• On affirme parfois que les crises génèrent des forces créatrices. Idée à méditer, au-delà des banales affirmations publicitaires ou entrepreneuriales sur le caractère fécond des crises (politiques, sociales, économiques ou personnelles). C'est le versant psychique, littéraire et philosophique de la notion de crise qui est ici exploré dans son rapport à la création. Crise de la créativité : silence, retirement, stérilité. Tout un chacun connaît ces périodes de vide, de blocage dépressif. La créativité de la crise en est-elle le simple renversement ?
    Comme le surent Deleuze ou Beckett, Nietzsche ou Foucault, mais aussi nombre d'artistes et créateurs modernes, il n'est pas facile d'endurer l'instabilité qu'exige toute création, les forces d'égarement qu'elle déchaîne, tout comme son indéniable jouissance. La création est sans doute un apprentissage de l'insécurité.

  • Dans sa jeunesse, Simon Leys passa deux ans dans une « cahute » de Hong Kong avec trois amis étudiants - période bénie où « l'étude et la vie ne formaient plus qu'une seule et même entreprise ». C'est en souvenir de ce foyer régi par l'échange et l'émulation, surnommé le « studio de l'inutilité », qu'il a ainsi intitulé le présent recueil d'essais. Tous regardent ses trois domaines de prédilection : la littérature, la Chine, la mer.
    Simon Leys s'y laisse aller à la jouissance désintéressée de la littérature. Libre de tout carcan, il partage amours et désamours en matière de lettres, mais toujours en attaquant son sujet par un biais inattendu.
    Il y éclaire tour à tour la « belgitude » d'Henri Michaux, la vie personnelle de George Orwell, la genèse de L'Agent secret de Joseph Conrad, ou encore l'amitié entre Albert Camus et Czeslaw Milosz, brosse les portraits de personnalités remarquables et parfois méconnues - du prince de Ligne, « incarnation du xviiie siècle » à Soon Mayling, la femme de Chang-Kai-Shek -, revisite les heures les plus terribles du génocide cambodgien, dont il décrypte chaque rouage, quand il n'épingle pas, en faisant montre d'une réjouissante causticité, les considérations de Barthes sur son voyage en Chine en plein maoïsme triomphant.

  • Qu'est-ce qui nous affecte ? Assistons-nous à un retour du sensible ? Ces questions, l'hypersensible contemporain les repose dans l'art, la pensée, l'écriture. Il invite à réhabiliter ce qui, en chacun de nous, apparaît trop souvent comme une faiblesse à surmonter : la fragilité, la vulnérabilité. Qualités dites « féminines » ? Ce dont les hommes en tout cas devaient autrefois se garder, préservant leur impénétrabilité - ce tabou fondateur de toute différenciation.
    L'hypersensibilité doit se concevoir comme un outil d'analyse, un instrument de connaissance fine au service d'un mode de pensée subtil, aussi fragile qu'endurant, permettant d'inventer d'autres modalités créatrices, étrangères à l'habituel partage sexué. Selon quelle autre logique que celle de l'éternelle division qui oppose la douceur réceptive des unes à la force de pénétration des autres ? Question que posèrent eux aussi Deleuze ou Barthes, mais également quelques femmes peu soucieuses d'incarner la force phallique du pouvoir intellectuel de l'époque, comme Marguerite Duras, laquelle joua crânement l'idiotie ou Louise Bourgeois, l'éternelle femme-enfant destructrice et moqueuse. Question laissée en suspens (c'est sa définition même que d'imaginer le suspens des oppositions) et qu'il faut donc inlassablement reprendre.

  • Vous tenez entre vos mains le fruit d'une collaboration rêvée entre
    Roland Barthes et Kim Kardashian.
    En 1957, le sémiologue publiait ses Mythologies, proposant une
    analyse corrosive de la culture de masse de son temps. Parmi les
    plus célèbres, le visage de Greta Garbo, la Citren DS ou encore le
    steak justify.
    Qu'aurait-il pensé de l'ascension spectaculaire des stars de la
    téléréalité, des dick pics en haute résolution, des chats qui jouent du
    piano sur internet ou des avocado toasts à 18 euros ?
    Du « chef de compost » au « tote bag », en passant par « l'
    aspirateur à clitoris », ces chroniques mordantes s'attachent à
    décortiquer les objets, les attitudes et les icônes qui incarnent l'
    /> époque d'une génération. Celle qui a connu un monde sans internet,
    s'est débattue avec une crise économique internationale, et qui
    tâche de s'en sortir, entre quête d'authenticité et mises en scène
    permanente de soi.

