• La peste

    Albert Camus

    "C'est moi qui remplace la peste", s'écriait Caligula, l'empereur dément. Bientôt, la "peste brune" déferlait sur l'Europe dans un grand bruit de bottes. France déchirée aux coutures de Somme et de Loire, troupeaux de prisonniers, esclaves voués par millions aux barbelés et aux crématoires, La Peste éternise ces jours de ténèbres, cette "passion collective" d'une Europe en folie, détournée comme Oran de la mer et de sa mesure.
    Sans doute la guerre accentue-t-elle la séparation, la maladie, l'insécurité. Mais ne sommes-nous pas toujours plus ou moins séparés, menacés, exilés, rongés comme le fruit par le ver ? Face aux souffrances comme à la mort, à l'ennui des recommencements, La Peste recense les conduites ; elle nous impose la vision d'un univers sans avenir ni finalité, un monde de la répétition et de l'étouffante monotonie, où le drame même cesse de paraître dramatique et s'imprègne d'humour macabre, où les hommes se définissent moins par leur démarche, leur langage et leur poids de chair que par leurs silences, leurs secrètes blessures, leurs ombres portées et leurs réactions aux défis de l'existence.
    La Peste sera donc, au gré des interprétations, la "chronique de la résistance" ou un roman de la permanence, le prolongement de L'Étranger ou "un progrès" sur L'Étranger, le livre des "damnés" et des solitaires ou le manuel du relatif et de la solidarité - en tout cas, une oeuvre pudique et calculée qu'Albert Camus douta parfois de mener à bien, au cours de sept années de gestation, de maturation et de rédaction difficiles...

  • Pierre et Mohamed

    Adrien Candiard

    Mohamed, jeune algérien de 21 ans, est venu chercher l'évêque Pierre Claverie à l'aéroport d'Oran pour le reconduire à son évêché. Retiré sur une corniche qui domine la ville, il se remémore le temps passé avec Pierre : sa joie et sa fierté quotidiennes d'être son chauffeur, leurs discussions et la naissance de leur amitié, ses doutes et ses peurs aussi, car Mohamed sait le danger à rester auprès de lui dans un pays en proie au fanatisme et à l'intégrisme...
    Le 1er août 1996, quelques mois après l'enlèvement des sept moines trappistes de Tibhérine, Mgr Pierre Claverie, dominicain et évêque d'Oran, est assassiné avec son chauffeur Mohamed Bouchikhi. Pierre et Mohamed rend hommage à leur amitié profonde et à l'indéfectible volonté de dialogue interreligieux de Pierre Claverie.

  • "Là, avait dit Bahi en montrant le milieu d'un coteau où ployaient les tiges de blés encore verts, là, et marchant à pas rapides jusqu'au point désigné, à cet endroit exactement, comme si le contact de la terre sous ses pieds avait d'un coup fait resurgir en lui la scène entière, comme si entouré des mêmes collines des mêmes champs que cinquante ans plus tôt il s'était brusquement mis à revoir chaque détail de la matinée d'alors."

    Au volant d'un camion, sur les routes d'Algérie, Bahi raconte au narrateur ses souvenirs de la ferme où il a travaillé cinquante ans plus tôt, à la veille de l'Indépendance. Il lui décrit l'Algérie d'aujourd'hui, s'amuse des petits bénéfices qu'il fait, à soixante-dix ans, en revendant du sable d'un bout à l'autre du pays, se moque tendrement de la réussite trop clinquante de ses fils. Des réunions clandestines à deux pas de la ferme aux descentes à la plage, du travail dans les vignes à la folie meurtrière des fêtes de l'Indépendance à Oran, c'est tout un pan du passé qui renaît peu à peu, habité par la figure du fermier Malusci, que Bahi, malgré tout ce qui les séparait, n'a pas oublié.

  • 25 novembre 2016, Raúl Castro annonce la mort de son frère. Depuis son plateau ardéchois Jeanne sent le vent du passé raviver sa jeunesse révolutionnaire. Mais lorsque la lettre d'un ancien camarade, amour de jeunesse inachevé fait surgir les souvenirs, un puissant désir d'avenir la submerge. Depuis Cassis, Ruben a trouvé la force d'écrire, lui qui ne sait plus rien d'elle depuis si longtemps. En dépit des idéaux qui les ont amenés à se rencontrer et à s'aimer, c'est le départ de Jeanne pour Cuba qui a scellé leur éloignement. À moins que ce ne soit le refus de Ruben de la suivre, horrifié à l'idée de retrouver les drapeaux sanglants de la révolution, lui qui a fui l'Espagne franquiste. Mais peu importent les révolutions, seule leurs retrouvailles comptent et tout reste à vivre.

