• Par la même raison que le concours des deux sexes est nécessaire à la formation et au maintien de la société, il est évident qu'ils doivent trouver dans cette même société une égale portion d'avantages, et les lois qui assurent à l'un sa liberté et l'exercice de ses droits, doivent aussi les assurer à l'autre.

    Fanny Raoul (1771-1833) a reçu une éducation intellectuelle solide et ouverte. Elle s'installe à Paris au début du xixe siècle et y fréquente les salons de Germaine de Staël ou de Constance de Salm, qui l'encourage à publier son essai Opinion d'une femme sur les femmes, en 1801.
    Féministe à une époque où le mot n'existait pas encore, Fanny Raoul réclame l'indépendance des femmes, leur accès à l'éducation, à tous les métiers et à toutes les fonctions.

  • L'ingénu

    Voltaire

    L'édition de référence de L'Ingénu pour réussir l'ORAL du bac de français 2021 : explication des textes essentiels au fil de l'oeuvre, les points de grammaire entièrement traités, les mots importants du texte et les exercices d'appropriation pour préparer l'entretien avec l'examinateur.

    Ce personnage a la figure d'un étranger et la naïveté de l'étonné. Venu du Canada, un pays différent de la France, qu'il découvre, mais où on parle la même langue, le Huron se présente ainsi : «je dis toujours naïvement ce que je pense, comme je fais tout ce que je veux». Il lui faudra perdre ses habitudes pour s'acclimater aux moeurs hexagonales : grâce à Gordon, ce «vieillard frais et serein» qui l'éduque, et à Melle Saint-Yves qui l'aime, notre héros deviendra un autre homme.

    Au fil du recueil :
    o 2 analyses de textes

    Le dossier est composé de 8 chapitres :
    1 - Histoire littéraire : Les Lumières
    2 - Voltaire et son temps
    3 - Présentation de L'Ingénu
    4 - Les mots importants de L'Ingénu (naïveté / naïf ; vertu) 5 - Préparation à la contraction de texte et à l'essai
    6 - La grammaire
    7 - Groupement de textes : Voltaire, esprit des Lumières
    Un homme de science féministe : Épître à Madame la marquise du Châtelet sur la philosophie de Newton
    Un défenseur du progrès de la civilisation : Le Mondain(extrait)
    Un homme d'action : l'avocat de Jean Calas et de la tolérance religieuse : Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas (extrait)
    8 - Exercices d'appropriation.

  • Édition de Michel Delon Ce dialogue, qui est presque un roman, Diderot l'écrit au sommet de son art, à près de soixante ans, et le revoit encore dix ans plus tard. Il met aux prises deux personnages seulement, "Moi", et le Neveu. Ce personnage se dédouble sans cesse : qu'est-ce qu'un homme qui prétend ne pas avoir de conscience, ne pas avoir d'unité, mais qui a en même temps une sensibilité esthétique, celle d'un musicien averti ? Diderot mêle la grosse plaisanterie, les motifs et les sujets les plus divers, la lutte contre les adversaires des philosophes, dans cette mise en scène d'une conversation sans fin. Le Neveu pose des questions importantes, et soudain, pour notre amusement, l'argumentation déraille. "Moi" est fasciné par ce bouffon sublime. Ainsi va cet enchaînement de numéros, de pantomimes, cette fausse pièce, ce faux roman, où l'auteur a mis, sous une allure burlesque, toute sa vie, tout son coeur et tout son esprit.

  • En une cinquantaine d'esquisses, qui ont la valeur de motifs aisément mémorisables, Jean François Billeter éclaire le moment historique actuel, la crise que nous traversons et le moyen pour tenter d'en sortir : la critique ne suffit plus, il faut des idées neuves, en particulier une façon juste de se représenter l'être humain et ses besoins. Ces esquisses forment un essai philosophique (car c'est de l'homme en tant que sujet qu'il s'agit) et politique. Elles s'inscrivent dans le prolongement des travaux précédents de l'auteur, mais constituent une proposition nouvelle, présentée avec la limpidité, la sobriété et la clarté dont Billeter est coutumier. Comme Un paradigme, c'est un outil de compréhension de soi et du monde, un livre à conserver, en toutes circonstances.

