• L'Essai sur le don de Marcel Mauss est l'un des textes majeurs, si ce n'est le texte majeur, de l'anthropologie du XXe siècle. Par l'étude des systèmes d'échange de la kula et du potlatch, il démontre que le don fut historiquement l'un des moteurs de nos sociétés. À l'encontre de tout rationalisme le potlatch, pratiqué chez certaines tribus amérindiennes, amène au sommet de l'échelle sociale les individus capables de se défaire de tout ce dont ils possèdent. Un système qui se révèle radicalement opposé au nôtre, où les possédants détiennent le pouvoir.

    Dans cet ouvrage précurseur, Mauss bat en brèche bon nombre d'idées reçues sur les principes de l'échange et du don. Par-delà leur dimension économique une dimension spirituelle. "Nous n'avons pas qu'une morale de marchand " conclut Mauss.

    Marcel Mauss (1872-1950) est la grande figure de l'anthropologie française, ainsi que le neveu du sociologue Émile Durkheim. Il a construit pendant plusieurs décennies une oeuvre protéiforme et a marqué en profondeur l'ensemble des sciences humaines de son siècle. Son essai anthropologique sur le don a bouleversé notre regard historique sur l'économie. Il a su conjuguer son travail de recherche à des convictions socialistes, et s'engagea en particulier en faveur du colonel Dreyfus.

  • Dans ce classique de la sociologie de la connaissance, Durkheim et Mauss proposent de réécrire la table kantienne des catégories : l'acquisition de nos concepts fondamentaux et la maîtrise des jugements logiques qu'ils rendent possibles ne sont pas, selon eux, le fruit des seules forces de l'individu, mais ont en fait une origine sociale. Cette hypothèse, ils la testent sur les concepts de genres et espèces. Ils entendent ainsi établir qu'en Amérique du Nord, chez les aborigènes d'Australie, tout autant que dans le système divinatoire chinois, stratification sociale et genres naturels primitifs se font écho : la classification des choses reproduit celle des hommes. Ce faisant, Durkheim et Mauss suggèrent qu'il y a continuité entre la faculté de classification déployée dans les sociétés primitives et celle à l'oeuvre dans nos sciences contemporaines - belle et généreuse manière de mettre en cause le Grand Partage.

  • Alors que la philosophie s'est longtemps pensée comme « mère de toutes les sciences », les nouveaux champs de savoirs de l'époque moderne, soucieux désormais d'assurer leur autonomie scientifique, n'ont eu de cesse de contester cette position. C'est encore vrai à l'époque contemporaine où les sciences sociales ont cherché à ravir la place jadis occupée par la philosophie.
    Tel est le conflit que Johann Michel explore dans cet ouvrage à la fois original et novateur, dont tout l'enjeu est de mettre en lumière la manière dont, d'une part, les sciences sociales dérivent de courants fondateurs de la philosophie (positivisme, pragmatisme, phénoménologie....) et, d'autre part, les sciences sociales opposent leurs méthodes et leurs objets à ceux de la philosophie. Enfin, il s'agit d'en tirer la manière dont les sciences sociales et la philosophie peuvent chercher, sous certaines conditions, à se féconder mutuellement.

  • Magic est de ces livres étonnants, bouleversant tout ce que nous croyions savoir sur un sujet. À partir d'une interrogation sur l'apparition du concept de « lien social » chez Rousseau ou Durkheim, Laurent de Sutter propose une surprenante remise en cause du consensus régnant autour de l'idée de lien. Plutôt que de poursuivre l'investigation du côté de la sociologie, il suggère, pour comprendre ce qui nous lie, de regarder du côté d'un droit qui aurait retrouvé ce qui lui a toujours été consubstantiel et que l'on a pourtant tenté de refouler, à savoir sa magie.
    Que se passerait-il si, en effet, le droit était la dernière manifestation de la magie dans un monde qui croyait pouvoir s'en passer ? Telle est la question au coeur de ce bref essai érudit, spectaculaire et fascinant, passant avec une grâce provocante de Montesquieu à Giordano Bruno, des juristes romains à Gabriel Tarde, de Marcel Mauss aux inspirateurs du Code civil, de Giorgio Agamben à Quentin Meillassoux.

