• La Chine et l'Europe relèvent de deux traditions politiques différentes. En retraçant leur histoire et en les comparant, Billeter en arrive à une compréhension profonde de l'une et de l'autre, précisément au moment où celles-ci entrent en conflit. Depuis un siècle en Chine, les forces du progrès se sont continûment inspirées de la tradition européenne. Or, l'ambition du pouvoir actuel est de les vaincre et d'entraver leur action partout ailleurs. Quand le pouvoir se réclame de la grandeur passée de la Chine, il lance un défi à l'Europe, défi que celle-ci se doit de relever, puisqu'elle dispose des ressources nécessaires. Encore faut-il qu'elle tire de son histoire un nouveau projet politique et philosophique. Billeter en pose les principes, ceux d'une véritable... "révolution culturelle".

    Éminent sinologue, Jean François Billeter a dirigé le département de langue et littérature chinoises de l'université de Genève. Il a publié plusieurs ouvrages aux éditions Allia, dont Leçons sur Tchouang-tseu, Contre François Jullien, Un paradigme et Esquisses. En 2013, il a reçu le prix culturel de la Fondation Leenaards. En 2017, il a publié Une rencontre à Pékin et Une autre Aurélia, couronnés du prix Michel-Dentan, du prix Roger Caillois de l'essai et du prix Psychologies magazine.

  • "J'aimerais que vous la connaissiez la fille au ventre rond. Celle qui élèvera seule ses enfants. Qui criera après son copain qui l'aura trompée. Qui pleurera seule dans son salon, qui changera des couches toute sa vie. Qui cherchera à travailler à l'âge de trente ans, qui finira son secondaire à trente-cinq, qui commencera à vivre trop tard, qui mourra trop tôt, complètement épuisée et insatisfaite. Bien sûr que j'ai menti, que j'ai mis un voile blanc sur ce qui est sale." Un récit sans concession. La justesse du ton et de la voix. La parole belle, féconde et vraie. L'extrême humilité d'une réserve amérindienne. Des vies échouées au large d'une baie. La grandeur d'un peuple oublié. La condition humaine. Et une prose lumineuse.

  • Cet ouvrage rassemble, selon un ordre strictement chronologique, cinquante-six articles écrits par Nicole Loraux entre 1973 et 2003. Il donne à lire le déploiement discontinu, expérimental, de réflexions lisibles sur le même plan que celui des livres publiés, et l'effet d'après-coup de ces derniers, leur reprise sur d'autres plans - toutes ces lignes dessinant ensemble la vaste cartographie d'une oeuvre très singulière. L'article « La Grèce hors d'elle et autres textes », qui donne son titre à ce recueil, rappelle la méthode par laquelle Nicole Loraux n'a pas cessé, selon ses propres mots, de « trouver dans la Grèce (et en abondance) de quoi la faire sortir d'elle-même » en multipliant les stratégies comparatistes, les va-et-vient entre les champs disciplinaires les plus divers (philosophie, psychanalyse, ethnologie, philologie). Il en résulte un parcours intellectuel où apparaît, dominante et continue, l'analyse du discours que la cité athénienne a construit à son propre sujet en même temps que s'approfondit l'éclairage du conflit (stasis) constitutif de la démocratie. Enfin, l'attention toujours plus soutenue à « l'opérateur féminin », compris comme facteur de subversion de l'ordre politique de la cité, dominé par le masculin, suscite une approche originale et novatrice de la tragédie. Nicole Loraux découvre la dimension « antipolitique » de l'espace tragique, qui permet aux voix exclues de la parole civique de se faire entendre.

  • Une enseignante de français en poste sur une réserve innue de la Côte-Nord raconte la vie de ses élèves qui cherchent à se prendre en main. Elle tentera tout pour les sortir de la détresse, même se lancer en théâtre avec eux. Dans ces voix, regards et paysages se détachent la lutte et l'espoir.

