Points

  • La conférence des oiseauxFarid-ud-Din `Attâr fut l'un des plus grands poètes mystiques de cette époque glorieuse du soufisme où la quête divine atteignit des sommets inégalés. Rûmi, Hallaj, Saadi furent ses pairs.Parmi ses nombreuses oeuvres, La Conférence des oiseaux est la plus accomplie. Elle relate le voyage de la huppe et d'une trentaine de ses compagnons en quête de Simorgh, leur roi. De multiples contes, anecdotes, paroles de saints et de fous les accompagnent. « Lis ce livre, chercheur, tu sauras où aller, dit le poète. Savoure-le longtemps et tu seras nourri. Car il a de quoi t'étonner. Tu le lis une fois et tu crois le connaître, mais non ! Lis-le cent fois, cent merveilles nouvelles ébahiront ton oeil »La Conférence des oiseaux est un de ces livres qui se savourent et se fréquentent comme des amis nourriciers.Farid-ud-Din `AttârOn sait seulement de lui qu'il est né à Nichãp~ur, en Perse, probablement en 1140, qu'il fut apothicaire, qu'il voyagea beaucoup et qu'il mourut en 1230.Adapté par Henri Gougaudd'après la traduction du persan de Manijeh Nouri

  • Hildegarde de Bingen
    Visionnaire et prophétesse, Hildegarde de Bingen (1098-1179) jouit d'une extraordinaire réputation. Sans doute parce que, faisant écho aux aspirations et questionnements de nos contemporains, elle accorde un sens hautement spirituel à la vie. De son œuvre foisonnante, ce passionnant essai montre qu'elle s'organise autour de la conviction que le monde et l'homme, le corps et l'âme, la nature et le salut, sont interdépendants – qu'une unité divine régit tout le cosmos. Ce sens de l'harmonie, indispensable à l'équilibre du monde, a conduit la sainte à entrevoir la relation entre le désordre de l'univers et celui de notre santé, et à proposer une conception holistique de la médecine. L'enjeu de sa pensée est le rôle de l'homme. Créature préférée de Dieu, il occupe une place centrale et déterminante. Ce qui n'est pas sans conséquence sur le sens de sa destinée : parachever l'œuvre divine, en participant à sa création.
    Audrey Fella
    Journaliste et essayiste, elle a dirigé et coécrit Les Femmes mystiques. Histoire et dictionnaire (" Bouquins ", Robert Laffont, 2013).

  • Seize siècles nous séparent de lui (né en 354 ap. J.-C., il
    est mort en 430). Depuis lors, son rôle fut essentiel, à un titre
    ou un autre, en pratiquement tous les siècles de l'histoire
    occidentale. Même aujourd'hui, il est réédité, lu, commenté.
    Il demeure l'un des rares penseurs chrétiens dont les non-chrétiens
    savent qu'il existe et à qui ils font une place dans
    l'évolution de la culture occidentale.Mais on ne prête qu'aux riches : salué comme un génie, il
    est aussi rendu responsable de nos soubresauts religieux - la
    Réforme -, de nos malheurs politiques - la prétention de
    l'Eglise à dominer l'Etat -, de nos désarrois privés - le mépris
    chrétien du corps et de la sexualité.Cependant, au-delà des «augustinismes» qui ont marqué
    l'histoire de l'Occident, cet ouvrage d'un grand historien
    de l'Antiquité tardive revient à Augustin lui-même, à sa vie
    et à son oeuvre : la seule manière de le connaître vraiment et
    de porter un jugement équilibré sur sa postérité intellectuelle.Ce livre, repris de la collection «Maîtres Spirituels», comprend
    une anthologie de textes choisis, des tableaux chronologiques
    et une importante bibliographie actualisée.

  • Les Upanishads, composées principalement entre le VIIIe et le IIIe siècle avant notre ère, constituent les premiers textes de sagesse de l'Inde. Théologiens, liturgistes, princes, ceux qui les ont composées renouvellent l'interprétation du Veda, qui s'était figée dans une perspective excessivement ritualiste. Ils inventent l'enseignement de maître à disciple et inaugurent un nouveau rapport de l'individu à soi-même, au monde et au divin. Ils s'interrogent sur leur identité profonde, sondent les états de conscience et les mystères du corps, analysent la dynamique du désir et les ressorts de l'action, explorant les possibilités du renoncement, de la non-violence et de l'acte détaché de l'ego. En affirmant que l'être humain est mu par un principe d'éternité, l' âtman ou Soi, identique au brahman, l'Absolu, ils fondent les grandes voies de libération de l'hindouisme ultérieur. Par son universalité, par-delà les millénaires, leur quête éveille en nous un écho puissant.
    Ysé Tardan-Masquelier, docteur habilitée en sciences des religions de l'université de Paris-Sorbonne, elle enseigne l'histoire de l'hindouisme à l'Institut catholique de Paris.

