• Dans Le lumineux destin d'Alexandra David-Néel, j'ai voulu, surtout, respecter le rythme de ce destin galopant. C'est d'ailleurs l'un des secrets de cette vitalité alexandrine qui tient du prodige : Mme David-Néel ne s'est jamais arrêtée. Comment en aurait-elle eu le temps ? Elle s'incarna, en une seule existence, en tant de personnages : anarchiste, bourgeoise, bouddhiste, cantatrice, orientaliste, exploratrice (elle fut la première Parisienne à pénétrer à Lhassa, en 1924), journaliste, écrivain... Comment aurait-elle pu perdre un instant, alors que sa vie, sa vraie vie selon ses plus profonds désirs, ne commença qu'à quarante-trois ans ? Quelle leçon de patience et d'endurance ! Bondissant sans cesse en avant, sans cesse en mouvement, même quand on la croit immobilisée à sa table de travail, celle qui, centenaire, faisait, à l'étonnement de son entourage, renouveler son passeport, n'a consenti à se reposer qu'en consentant à mourir, en 1969. Et encore, rien ne prouve que la mort, pour Alexandra, soit un repos éternel !

  • " Lorsque tu m'as demandé, Stevan, si je t'écrirais, je t'ai dit que je répondrais à tes lettres, mais que je ne t'écrirais plus la première. "
    Un soir que nous étions devant le feu, Claude me dit : " Si j'étais un homme, je t'épouserais. "
    Je m'entendis lui répondre : " Si j'étais un homme, je t'épouserais, mais pas si j'étais une femme. " Pourquoi ? " Parce que nous sommes dans le temps. Parce que nous ne pouvons pas nous défaire du temps et que nous ne pourrions rien construire ensemble de durable. Si tu étais un homme et que je fusse une femme, je ne pourrais pas accepter d'être définie par toi. "
    Il m'était douloureux de prononcer ces mots qui rompaient l'enchantement. Mais ce qui faisait le prix de notre rencontre, c'est qu'aucun mensonge ne pouvait se glisser entre nous, fût-ce au prix de notre déchirement.

    Dans ce
    Jeu d'échecs, publié pour la première fois en 1970, l'écrivain pratique une archéologie multiple, d'elle-même, de son époque et de sa psyché. L'alchimie entre sensibilité et intelligence à fleur de mots suscite le choc et le vertige.

    En lice pour le prix Mémorable 2018

  • Comment se mettre au service de l'autre ? Pour un chrétien, que signifie « servir son frère » ?
    Ce livre invite, avec l'évangéliste Luc, à méditer sur la figure du Serviteur et à tracer une géographie spirituelle de la diaconie. Gilles Rebêche questionne l'acte du service et du don de soi à partir de quatre textes bibliques qui sont aussi quatre chemins : celui emprunté par les pèlerins d'Emmaüs, qui tardent à reconnaître Jésus marchant à leur côté ; celui parcouru par le diacre Philippe, qui, croisant un homme sur la route de Gaza, sait se rendre disponible à son cheminement intérieur ; celui de Jéricho, au bord duquel un Samaritain trouve un homme blessé ; celui de Damas, enfin, qui mène Paul à la conversion.
    Quatre chemins, car c'est en cheminant qu'on devient serviteur.