    Éminent sinologue, Jean François Billeter a dirigé jusqu'en 1999 le département de langue et littérature chinoises de l'université de Genève. Il a notamment publié aux éditions Allia Leçons sur Tchouang-tseu, Études sur Tchouang-tseu, Contre François Jullien, Un paradigme, Lichtenberg et Trois essais sur la traduction. En 2013, il a reçu le prix culturel de la Fondation Leenaards, aux côtés de Jean-Luc Godard et de l'organiste et clavecinsite Lionel Rogg.

  • Nous avons cru que les droits de l'homme valaient partout et pour tous. Ils sont désormais dénoncés à l'extérieur par les autres civilisations et à l'intérieur même de nos démocraties. Comment penser cette crise ? Comment y répondre ? Comment maintenir l'idée de l'Universel ? Par l'une des grandes philosophes d'aujourd'hui.
    Après la Seconde Guerre mondiale et la chute du mur de Berlin, nous avons cru à la victoire définitive de notre vision du monde, caractérisée par l'individualisme libéral, le cosmopolitisme et la démocratie des droits de l'homme. Mais depuis le tournant du siècle, plusieurs cultures mondiales s'opposent clairement et fermement aux principes occidentaux considérés jusque-là comme universels. La démocratie est décriée ou dégradée, et l'autocratie nommément défendue, en Chine et à Singapour, dans certains pays musulmans, en Russie. En outre, apparaissent au sein même de l'Occident des gouvernements dits populistes ou illibéraux, opposés au libéralisme et à l'individualisme postmodernes. Ce débat conflictuel déployé tant sur le plan occidental que sur le plan mondial traduit un nouvel assaut de la vision du monde traditionnelle, holiste, face à la vision progressiste et individualiste.
    Des deux côtés fleurissent les excès. En Occident, l'humanisme classique transformé en humanitarisme. En face, des cultures parfois devenues des idéologisations de leurs traditions. C'est un énième épisode, mondialisé, de la discorde entre les modernes et les anti-modernes : ce qu'on a appelé au xxe siècle la " guerre des dieux ".

  • Jeannot et Colin

    Voltaire

    Jeannot et Colin sont inséparables. Pourtant, lorsque Jeannot apprend que son père a fait fortune et quil le somme de monter à Paris, il quitte son ami sans le moindre regret. La tristesse accable le bon Colin, resté au pays. Lamitié saura-t-elle vaincre les préjugés sociaux ?

    Voici onze contes mordants dans lesquels on croise des fakirs, une princesse amoureuse dun porteur borgne, un fils de prince aux prises avec sa conscience Entre Orient et Occident, Voltaire raconte avec malice les absurdités et les bonheurs du monde.

  • Si les sciences ont généré des progrès indiscutables, elles suscitent aussi des inquiétudes. Auraient-elles trahi nos attentes? Seraient-elles responsables, en nous instituant «maîtres et possesseurs de la nature», du dérèglement climatique, de la pollution et de la destruction de la biosphère? L’accusation est trop simpliste, car la science n’est pas indépendante de son contexte socioéconomique et ses applications techniques sont d’abord inscrites dans des choix de société. La science peut tout à fait nous aider à construire un monde où il fait bon vivre, mais l’expérience a montré que le primat du profit la détourne d’un tel objectif.
    En sa qualité de citoyen et d’enseignant-chercheur, Jean-Marie Vigoureux dénonce ainsi le détournement de la science et la marchandisation non régulée de ses applications. Il nous montre comment sciences et techniques servent davantage la finance et la grande industrie que le développement humain, mais aussi pourquoi les valeurs développées par la pratique des sciences sont tout aussi indispensables à notre humanité qu’elles sont essentielles à la démocratie.
    À l’heure où la crise environnementale menace l’humanité dans son existence même, l’émergence d’une réelle science éthique et citoyenne requiert donc la remise en cause du libéralisme et la refondation de nos démocraties autour de l’idée d’un progrès véritable qui ne peut se concevoir que dans la justice et le partage. Comme aimait le rappeler Albert Einstein: «Il est illusoire et dangereux de tout attendre de la science, car la connaissance de ce qui est ne nous renseigne jamais sur ce qui doit être. […] La science peut nous permettre de réaliser les buts que nous nous fixons, mais la détermination de ces buts est en dehors de son domaine. Pour décider du changement, il faut faire appel à des objectifs qui relèvent d’un choix volontaire.»

