• Nous sommes tous porteurs de l'angoisse du manque, de la perte, qui nous habite dès notre naissance. Manque de ce que j'aime, de ceux que j'aime. Tristesse de manquer un jour de tout ce que l'on a laissé derrière soi. Peur aussi d'avoir manqué l'essentiel.
    Elle peut engendrer tantôt une désespérance, tantôt une consommation à outrance de biens matériels, quête illusoire de comblement du vide. Mais il est d'autres modes de remplissage : objets conservés ou encore hyperactivité, travail trépidant et loisir non moins trépidant. Rempart élevé contre la conscience de l'absence absolue, contre notre finitude et notre disparition.
    Partie de l'expérience du trop et du trop-plein, Nicole Fabre nous mène dans un passionnant cheminement, jalonné des récits de ses patients et de son expérience de clinicienne. Elle nous conduit à un questionnement existentiel, une quête menée par chacun de nous et nous aide à penser ce manque fondamental que nous cherchons toujours à combler.

  • En vers paradoxalement lumineux, Claire Chardin évoque le sentiment de vide laissé par le décès de sa mère. Les heures douces passées en sa compagnie, la tendresse de ses bras aimants, son affection, tout en ses poèmes dit l'amour filial.
    L'écriture est synonyme de libération pour l'auteure. Cri d'espoir qui franchit les barrières, Sans ailes nous emporte dans ce temps où l'on dansait et l'on chantait, ensemble.

  • Le vide sous mes pas

    David Homel

    On dit volontiers que quiconque se souvient des années 1960 ne les a pas vécues. À 18 ans, David Homel, lui, y était : à la fin de la décennie, on voulut comme bien d'autres le forcer à se battre dans une guerre qui n'était pas la sienne. Alors qu'il fuit la conscription et la perspective funeste d'un aller simple pour le Vietnam, la mort le rattrape en Espagne, où elle l'abandonne au fond d'un ravin.
    Le corps détruit par l'accident, c'est ironiquement dans un hôpital militaire qu'il sera d'abord (mal) soigné, avant d'être obligé de tout réapprendre en menant cette fois son combat pour la renaissance du corps, l'affirmation de la vie, et la recherche de la beauté dans chaque visage.

  • On tente de figer
    pour que les choses se démènent
    en les attendant on parle de température
    ainsi peut-on faire et refaire la chronologie des nuages

  • Si l'atomisme ne mène pas nécessairement au matérialisme, il y incline indiscutablement puisqu'il place au coeur du débat philosophique une réflexion sur la structure de la matière. Quant à l'histoire des sciences, elle gagne incontestablement à revenir toujours davantage de cette thèse fort sommaire et paradoxale qui passa longtemps pour un dogme, - thèse selon laquelle la physique contemporaine ne devrait rien ou presque rien à ce que Bachelard appelait avec un certain dédain : la « métaphysique de la poussière ». Avant le XIXe siècle, cette idée que l'être est un et, tout à la fois, sporadique n'aurait guère produit, nous dit-on en effet, que des rêveries plus ou moins bien construites autour des thèmes de la pulvérulence et de la granulation progressive de toute chose. Les auteurs des études ici réunies ont pris, au contraire, au sérieux cette intuition de l'essentielle discontinuité de tout ce qui apparaît - laquelle, même dans les époques pré-scientifiques, n'a nullement été l'apanage des Grecs (on la trouve chez les Arabes comme en Inde). Ils se sont donc efforcés d'examiner en détail quel fut le statut précis qu'accordèrent aux concepts d'atome et de vide quelques-uns de ceux qui, au XVIIe et au XVIIIe siècles, ont adopté ou critiqué l'hypothèse des atomes : Pascal, Descartes, Leibniz, Gassendi, l'auteur anonyme du Theophrastus redivivus, Galilée, Boyle, Newton, Diderot et Hume.

  • « Le réveil de Mathilde et d'Alexandre et toute leur journée ne furent que silence. Leur nuit avait été courte, agitée malgré les somnifères. Mathilde s'était plantée très tôt devant la fenêtre. Le jour était là, sombre, en deuil peut-être. Des personnes, hommes, femmes, col relevé traçaient leur chemin, insouciants, l'allure vive. Le temps s'écoulait déjà, sans pitié, indifférent à leur douleur, à toutes les douleurs. "Le temps, la vie, n'a pas le temps pour ces choses-là. Qu'est-ce qui peut être beau, utile quand la vie s'acharne à ce point ? Y a-t-il un sens à tout ça ?", ruminait-elle. » Un couple ordinaire, en apparence seulement, dont la singularité ne s'affiche pas : enfouie pour Alexandre qu'un secret familial ronge, tragique pour Mathilde qui ne sait quel sens donner à la disparition de ses proches. À leurs côtés, Samuel, Quentin, Dacha dont la vie illustre les nuances du vide : l'absence subie d'une personne aimée, sa disparition inattendue, sa perte brutale. Autant de situations et de résonances reliées au manque de l'autre et à la douleur qui nous assiège comme une empreinte vivante et perpétuelle. Avec une sensibilité à fleur de peau, Benabdallah Dridj donne à ressentir cette existence incomplète, amputée, passée à colmater le silence, à remuer nos doutes, à ravaler nos peurs... à faire avec. Troublant, son roman questionne les blessures, titille les cicatrices. C'est un dialogue grave, sarcastique et parfois drôle. Particulier aussi car si constitué pour l'essentiel de questions n'appelant pas forcément de réponses, il cherche avec avidité un sens.

empty