  • À la poursuite de Sandra

    Louis Dubrau

    Un homme hanté par le souvenir d'une ancienne maitresse se lance à sa poursuite pour comprendre qui elle était réellement.
    Pierre, un ancien amant de Sandra, veut comprendre leur rupture et découvrir qui est cette femme qu'il pensait connaitre. Il interroge son passé et tente de la retrouver.
    Sandra se dévoile au travers de différents témoignages. Mais Sandra, sans cesse, nous échappe.
    À la poursuite de Sandra a reçu le prix Rossel en 1963
    Louis Dubrau décrit la métamorphose d'un homme qui se découvre lui-même alors qu'il poursuit Sandra, une maitresse qui s'absente de plus en plus de sa vie. Un parcours labyrinthique dans lequel on progresse à travers des sites que Louis Dubrau connait et qu'elle dépeint à coups de pinceaux avec une admirable concision.
    EXTRAIT
    Pourquoi suis-je absolument certain que la voix que je viens d'entendre est celle de Nathan? Est-ce parce que je me souviens de certains propos de Sandra?
    Voilà qui semble paradoxal. Sandra tenait Nathan pour l'intelligence incarnée. Or, appeler un inconnu en pleine nuit pour lui crier une injure est d'un imbécile... d'un imbécile, ou d'un homme dont l'esprit peut devenir pervers sous la poussée de certains sentiments.
    Mais comment préjuger des sentiments de Nathan? Là aussi, je n'ai pour me guider que des souvenirs, et Sandra ne parlait pas volontiers du bonhomme. On eût dit qu'elle avait honte de l'avoir, à un moment donné, trop pris au sérieux. Non qu'elle l'ait aimé.
    - Il m'arrivait quelquefois de le craindre, me confia-t-elle un jour. Et cela lorsque dans ses yeux passait de la bonté ou sur son visage de la douceur. J'avais alors l'impression qu'une rupture d'équilibre me mettait en danger. Bien entendu, tout cela était absurde. Assez rapidement, j'ai pu me convaincre que je me faisais un monde d'une taupinière.
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Louis Dubrau, de son vrai nom, Louise Scheidt (1904-1997), est née à Bruxelles. Elle écrit sous un pseudonyme masculin, parce qu'elle se méfie des jugements subjectifs qu'on porte sur les écrits ouvertement signés par une femme.
    Active et engagée, elle voyage régulièrement, seule, souvent à des moments critiques ou dans des conditions dangereuses, ce qui lui inspire l'écriture de plusieurs reportages et récits.

  • À 40 ans, une femme raconte
    la blessure qu'elle porte en elle
    depuis l'enfance. Un jour,
    un adulte a profité de
    la petite fille qu'elle était.
    SUBIR
    " Il m'a fait venir dans sa chambre, il a fermé la porte.
    J'avais six ans... Depuis l'enfant crie dans mon corps
    d'adulte. " Elsa Boublil raconte des bribes de souvenirs,
    croqués comme des tableaux. Un rabbin, en plein
    cours de Talmud, a abusé de son corps. Plus tard, un
    professeur de clarinette a profité de jeux en apparence
    anodins pour mettre ses mains sur elle. " Personne ne
    m'avait dit que mon corps m'appartenait. ", dit-elle.
    À 40 ans, Elsa ouvre enfin la porte. Il est temps pour
    elle de raconter non pas les faits (" J'ai tout oublié, ou
    presque ") mais les conséquences de ces gestes sur sa vie
    de femme. Dans un texte simple et sensible, écrit au plus
    près de la vérité, elle raconte le pouvoir que s'autorise un
    adulte sur un enfant.
    Sous une forme volontairement intimiste où chaque mot
    semble chuchoté, Corps à vif exprime avec une infinie
    pudeur le fléau qui touche tant de femmes et d'enfants,
    quotidiennement blessés par des gestes ou des regards
    obscènes. Il raconte les ravages dans le corps : l'anorexie,
    les douches incessantes " qui ne laveront jamais ",
    la sexualité inhibée. Le livre est enrichi de dessins
    de Bonnie Colin. Les deux femmes ont vécu le même
    traumatisme et décidé d'en parler ensemble, au nom de
    toutes les autres.
    GUÉRIR
    En creux, Corps à vif est aussi le récit d'une résilience :
    grâce à Philippe, " le premier homme qui n'a pas fait
    semblant de comprendre ". Et grâce au jazz, cette
    musique sensuelle et libre qui l'a réconciliée avec
    son corps. Elle en a fait aujourd'hui le coeur de sa vie
    professionnelle.
    RACONTER
    Corps à vif, c'est l'envie de parler pour la première
    fois à sa famille aimante à laquelle elle n'a rien osé
    dire. C'est aussi l'évocation d'une grand-mère, de ses
    bras consolants, et d'un père mélomane qui soigne ses
    angoisses en écoutant des messes de Bach, allongé sur le
    canapé.
    C'est enfin le récit d'une femme qui ose dénoncer pour
    toutes celles qui restent murées dans le silence et la
    honte.

