Histoire

  • Que s'est-il passé pour qu'advienne silencieusement, dans le sillage de la crise économique du milieu des années 1970, un monde nouveau dont nul n'avait anticipé les traits ? En quoi consiste au juste sa nouveauté, qui à la fois marque le triomphe du principe démocratique à une échelle jamais vue et rend sa mise en oeuvre si problématique ?

    Telles sont les questions soulevées par la dernière étape en date de l'avènement de la démocratie qui sont au centre de ce livre.

    Nous vivons la phase ultime de la 'sortie de la religion', la religion ne se résumant pas à la foi personnelle, comme nous la concevons aujourd'hui, mais formant le principe organisateur des sociétés d'avant la nôtre. Ce processus paraissait parvenu à son terme ; il ne l'était pas. Nous nous pensions 'absolument modernes' ; nous en étions encore loin. Nous le sommes brutalement devenus, et cela change tout, des conditions de la coexistence planétaire à l'identité de chacun d'entre nous.

    Notre organisation politique conservait dans sa forme l'empreinte de la soumission aux puissances venues d'en haut. Celle-ci s'est volatilisée, en révélant une fonction de l'État-nation que nous ne soupçonnions pas et qui en fait le soubassement du monde mondialisé.
    Nous habitions une histoire que nous pensions toute tournée vers l'avenir. Elle restait hantée par le passé, en réalité, comme le bond en avant de la production du futur nous l'a appris, en donnant à l'économie une place hégémonique dans la vie collective.

    Les libertés individuelles que nous pensions avoir conquises continuaient secrètement d'être prises dans l'appartenance sociale. L'effacement de cette dernière leur a conféré une autre portée, en faisant apparaître une société des individus qui gravite autour des droits de l'homme.

    Le paradoxe est que cette formidable avancée des moyens de l'autonomie humaine donne, à l'arrivée, une société qui échappe à ses membres, des démocraties incapables de se gouverner. Une chose est de disposer des instruments qui permettent de maîtriser son destin, une autre est de savoir s'en servir. L'histoire de la libération est derrière nous ; l'histoire de la liberté commence.

  • En 1982, dans les 25 essais qui composent Apollon sonore, l'auteur a commencé de publier en forme d'Esquisses des projets d'études de mythologie qu'il n'envisage plus de mener à leur terme, se bornant à définir les problèmes et à donner les principaux éléments de solution. Le présent recueil présente une seconde série d'Esquisses (26-50).
    Les premières concernent l'Inde et, après Alexandre, les rapports de l'Inde avec l'Occident grec. Pour la première fois, d'importantes traditions bouddhiques apportent leur contribution à l'étude comparée des religions indo-européennes.
    Une dizaine d'Esquisses continue l'exploration de la religion des Scythes et des traditions qui survivent chez leurs derniers descendants, les Ossètes du Caucase. Sur tous ces points encore, la véracité des témoins grecs, et d'abord d'Hérodote, d'une part, l'étonnante fidélité de la mémoire populaire d'autre part, se laissent vérifier.
    Par un échantillonnage sur la plupart des domaines de l'ensemble indo-européen, un dernier groupe d'Esquisses montre le type des questions nouvelles ou anciennes que l'étude comparative permet d'aborder avec précision : à Rome, l'univers tel que le divisaient les augures, puis la fonction d'une divinité évanescente, Hora, parèdre de Quirinus ; chez les héros de l'Iliade, l'opposition de la 'fougue' utile et de la mauvaise 'rage' ; la byline russe sur les trois derniers voyages du grand héros Il'ja de Mourom et l'interprétation d'une idole quadricéphale de Galicie, etc.

  • Cette étude éclairante ne se veut pas une histoire du terrorisme en tant que telle, mais une approche critique des liens intrinsèques entre terrorisme et mondialisation depuis le milieu du XIXe siècle jusqu'à nos jours.
    Le recours au temps long et à l'analyse comparée montre qu'au-delà de leurs différences formelles les terrorismes ressortissent à trois grandes familles : le terrorisme d'inspiration révolutionnaire (anarchistes, extrême gauche des années 1970-1980) ; le terrorisme ethno-nationaliste (Balkans puis monde entier avec la décolonisation) ; le terrorisme identitaire, souvent issu du précédent (Ku Klux Klan, Black Panthers, terrorisme islamiste).

    Apparus dans la seconde moitié du XIXe siècle, ces terrorismes se signalent dès l'origine par leurs dimensions à la fois internationales, transnationales et globales. Il est donc illusoire d'imaginer que le terrorisme international serait passé peu à peu de l'une à l'autre de ces dimensions. Ce qui le caractérise d'emblée, c'est sa faculté de jouer sur des échelles différentes.

    Depuis la première Conférence internationale contre le terrorisme anarchiste, en 1898, les États ont tenté sans succès de s'unir pour endiguer la menace terroriste. Jusqu'à aujourd'hui, ils paraissent incapables de dépasser leurs intérêts individuels pour parvenir ne serait-ce qu'à donner une définition commune du terrorisme. Quant à le combattre...

    Prix Emile Perreau-Saussine 2016

  • Après avoir abordé la religion romaine par la théologie, l'auteur a souhaité l'observer en action, gouvernant la vie des Romains à travers les fêtes publiques fixes inégalement distribuées sur les quatre saisons.
    Si les fêtes d'été et d'automne passent ici les premières, c'est qu'il fallait aller au plus urgent. Tout n'est certes pas clair dans la partie du férial qui s'étend de décembre à juin, du moins est-elle éclairée par l'érudit et élégant répertoire de rites et de légendes que sont les Fastes d'Ovide. Mais Ovide n'a pu achever son oeuvre. Pour cette raison et pour quelques autres, beaucoup de fêtes de la 'belle saison' sont aujourd'hui encore de petits mystères : que sont les doubles Lucaria, les Neptunalia, les Furrinalia qui se pressent dans la seconde quinzaine de juillet ? Et, dans les mois qui suivent, que sont les Volturnalia, les Meditrinalia ? Des moyens d'explication, jusqu'à présent négligés, permettent de proposer partout des réponses plausibles. Après ces fêtes qui toutes concernent le bon usage, alimentaire ou autre, de la nature, la fin du temps des activités martiales appelle des rites propres, notamment le 'Cheval d'Octobre' au milieu de ce mois, qui ne peuvent être pleinement compris que par référence au passé indo-européen des Romains et aux autres vestiges de rituels royaux dont l'Inde védique fournit de proches variantes. L'absence complète de fêtes dans les deux mois - septembre, novembre - où se sont développés, autour des Ides, de grands jeux en l'honneur de Jupiter, pose un problème qui ne paraît pas insoluble.

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