  • Des petits livres pour découvrir et aimer les grandes autrices et penseuses de la Révolution française !
    Parce qu'elle s'est engagé pour les droits des femmes et est morte pour eux, parce qu'elle fait partie des grandes figures du siècle des Lumière et de la Révolution française, parce qu'elle a beau être la plus connue, elle n'est pas la seule femme ayant joué un rôle majeur pendant cette période charnière de notre histoire, lire Olympe de Gouges, rédactrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, et ses consoeurs engagées dans la société par l'écriture aujourd'hui devrait être un devoir.

  • Une nouvelle collection de petits livres pour découvrir et aimer les grands écrivains !
    Une nouvelle collection de PL sur la littérature pour comprendre et aimer les grands écrivains. Chaque livre comprendra une biographie, des citations emblématiques ainsi que des clés de lecture pour entrer dans l'oeuvre. Tout le monde a entendu parler du
    Traité sur la Tolérance de Voltaire ou l'a même relu très récemment à cause des événements tragiques qui ont bouleversé le monde ces deux dernières années. Il est temps de découvrir ou de rédouvrir ce grand philosophe et essayiste emblématique du siècle des Lumières.

  • Alors que Rousseau notait occasionnellement ses réflexions sur des cartes à jouer, son contemporain Georges-Louis Le Sage y écrivait TOUT : ses découvertes, ses doutes, sa vie et ses remords. Drôle, tragique et vertigineuse, la pensée de ce physicien des Lumières, telle une boîte noire, se dévoile en direct, et fait écho à l'échafaudage complexe de nos listes en tous genres.
    Les archives inédites du savant Georges-Louis Le Sage, constituées de 35 000 cartes à jouer, sont un document exceptionnel sur la pensée telle qu'elle chemine. Drôle et énigmatique, ce matériau étonnant se révèle tout à la fois laboratoire, autobiographie et véritable boîte noire de la recherche.
    Ce physicien genevois, contemporain de Rousseau, est un anticonformiste. Refusant les codes du monde savant, il écrit absolument tout sur des cartes à jouer : eurêka et tâtonnements, amertume de ne pas être reconnu, rapports polémiques avec ses pairs ou poème pour Newton, mais aussi angoisse face à sa mémoire qui peut flancher et à un corps qui vieillit... Classer ses cartes, les empaqueter et les étiqueter est pour Le Sage un travail quotidien, à la fois excitant et harassant. Ce sera sa seule véritable oeuvre, et sans doute aussi la source de ses désillusions sur la science et ses méthodes.
    Trois siècles plus tard, Jean-François Bert s'empare avec tendresse de ces cartes, matériaux de la pensée. Il propose une plongée dans la recherche en train de se faire et son pouvoir imaginatif, tout en rendant hommage à ce performer avant-gardiste. La force de ce témoignage est que chacun y reconnaîtra le cheminement complexe de ses pensées et l'échafaudage perpétuel de listes sans cesse réagencées que toute réflexion impose.

