Sciences humaines & sociales

  • Cette enquête porte sur les esthéticiennes, dont le métier consiste à s'occuper du corps des autres, pour leur bien-être et leur agrément. Privilège de celles qui rendent belle ; abaissement de celles qu'on admet dans son intimité. On se confie, on s'accorde un moment à soi. Mais ces spécialistes du corps ne se contentent pas d'épiler ou de masser. Elles jouent aussi le rôle du psy, du coach, de l'infirmière, de l'assistante sociale, dans les instituts où elles travaillent - ces fabriques de la beauté moderne.Ivan Jablonka est historien et éditeur.

  • Une impression d'abandon exaspère aujourd'hui de nombreux Français. Ils se trouvent oubliés, incompris, pas écoutés. Le pays, en un mot, ne se sent pas représenté. Le projet « Raconter la vie », dont cet essai constitue le manifeste, a l'ambition de contribuer à le sortir de cet état inquiétant, qui mine la démocratie et décourage les individus. Pour remédier à cette mal-représentation, il veut former, par le biais d'une collection de livres et d'un site internet participatif, l'équivalent d'un Parlement des invisibles. Il répond au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, la réalité quotidienne prise en compte.« Raconter la vie » ouvre un espace original d'expérimentation sociale et politique, autant qu'intellectuelle et littéraire.Pierre Rosanvallon est professeur au Collège de France. Il a publié de nombreux ouvrages sur l'histoire de la démocratie et ses métamorphoses contemporaines, dont le plus récent est La Société des égaux (Seuil, 2011 et « Points », 2013). Il contribue aussi à animer un débat public informé, en dirigeant notamment la République des idées et le site La Vie des idées.

  • Ce sont des hommes qui font un métier de femmes ; dans le monde de la petite enfance, ils sont l'exception. Régulièrement, il leur faut justifier leur présence au milieu des bébés, convaincre leurs collègues de leur compétence, gagner la confiance de parents soupçonneux. Ils n'ont pas l'ambition de repousser les barrières de genre ou de transformer la vision que la société autour d'eux peut avoir de la masculinité. Mais leur quotidien les a forcés à se servir de cette identité masculine comme d'une arme, ou à s'en excuser comme d'un défaut.À travers les yeux d'un père de jeunes enfants, qui a voulu franchir la barrière séparant parents et professionnels, on découvre la lutte discrète de ces hommes pour échapper au poids des préjugés et des non-dits. Une lutte dont l'enjeu est autant de se faire accepter que de se comprendre soi-même.Thomas Grillot est écrivain. Historien spécialiste des États-Unis, il a publié Après la Grande Guerre : Comment les Amérindiens des États-Unis sont devenus patriotes, aux éditions de l'EHESS (2014).

  • Dans une cité HLM du nord de Paris en pleine rénovation, des gardiens sont au travail : ils surveillent, réparent, tempèrent. À travers leur regard, on entrevoit ce qui n'est pas montré d'habitude : des résidents qui s'observent, les plaintes quotidiennes, les vrais problèmes. On redécouvre aussi un métier de nouveau convoité : le gardien n'est plus l'homme à tout faire d'hier, il est devenu le médiateur de la cité.Jean-François Laé est sociologue, enseignant à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Il a notamment publié Les Nuits de la main courante (Stock, 2008) et, avec Numa Murard, Deux générations dans la débine (Bayard, 2011).

  • À Bamako, Fatimata était une lycéenne éprise de liberté dans un milieu familier et protégé. Elle rêvait d'une vie étudiante à Paris. Ce rêve, elle le réalise avec une facilité déconcertante. Mais elle doit aussi accepter d'y renoncer partiellement lorsqu'elle décide, un mois après son arrivée en France, de porter le voile, première étape de sa transformation en la musulmane exemplaire qu'elle veut être. La recherche d'une forme de sécurité par l'adoption de règles va transformer son expérience en créant des obstacles à l'accomplissement de ses ambitions. À l'hostilité et la mise à l'écart qu'elle ressent face à son choix, Fatimata répond par l'incompréhension à l'égard d'une société qui l'attirait pourtant et la volonté de la quitter.
    Fatimata a vingt ans. Elle est née à Bamako et vit depuis deux ans dans la région parisienne.

  • Nous pensons tout savoir sur nos députés. Il y a pourtant de nombreux invisibles à l'Assemblée. Députée de la Drôme depuis 2012, maire d'une petite ville de 10 000 habitants, Nathalie Nieson est l'une d'entre eux. Extérieure au sérail, elle porte un regard lucide sur son travail au palais Bourbon, ses rapports avec son groupe et son parti. À travers ce récit, on prend la mesure de la marginalisation du Parlement, du déclin des partis, de la désaffection à l'égard du politique. Loin des ors de la République, Nathalie Nieson raconte, à rebours des clichés souvent associés au monde politique, le quotidien d'une femme qui tente de concilier les contraintes de la vie parlementaire parisienne avec un engagement à faire vivre la démocratie au plus près de ses concitoyens. Nathalie Nieson est députée, elle a 46 ans.

  • À l'ancien Mont-de-Piété, le besoin n'a plus le visage de la pauvreté, mais celui de la débrouillardise, le plus souvent féminine, immigrée. Leurs bijoux sont, pour les clientes, source du desserrement des contraintes qui pèsent sur elles, un ressort de leur émancipation. Le Crédit municipal de Paris est en effet un lieu où l'or octroie un type de pouvoir qui vient relativiser celui de l'argent. Dans la mise en gage, se jouent l'affirmation d'une indépendance - financière, affective, communautaire -, le dévoilement d'une ingéniosité, l'utilisation d'une institution à des fins propres.Pauline Peretz est historienne et maître de conférences à l'université de Nantes. Elle a notamment publié Le Dossier secret de l'Affaire Dreyfus (Alma, 2012 avec P. Gervais et P. Stutin) et dirigé New York. Histoires, promenades, anthologie, dictionnaire (Bouquins, Laffont, 2009).

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