  • La postérité de Dante s'explique par la dimension universelle que revêtent son expérience personnelle, ses espoirs ou ses doutes, livrant une interrogation intemporelle sur le statut même du sujet humain. Dans ce voyage métaphysique qu'est la Divine Comédie, le poète décrit la métamorphose de l'individu du sensible au spirituel, la naissance d'un sujet authentique, capable à la fois d'accepter sa condition mortelle et d'accéder à ce que Dante nomme, au Paradis, le trasumanar. Ce néologisme par lequel il traduit une expérience de dépassement du soi et de l'humain est sans doute la clef de lecture à partir de laquelle son œuvre prend sens : déceptions amoureuses, condamnations ou exil, elle manifeste le long chemin parcouru par cet " esprit pèlerin ", de l'humain vers le surhumain. Une métamorphose de soi qui est aussi une métamorphose de l'amour sous toutes ses formes.
    Didier Ottaviani est agrégé de philosophie, maître de conférences à l'ENS-Lyon.

  • Jean de la Croix
    Dans un obscur village de vieille Castille, naissait, en 1542, le fils de pauvres tisserands. En 1591, dans un couvent d'Andalousie, mourait un religieux carme, malade et marginalisé par les siens. Entre ces deux dates se sont déroulés les quarante-neuf ans de la vie éprouvante, aventureuse et flamboyante de Jean de la Croix, l'un des plus grands poètes et mystiques.
    Son œuvre est celle d'un itinéraire vers le Dieu vivant, vers la contemplation de son essence dont elle ne cesse de rappeler le caractère ineffable. Inspirée et débordée par la transcendance, sa poésie nous relie au cosmos. Célébration de l'amour, fécondée par la " nuit " qui permet de passer à la lumière, elle est le cadre privilégié de l'expérience de l'Ultime. Témoin de celle-ci comme de celle d'un brasier ardent, Jean de la Croix fut cet amant lumineux qui continue de nous éclairer.
    Alain Delaye
    Professeur à la faculté de théologie d'Angers, il est notamment l'auteur de Sagesses concordantes. Quatre maîtres pour notre temps : Etty Hillesum, Vimala Thakar, Svâmi Prajnânpad, Krishnamurti (Accarias, 2011).

  • Compilé par le moine chinois Wumen Huikai (1183-1260), la Passe sans porte réunit 48 koans des maîtres les plus appréciés du bouddhisme Chan (Zen). Les koans sont des énigmes sur lesquelles le disciple se concentre jusqu'à parvenir à l'éveil. Ici, ils sont constitués des plus belles histoires d'éveil de maîtres Chan et des dialogues édifiants avec leur disciple. Incisifs et déstabilisants, souvent paradoxaux et ironiques, ils ont pour but de faire disparaître tout point d'appui, de déloger le disciple des habitudes duelles de la pensée afin qu'il accède à la compréhension des principes fondamentaux du bouddhisme : tout est non-dualité, tout n'est que production de l'esprit, il y a non-obstruction entre l'Absolu et le monde des phénomènes.
    Empreint de la richesse culturelle et poétique des maîtres de jadis, la Passe sans porte est sans nul doute le plus beau des recueils chinois et japonais de koans. Il est devenu incontournable pour tout adepte du Chan, notamment au Japon où il est utilisé dans nombre de monastères.
    Texte traduit et présenté par Catherine Despeux, professeur émérite à l'Inalco.

  • Principal représentant du confucianisme philosophique en Chine, Zhu Xi (1130-1200) a réalisé la synthèse de plus de dix-sept siècles de tradition lettrée, s'inscrivant dans un courant connu en Occident sous le terme néoconfucianisme. Né sous la dynastie Song (960-1279), période de renouveau dans tous les domaines après un millénaire marqué par le bouddhisme et le détachement du monde, Zhu Xi remet au premier plan les préoccupations éthiques et morales propres au confucianisme où perfectionnement individuel, éducation et engagement au service de l'État sont étroitement liés. Il élabore un système philosophique centré autour de la notion de " Principe " ou " raison des choses ", qu'il associe aux énergies matérielles. Il est considéré comme le plus important penseur confucéen après Confucius. Son influence a été considérable et s'est exercée également en Corée et au Japon.
    Roger Darrobers, enseigne à l'université Paris Ouest-Nanterre. Membre du Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie orientale (CRCAO), il a notamment traduit : Proverbes chinois (" Points Sagesses ", 1996), et Mémoire scellé sur la Situation de l'empire de Zhu Xi (Les Belles Lettres, 2013).