  • Le couple problème/solution a déterminé l'histoire du nom juif en Europe. Le nazisme n'a fait qu'en disposer la forme ultime. L'Europe ne peut pas feindre l'ignorance. D'autant moins que son unification, tant admirée, est la conséquence directe de l'opération hitlérienne.
    Car il faut conclure. Dans l'espace que dominait Hitler, c'est-à-dire sur la quasi-totalité de l'Europe continentale, l'extermination des juifs a été accomplie. Ce que les experts politiques, depuis 1815, tenaient pour un problème difficile à résoudre avait, du même coup, disparu ? en fumée. Les choses sérieuses pouvaient commencer.
    Aujourd'hui, le chemin est parcouru. L'Europe est présente au monde, au point de s'y arroger des missions. Une entre autres?: faire régner la paix entre les hommes de bonne volonté. De ces derniers, cependant, les juifs ne font pas partie. C'est qu'ils portent en eux la marque ineffaçable de la guerre. L'Europe, héroïne de la paix en tous lieux, ne peut que se défier d'eux, où qu'ils soient. Elle ne peut qu'être profondément anti-juive.
    Les porteurs du nom juif devraient s'interroger. Depuis l'ère des Lumières, ils s'étaient pensés en fonction de l'Europe.
    La persistance du nom juif au travers de l'histoire, la continuité des haines qu'il soulevait, tout cela devait trouver une explication dont les termes soient acceptables par l'Europe. Si celle-ci a basculé dans un antijudaïsme de structure, alors tout doit être repris depuis le début. Comment le nom juif a-t-il persisté?? Par un support à la fois matériel et littéral dont l'Europe ne veut rien savoir?: la continuité de l'étude. Comment l'étude a-t-elle continué?? Par une voie dont l'Europe moderne ne veut rien savoir?: la décision des parents que leur enfant aille vers l'étude. Pourquoi la haine?? Parce qu'en dernière instance, le nom juif, dans ses continuités, rassemble les quatre termes que l'humanité de l'avenir souhaite vider de tout sens?: homme/femme/parents/enfant.

  • Un grand massacre de chats: d'après un témoin, voilà bien l'épisode le plus comique qui se soit déroulé dans l'imprimerie de Jacques Vincent, rue Saint-Séverin, à Paris. Qu'y avait-il pourtant de si drôle? Pour quelles raisons un groupe d'artisans parisiens trouvaient là un inoubliable sujet d'hilarité? C'est ainsi que Robert Darnton entame son exploration des attitudes et des croyances dans la France du XVIIIe siècle. Avec passion, il nous fait revivre la façon dont les Français de l'âge des Lumières conçoivent le monde et la façon dont les paysans, bourgeois, aristocrates ou philosophes pensent et ressentent leur environnement. Tout à la fois anthropologue et historien, Robert Darnton évoque avec sensibilité ce que représentent le surprenant ou l'habituel dans les mentalités françaises du XVIIIe siècle. Il est facile et sans doute rassurant d'imaginer que nos ancêtres pensaient comme nous le faisons aujourd'hui, abstraction faite des perruques et des jabots. C'est tout le mérite d'un livre comme celui-ci de nous aider à nous libérer d'un sentiment trompeur de familiarité avec le passé.

  • Lorsque Descartes fait de la connaissance de l'esprit humain la principale tâche de la philosophie, il lui applique l'idée moderne de la science comme connaissance certaine et évidente. Durant les 150 ans qui suivront, aucun penseur ne reniera cette étincelle cartésienne. Dans son sillage mais aussi contre elle, ...

