Sciences humaines & sociales

  • Que raconte White, première expérience de " non-fiction " pour Bret Easton Ellis ? Tout et rien. " Tout dire sur rien et ne rien dire surtout " pourrait être la formule impossible, à la Warhol, susceptible de condenser ce livre, d'en exprimer les contradictions, d'en camoufler les intentions. White est aussi ironique que Moins que zéro, aussi glaçant qu'American Psycho, aussi menaçant que Glamorama, aussi labyrinthique que Lunar Park, aussi implacable que Suite(s) impériale(s). Loin des clichés toujours mieux partagés, plus masqué que jamais, Bret Easton Ellis poursuit son analyse décapante des États-Unis d'Amérique, d'une façon, comme il le dit lui-même, " ludique et provocatrice, réelle et fausse, facile à lire et difficile à déchiffrer, et, chose tout à fait importante, à ne pas prendre trop au sérieux ". Que raconte White en ayant l'air à la fois de toucher à tout et de ne rien dire ? Peut-être que le fil à suivre est celui du curieux destin d'American Psycho, roman d'horreur en 1991 métamorphosé en comédie musicale à Broadway vingt-cinq ans plus tard. Ellis a dit autrefois : " Patrick Bateman, c'est moi. " Il ne le dit plus. Et si Patrick Bateman était devenu président ? P.G.

  • Sortilège de la boxe. Deux hommes sont sur le ring, prisonniers des cordes. Au premier coup de gong, pour le public, le spectacle commence ; pour eux, c'est le métier, la vie, le drame. Les MONSTRES SACRÉS DU RING que rien ne disposait à supporter sur les scènes du monde le fardeau de la notoriété, pratiquent un art qui a ses règles et ses génies. Voici Georges Carpentier se dépassant lui-même pour sauter dans la légende lorsqu'il est battu par Jack Dempsey, insolite cheminement d'un destin de champion qui aura travesti un soir de défaite en jour de gloire. Al Brown, champion déchu, ressuscité par Jean Cocteau, le poète s'attachant au sort d'un sorcier du ring. Marcel Cerdan qui, dans une courte phrase d'une prodigieuse éloquence dans sa nudité, dit à la fin de sa carrière : Les coups commencent à me faire mal. Les grands seigneurs noirs Sugar Ray Robinson et Joe Louis, fortunes perdues, contraints au come back pour payer leurs dettes. Robert Cohen qui ne peut supporter l'exil d'Elisabethville, Alphonse Halimi qui ne pense qu'à la revanche pour reconquérir le titre perdu à Los Angeles et le dernier venu Ingemar Johansson, blond viking qui a interrompu le règne des poids lourds de couleur. Et puis, il y a dans ce monde étrange et dur, si différent de tous les autres, comme l'a écrit Serge Groussard, tout ce qui grouille autour d'un ring, d'un boxeur, d'une salle... les racketers du boxing business aux États-Unis, les managers, leur jeu, leurs calculs et aussi parfois leur calvaire. Ils sont les durs ou les tendres témoins de l'aventure des boxeurs, cette aventure tenue entre deux poings et à laquelle il faut tordre le cou si l'on ne veut pas être dévoré.

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