  • La fabrique du monstre

    Philippe Pujol

    Sous son ciel bleu, Marseille est un vrai jeu de domino. Noir. Blanc. L'économie de survie pousse le marché noir. Qui alimente les trafics d'armes et de drogue. Qui nourrissent la corruption immobilière. Qui vit du clientélisme électoral. Qui fabrique les petits malfrats, des minots de vingt ans, qui vont s'entretuer ensuite... Au bout du compte, ces facteurs ouvrent un boulevard au Front National. Depuis dix ans, Philippe Pujol, prix Albert-Londres 2014, plonge chaque jour dans un entrelacs d'HLM immondes, de crimes répétitifs, de drogues trafiquées, de règlements de comptes, de favoritisme et surtout d'humanité piétinée. Personne ne peut sortir de ces zones, dont les enfants ne connaissent même pas la mer. Personne ne veut rentrer. D'une délinquance à l'autre, à chaque nouvelle strate de populations immigrées, cette situation fabrique un monstre. Authentique héritier d'un Albert Londres plongé dans l'enfer du bagne de Cayenne, Philippe Pujol porte la plume loin dans cette plaie-là.

  • L'action théâtrale se situe au 16e siècle, en Espagne, sous le règne de Philippe II. Celui-ci envoie contre l'Angleterre l'Invincible Armada, une flotte chargée de rétablir outre-Manche le catholicisme.

  • Après la mort d'Henri Ier, troisième fils du Conquérant, roi d'Angleterre et duc de Normandie, Étienne de Blois, son neveu, usurpe le trône et le cercle ducal. La fille du défunt, l'impératrice Mathilde, comtesse d'Anjou, entreprend la conquête de son légitime héritage. D'intrigues en assassinats, de serments en traîtrises, des personnages hors du commun s'intègrent dans l'Histoire de la Normandie et dans celle de l'Angleterre. De toutes ces figures, qui semblent sorties d'un roman de cape et d'épée, se détache celle de Robert de Caen, comte de Gloucester, qui réunit toutes les vertus de la chevalerie. En Normandie, la fidélité et le dévouement du connétable du Hommet seront exemplaires en faveur de la prétendante et de son fils, Henri II Plantagenêt. Dans un style simple et clair Madeleine Hubert campe des portraits hauts en couleur, cerne le rôle privilégié des évêques de Bayeux et même de la papauté.

  • Décrire la psychologie des philosophes, ce n'est pas fouiller dans leur vie pour exhiber leurs petits secrets. C'est plutôt constater qu'entre les deux extrêmes d'une métaphysique de la durée et d'une anthropologie de l'homme grec, une lignée de penseurs initialement formés à la philosophie a fourni une contribution décisive à l'histoire de la psychologie. C'est exhumer des entreprises originales aussi méconnues que la psychologie historique, objective, comparée d'Ignace Meyerson, ou la psychologie sociale génétique de Philippe Malrieu, ressaisies dans leurs relations concrètes. Mais c'est aussi prendre conscience que nombre de grandes figures de la philosophie française ont croisé la route de ces psychologues au point de retrouver, sans toujours le dire, leur méthode, leur objet ou leurs concepts - comme l'ont fait Jean-Paul Sartre et Michel Foucault. C'est enfin se rendre compte que, par-delà l'opposition des structuralistes à la psychologie et en marge des développements des sciences cognitives, il y a place dans la pensée contemporaine pour ces hybridations « psycho-philosophiques ».