  • Au début de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la bataille de l'Encyclopédie fait rage : cette magnifique entreprise placée sous le signe des Lumières et de la liberté de penser voit se dresser contre elle la censure du pouvoir et la colère des dévots.
    C'est dans ce contexte tourmenté que Félicité, une jeune paysanne née sur le plateau de Langres, est envoyée à Paris pour devenir la copiste de Denis Diderot. Elle a appris à lire et à écrire, fait exceptionnel à l'époque pour une enfant de sa condition, et assistera le philosophe dans ses diverses tâches littéraires et sa correspondance.
    Malgré leur différence d'âge et d'érudition, une forte complicité se noue rapidement entre eux. Fascinée par le génie du grand homme, son inépuisable générosité et son goût des plaisirs, la jeune fille se passionne pour les combats de l'Encyclopédie tandis que Diderot ne reste pas longtemps insensible à la fraîcheur et au regard candide que cette petite paysanne porte sur une société parisienne alors en pleine effervescence.
    Dans les salons littéraires, elle va croiser nombre de figures de la « société des gens de lettres » : le baron d'Holbach, madame d'Épinay ou encore d'Alembert. On y parle de Montesquieu, de Rousseau, de Voltaire...
    Mais dans un siècle où souffle le vent des idées, les amitiés sont fragiles, et alors que Félicité progresse à grandes enjambées sur la route du savoir, l'irruption de l'abbé Ferdinando Galiani, un libertin napolitain, risque fort de troubler l'intimité de la petite copiste et de son maître.

  • Églises, missions, haciendas, deux langues conquérantes - l'espagnol et le portugais - qui côtoient de nombreux idiomes indigènes... Autant de traits d'un Nouveau Monde, fruit de l'expansion européenne du début des temps modernes. Marquée par sa durée d'un peu plus de trois siècles (XVIe-XIXe) et par son influence en profondeur, l'Amérique ibérique est l'entreprise la plus colossale et la plus originale que l'Occident ait jamais menée outre-mer.

  • HistoireL'expédition d'EgypteL'expédition d'Egypte est un moment capital de notre histoire contemporaine, celui où se termine, par une expédition coloniale, la Révolution française commencée par la Déclaration des droits de l'Homme. Comment la pensée des

  • ""Vois Naples et puis meurs "" (""Vedi Napoli e poi muori""). Pourquoi existe-t-il un lien aussi étroit entre la splendeur des paysages, celle des richesses artistiques et des ruines, voire la mort, à Naples? Éclat de la chapelle ""Sansevero"", voix divines des castrats au théâtre San Carlo, magie de Pompéi dévoilée, les Lumières éblouissent le ciel du XVIIIe siècle napolitain et pourtant le fonds baroque de la ville, enfermé dans la pierre volcanique, demeure toujours là, merveilleux dans son obscurité.
    Luca Salza est maître de conférences en études italiennes à l'Université Charles-de-Gaulle Lille 3. Ses travaux portent sur l'histoire des idées en Italie. Il est l'auteur de Métamorphose de la Physis. Giordano Bruno, Vrin-La Città del Sole, 2005. Il a édité en 2007 le numéro de la revue « Europe » consacré à Giordano Bruno et à Galilée. Il est rédacteur de différentes revues européennes de philosophie dont « L'Art du Comprendre » et « Outis ! ».

