• Lorsque Descartes fait de la connaissance de l'esprit humain la principale tâche de la philosophie, il lui applique l'idée moderne de la science comme connaissance certaine et évidente. Durant les 150 ans qui suivront, aucun penseur ne reniera cette étincelle cartésienne. Dans son sillage mais aussi contre elle, ...

  • Moby Dick est peut-être avant tout un grand roman sur la lecture. Car le lecteur, quel qu'il soit, est déjà inclus, compris dans le texte.
    Toujours plus gonflé, ce livre-monstre, véritable Léviathan textuel, semble engloutir le monde et avaler jusqu'à celui qui l'ouvre, tel un nouveau Jonas. Le texte-baleine présente ainsi d'innombrables allégories de la lecture, décrite en termes de pêche, de cartographie, de navigation, de fuite, de naufrage ou de percée.
    Si un tel livre ne saurait donc être simplement lu, c'est qu'il lit à son tour : non seulement ses lecteurs, mais aussi la Bible, ou encore le Léviathan de Hobbes et sa théorie de l'État. Et dès lors, ce qui s'envoie ou se promet, c'est une dimension prophétique du lire. Elle se lèvera dans le vent de la tempête et annoncera la venue de l'avenir. (P. Sz.) Les Prophéties du texte-Léviathan est paru en 2004.

  • Que peut au juste le corps ? Telle est l'interrogation qui sous-tend depuis longtemps la réflexion philosophique et qui rend nécessaire aujourd'hui encore l'élaboration d'un "Connais-toi toi-même" corporel.Cet ouvrage est à la fois une synthèse et une méditation philosophique tout autant qu'un hymne à la joie du corps. Programme d'agregSOMMAIREIntroductionPremière partie : Des corps au corps humainI -- Le corps ou les corps ? - L'essence du corps -- Le problème des corps immatérielsII -- Le corps vivantIII -- Le corps humain, corps et espritDeuxième partie : La puissance du corps humainIV -- La puissance pratique du corps humain - La puissance technique du corps - La puissance artistique - La puissance éthique du corpsV -- Le corps sexué - Le désir sexuel - Le problème de la différence des sexesConclusion -- Bibliographie

  • Liberté et propriété retrace l'histoire sociale de la pensée politique de la modernité. Sondant les grands moments politiques de cette période (la cité-État de la Renaissance, la Réforme, les empires espagnols et néerlandais, l'absolutisme français et la Révolution anglaise), Ellen Meiksins Wood pense ensemble la naissance de l'État moderne et la formation du capitalisme.

  • Parmi les différentes conceptualisations dont le phénomène de la guerre a pu faire l'objet, l'oeuvre de Thomas Hobbes (1588-1679) et celle de Carl von Clausewitz (1780-1831) se sont souvent trouvées rangées, depuis le développement du champ disciplinaire des relations internationales en particulier, parmi des auteurs dits « réalistes » tels que Thucydide ou Machiavel notamment. Or leur pensée respective semble échapper à toutes les formes de catégorisation : ni pur « réalisme », ni bellicisme, ni pensée de la « raison d'État », d'une part, ni idéalisme, « pacifisme », ou pensée de la guerre juste, d'autre part, l'oeuvre de Hobbes et celle de Clausewitz occupent une place à part parmi ceux qui, semblablement à eux, ont pris la guerre pour objet de leur réflexion. Malgré les deux siècles et bien d'autres choses qui les séparent, une pensée hétérodoxe de la guerre se fait ainsi écho à travers elles. Hobbes comme Clausewitz s'efforcent en effet d'appréhender la guerre, non point en juristes, tel Hugo Grotius, ni même en spécialistes de l'art de la guerre, comme Machiavel, ou bien encore en moralistes, tel Juste Lipse, mais bel et bien en tant que théoriciens soucieux de saisir la logique présidant aux rapports conflictuels entre les êtres humains, c'est-à-dire à la fois la suite des causes et des effets conduisant à la guerre et l'ensemble des règles commandant le déroulement de cette dernière une fois enclenchée. Le tableau de la guerre qu'offrent par conséquent Hobbes et Clausewitz à leurs lecteurs, bien qu'il puisse paraître sombre ou cynique, n'est pas celui de la déraison ou d'une hybris totalement déchaînée : loin de présenter la guerre comme un phénomène inextricable, chacun s'efforce, à sa façon, de rendre intelligible le phénomène guerrier, d'en mettre à nu les principes et les ressorts à la fois passionnels et rationnels, nécessaires et contingents.

