles des pas et celles de l'esprit. Les fragments proposés ici peuvent se lire par bribes et par secousses, laissant le lecteur libre de son parcours, ébloui le plus souvent par la grâce de l'écriture. Et peut-être dorénavant déambulerez-vous à votre tour plutôt côté ruelle.

  • Publié en 1769 sous le titre de The History of Emily Montague, ce roman épistolaire de Frances Brooke est considéré par plusieurs comme le premier roman canadien. Dans Voyage dans le Canada ou Histoire de Miss Montaigu, l'auteur relate dans une prose vive et sensible les aventures et les mésaventures amoureuses d'Émilie et des membres de son entourage (Édouard Rivers, Bella Fermor, personnage de coquette inoubliable, et plusieurs autres), en plus de livrer des portraits saisissants de la ville de Québec et de ses habitants au cours des mois qui suivirent la Conquête anglaise. Aujourd'hui encore pratiquement ignorée du public québécois, l'oeuvre s'est depuis longtemps taillé une place dans le canon de la littérature canadienne-anglaise. Nous reprenons ici la traduction de Mme T. G. M. parue en 1809 à Paris. Postface de Nathalie Cooke. L'ouvrage comprend également une chronologie et une bibliographie.

  • «Moi, cet après-midi, je me dirige vers un vieillard que tout le monde croit mort.» En été de 2001, un cinéaste québécois se rend en Angleterre pour rencontrer le personnage central de son prochain film. Un personnage bien réel : James Richard Cross, le diplomate anglais qui fut, en automne de 1970, l'un des deux otages du Front de libération du Québec. La rencontre de ce «personnage secondaire» de l'histoire du Québec se double d'un voyage dans le temps, un voyage dans les coulisses du XXe siècle en compagnie d'un de ses acteurs. Un de ceux, si nombreux, pour lesquels le script ne prévoyait pas de réplique. Ce personnage « retrouvé» est donc aussi un temps retrouvé : l'époque trouble de la crise d'Octobre, où un autre otage, le ministre Pierre Laporte, fut assassiné et où la Loi sur les mesures de guerre transforma momentanément Montréal en État policier. Dans cette histoire, Cross, qui croupira soixante jours dans la «prison du peuple », n'est qu'un détail et, par là, il s'approche de celui que nous sommes tous, qui compte pour peu, et qui, pourtant, est, doit être, la seule mesure de notre humanité. Révolution. Ordre public. Contre les idées, les individus ne font jamais le poids. À moins qu'on cesse de les imaginer pour enfin, vraiment, les rencontrer.

empty