  • Personnage singulier entre tous, le Prince de Ligne plane comme une figure légendaire à l'écart et au-dessus du siècle des Lumières. Son génie entre en incandescence dans le temps même que ce siècle disparaît. Ayant attendu les vingt dernières années de sa longue vie pour devenir l'auteur des trente-quatre volumes que constitue son oeuvre, le Prince de Ligne dépose au milieu d'une époque qui n'est plus la sienne, au début du xixe siècle, la puissante synthèse d'un monde tout juste révolu. Aristocrate né à Bruxelles en 1735 dans l'une des plus anciennes familles du Hainaut, il se doit à la carrière militaire et diplomatique, ce qui l'envoie partout en Europe et lui permet de cultiver un goût naturel pour le détachement : car il ne sera l'esclave d'aucune idéologie en un temps où prendre parti est une obligation autant qu'un divertissement. À l'agitation d'un siècle qui aboutit à la Révolution le Prince accorde une réconciliation dans un style, une attitude et un sourire dont aucun de ses prédécesseurs ne sut trouver l'apaisante tonalité. Emblème de son esprit, de sa sagesse comme de ses sentiments, l'ouvrage qui réunit ses maximes, Mes Écarts, et qui est aussi éloquemment intitulé Ma tête en liberté, regroupe la somme de ses pensées et dresse le portrait d'une âme autant que le système d'un esprit. Souvent publiés par bribes alors qu'on n'a jamais vraiment pu les lire depuis leur première parution, les Écarts sont ici édités en entier. Le Prince de Ligne est l'ultime grand moraliste de langue française : Ma tête en liberté porte à son dernier mot le génie d'une tradition inaugurée par La Rochefoucauld. Mélange « sentimentaire » d'un militaire paradoxalement empli de préciosité, d'un rêveur alliant métaphysique et fantaisie, Ma tête en liberté est l'oeuvre d'un auteur classique dont la pensée veut se constituer à l'écart de ce qu'il a vu et qu'il a connu, dont il a tiré une éthique de la hauteur de goût et une morale de l'élégance sans implication.

  • Des années 1750, au cours desquelles les Lumières s'affirment, jusqu'aux grondements de la Révolution de 1789, c'est une série de transformations sans précédent que les Chapelin, famille de paysans, et les de Nuys, comtes et aristocrates, devront affronter. Le jeune Antoine Chapelin, fils du paysan Martin, découvre les guerres du Canada et l'éducation des Lumières - en agronomie comme en politique. Le comte Louis de Nuys, pour sa part, rêve de gloire... En ces temps où les idées des Lumières révolutionnent les esprits et où la monarchie s'affaisse, les deux héros voient leur destinée se croiser pour le pire. Cette fresque historique, qui se lit d'une traite, fait suite au précédent tome, Le Temps des blés.

  • Exerçant son action du cabaret au salon, du bordel à la loge maçonnique, la police de Paris serait-elle « la plus parfaite », comme certains le proclament au siècle des Lumières, pour tenir une aussi grande ville d'Europe ? La vaste réforme impulsée au temps de Colbert en 1666-1667 ne se limite pas à la création de la lieutenance générale de police. Tout au contraire, elle inaugure une dynamique de transformation des pouvoirs policiers parisiens : il s'agit d'améliorer le recrutement et les pratiques des commissaires au Châtelet, des inspecteurs et des auxiliaires, ces « mouches » et espions qui fréquentent les « petits cafés » et les lieux louches, tous métamorphosés en « bons ouvriers » de la sûreté publique. Plus préventive que répressive, la police renforce sa surveillance sur la société et son emprise sur le territoire urbain ; soucieuse du « bonheur des hommes en société », elle intervient dans les domaines de la salubrité, de la santé, de la voirie, des arts et métiers, du commerce et des marchés pour rassurer et protéger les « bons citoyens ». Mais cette « force vigilante et active » (Louis Sébastien Mercier) est là aussi pour surveiller, évincer, enfermer, sans faiblesse, les « indésirables » et faire taire le « peuple murmurant ». Aussi nourrit-elle constamment des tensions : les résistances ne cessent jamais et la cristallisation des critiques autour du « despotisme » de la police est un puissant ferment de l'effervescence pré-révolutionnaire. À partir des années 1760, la philosophie du droit naturel, une nouvelle idée de la liberté et de la souveraineté politique rendent l'arbitraire policier de moins en moins acceptable. Ces critiques rencontrent le vécu ordinaire des hommes et des femmes à la vie fragile, qui savent la police dure aux pauvres et à tous les laissés-pour-compte du « beau XVIIIe siècle ». En 1789, la dénonciation du despotisme de cette police qui a prétendu se mêler de tout, qui a voulu tout connaître, tout prévoir, érige les services de la lieutenance générale en emblème de la tyrannie, une Bastille à abattre pour qu'enfin triomphent l'état de Droit et l'égalité de tous devant la Loi. Vincent Milliot, ancien élève de l'ENS (Saint-Cloud), est professeur à l'Université de Normandie-Caen. Justine Berlière qui collabore à ce volume, ancienne élève de l'Ecole nationale des Chartes, est directrice des Archives départementales de Corrèze.