  • Voici la suite du Serpent jaune, dont Ludovic Lemaire, un jeune journaliste français, était le fracassant héros. On le voyait échapper aux poursuites de la police au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour s'être gravement compromis dans un sombre complot visant au rapt d'un savant atomiste d'obédience communiste. Réfugié désormais en Suisse, le jeune homme va se précipiter, tête baissée et coeur en feu, dans de nouvelles aventures rocambolesques, car tel est son tempérament : fureur de vivre, audace, passions amoureuses, intrigues, passions politiques, il ne peut ni ne veut connaître le repos. Cela le conduit à frôler sans cesse la mort, le déshonneur ou la catastrophe. Autour de ce météore sulfureux, vont et viennent les plus étranges figures, parmi lesquelles des femmes fascinées par son charme : Blanche, la princesse à la quarantaine provocante, qui vit avec Hector son meilleur ami, la pure Thérèse Burckhardt, dont l'amour finira par le sauver, Claire la petite prostituée italienne, qui lui donnera quelques mois de bonheur tranquille. Centre d'une action qui ne cesse de se déplacer et d'exploser de toutes parts, Ludovic Lemaire est le symbole d'une certaine jeunesse de notre temps, brûlant d'insatisfaction mais cachant, sous le baroquisme de ses désirs et de ses illusions, un fatalisme incurable en face du mal.

  • En 1969, venant de lire La Surprise de vivre, Marguerite Yourcenar écrivait à l'auteur : « Vous m'aviez annoncé surtout une chronique du Montpellier d'autrefois. Comment deviner que le gros manuscrit [...] contenait tant de journées d'été, de nuits tièdes au bord d'une rivière, de siestes brûlantes. Je ne m'attendais pas [...] à une si fiévreuse idylle... L'amour des deux femmes est décrit sans un mot de trop ni de trop peu. » Cette « fiévreuse idylle », en effet, insérée dans la vie d'une famille huguenote conventionnelle, se développe avec une exquise lenteur si bien que la chute de la belle Éva dans les bras de Hilda Steenes nous soulage d'une tension extrême mais parfaitement délicieuse. Comme Yourcenar, nous pouvons chercher derrière les traits de l'institutrice Miss Steenes ceux de Natalie Barney. Pourquoi pas ? Galzy ne fréquenta-t-elle pas aussi le célèbre salon ? Reste que ce roman est celui d'un choix. Prise entre son devoir de femme protestante, riche héritière terrienne et son désir flamboyant pour cette femme qui peu à peu s'installe dans sa vie, Éva va lentement choisir la rébellion face à un destin tout tracé. La Surprise de vivre est un grand roman à l'ancienne écrit par une vieille dame indigne qui nous invite à vivre, tout simplement.

  • « La nuit, quand je me réveille, j'ai peur de mon corps. Je ne me suis pas encore habitué à ce qui lui arrive. J'éprouve de l'étonnement d'abord qui fait place tantôt à une sorte de stupeur admirative, tantôt à l'effroi. Tirésias ! Tirésias ! Comment revenir en arrière ? Conjurer les suites de cette magie cérémonielle ? Trente ans plus tard, me voici, après avoir toute ma vie refusé de l'être et sans l'avoir prévu, métamorphosé en femme ! » Marcel Jouhandeau

  • Kaly est un orphelin de onze ans lorsque Antoine Morat, cinéaste français, le rencontre au village d'Edalé, sur le mystérieux territoire des Bassaris, une peuplade animiste régie par des coutumes et des rites ancestraux. C'est au coeur de cette Afrique archaïque que le toubab adopte le jeune Bassari. Les anciens du village n'imposent qu'une condition : que Kaly, amené au savoir des Blancs, revienne un jour apporter ce qu'il aura appris. Ce livre est l'histoire drôle et émouvante d'une amitié merveilleusement insolite, entre deux êtres qui s'échangent les clés de leurs univers et de leurs cultures : une Afrique noire de la magie pure, mais vulnérable et menacée de disparition ; un Occident trop rationnel, mais ouvert sur le monde. Un monde dont Kaly, devenu photographe, sera à son tour l'ethnologue, en l'explorant de la France profonde à l'Himalaya.

