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  • L'islam offre deux visages : celui d'un monothéisme abstrait, où domine la transcendance de Dieu, au risque d'engendrer le fanatisme. Mais aussi, et surtout, celui, plus discret, mais non moins insistant, d'un monothéisme concret, qui valorise la manifestation visible de l'essence de Dieu dans l'apparition sensible des actions divines. Dans cette étude pionnière qui surprendra par sa liberté de ton, Souâd Ayada renouvelle en profondeur notre connaissance des systèmes de pensée qui ont fondé l'islam des théophanies. Un modèle de sagesse aux antipodes de l'austérité coranique, selon lequel Dieu se donne à voir par l'entremise de l'« homme parfait » et par toutes les formes de beauté qui révèlent sa majesté. Réconciliant l'amour, l'intelligence et la connaissance, cette conception de la révélation, notamment portée par le soufisme, préserve l'islam de toute dérive juridique et politique, et accorde à l'art toute sa place. Elle constitue l'antidote que l'islam a lui-même produit pour guérir le mal du dogmatisme et l'intolérance. Dévoilant les impasses et les contradictions du fondamentalisme, dialoguant avec les sources juives et chrétiennes, confrontant le message du soufisme à la philosophie de Hegel ou à la pensée d'Emmanuel Levinas, Souâd Ayada signe un livre essentiel, en forme de plaidoyer pour une approche audacieuse, exigeante et ouverte de l'islam.

  • On constate aujourd'hui dans les sociétés musulmanes un regain de la pratique du ramadan. Ce regain peut être interprété comme un signe de réislamisation, mais il ne s'agit pas d'un simple retour à une tradition. A travers la permanence du rite, c'est l'évolution de ses formes, le changement de ses modalités, le renouvellement de ses discours, l'exégèse de la foi qui sont à l'oeuvre. Ce qui frappe à la lecture des chapitres de cet ouvrage, c'est l'extrême adaptabilité d'une pratique religieuse qui est tout sauf figée et uniforme. Le ramadan est présenté dans cet ouvrage comme un rituel de changement social, d'innovation culturelle, de politique publique, voire de mobilisation politique. Il est également un temps de négociation entre sphères publique et privée dans le contexte de la globalisation. On peut en voir l'illustration à travers l'utilisation électorale du « mois béni » en Iran ou en Turquie, sa mise à profit par le Parti de l'action démocratique en Bosnie, ou sa manipulation par les tueurs de diverses obédiences en Algérie. Sans oublier les disputes lunaires auxquelles il donne lieu entre les différentes autorités, ni sa visibilité croissante dans les sociétés ouest-européennes. Cette flexibilité du rite s'accompagne de sa polysémie : il est un moment fort d'investissement religieux, politique et économique qui permet la distinction sociale et l'individuation du croyant. Si l'on ajoute que le ramadan est en même temps une fête carnavalesque qui introduit et canalise le désordre et la transgression, on admettra, avec les auteurs de cet ouvrage, qu'on ne peut le considérer simplement comme une norme contraignante. Sous ses auspices, la relation de l'Homme au Dieu créateur va de pair avec la création du monde par l'Homme.

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