  • Jean-Jacques Rousseau, penseur nostalgique de la « pure nature » perdue et de la chute dans la société technique, était-il égaré dans le siècle des Lumières auquel il était foncièrement étranger ? Cette acception galvaudée d'une oeuvre qui ne peut en aucun cas être réduite à un tel cliché méritait d'être revue pied à pied. Certes, Rousseau comprend le caractère aussi déterminant qu'irréversible de la technique pour l'homme et les sociétés modernes, et il en mesure les conséquences dans tous les domaines où elle s'impose à l'individu, pour la vie morale comme en politique. Par là, d'ailleurs, il entrevoit et en dénonce de manière prophétique les risques et les dangers. Mais en même temps, l'auteur du Discours sur les sciences et les arts, de l'Émile et du Contrat social propose une philosophie qui vise à réconcilier l'homme avec ses machines, voire selon laquelle la technique permettrait à l'homme de s'accomplir au sein des sociétés humaines. C'est donc là un autre Rousseau qui est donné à lire : celui qui s'oppose à l'idéologie du progrès pour le progrès et du « tout technologique », qui affirme les valeurs morales de l'autonomie et de la liberté, qui définit, bien avant les révolutions scientifiques de l'époque moderne, un ambitieux programme écologique et éthique de « précaution » (H. Jonas). Rousseau n'est-il pas un penseur du « durable » pour le XXIe siècle ?

  • Explorant les différentes facettes de ce moment « clé » de notre histoire, l'auteur nous permet de mieux saisir la complexité de ces événements, aujourd'hui encore sujets à controverse :

  • Emmanuel Kant (1724-1804), le philosophe des Lumières, de la raison, de l'universel et de la liberté, le solitaire de Königsberg (Prusse), a révolutionné durablement la philosophie en lui donnant un tour critique.
    Le geste critique consiste à diriger l'attention non pas sur les objets de la connaissance mais sur les conditions de leur constitution, ce à quoi Kant s'est employé méthodiquement dans la Critique de la raison pure (1781-87), la Critique de la raison pratique (1788) et la Critique de la faculté de juger (1790).
    Philosopher, pour lui, ce n'est pas parvenir à une nouvelle définition du savoir, du juste ou du beau, mais s'interroger sur ce qui nous permet de parler du savoir, du juste ou du beau. Comment pouvons-nous penser ce que nous pensons ? Quelles sont les règles que nous suivons dans nos jugements et nos actions, et dans quelle mesure sont-elles légitimes ? C'est ce mode de questionnement qui autorise Kant à se réclamer de Socrate quand il évalue les discours et pratiques de son temps.
    Cet ouvrage se propose d'introduire à la cohérence mais aussi à l'actualité de la pensée de Kant, en exposant la signification de l'entreprise critique: revenant sur les conditions de l'activité philosophique, Kant découvre l'importance du jugement, de la réflexion et du sentiment. Il replace l'exercice de la raison dans la perspective concrète d'un sujet de sentiment, libre et sensible à la fois. On montre comment, à partir de là, il élabore une nouvelle conception de la subjectivité - legs de la philosophie kantienne à la pensée contemporaine.

  • Liberté et propriété retrace l'histoire sociale de la pensée politique de la modernité. Sondant les grands moments politiques de cette période (la cité-État de la Renaissance, la Réforme, les empires espagnols et néerlandais, l'absolutisme français et la Révolution anglaise), Ellen Meiksins Wood pense ensemble la naissance de l'État moderne et la formation du capitalisme.

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