  • La peine de mort est-elle moralement justifiable et juridiquement légitime ? Est-il possible de mettre en cause le fondement du droit souverain à condamner à mort ? À partir d'une analyse des différents modèles philosophico-politiques justifiant le pouvoir, et afin de problématiser le rapport entre le pouvoir souverain et la peine capitale, cet ouvrage tend à mettre en lumière la manière dont la source de légitimation du « pouvoir de donner la mort » a été défendue, tout au long des siècles, par la reconnaissance d'une base théologique à l'autorité. La tentative de déconstruire le lien entre théologie et politique et l'ouverture sur une vision normativiste du pouvoir constituent, au contraire, la base théorique de l'argumentation abolitionniste. À travers un travail théorique minutieux, mettant en lumière les insuffisances de la position favorable à la peine de mort ainsi que le concours d'éléments étrangers à la théorie du droit - tels que l'aspect rituello-sacrificiel - pour justifier l'exécution capitale, cette étude montre que si l'on place la dimension transcendante du pouvoir souverain avant l'identité morale de l'individu, alors la mise à mort du criminel peut être justifiée. Au contraire, une idée différente de la constitution du sujet impose de chercher un fondement ultime à l'inviolabilité de l'individu contre le pouvoir lui-même et donc de conclure à l'inadmissibilité morale de mettre à mort un homme, quel que soit le crime qu'il ait commis.

  • Qu'entendre par modernité ? Résulte-t-elle d'une transposition des schèmes théologiques et des dispositifs théologico-politiques propres au christianisme médiéval, ou bien s'est-elle affirmée contre son propre passé théologique, en rupture avec les formes héritées du passé ? Et comment situer, dans ce processus, les philosophies de Hobbes et de Spinoza, comprises tantôt comme héritières des théologies de la toute-puissance divine, de l'augustinisme ou de la Réforme, tantôt comme inaugurant les Lumières radicales qui se sont par la suite diffusées dans toute l'Europe jusqu'à culminer à la fin du xviiie siècle ? À côté des nombreux travaux consacrés à l'herméneutique biblique chez Spinoza et chez Hobbes, ou à la question du théologico-politique et de la naissance des institutions politiques modernes, cet ouvrage veut montrer comment, à partir d'une interprétation nouvelle de l'ancien - l'Écriture sainte -, quelque chose d'inédit a été produit dans la pensée des institutions politiques, du droit, du corps politique et de la multitude. C'est paradoxalement en interprétant à nouveaux frais l'Écriture que la politique peut devenir, chez Hobbes, une création humaine ou, chez Spinoza, une oeuvre humaine dont la rationalité peut être pensée à différents degrés ; ce qui revient à penser comment la modernité est aussi issue d'une politique de la Parole.

  • L'individualisme radical est considéré comme le signe distinctif de la philosophie politique moderne : chacun étant à lui-même la mesure de son propre bien, les règles communes de justice et de droit ne peuvent naître que du consentement, du contrat ou de l'artifice. Cet ouvrage étudie la manière dont, à travers l'oeuvre de Locke, se transmet à l'époque moderne l'idée de normes morales liant les individus de manière à les former en communautés pré-politiques. Grâce à cette communauté éthique les citoyens des démocraties modernes sont solidaires sur des principes abstraits de moralité. La liberté moderne se trouve fondée non seulement sur des mécanismes constitutionnels qui permettent d'arrêter le pouvoir par le pouvoir, mais aussi par l'idée que la constitution de l'autorité se fait sous le regard de la conscience morale des citoyens et que sa légitimité tient au respect des principes sur lesquels ils s'associent.

  • Brandies comme un étendard ou accusées d'être la cause de tous les maux, les Lumières exacerbent les passions. Pour beaucoup synonymes d'émancipation, de combat pour la démocratie et les droits de l'Homme, elles se trouvent en même temps, depuis leur émergence, sous le feu de critiques nourries. La période contemporaine ne fait pas exception à la règle. Les termes du débat et les interprétations semblent même aujourd'hui tellement embrouillés que les Lumières en arrivent à être régulièrement considérées comme étant en contradiction avec leurs principes supposés. Elles seraient impérialistes, oppressives, colonialistes. La question du droit d'inventaire, qui émerge dès 1789 avec l'éclatement de la Révolution française, se pose avec une acuité nouvelle. Comme le montrent les études réunies dans le premier des deux volumes consacrés à cette question, les enjeux des controverses sur les Lumières sont inséparablement théoriques et pratiques, scientifiques et politiques.

  • Thomas Hobbes a l'ambition de repenser toute la philosophie. Il veut répondre aux grands impératifs de son époque et aussi à ceux du moment singulier qui oriente le contenu de chacun de ses livres : de là une anthropologie, une politique, une réflexion sur les religions.
    Dans un univers désenchanté par une nouvelle physique mécaniste et matérialiste, il met en évidence la spécificité du corps humain, que ses désirs arrachent sans cesse au présent en direction d'un avenir en partie imprévisible. C'est toute la difficulté du problème politique : le mouvement perpétuel des désirs et la quête de puissance mettent en danger les relations sociales, que les hommes sont pourtant contraints de rechercher s'ils veulent continuer à désirer dans une relative sécurité.
    Hobbes voit dans la science politique le moyen de construire des édifices politiques assez solides pour résoudre la difficulté. Il voit aussi les limites de cette solution : l'homme est et restera toujours un animal religieux parce que la dynamique de ses désirs rencontre des obstacle qu'aucune politique humaine ne peut surmonter.