  • Pour les Grecs des temps classiques (cinquième et sixième siècles), la guerre est permanente, suspendue seulement par quelques « paix ». Elle se renouvelle : à l'héritage hoplitique (Marathon, Chéronée) s'ajoutent la pratique des trières (Salamine, Aegos Potamos), l'invention de la phalange macédonienne, le recours aux fortifications. Des milices. L'hoplite n'est que le citoyen propriétaire : à la belle saison il s'équipe pour défendre son territoire ou attaquer celui du voisin. Il pratique une guerre modeste et « réglée ». Le recours aux trières enrichit la cité, développe un peuple marin recruté parmi les citoyens pauvres et gagnant des droits et avantages. À la charnière des cinquième et quatrième siècles, la guerre plus importante et plus technique excède les limites de la cité, le mercenaire se substitue au citoyen, le chef de guerre préfigure le monarque riche et auréolé de gloire. Pensées sur la guerre. Thucydide voit dans la guerre le grand révélateur de la nature humaine. Isocrate ne pense qu'à une victoire mettant à la disposition des Grecs les richesses de l'Asie proche. Xénophon exalte le chef faisant prévaloir l'ordre. Platon et Aristote songent à la défense de leur cité idéale, ils soutiennent les Grecs et vouent les Barbares aux duretés de la guerre.

  • Roman consacré aux géants de l'agro-alimentaire, L'empereur de la faim, sous le manteau transparent de la fiction, est la saga authentique des grandes fortunes du grain et de la viande, des magnats du sucre et du beurre. Derrière eux ? Des dynasties, des alliances, des trahisons, des secrets d'alcôve et toute une clientèle de vassaux, de taupes, de fonctionnaires et d'hommes de main prêts à tout pour prendre leur part du gâteau. Comme toile de fond ? Quarante-cinq millions d'êtres qui meurent chaque année de faim : pour les uns une terrible question de survie, pour les autres une source d'argent inépuisable. Au fil de l'action L'empereur de la faim décrit pourquoi, comment "l'arme alimentaire" est devenue l'enjeu phénoménal de la lutte qui oppose l'Europe aux États-Unis. Une guerre faite de chantages, de pressions politiques, de paris, de bluffs, de pots de vin, avec d'un côté, le principal client solvable, l'U.R.S.S., de l'autre, un marché poubelle pour l'Europe, le tiers monde. Mais à trop tirer sur la ficelle les affameurs vont voir se dresser contre eux l'arme du désespoir : le terrorisme incarné par Nioro, un diplomate tiers-mondiste. Avec lui deux hommes chercheront à atteindre la tête du système : Antoine Cère, un journaliste, et Roy Barley, "envoyé spécial" de la Maison-Blanche. De ce monde de richesse et de coups de poker planétaires, ce roman à clefs, mené tambour battant, nous livre tous les secrets, y compris les dessous de cartes des grands marchés politico-économiques passés avec le Kremlin.

  • La première partie du Rire en herbe propose de merveilleux mots d'enfants, souvent saisis sur le vif. Leur succèdent d'innombrables perles d'inculture dans la lignée de La foire aux cancres, suite réclamée par beaucoup d'enseignants qui avaient envoyé à Jean-Charles les bourdes de leurs élèves. Mais parfois dans ce florilège une image qui fait rêver : Une montagne c'est la terre qui fait le gros dos... et l'on pense alors aux lignes de Cocteau adressées à l'auteur : "Je constate une fois de plus combien il arrive que les fautes produisent des rencontres mystérieuses et ressemblent aux trouvailles des poètes." Pas de raison, pour autant, d'encourager nos chers bambins à poursuivre dans la voie des portraits historiques du genre : Mirabeau, c'est le premier qui a traversé la Manche sur un avion...

  • Avec « Sociologie contemporaine », une quinzaine de sociologues ont publié, dans la même collection, la synthèse théorique devenue l'ouvrage de référence dans les universités de langue française. Dans « Sortie de Siècle », ils expliquent à partir des théories sociologiques les grandes transformations qui secouent la France dans des domaines aussi divers que le travail, le temps libre, la famille et la ville, les classes sociales, le silence des intellectuels. Ils interrogent le grand désenchantement qui traverse les églises, le syndicalisme, le politique et ils analysent les grandes menaces : sida, terrorisme, destruction de l'écosystème. Enfin, ils questionnent pour le futur, la crise de l'enseignement, la « galère » des jeunes, l'État, l'immigration, le devenir de l'ère informationnelle ou la place de la France dans le monde. Dans cet essai aux multiples entrées, les auteurs ne synthétisent pas seulement les travaux existants, ils proposent des paradigmes nouveaux pour répondre aux défis scientifiques à venir.

