Sciences humaines & sociales

  • Dans cette série d'entretiens menés avec celui que l'on associe volontiers à la «conscience morale» des Américains, celui-ci s'exprime sur des sujets qui sont emblématiques de l'inquiétante époque dans laquelle nous sommes entrés il y a quelque temps: Trump, la Russie de Poutine, l'Europe, la crise des migrants, la montée de l'intégrisme religieux. À 88 ans, Chomsky regarde le monde en proie à des régimes autoritaires et totalitaires, un néolibéralisme débridé, une crise écologique dévastatrice, une guerre perpétuelle, mais ce qu'il voit surtout, ce sont les mouvements sociaux qui résistent à l'injustice et les inégalités. Même si la situation est critique, Chomsky défend un point de vue optimiste. Il persiste et signe: non seulement est-il encore possible d'espérer, mais l'espoir est plus que jamais indispensable.

  • C'est l'inquiétude face aux changements climatiques qui a incité Matt Hern, Am Johal et le bédéiste de réputation internationale Joe Sacco à entreprendre un road trip partant de la très progressiste et écologique Vancouver pour se rendre au coeur des champs de sables bitumineux du nord-ouest du Canada. Leur projet ? Aller à la rencontre des gens qui vivent de l'extraction de la ressource naturelle réputée la plus polluante de la planète et des hommes et femmes qui sont aux premières loges du désastre écologique qu'elle provoque.

    Mêlant le carnet de voyage, l'analyse politique et la théorie écologiste, Réchauffement planétaire et douceur de vivre dévoile avec finesse les impacts des changements climatiques sur les diverses communautés qui peuplent un territoire colonisé par l'industrie. Au fil de ce périple, il apparaît manifeste que toute écologie doit partir d'un processus de décolonisation, et chercher une nouvelle façon d'être dans le monde, quelque chose comme ce que Kojève appelait la « douceur de vivre ».

  • La restructuration néolibérale des institutions économiques et politiques entraîne une militarisation progressive des forces policières et de leurs tactiques de maintien de l'ordre. Surveillance, infiltration, brigades spéciales, armes sublétales, arrestations préventives... en Amérique du Nord comme en Europe, il semble que tous les moyens soient bons pour neutraliser la contestation sociale.

    Refusant de céder au schématisme habituel qui fait des forces de l'ordre un simple instrument des élites politiques, la sociologue Lesley J. Wood revient sur l'histoire récente de la police nord-américaine pour mettre au jour les dynamiques complexes qui la traversent. S'appuyant sur des sources directes, ainsi que sur les travaux de Bourdieu, Boltanski, Wacquant, et d'autres, elle étudie l'influence croissante du secteur privé - multinationales et consultants en sécurité -, de l'armée et des grandes associations professionnelles sur les pratiques policières et leur diffusion. Car mieux comprendre les raisons de l'escalade de la violence dans les réponses policières, c'est se donner les moyens, collectivement, de mieux y résister.

    Dans « Le marché global de la violence » en fin d'ouvrage, Mathieu Rigouste revient sur les mutations du maintien de l'ordre en France.

  • Rome, 10 novembre 1931. Condamné aux arrêts domiciliaires, une bonbonne d'oxygène en guise de boulet et surveillé en permanence par deux sbires de Mussolini, Errico Malatesta, octogénaire et malade, se remémore sa vie, sans nostalgie ni regrets. Au cours d'une journée ponctuée par le tic tac de l'horloge, celui qu'on a surnommé bien malgré lui le « Lénine d'Italie » se souvient : la rencontre avec Bakounine dans le Jura, l'insurrection manquée du Matese, l'exil à Paris puis à Londres, l'aventure en Argentine, les soulèvements massifs du biennio rosso. Soixante ans d'anarchie entremêlés à l'histoire d'Italie et à celle du mouvement ouvrier international.

    Jusqu'ici racontée exclusivement dans les rapports des policiers qui l'ont toujours traqué, la vie de Malatesta, internationaliste et partisan de la propagande par le fait, est relatée en ces pages dans les mots de celui qui l'a vécue, tel que l'imagine Giacopini après avoir étudié de près la correspondance et l'oeuvre de celui qu'il surnomme l'« Ulysse de l'anarchie ».

  • Même s'ils sont l'instrument de prédilection pour les frappes dites « chirurgicales », les drones ne visent juste qu'une fois sur dix et, la plupart du temps, assassinent des personnes qui ne représentent aucune menace. De plus en plus utilisés par les militaires et les services de renseignements américains, ces engins et ceux qui les commandent à distance font non seulement de nombreuses victimes innocentes, mais ils affaiblissent le renseignement antiterroriste en attisant la colère des populations affectées par la menace de la mort venue du ciel, en plus d'empêcher la collecte d'informations, parce qu'ils tuent au lieu de capturer.

