Généralités sur l'art

  • Modalité du sacrifice que les vivants offrent d'abord ´r l'au-del´r puis, de plus en plus, aux générations futures, la collection est étudiée ici en tant que fait historique, au cours d'un millénaire qui la voit changer deux fois de forme : au départ trésor de temple ou de palais, elle devient, ´r partir du XIVe siccle, collection particulicre et, ´r la fin du XVe siccle, musée. Changement de forme, changement de contenu en substituant aux saintes reliques et aux merveilles - autres reliques ´r leur manicre - les objets de curiosité et les objets naturels, les antiquités classiques, tant romaines que grecques, et les productions artistiques qui les prennent pour modcles, en attendant l'arrivée des antiquités ethniques et des uvres d'art moderne. Avec, formant l'arricre-plan, le changement de l'orientation temporelle des croyances collectives que traduit l'expansion de l'idéologie au détriment de la religion.Rupture avec la tradition et basculement vers l'avenir, avancée de la sécularisation des mentalités ; entrée, timide d'abord, puis de plus en plus envahissante de la perspective nationale dans l'étude et l'appropriation du passé ; démocratisation de la culture et importance sans précédent des femmes : l'anthropologie historique des objets qu'apporte ce livre révcle ces tendances ´r l'uvre dans l'évolution des attitudes ´r l'égard du sacré, de la nature, de l'histoire et de l'art.

  • 'Au fond, on ne peut rien dire de la sensation, sinon qu'elle nous comble. Mais quel vide en nous remplit-elle ? Que peut-on dire du parfum d'une fleur, sinon qu'il nous enchante ? Il n'a pas été créé pour nous et nous en prenons pourtant notre part, d'autant plus fortement peut-etre que, contrairement ´r l'insecte, nous trouvons en lui un univers libéré de la nécessité. De quelle harmonie le corps est-il le temple qui, si nous étions un peu plus s"urs de nous et plus attentifs aux sensations qui nous traversent, pourrait nous faire pressentir la nature de ce que sont les dieux ?'
    Ce livre, écrit dans la tradition de l'érudition libertine, recherche les traces d'un certain savoir fondé sur les sens. En une suite de digressions apparemment capricieuses, créant tout un réseau d'échos entre chaque thcme, il chemine, de la statue de marbre de Condillac aux cires de la Specola de Florence, du clavecin de Diderot ´r un sex-shop de la rue Saint-Denis, d'une gravure de Rembrandt ´r une peinture de Vermeer. C'est bien de rencontres qu'il s'agit, dessinées comme 'en passant' d'un trait lumineux. C'est aussi un roman d'apprentissage, ou l'auteur retrouve une identité et un nom.

  • Un entre-deux d'ambiguïtés. Qu'en est-il du mouvement moderne dans ces années 1915-1929, années de reflux, de doute, d'incertitude, et dont l'ouverture de l'exposition des Arts décoratifs à Paris marque le point d'orgue ? En 1926 paraît l'opuscule de Jean Cocteau Le Rappel à l'ordre, dont l'intitulé indique, mieux que l'expression 'retour à l'ordre', l'inquiétude qui plane sur cette époque-là. La décennie suivante, de 1929 à 1939, voit la montée vers le second conflit mondial, l'avènement des régimes totalitaires en Italie, en Espagne, en Allemagne, mais aussi en Union soviétique. D'une apocalypse, l'autre : cette époque qui va des Années folles aux années de feu est aussi celle qui, de l'Octobre rouge à l'Octobre noir, vit l'affrontement de deux modèles économiques inconciliables mais aussi la fin des utopies. Ces années noires, vouées au travail du deuil, sous le voile d'une folie apparente, furent les années d'un enjeu terrifiant auquel aujourd'hui nous demeurons soumis.

  • D'ou l'art moderne peut-il tirer cette impunité qui le met ´r l'écart du jugement, le délivre de l'obligation d'etre utile, le soustrait au devoir de rendre des comptes ´r la communauté ? L'artiste serait-il l'homme qui ne répond de rien ?
    Cette impunité est liée au privilcge accordé depuis un siccle ´r l'avant-garde censée incarner le progrcs et la révolution. L'analyse historique de Jean Clair montre que l'avant-garde s'est non seulement modelée sur les utopies politiques d'extreme droite autant que d'extreme gauche, mais qu'elle en a aussi fourni les principaux articles de foi. Elle a partagé leur violence, leur haine de la culture et, finalement, depuis les années soixante, érigé le dogme anti-humaniste en programme d'action.
    Au moment ou s'épuise, avec la notion meme d'avant-garde, la créativité qui était supposée lui etre liée, les artistes revendiquent le double avantage d'incarner l'insoumission aux pouvoirs publics tout en se faisant largement subventionner par eux.
    Cet essai retrace la généalogie d'une perversion. Il s'inscrit dans la discussion, voire la polémique, ouverte depuis quelque temps sur la nature de l'art contemporain et les critcres de son jugement.

  • Gloire des formes

    Jean Frémon

    L'art d'aujourd'hui, quand il n'est pas seulement un aimable divertissement, reste hanté par un conflit engagé dès ses origines, bien avant même que l'art se pense comme tel : figurer-défigurer, produire de l'image ou bannir l'image, capter l'illusion de la vie ou se réfugier dans le sublime d'une vibration lumineuse. Désir d'image et haine de l'image sont indissociables. Nous voulons dire et taire à la fois, montrer et cacher, créer et détruire. Le règne des images est celui des passions violentes, mais c'est un monde d'où la vulgarité est absente, c'est rare; et que la grâce parfois visite.

empty