• Il est fréquent de rêver au temps qui passe trop vite, à ce temps qui nous file entre les doigts, ce temps que nous voudrions retarder en lui gardant la couleur d'un « déjà passé ». Cette illusion de « suspendre » ou « d'accélérer » le temps nous tient à coeur car elle est bien là pour nous persuader que nous avons une emprise sur lui. Il nous est difficile d'accepter l'idée que « le temps est un vide ». En disant qu'un « jour est historique », un tel effet d'annonce nous donne l'illusion d'une prise de possession du temps. L'idée même d'histoire, dans la vie quotidienne, ne semble prendre sens que dans une relation de défi entre ce qui arrive - l'événement - et le sentiment de destin. Quel sens a la passion contemporaine de la restauration patrimoniale du passé ? La reconfiguration des paysages obéit à des modèles de plus en en plus identiques comme si notre regard devait se satisfaire de la négation même des métamorphoses naturelles. Face à la contingence du futur, la représentation la plus commune de la continuité temporelle puise sa légitimité dans la sauvegarde acharnée des « mémoires collectives ». Mais une grande crise de la mémoire s'annonce avec la maladie d'Alzheimer - l'ivresse du désoeuvrement de la mémoire.

  • La question des relations entre mobilités et temporalités conjugue deux préoccupations contemporaines qui semblent s'alimenter l'une l'autre. D'une part la question des mobilités - et particulièrement des congestions liées aux mobilités - est inscrite à l'agenda politique depuis plus de vingt ans. D'autre part, la question du temps - du discours sur son « accélération » à celui sur son individualisation, semble émerger timidement depuis le début de ce siècle dans la sphère politique. La question des relations entre mobilités et temporalités apparaît d'une extrême complexité car elle suppose, pour l'éclairer, d'interroger tout aussi bien la transformation des temps sociaux, les effets des dynamiques temporelles sur les structures (socio)-spatiales, l'organisation des modes de transports ou encore les attitudes temporelles propres à l'usage des divers modes de transport. Cet ouvrage reprend dix contributions issues du colloque Mobilités et temporalités organisé aux Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles en mars 2004. Cette réunion s'inscrivait dans le cadre des travaux du groupe de travail « Mobilités spatiales et fluidités sociales » de l'Association internationale des sociologues de langue française (AISLF).

  • Ce volume est une réflexion sur le temps représenté par les objets quotidiens. En sollicitant la phénoménologie, les sciences de l'information et de la communication et la sociologie, cette étude sémiotique montre comment une tasse ou une chaise saisissent le temps au passage, lui offrent un plan de manifestation, permettent de le penser et de le mesurer. L'ouvrage se décline en trois volets qui explicitent la relation que cette temporalité incarnée construit avec les usagers. Les objets nous ancrent dans le présent de l'expérience mais, lorsque nous les quittons, s'inscrivent aussi dans le passé de la mémoire où ils constituent des points de repère. Ils donnent alors accès au temps diachronique. Protagonistes de leur temps, ils viennent à nous sous la forme de la collection, du « vintage », du kitsch ou du marqueur générationnel mais se dissolvent aussi dans ces ambiances du passé que nous aimons reconstituer. Ils élaborent ainsi un temps historique. Ils mesurent enfin le temps de l'expérience et, sollicitant le geste, dessinent des formes de vie. Ce temps du faire permet de distinguer, à partir de l'action, le statut des objets domestiques et artistiques. Cet ouvrage consacré à la temporalité incarnée poursuit une interrogation initiée avec Sémiotique du design, publié en 2012 aux Presses universitaires de France. Il accorde cependant aux objets domestiques une attention très spécifique qui, par la théorisation et les analyses, discute quelques concepts clés de la sémiotique actuelle, en premier lieu les valeurs. S'inscrivant lui-même à un moment précis de l'histoire des objets, le lendemain de la société de consommation, il accorde résolument son privilège aux valeurs de la passion.

  • Les psychanalystes n'ont rien à envier aux moines du Moyen-Âge, leurs disputes théoriques d'aujourd'hui valent bien les disputes théologiques d'antan. Les anges ont-ils un sexe ? Dieu qui peut tout peut-il relever une vierge après la chute ? La psychanalyse de l'adolescent existe-t-elle ? Quelle étrange question, alors que la pratique en est bien connue, établie presque depuis les origines (Dora, la jeune patiente de Freud, n'a guère que 18 ans...). L'idée de cet ouvrage est née de l'une de ces disputes entre quatre des contributeurs : Jacques André, Catherine Chabert, François Marty et François Richard. Ni les anges ni les vierges n'étaient ce jour-là de la partie mais la « subjectivation » et le « développement en deux temps » de l'humaine sexualité... Nous décidâmes de faire sinon Concile, mais au moins Colloque de nos divergences. Dora s'est bien allongée sur le divan de Freud, mais trois mois plus tard elle avait déjà fui les lieux... Ce que « Psychanalyste » veut, l'adolescent ne le veut pas nécessairement... L'existence des psychothérapies psychanalytiques d'adolescents est un fait, le bienfait qui peut en résulter n'est plus à démontrer, alors... Il faut croire que la question demeure, celle que l'adolescent pose à la psychanalyse, à sa pratique, à sa méthode, à son écoute. L'adolescent est le patient du psychanalyste, l'adolescence est l'analysante de la psychanalyse.

  • Le rythme et la progressivité de la formation sont souvent en cause lorsque l'on met en oeuvre des contrats d'apprentissage. La conception et l'appropriation de ces rythmes intéressent tous les acteurs des formations d'ingénieurs en alternance (responsables, tuteurs, apprentis). L'état de la recherche sur cette question centrale évolue. Nous en rendons compte ici à travers des textes de réflexion, une mise en perspective historique et des témoignages de cas pratiques, comme celui de la formation dispensée par le CFA Ingénieurs 2000. Apparaissent alors dans la construction et la mise en oeuvre des formations professionnelles les nuances entre temporalité prescrite, ressentie et vécue.

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