    Catherine Gucher est écrivaine et enseigne la sociologie à l'Université de Grenoble. Pour son premier roman, Transcolorado (2017), elle a, entre autres, obtenu le prix du Festival du Premier Roman de Chambéry et le prix Québec-France Marie-Claire-Blais.

  • 'Je viens d'un monde ou l'adolescence n'existe pas.
    L'insouciance qui, d'habitude, protcge les enfants d'une réalité âpre nous quittait trop vite. Je l'avais ressenti trcs tôt, peut-etre dcs l'âge de dix ans, dans les regards de mes camarades. Chaque mois qui passait voyait disparaître un peu de l'innocence qui pétillait dans nos yeux. [...]
    Partir loin, trcs loin, l´r ou nous aurions de quoi manger ´r tous les repas ; l´r ou nous pourrions mettre des habits propres tous les jours ; l´r ou nous aurions de l'eau ´r profusion pour nous laver et boire jusqu'´r plus soif...'
    Le narrateur grandit dans un quartier pauvre d'Oran. Il considcre qu'il n'a pas d'avenir dans une société ou la miscre le dispute ´r la corruption. ´R quinze ans, pret ´r affronter tous les périls, il part pour la France, ou il vit d'expédients en expédients la vie des sans-papiers. Aprcs deux ans de galcre, ´r un moment ou son sort semble s'améliorer, un voile rouge s'abat sur ses yeux. ´R la cruauté de l'exil s'ajoute celle du handicap, mais une volonté hors du commun, un don inné des mathématiques lui permettront de dépasser la double douleur de la cécité et du rejet par une société trop souvent xénophobe. Il découvre alors la richesse de la littérature, la force de l'amour et se fait l'auteur de son propre destin.
    Écrit dans une langue simple et nerveuse, traversée parfois d'éclairs de poésie, Le voile rouge est un récit brut, dont la dureté, jamais gratuite, reste toujours au plus prcs d'une humanité profonde.

  • Le glacis

    Monique Rivet

    Laure a vingt-cinq ans lorsqu'au milieu des années 50 elle est nommée, en pleine guerre d'Algérie, professeur de lettres dans un lycée d'une petite ville de l'Oranais.
    Cette guerre, qu'elle ne comprend pas, la désoriente, puis lui fait horreur. Elle ne comprend pas davantage la société qu'elle découvre, une société cloisonnée où les conformismes se côtoient en toute hostilité et qu'elle choque par la liberté de ses réactions ; d'emblée elle s'y fait des ennemis, au point de se mettre en danger.
    « Le temps où j'ai habité la ville était le temps de la violence. Le temps de ce que le langage officiel déguisait d'un intitulé pudique : les "événements", quand l'homme de la rue disait : la guerre. La guerre d'Algérie. Ce pays, je ne lui appartenais pas, je m'y trouvais par hasard. J'y étais de guingois avec tout, choses et gens, frappée d'une frilosité à fleur de peau, incapable d'adhérer à aucun des mouvements qui s'y affrontaient.
    Cette guerre, je ne la reconnaissais pas, elle n'était pas la mienne. Je la repoussais de toutes mes forces. Si j'avais eu à la faire... - s'il avait fallu que je la fasse, aurais-je pu la faire aux côtés des miens ? »
    Monique Rivet avait l'âge de Laure quand elle a écrit ce texte, vibrant, sobre et vital, témoin de son regard de femme très jeune sur une guerre que personne ne voulait reconnaître.
    Ce roman n'a jamais été publié auparavant.

  • Entourée de l'affection de ses parents et de sa tante Ouarda, Safia a grandi à Oran. Après son mariage, elle va s'installer près de Paris et tout se gâte.
    Saura-t-elle déjouer les écueils et prendre sa vie en main ?
    D'après une histoire vraie.

    Safia a grandi à Oran entourée de l'affection de sa famille. Après son mariage avec Djillali, elle part avec lui s'installer en France, près de Paris. Mais un jour, son époux lève la main sur elle. Electre


  • Journaliste, Alain prend une année sabbatique pour courir autour du monde en équipage. Mais les 50èmes Hurlants ont raison du bateau qui rallie Le Cap. Alain apprend alors à piloter, et devient pilote à la Comair, une compagnie intérieure sud-africaine. Puis, c'est l'appel de la brousse au contact de la magnifique réserve de Mala Mala. Alain épouse la fille du propriétaire de la réserve, la somptueuse Carole, avec laquelle il crée une réserve au Zimbabwe. Mais le rêve de Kingani vire au cauchemar : toute la famille d'Alain est massacrée dans d'horribles circonstances. La vengeance se met alors en place avec l'aide de Marc, navigateur hors pair, qui dispose de puissantes vedettes pour anéantir le sinistre chef des « vétérans » du dictateur Mugabe. avec une panthère et, surtout, un crocodile et Alain retrouvera son amie d'enfance qu'il avait connue à Oran, tandis que Marc file le parfait amour avec Catherine.Tout cela au milieu de paysages sublimes au coeur d'une nature, comme si le monde venait d'être créé...