  • Ce deuxième ouvrage de la série "Marins de France au combat" est consacré aux marins méconnus du XVIIe siècle qui ont combattu et écrit les pages glorieuses de notre histoire maritime de 1610 à 1715 en soutenant à la mer la politique nationale de notre pays durant les guerres contre les protestants de La Rochelle (1622-1628), contre l'Espagne (1635-1659), contre les Provinces-Unies et ses alliés de 1672 à 1678, contre la Ligue d'Augsbourg de 1689 à 1697 et pour la Succession d'Espagne de 1702 à 1713. Les vies et les combats des marins qui ont appuyé à la mer les objectifs de Louis XIII et de Louis XIV méritent d'être contés, car ils font partie du patrimoine maritime de la France.

  • Fantastique dynastie que celle des Habsbourg dont l'histoire, depuis le XIIIe siècle, se confondit souvent avec celle de l'Europe ! Et d'abord, quelle galerie de personnages illustres : Charles Quint, le visionnaire de l'Europe, le rival de François Ier ; Philippe II, l'ultra de l'Inquisition ; la virile Marie-Thérèse, mère de Marie-Antoinette ; Joseph II, le despote éclairé ami et mécène de Mozart ; François II, l'ennemi et le beau-père, puis un des "tombeurs" de Napoléon ; François-Joseph, le mari de Sissi et l'allié du Kaiser... Michel Géoris brosse cette grande fresque historique d'un pinceau rapide, alerte et vivant. Un "roman vrai" où rien n'est romancé. L'auteur répudie le jargon scolaire, il dégage l'essentiel de l'accessoire et parvient à ce tour de force de condenser près de sept siècles d'Histoire et d'histoires en quelque 300 pages tout en éclairant son ouvrage de maintes anecdotes. Mais l'histoire des princes est aussi celle de leurs peuples et Michel Géoris accorde une place importante à tout le contexte social et culturel. À propos du siècle d'or en Espagne, du triomphe de l'art baroque en Autriche, de la vie quotidienne à Vienne au temps de Mayerling, son récit nous captive et nous entraîne. Et l'étude psychologique vient corser l'érudition. Voilà de l'Histoire vivante avec de la couleur, de la saveur humaine, du mouvement !

  • Est-ce bien convenable pour une femme de monter à bicyclette ? Ce nouveau sport n'est-il pas réservé aux demi-mondaines et une femme de la bonne société peut-elle se hasarder à pédaler en public ? Est-il prudent de laisser vélocer les jeunes filles ? La pratique du vélo ne donne-t-elle pas aux femmes certaines habitudes vicieuses, s'il faut en croire quelques médecins ? Comment faut-il s'habiller ? Faut-il porter un pantalon, au risque de faire scandale ? Peut-on conserver sa voilette et ses gants ? Doit-on ôter son corset ? Est-il vrai que la bicyclette soit une cause de dépopulation, ou bien au contraire favorise-t-elle la natalité et les élans de l'amour entre vélocipédistes de sexe différent ? Toutes ces questions et bien d'autres, on se les posait très sérieusement à la Belle Époque, comme en attestent les témoignages écrits de 1893 à 1903 par des médecins et des personnalités du temps. Textes et gravures nous restituent cette Belle Époque déjà étonnamment sportive, où les femmes « véloçaient » sous les regards intéressés des messieurs à belles moustaches, eux-mêmes cyclistes convaincus. Des journaux spécialisés connaissaient un énorme succès. Les premières courses enthousiasmaient le public et parmi elles, les courses de dames qui auréolaient de gloire les heureuses gagnantes couvertes de fleurs. Un livre de vacances délicieusement rétro, qui restitue toute l'insouciance et la douceur de vivre de la Belle Époque et qui se lit d'un bout à l'autre avec le sourire.