    Floriane Zaslavsky est sociologue et journaliste indépendante, elle enseigne également à Sciences Po. Après des années passées entre l'Inde et l'Italie, elle coule aujourd'hui des jours heureux dans le nord-est parisien.

    Célia Héron est cheffe de la rubrique Société et des podcasts du quotidien Le Temps. Elle est passée par les rédactions de Tamedia, Le Monde, et a écrit pour Libération.

  • L'ensemble de ces textes témoigne d'un parcours, d'une trajectoire d'une quinzaine d'années qui n'est pas seulement celle de l'auteur, mais aussi celle de la revue où ils ont été écrits, les Cahiers du Cinéma, depuis la rigidité théorique et idéologique du début des années 1970 jusqu'au post-modernisme des années 1980. On y suivra l'inflexion d'une pensée, d'une écriture, des goûts et des engouements qui définissent une époque - voire plusieurs. (P.B.)Après des études de philosophie, Pascal Bonitzer entre en 1969 aux Cahiers du cinéma, où il écrit jusqu'au milieu des années 1980. Parallèlement il devient scénariste et collabore à de nombreuses reprises avec Jacques Rivette, André Téchiné ou encore Raoul Ruiz. Encore, son premier long métrage, obtient le Prix Jean-Vigo en 1996. En 2016 sort son septième film : Tout de suite maintenant.

  • Relisant les Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes et le premier volume de l'Histoire de la sexualité de Michel Foucault, Didier Eribon dégage le geste politique et théorique commun qui les sous-tend : une volonté de résister au freudomarxisme de l'après-mai 1968 et, plus généralement, d'échapper à l'emprise de la psychanalyse. L'amour chez l'un, le « corps et les plaisirs » chez l'autre, l'amitiéchez les deux deviennent les vecteurs d'une réflexion sur les possibilités de s'inventer soi-même, et sur les moyens de fonder une éthique et une politique de la subjectivation, débarrassées de la conceptualité analytique et du rôle de frein à l'innovation que celle-ci ne cesse de jouer. À un moment où, dans le sillage de la théorie queer, la pensée radicale se tourne à nouveau vers la psychanalyse, ce texte bref prend la valeur d'un manifeste en proposant de réactiver au contraire le mouvement de fuite à l'égard de cette dernière qui a caractérisé la philosophie des années 1970.

  • Pourquoi Sade qui fut, au dire même de ses hagiographes, coupable de séquestrations, de viols en réunion, de menaces de mort, de traitements inhumains et dégradants, de tortures, de tentatives d'empoisonnement, fut-il porté aux nues par l'intelligentsia française pendant tout le XXe siècle ? De Breton à Bataille, de Barthes à Lacan, de Deleuze à Sollers, tous ont vu en lui un philosophe visionnaire, défenseur des libertés, un féministe victime de tous les régimes? Fidèle à sa méthode, Michel Onfray croise la vie, Louvre et la correspondance de Sade. Romancier, il n'y aurait rien à redire à ses fictions ; mais Sade se réclame de la philosophie matérialiste, mais il laisse une place possible à la liberté, puis fait le choix du mal. Dès lors, cet homme triomphe moins en libérateur du genre humain qu'en dernier féodal royaliste, misogyne, phallocrate, violent.

  • Après le succès d'Un été avec Montaigne, Antoine Compagnon s'inscrit à nouveau dans le sillage de l'auteur des Essais. Ces entretiens révèlent un homme au parcours atypique et d'une curiosité hors norme : du statut de la citation dans les textes littéraires à Proust et Brunetière, en passant par Montaigne et la littérature « antimoderne » de Joseph de Maistre à Roland Barthes.
    On découvre l'enfance et l'adolescence de ce fils de militaire expatrié, qui a fait très vite des bibliothèques ses vraies demeures. Devenu polytech¬nicien, il se passionne pour la linguistique. Auditeur de Lévi-Strauss, Foucault et Lacan, il raconte ces années décisives et s'attarde sur son amitié pour Barthes et pour Marc Fumaroli. Il explique comment une discipline s'est alors imposée à lui dans les trois sens du terme : l'enseignement, la littérature et une certaine règle de vie.
    Professeur au Collège de France, essayiste et romancier, voyageur infatigable, Antoine Compagnon jette aujourd'hui un regard rétrospectif sur les livres et les figures qui l'ont marqué. Il fait revivre avec brio et humour le Paris intellectuel des années 1970, mais aussi l'effervescence des universités anglaises et américaines. Il se prononce enfin sur la place des études littéraires en France, et sur la littérature contemporaine.

