• C'est un lieu commun de dire que la Révolution tranquille a divisé l'histoire du Québec en un « avant » et un « après ». Un avant irrémédiablement marqué par le sceau de l'Église catholique et un après... moderne? Libre et émancipé? Si les recherches récentes démontrent combien des aspects de notre société restent façonnés par le catholicisme, les études littéraires ont jusqu'à présent peu exploré l'héritage religieux dans l'oeuvre des auteurs contemporains. Avec son numéro 123, la revue Voix et Images a justement l'ambition de remédier à cette lacune et d'explorer les Destins de l'héritage catholique : « Force est de constater, en relisant quelques oeuvres modernes et contemporaines, que le matériau catholique occasionne un ensemble de représentations et de détournements qui témoignent d'un désir de s'approprier les signifiants d'une histoire, pour les inscrire dans la fiction et les enjeux fantasmatiques qu'elle suscite ». La publication explore les complexes dualités filiation/rejet qui caractérisent l'écriture des cinquante dernières années, par-delà la rupture : des textes de Jaques Ferron au cinéma de Bernard Émond, un dossier passionnant.

  • La revue Voix et Images vous propose « Mémoire du conte et renouvellement du roman québécois contemporain », un numéro printemps-été qui s'intéresse au regain d'intérêt pour le conte au Québec, mais moins en ce qui concerne la réécriture de nouveaux conte que le renouvellement de l'écriture sous l'influence des récits traditionnels. « [...] Le conte traverse nombre de romans et de récits contemporains sur les plans de l'intertexte, de la langue et de la trame narrative [...] mais qui ne souscrivent pas pour autant aux attentes du genre, voire les dévoient. » Sylvie Vignes s'intéresse au rapport au conte dans Les fous de Bassan d'Anne Hébert et Marie-Hélène Larochelle au rejet de l'éthique du care dans Les Sangs d'Audrée Wilhelmy et Demoiselles-cactus de Clara B.-Turcotte. Marise Belletête, elle, se penche sur Javotte de Simon Boulerice, Carmélie Jacob sur la filiation dans Trois princesses de Guillaume Corbeil et Sophie Ménard, sur la dynamique narrative dans Frères de David Clerson.
    Le numéro comprend aussi, en plus de ses chroniques habituelles, une étude hors thème de Marie-Pier Luneau, qui analyse de nombreuses notices biographiques d'auteurs de premier roman pour voir quelles mythologies se constituent autour d'eux.

  • Robert Harvey propose ici la toute première étude portant sur les fondements imaginatifs de l'oeuvre d'Anne Hébert et les principes unificateurs de son langage. Il montre d'abord que la poétique hébertienne s'inscrit en filigrane dans les premiers écrits de l'auteure. Puis il entreprend une lecture approfondie du « tombeau des rois, l'oeuvre maîtresse dont les ramifications s'étendent à l'ensemble de la production d'Anne Hébert. Robert Harvey livre une interprétation éclairante de ce recueil qui se classe parmi les grandes oeuvres de la littérature universelle.

  • Qu'ont en commun Les Enfants du sabbat et le mythe du Paradis terrestre? La structure narrative des Fous de Bassan et la Genèse ? Élisabeth d'Aulnières, protagoniste de Kamouraska, et Lilith ? C'est entre autres ce que dévoile Adela Gligor dans Mythes et intertextes bibliques dans l'oeuvre d'Anne Hébert.
    On découvre ici à quel point les Écritures s'inscrivent dans l'oeuvre hébertienne, sous différentes formes : citations textuelles ou transformées, allusions à des épisodes scripturaires ou à des personnages bibliques (Ève, Marie et Satan en tête), reprise de schémas narratifs... Mais, loin de l'hommage, c'est souvent avec ironie qu'Anne Hébert se réapproprie ces symboles sacrés. Par un travail parodique, elle les détourne de leur sens initial, ébranlant au passage les grands mythes judéo-chrétiens. En braquant les projecteurs sur cette distance critique, Adela Gligor révèle une Anne Hébert subversive, qui a habilement dénoncé l'hypocrisie religieuse et l'autorité patriarcale, mais qui a surtout donné une voix aux femmes, les faisant accéder à ce Verbe créateur qui, dans la Bible, était réservé aux hommes.

  • Lessai « Re-Writing Women into Canadian History: Margaret Atwood and Anne Hébert », met en parallèle les uvres de deux importantes auteures canadiennes du 20e siècle. Létude sattarde plus précisément à la façon dont lontarienne Margaret Atwood et la québécoise Anne Hébert ont « réécrit » en quelque sorte lHistoire canadienne en y intégrant un espace spécifiquement féminin. Sous leur plume, des voix féminines peu entendues et ayant évolué dans un univers essentiellement masculin ont été libérées et ont contribué à enrichir le paysage littéraire et social. La démonstration dElodie Rousselot se base sur « The Journals of Susanna Moodie », « Grace » (pièce de théâtre non publiée) et « Alias Grace » de Margaret Atwood et sur « Kamouraska », « La cage », « Lîle de la Demoiselle » et « Le premier jardin » dAnne Hébert.

  • Ce recueil se présente en deux parties : la reprise, d'abord, des "Chants du Karawane", originalement paru en 1993 (Elais Publishing House), suivie de la partie qui donne son titre au recueil : « Un moment Anne ».
    Depuis une relation mythique à ses origines, la poète trouve à se recueillir et à s'épanouir auprès de la poète Anne Hébert - forgeant son identité québécoise et francophone à ses mots et images. Depuis cette double force - égyptienne et québécoise, arabe et francophone - la poète élève une voix assumée, celle déjà présente dans les "Chants du Karawane", c'est-à-dire du rossignol.

  • Dans un monde où l'interdit mène à un questionnement moral, la raison est une maladie. La perception pure, l'obligation de la maintenir, enfièvre celui qui redoute la possibilité d'un autre monde et l'intrusion malicieuse de ses « créatures ». Chez Georges Bataille, les femmes incarnent cette dimension insidieuse, elles qui jouissent, prédatrices comme des louves, la fente velue comme des bêtes. Simone, Dirty et Hélène reprennent le langage corporel des désaxés pour mettre en péril la conscience et la vie. Si cette férocité se manifeste de manière moins draconienne chez Anne Hébert, les héroïnes y sont tout de même possédées par l'angoisse. L'outrance - sous les manifestations de la frustration et des pulsions sexuelles - fait de ces femmes des étrangères à qui l'on assigne les noms de diable, de folle, de sorcière. Ainsi ponctuent-elles le récit, orientant le scandale vers la lumière pour mieux révéler la désagrégation de leur existence. On les croirait alors venues d'un ailleurs où le corps malade - en voie de se débarrasser des idéologies - est par lui-même un « envers du monde » laissant soudainement transparaître sa phénoménalité.

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