  • Comment donc est-il possible d'être un libre réactionnaire ? À ce qui semble a priori un profond mystère, Léon Daudet a su apporter de convaincantes réponses au fil de la plume et des années. En avance de bien des idées sur son temps, génial découvreur de Bernanos, Céline, Picasso, fidèle des Lys et de l'Autel et menant pour cela même grand carnage de bien-pensants et de culs-bénits, anti-conformiste de race et de tradition familiale : telles sont les couleurs impérieuses sous lesquelles Éric Vatré nous donne à retrouver la saisissante figure du Gros Léon, comme le nommaient les Parisiens. Ajoutons qu'à l'exemple de son ami fraternel Henri Rochefort, Daudet incarne pour jamais la liberté de l'esprit, la défense enthousiaste du bon sens, le triomphe de la drôlerie. Il connut le Tout-Paris et tout Paris le reconnut. Son immense talent journalistique le fit apprécier jusque dans les chapelles politiques les plus éloignées de l'Action française et la mort de son fils Philippe émut de mille manières la France de Marianne III. Au vrai, Daudet incarne la polémique du vivant. Réactionnaire ? D'emblée le mot fait mouche, mais à quel prix ! Vomissant les tièdes selon l'inclination de son tempérament, Daudet revendique haut et clair l'épithète, s'amusant de sa connotation ultra-péjorative, s'ingéniant en gourmet du vocable à le restaurer dans son sens original, enfin à le réhabiliter non sans fracas. Ne pose-t-il pas en postulat que le polémiste naît réactionnaire ? Ce que l'histoire du journalisme d'opinion vint souventes fois confirmer. Aussi bien dans cette société du début de siècle, l'anti-conformisme de qualité se donne pour réactionnaire, trouvant en cela un moyen commode d'effaroucher Joseph Prud'homme, tout en renouant librement avec un style et une certaine sagesse.

  • Deux siècles environ après l'insurrection de mars 1793, la Vendée surgit sur la scène de l'économie française et elle perçoit enfin les dividendes de son passé. Cette émergence suscite l'étonnement des historiens comme des économistes. En effet, le développement économique fulgurant de la dernière décennie bouscule les schémas préétablis, met à mal les préjugés qu'une histoire - souvent partiale - a enracinés dans l'esprit de nos concitoyens. Mais, le mystère qui entoure ce même pays à deux siècles d'intervalle se laisse percer facilement, si l'on se donne la peine de pénétrer en son coeur. Cathédrales de verres et d'acier, les entreprises vendéennes sont transparentes, leurs dirigeants accueillants et peu avares de détails sur les causes de leur réussite. La Vendée parle à qui veut l'entendre, comme ses archives racontent les pulsations de l'histoire d'un peuple qui s'est battu pour défendre ses libertés. Le livre écrit par Louis-Marie Barbarit et Louis-Marie Clénet retrace l'histoire de ce pays singulier, au travers des entreprises qui symbolisent aujourd'hui sa nouvelle image.

  • Présentation générale de la forêt en Normandie, son histoire, son état actuel, ses caractéristiques. Chaque forêt de la région fait ensuite l'objet d'une courte monographie.

  • « Ma vie aurait pu être plus paisible. Elle a été violente et gaie. Elle a eu aussi ses moments de tristesse, de désespoir et d'amertume, mais le cancer l'a transformée. Il m'a appris qu'il faut s'arrêter, regarder, aimer. Je suis au coeur des choses, au coeur des êtres qui m'entourent. C'est en quoi le cancer, c'est ma chance : grâce à lui j'ai découvert le vrai prix de la vie. » Avant, ce « vrai prix », elle ne le connaissait pas, elle courait après, au cours d'une vie hors sentiers battus où elle a foncé, dure aux autres comme à elle-même. À seize ans, elle vendait des aspirateurs au porte-à-porte. Elle a vendu bien d'autres choses. Aujourd'hui, à quarante-six ans, mariée pour la quatrième fois, elle mène tambour battant l'agence matrimoniale qu'elle a fondée à Bruxelles et qui est la première de Belgique. C'est là que l'a frappée un cancer, grave. Mais, Bretonne d'origine, elle ne s'est pas avouée vaincue. Elle lutte de toute son indomptable énergie, nous dit comment et pourquoi. Et ce qui aurait pu être un petit livre noir devient le plus farouche plaidoyer pour l'amour et l'espoir.

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