  • Marie-Christine fait une maîtrise en littérature portant sur un essai hermétique de Roland Barthes, une étude sémiologique consacrée à l'analyse d'une nouvelle de Balzac. Mais elle se perd dans les méandres d'une recherche absconse qui ne la mène apparemment nulle part.

    Surmenée, seule, malheureuse, inquiète, névrosée, prise d'un vertige existentiel, Marie-Christine se regarde sombrer peu à peu. « La folie est le début du non-être. Seul le fantasme est vrai. Je suis devenue une folle qui raisonne sa folie », estime-t-elle. Des visions, des voix sèment le trouble dans son esprit. Elle se sent entourée de danger, les autres deviennent ses ennemis, le mal est partout, les méchants envahissent le monde.

    Elle trouve néanmoins réconfort, amitié et compréhension auprès d'un petit groupe de marginaux « qui voient Dieu », mais elle va être entraînée avec eux dans un drame affreux, où se mêlent réalité et faux-semblants, hallucinations et psychédélisme, mythologie et ésotérisme.

    Un voyage aux confins de la folie et de la schizophrénie.

  • Alger, 24 décembre 1942 : de deux balles tirées à bout portant, le jeune Bonnier abat, dans son bureau du Haut-Commissariat, l'Amiral de la Flotte Darlan, bras droit du maréchal Pétain. Plus de quarante ans après, de nombreuses questions concernant cet assassinat politique restent encore sans réponse : pourquoi Darlan était-il arrivé à Alger quelques heures avant le débarquement anglo-américain du 8 novembre ? Comment a-t-il pu concilier l'obéissance à Vichy et les exigences du général Clark, et de ses partisans français ? Comment a-t-il réussi à négocier le retour de l'armée d'Afrique dans la guerre contre l'Axe, sauvegardant ainsi l'unité de l'Empire français ? Qui, enfin, a commandité son élimination ? Connaissant bien Darlan puisqu'il l'avait côtoyé à l'École Navale, puis comme midship sur le Montcalm, Jacques Moreau était idéalement placé pour répondre à ces interrogations. Il le fait ici, dans le cadre d'un récit personnel des événements de ces deux mois de crise. Il est difficile d'être mieux documenté, puisqu'il était alors préfet maritime de la 4e Région à Alger. Sa relation des faits s'étaye de textes officiels indiscutables, souvent occultés ou déformés depuis. Au coeur du microcosme où se prenaient les plus importantes décisions, l'auteur avait un atout supplémentaire : tous les jours de cette période troublée, il rencontra son supérieur qu'il respectait et admirait, et put en suivre la démarche spirituelle. L'histoire du débarquement de 1942, telle que nous la livre l'amiral Jacques Moreau, y gagne une dimension humaine. Les derniers Jours de Darlan est plus qu'un document rigoureux et passionnant. C'est aussi le récit d'un soldat fidèle et déchiré.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Le premier volume présentant les conférences organisées, sur le thème « Nourritures et écriture », par le Centre de recherches littéraires pluridisciplinaire de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines de Nice, a été publié en 1999. Il réunissait les études concernant les littératures étrangères et régionales, la littérature comparée, l'art musical et l'art pictural. Le présent volume regroupe les analyses portant sur les littératures d'expression française, de Rabelais aux écrivains contemporains de l'Afrique subsaharienne. À partir du moteur de recherche qu'offre le thème alimentaire, les approches des textes littéraires ont été diverses, selon que la réflexion de chacun a été stimulée davantage par la sémiotique, ou la psychocritique, ou la poétique, ou l'histoire des idées et des mentalités. Mais plusieurs conférenciers y ont trouvé l'occasion de battre en brèche les idées reçues. Grâce à leurs analyses, le lecteur discernera probablement deux orientations divergentes dans l'exploitation littéraire du thème proposé. D'un côté, à l'époque classique surtout, domine une approche saine, équilibrée, optimiste de la nourriture, fondée sur un épicurisme qui dépasse largement le simple plaisir de manger. De l'autre, dans les périodes de crise, on sera frappé par une mise en scène inquiétante, répugnante de l'objet alimentaire. Vu l'échantillon forcément limité des oeuvres présentées, cette publication est aussi une invitation à poursuivre, approfondir, affiner ou contester la reconstitution, à partir de ce thème particulier, d'une vision du monde propre à chaque temps. Marie-Hélène Cotoni Université de Nice - Sophia Antipolis.

empty