    Jeremy Scahill et toute l'équipe du site d'investigation The Intercept analyse ici une série de documents qui leur ont été confiés par un lanceur d'alerte issu du milieu du renseignement. Un document glaçant qui révèle comment l'État s'arroge le droit de vie et de mort sur des centaines de personnes.

  • On ne cesse d'entendre leurs noms. Uber, Airbnb, Lyft et tant d'autres jeunes pousses devenues grandes seraient en passe de redéfinir le capitalisme.

    Pourtant, si l'on gratte le vernis d'innovation, cette vague de sociétés high-tech, pour la plupart américaines, est financée par des fonds de capital-risque sur un mode on ne peut plus traditionnel. Et derrière des promesses alléchantes dignes des mouvements sociaux les plus vertueux se dissimule une réalité bien plus glauque : l'économie du partage est en train de faire pénétrer dans des domaines auparavant protégés de nos vies un marché toujours plus avide et déréglementé.

    Tom Slee offre ici une synthèse lucide et documentée des enjeux liés à ce qu'on appelle l'économie du partage ou collaborative. Tranchant comme un rasoir, Ce qui est à toi est à moi montre que parce que ce modèle offre à quelques-uns la possibilité de gagner des fortunes aux dépens des collectivités, il est rien moins que délétère sur le plan social, urbain et économique.

  • Les institutions sociales et politiques s'écroulent aux États-Unis comme ailleurs, et les élites, tant de gauche que de droite, ne suscitent plus au sein des peuples qu'un ressentiment dont l'intensité va grandissant. Cette colère se déchaîne et, de partout, surgissent des charlatans prêts à la canaliser pour protéger les élites au pouvoir. Les signes ne trompent pas : l'âge des démagogues est arrivé.

    Dans cette série d'entretiens, Chris Hedges explique l'ascension politique d'un personnage aussi trouble que Donald Trump, dénonçant au passage les démocrates, qu'il juge responsables de la déréliction politique qui a fait perdre la tête à l'Amérique. Une analyse lucide du néolibéralisme totalitaire et de la montée des extrémismes partout dans le monde, et qui incite, en fin de compte, à la rébellion.

  • Le terrorisme suicidaire frappe aujourd'hui aussi bien à Columbine ou Utøya, que dans les rues de Paris. Sa violence multiforme surgit de partout et repousse chaque fois les frontières de l'horreur. Soutenir que ces assassins sont des forcenés ou encore les soldats fous d'une armée ennemie ne suffit plus à comprendre un phénomène aussi effarant.

    Franco « Bifo » Berardi s'intéresse ici à la psychopathologie, mais aussi aux origines économiques et politiques de ces meurtres de masse de plus en plus fréquents. Il démêle minutieusement l'enchevêtrement de désespoir, de ressentiment, de nihilisme, d'affirmation identitaire et de quête de célébrité qui pousse ces hommes à faucher la vie des autres avant de mettre fin à la leur. En ressort cet examen d'un corps social déchiqueté par le pouvoir absolu du capitalisme, qui nous confine à une impasse, entre dépression et violence.

    Un état des lieux dont il faut prendre acte pour pouvoir à nouveau poser la question « Que faire ? » et chercher, dans la noirceur, d'éventuelles lignes de fuite.

  • La citoyenneté - le « droit d'avoir des droits », comme l'a définie Hannah Arendt - est aujourd'hui refusée à des centaines de millions de personnes - déracinés, réfugiés, apatrides et autres « illégaux ». Pour quelques happy fews, en revanche, les passeports sont des produits de luxe qu'ils collectionnent comme des toiles de maître, pour se simplifier la vie et payer moins d'impôts.

    Ce reportage montre ce qu'est devenue l'idée de citoyenneté à l'ère des gigantesques mouvements de population et de la privatisation des États. D'un côté, les ultra-riches ont accaparé le titre de « citoyens du monde » et sont les seuls à jouir, avec leurs capitaux, d'une planète sans frontières. De l'autre, des nationalités bradées, comme dans l'invraisemblable transaction conclue entre l'une des nations les plus pauvres du monde, les Comores, et les Émirats arabes unis qui, pour régulariser la situation des apatrides sur leur territoire, ont acheté au prix de gros des dizaines de milliers de passeports comoriens.

    Une captivante enquête sur les cosmopolites, volontaires ou malgré eux.

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