  • Thomas Hobbes (1588-1679), philosophe anglais, doit sa célébrité au Leviathan, à une conception de la souveraineté politique longtemps jugée monstrueuse.
    Par-delà contresens et accusations, Hobbes est bien le premier penseur de la modernité à avoir voulu maîtriser la « machination politique » comme la science galiléenne contrôlait les mécanismes naturels. Il eut l'idée d'un système global, allant du corps en général, chose physique, au corps politique engendré par la puissance humaine d'artifice, en passant par le corps humain, objet d'une anthropologie nouvelle qui s'appuie sur une vision originale du désir. Sans le langage, la science des corps serait pourtant impossible. C'est par l'imposition de noms, que les hommes peuvent se soustraire aux aléas de l'expérience, construire des chaînes de raisonnement et envisager ainsi les choix politiques que la nécessité laisse ouverts.
    Dans un monde exposé aux violences de la révolution et des conflits religieux, Hobbes a cherché les moyens rationnels de résister aux folies de l'histoire. La question n'est visiblement pas close.
    Benoît Spinosa, agrégé de philosophie, enseigne actuellement en Première Supérieure (ou Khâgne) au Lycée Paul Cézanne d'Aix-en-Provence. Longtemps chargé d'enseignement à l'université de Provence, il a publié des articles spécialisés d'histoire de la philosophie (sur Spinoza, la justice, la philosophie politique) et d'histoire de l'enseignement philosophique (sur l'évaluation et les programmes scolaires).
    Il a publié en 2007, Pourquoi l'Utopie ? et, en 2011, Pourquoi donner ? Au-delà du principe-marchandise.

  • L'essentiel pour un être humain n'est pas d'exister mais de mieux être, et ce, en collaboration avec son prochain, avec lequel il vit. La vie se déploie ainsi comme une communion, un vivre-ensemble, possibles uniquement en projetant la paix au coeur des relations mutuelles. Comment construire cette paix ? A la lumière des écrits de John Locke, Thomas Hobbes, Jean-Jacques Rousseau, Karl Marx, Axel Honneth et Jürgen Habermas, cet essai tend à répondre à cette question.
    En pensant la vie sociale en termes de contrat, de lutte ou encore de consensus rationnel, ces philosophes apportent un éclairage sur la quête de liens sociaux durables et efficaces, pour un «vivre-ensemble» harmonieux et pacifique.

  • Retraduit intégralement pour la première fois depuis plus de trois siècles, Du citoyen (1642 puis 1647) se révèle être bien plus qu'une étape en direction du Léviathan.
    Initialement conçu comme la troisième et dernière section des Éléments de la philosophie, l'ouvrage est finalement rédigé et imprimé avant les deux autres. Si les circonstances de la guerre civile sont l'occasion de ce changement de calendrier, elles permettent surtout à Hobbes de percevoir l'autonomie de la philosophie politique. Le vaste laboratoire conceptuel qu'est le traité Du citoyen en présente l'ensemble des théorèmes.
    Il ne se contente pas de fonder une doctrine de la souveraineté absolue, il pose aussi les bases d'une personnification de l'État et formule clairement les conditions d'une volonté du peuple. Ecrit en latin, c'est ce traité qui a fait l'éducation hobbesienne du public européen, jouant un rôle de premier plan dans la refondation politique et juridique du continent dont nous sommes les héritiers.

  • L'influence exercée par la lecture de Hobbes (1588-1679) sur la pensée de Leibniz (1646-1716) est attestée par le philosophe allemand lui-même, qui déclare à son aîné, alors qu'il n'a que 24 ans : « Je crois avoir lu la plupart de vos oeuvres publiées tantôt séparément, tantôt rassemblées, et je prétends en avoir tiré profit comme peu d'autres en notre siècle. » À notre connais­sance, Leibniz n'en dira jamais autant d'un autre de ses contemporains, et rien ne laisse présumer qu'il n'était pas sincère. Au contraire, les contri­butions rassemblées dans ce volume ne font qu'en confirmer la justesse et la validité au-delà des seules années de jeunesse. Elles montrent que Leibniz connaît bien l'oeuvre de Hobbes : qu'il l'a méditée très tôt, qu'il l'a fréquentée assidûment, qu'il y a trouvé des ressources théoriques fécondes et puisé certains concepts. Quoiqu'il n'ait pas réussi à entrer directement en contact avec lui, le philosophe allemand en a fait dans ses textes un interlocuteur majeur, dont il rencontrait nécessairement les thèses, en traitant de physique, de théorie de la connaissance, de morale, de religion, de droit et - bien sûr - de politique.

    Couvrant l'ensemble des champs philosophiques dans lesquels la pensée des deux auteurs s'est exercée, ces études visent à offrir au lecteur le moyen de lire autrement l'oeuvre de Leibniz et de jeter une lumière inédite sur un certain nombre de ses thèses. Elles permettent également d'éclairer sous un nouveau jour les positions de Hobbes, d'en saisir certaines difficultés et de rendre compte de la manière dont celles-ci ont pu être reçues et commentées. Divisé en quatre parties, l'ouvrage comporte un appendice dans lequel sont traduites, pour la première fois intégralement en français, les deux lettres de Leibniz à Hobbes (1670 et 1674).

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