  • Jules Verne (1828-1905)

    "Lorsque tous les deux descendirent en gare de Cette - train de Paris à la Méditerranée - Marcel Lornans, s'adressant à Jean Taconnat, lui dit :
    « Qu'allons-nous faire, s'il te plaît, en attendant le départ du paquebot ?...
    - Rien, répondit Jean Taconnat.
    - Cependant, à s'en rapporter au Guide du Voyageur, Cette est une ville curieuse, bien qu'elle ne soit pas de haute antiquité, puisqu'elle est postérieure à la création de son port, ce terminus du canal du Languedoc, dû à Louis XIV...
    - Et c'est peut-être ce que Louis XIV a fait de plus utile pendant toute la durée de son règne ! répliqua Jean Taconnat. Sans doute, le Grand Roi prévoyait que nous viendrions nous y embarquer aujourd'hui, 27 avril 1885...
    - Sois donc sérieux, Jean, et n'oublie pas que le Midi peut nous entendre ! Ce qui me paraît sage, c'est de visiter Cette, puisque nous sommes à Cette, ses bassins, ses canaux, sa gare maritime, ses douze kilomètres de quais, sa promenade arrosée par les eaux limpides d'un aqueduc...
    - As-tu fini, Marcel, de me réciter du Joanne ?...
    - Une ville, continua Marcel Lornans, qui aurait pu être une Venise...
    - Et qui s'est contentée d'être un petit Marseille ! riposta Jean Taconnat."

    Dans le port de Cette (Sète), l'Argèlès est prêt à larguer les amarres pour rejoindre l'Algérie. Jean Taconnat et son cousin Marcel Lornans s'embarquent pour s'engager dans les chasseurs, à Oran. Ils rencontrent M. et Mme Désirandelle, accompagnés de leur fils Agathocle, qui se rendent également à Oran pour organiser le mariage d'Agathocle avec Louise Elissane. C'est l'heure du départ et... il manque un passager, au grand dam de M. et Mme Désirandelle : leur ami Clovis Dardentor !

  • Étudiante en médecine à Ouahrân (Oran) dans les années quatre-vingt, Nouara la rebelle bouscule les repères sociaux et culturels ancestraux, inconcevable outrage pour son frère croyant pratiquant. Menacée par des jusqu'au-boutistes religieux, Nouara ne connaîtra jamais la petite Dimya, piètre ange gardien, garçon manqué manipulé par la vieille Cherifa non moins révoltée. D'autres destins de femme apparaissent en filigranes autour de Nouara, dans la vieille ville de Biskra où elle est cloîtrée. Fuites entre Ouahrân et Biskra, violences inouïes au sein d'un même foyer bourgeois d'apparatchiks, manifestations populaires, le suspens quasi cinématographique se développe ici au service de problématiques universelles contemporaines. « Reine » est la femme engagée, consciemment ou non, dans la quête d`une dignité. « Désert » demeure la société gangrenée par des pouvoirs iniques millénaires qui cantonnent, à n'importe quel prix, la femme dans un statut d'infra-être.

  • BnF collection ebooks - "La vie si courte, si longue, devient parfois insupportable. Elle se déroule, toujours pareille, avec la mort au bout. On ne peut ni l'arrêter, ni la changer, ni la comprendre. Et souvent une révolte indignée vous saisit devant l'impuissance de notre effort. Quoique nous fassions, nous mourrons ! Quoique nous croyions, quoique nous pensions, quoique nous tentions, nous mourrons."BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d'histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.

  • Le 5 juillet 1962, l'Algérie devient officiellement indépendante. Ce jour-là, à Oran, un massacre, expéditif, fulgurant même, a lieu. Pendant plusieurs heures, des Européens sont pourchassés à travers la ville par des soldats algériens et des civils en armes. Les forces de l'ordre françaises, fortes de 18 000 hommes, restent consignées dans leurs casernes, obéissant aux ordres du général Katz. Assassinats et enlèvements : près de 700 Européens sont victimes des tueurs. Les morts musulmans, victimes d'une épuration aussi sauvage que hâtive, n'ont jamais été décomptés avec rigueur.

    S'appuyant sur une somme considérable de documents et de témoignages, Guillaume Zeller remet en perspective ce drame oublié qui permet de comprendre ce que fut la guerre d'Algérie dans sa complexité.

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