  • Rimbaud
    Si Rimbaud (1854-1891) incarne, comme aucun autre poète, les interrogations et les espérances liées aux pouvoirs du verbe, et si ses écrits, comme sa personne, continuent d'inspirer les temps modernes, c'est que sa parole demeure, au sens propre, une Révélation.
    Poète le plus innocent mais aussi le plus lucide, aussi proche des hérésiarques que des Chartreux, Rimbaud est peut-être l'un des premiers mystiques de la langue française, qu'il a su élever, dans l'ordre de la poésie, au rang d'une mystique en elle-même.
    Ce livre met en lumière comment, pour Rimbaud, l'essentiel n'est pas d'arracher au néant ce qui ne peut lui échapper, mais de rendre à chacun sa frange la plus inaliénable d'" éternité ".
    Stéphane Barsacq
    en 1972, il est écrivain. Parmi ses derniers livres : Cioran, éjaculations mystiques (Seuil).

  • La sagesse n'est-elle pas une intruse dans le colloque entre Nietzsche, gagné par la folie, et Dionysos, le dieu de l'ivresse panique ? Ces antipodes de la raison et de la mesure sont si exotiques aux yeux grecs ou chrétiens ! Et pourtant... Le philosophe et le dieu nous invitent moins à accepter le monde tel qu'il a été, est et sera, qu'à le vouloir infiniment tel. Les mortels habitent la terre : ceux qui, parmi eux, sont suffisamment forts pour être pénétrés de cette évidence vivent sans haine ni ressentiment le temps qui leur est imparti par les Parques comme une éternité. Ils savent qu'ils sont innocents de ce dont les accusent les clergés religieux ou humanitaires ; ils peuvent donc rire avec les Célestes et " respirer une atmosphère de hauteur " : " La glace est proche, la solitude est énorme – mais voyez avec quelle tranquillité tout repose dans la lumière ! voyez comme l'on respire librement ! " (Ecce Homo).
    Né en 1968 en Rouergue. Nietzsche ou la sagesse dionysiaque est son neuvième livre.

  • Une " voix qui crie dans le désert : Rendez droites les voies du Seigneur " (Mt 3,3), tel fut Léon Bloy (1846-1917), qui ne cessa, entre la défaite de 1870 et la Première Guerre mondiale, de clamer la gloire du Christ pauvre et de harceler sans trêve la médiocrité convenue de la société bourgeoise, ses élites et sa culture. Catholique absolu, disciple de Barbey d'Aurevilly, frère spirituel d'Hello et de Huysmans, dévot de la Notre-Dame en larmes apparue à La Salette, hanté par la Fin des temps et l'avènement de l'Esprit saint, Léon Bloy, écrivain et pamphlétaire, théologien de l'histoire, fut un paria des Lettres, un " mystique de la douleur " et le plus furieux invocateur de la justice au cœur d'une époque dont il dénonça la misère sociale, l'hypocrisie bien-pensante et l'antisémitisme. Bloy ou le feu roulant de la charité, une voix plus que présente – nécessaire.
    François Angelier
    Producteur à France Culture (" Mauvais Genres ") et chroniqueur au Monde, il a publié des ouvrages sur saint François de Sales, Paul Claudel, Jules Verne et prépare une biographie de Louis Massignon.

  • Le Hassidisme, ce mouvement qui est né au XVIIIe siècle dans le peuple juif dispersé aux confins de l'Europe centrale et orientale, n'a constitué ni une doctrine ni une idéologie. Il a été avant tout une façon d'être, de voir, et de vivre.
    Au départ, un visionnaire solitaire : Israël Baal Shem-Tov, le Maître du bon nom. Aux Juifs opprimés par des siècles de persécution, il lance un étonnant appel à la joie. Et ses disciples, le grand Maguid, Levi-Yitzhak de Berditchev, Israël de Rizhin ou Rabbi Nahman de Bratzlav, à travers un étrange réseau de communications et de successions, vont surgir ici et là, susciter les enthousiasmes, animer des communautés.
    Leur histoire, leurs histoires, se sont inscrites dans les coeurs, et transmises de groupe en groupe et d'homme à homme. Et Élie Wiesel, enfant, à Szeged, dans les toutes dernières années précédant la guerre qui allait voir anéantir ces mêmes communautés; écoutait, à la veillée du Shabbat, les vieillards parler de leurs Rabbis, et son grand-père évoquer la mémoire de ces hommes qui trouvaient Dieu non dans la pénitence mais dans une célébration.
    A son tour, Élie Wiesel transmet aujourd'hui ce qu'il a reçu, aussi fidèlement que possible, mais avec ferveur, et en y prêtant sa voix et son accent. Car le Hassidisme est une flamme qui brûle toujours, pour lui et pour beaucoup.

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