  • De quoi nous parle la consommation, de quoi la consommation est-elle le coeur ?
    Consommation, marché, marketing, marchandisation voici bien l'univers sémantique qui hante la société contemporaine. Pourtant, dans le monde de la recherche on ne peut être que surpris de la faible place prise par de tels objets. Déficit dommageable, car que l'on soit de ses pourfendeurs ou de ses hérauts c'est bien autant par le marché et la consommation que par la production que se façonnent les individus et l'être-ensemble de notre société. L'objectif de ces chapitres retours sur les grands auteurs est de fournir aux étudiants, doctorants et chercheurs un soubassement théorique aux approches socio-anthropologiques et philosophiques de la consommation (regroupées sous la dénomination Consumer Culture Theory). Ce que nous apprennent ces approches, c'est que l'abord de la consommation est désormais un filtre essentiel pour comprendre notre société.
    Ce premier tome commence le voyage théorique avec quelques fondateurs (Durkheim, Mauss, Levy-Bruhl et Tarde). Chacun à sa façon, ces auteurs montrent que les catégories de l'esprit sont historisées, pluralisées, relativisées, dénaturalisées. En ce sens, on pourra voir la consommation comme relevant de l'ordre des faits sociaux et culturels. Le voyage se poursuit avec deux retours sur le sujet et l'individu. Avec les « phénoménologies du monde », l'examen des réflexions de Sartre et de Merleau-Ponty sont à considérer comme des travaux séminaux des développements en recherche sur le consommateur : de la place de la consommation dans la construction identitaire, des objets et des logiques d'appropriation, des fondements philosophiques du consumérisme politique ou des remises en causes des lectures behavioristes de la perception. Avec les sociologues du quotidien, Lefebvre, de Certeau et Moles se situant au niveau intermédiaire du microsocial, marquent la volonté de s'intéresser à l'ordinaire des individus ; au plus prêt de leurs actes, de leurs pratiques, de leurs objets, de leurs univers et de leurs espaces de vie. Ce faisant, contrairement aux auteurs cités précédemment, ces sociologues du quotidien, prennent acte de la montée de la place de la consommation dans notre société et invitent à reconsidérer le rapport à la consommation comme institution et aux jeux de pouvoirs qui en découlent. Comme on peut le voir, ces premiers regards croisés sur la consommation peuvent se concevoir comme un basculement théorique de la pensée du fait social au sujet, du macrosocial à l'individu...
    Coordonné par Eric REMY et Philippe ROBERT-DEMONTROND, cet ouvrage comprend les contributions de Eric ARNOULD, Frédéric BASSO, Julien BOUILLE, Baptiste CLERET, Véronique COVA, Dominique DESJEUX, Richard LADWEIN et Pascal ROLLAND.

  • Polynésie, Mélanésie... mais aussi Australie, Micronésie : on ignore souvent que le découpage actuel de lOcéanie résulte dune théorie raciste des «couleurs de peau», élaborée en France au début du XIXe siècle et préparée par des siècles dinterrogations européennes sur la présence des «Nègres du Pacifique». Cest aussi lhistoire dun regard européen-masculin qui admira bien plus les femmes polynésiennes que les femmes des «îles noires» (Mélanésie).
    En rassemblant les divers traités français (ainsi que le traité anglais de J.R. Forster de 1778) qui ont prétendu donner une classification des peuples du Pacifique, en retraçant lorigine des appellations savantes,
    ce livre propose une histoire générale et une déconstruction des visions européennes, raciales et sexistes, sur la nature physique et morale de ces peuples, entre les XVIe et XXe siècles. Cet examen permet aussi de sinterroger sur lhistoire générale du racisme européen, en suivant le bouleversement qui sest produit à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles, quand le naturalisme a laissé la place à la «zoologie» et lhumanisme au racisme moderne.

  • La sociologie de Marcel Mauss permet de comprendre la valeur du don dans la société polynésienne de Samoa. L'ouvrage présente d'abord les concepts que Mauss avait élaborés pour fonder une nouvelle sociologie (les notions de « sacré » et de fait social « total », en général et dans leur application à la question du « don »), quelques éclairages sur la manière dont Louis Dumont a continué dans la même direction, et le rapport, fait de filiation mais aussi de ruptures, entre Claude Lévi-Strauss et Marcel Mauss : la question de l'individu dans la société, le symbolisme en général et les notions de type « mana » en particulier. À partir d'une relecture de l'Essai sur le don, une manière de ressaisir l'héritage de Mauss est proposée : la méthode holiste en sciences sociales. Ensuite, les idées de Mauss sont évaluées sur le terrain polynésien où le don par excellence consiste en une circulation de tissus sacrés. On retrouvera alors les fameuses discussions de Mauss sur l'origine de la notion de « monnaie ». Le don est aussi un rituel efficace : le don des tissus sacrés de Samoa possède l'étonnant pouvoir de « recouvrir la vie » et de « payer la vie » (rites de mariage et de naissance, funérailles, compensation pour meurtre), sans doute parce que ces tissus entretiennent un rapport étroit avec les pouvoirs de fécondité attribués au sang féminin et sont présentés comme un enveloppement matriciel. Il nous renvoie à l'importance, dans tous les systèmes polynésiens, du geste rituel d'enveloppement et à la sacralité des femmes qui sont « responsables », dit-on à Samoa, de transmettre la vie. Mauss avait ouvert son enquête sur le don par l'exemple de Samoa. On ne s'est pas interrogé sur cette construction, car le dossier présenté était très mince. Près d'un siècle plus tard, on peut dire que Mauss avait choisi la meilleure introduction possible à la question du don comme fait social total.

empty