  • Avec Joséphine Bacon commence une nouvelle histoire de la poésie québécoise.

    Prix des libraires 2019
    Finaliste au Indigenous Voices Award 2019

    Uiesh - Quelque part est un recueil bilingue français-innu aimum.

    Quelque part, une aînée avance. Elle porte en elle Nutshimit, Terre des ancêtres. Une mémoire vive nomadise, épiant la ville, ce lieu indéfini. La parole agrandit le cercle de l'humanité. Joséphine Bacon fixe l'horizon, conte les silences et l'immensité du territoire.

    Extrait de la préface:
    Pour l'auteure
    J'appartiens à la race des aînés. Je veux être poète de tradition orale, parler comme les Anciens, les vrais nomades. Je n'ai pas marché Nutshimit, la terre.
    Ils me l'ont racontée. J'ai écouté mes origines. Ils m'ont baptisée d'eau, de lac pur. [...] Je me sens héritière de leurs paroles, de leurs récits, de leur nomadisme. Comme eux, j'ai marché la toundra, j'ai honoré le caribou.

    Extrait:
    Je n'ai pas la démarche féline
    J'ai le dos des femmes ancêtres
    Les jambes arquées
    De celles qui ont portagé
    De celles qui accouchent
    En marchant

    Apu tapue utshimashkueupaniuian pemuteiani
    Anikashkau nishpishkun miam tshiashishkueu
    Nuatshikaten
    Miam ishkueu ka pakatat
    Miam ishkueu ka peshuat auassa pemuteti

    Notice bio:
    Née en 1947, Joséphine Bacon est amérindienne, innue de Betsiamites. Poète et réalisatrice, elle vit à Montréal. Elle est l'auteure d'une oeuvre poétique d'une grande puissance saluée dans le monde entier.

    Joséphine Bacon a publié chez Mémoire d'encrier son premier recueil Bâtons à message/Tshissinuatshitakana (2009) et a reçu le Prix des lecteurs du Marché de la poésie de Montréal en 2010 pour son poème « Dessine-moi l'arbre ». Toujours chez Mémoire d'encrier, elle a publié en collaboration avec José Acquelin Nous sommes tous des sauvages (2011) et Un thé dans la toundra/Nipishapui nete mushuat (2003), qui a été finaliste au Prix du Gouverneur général et au Grand Prix du livre de Montréal.

  • Un cri s'élève en moi qui me transfigure. Le monde attend que la femme revienne au monde comme elle est née telle qu'elle est: femme naissance, femme droite, femme debout, femme puissante. Femme résurgence. Renaissance. Un appel s'élève en moi et j'ai décidé de lui dire oui. Dire oui à ma naissance. Assumer en mon esprit les mémoires qui émergent en même temps que la voix des femmes autochtones se dressent au-dessus de la noirceur ambiante. Les mémoires des blessures, les mémoires de la terre, les mémoires du peuple et de ses générations précédentes. Le choc de la dépossession. Prendre la parole chacune notre tour et soulager peu à peu le fardeau de l'oppression. Le poids de la douleur. Le poids du colonialisme. J'écris pour dire oui à mon être. Dire oui à moi femme. Forcer les portes du silence. Se nommer résilience. Pour la postérité. Pour assurer notre trace. Déraciner une fois pour toutes la Colonisation. - Natasha Kanapé Fontaine

  • Les indiens, ça disparaît qu'ils disent à la famille des indiens disparaissent tous les jours les flics haussent les épaules ça n'a pas de sens de chercher qu'ils disent il va revenir quand il en aura assez ou sera sans le sou Dans plusieurs cultures autochtones, nous nous révélons en racontant d'où nous venons, alors c'est ce que j'ai fait. J'ai voulu brosser un tableau du lieu où j'ai grandi, de la façon dont j'ai grandi dans ce lieu que j'aime et que parfois je déteste : toutes ces choses compliquées qui font d'un endroit un chez-soi.

  • Hommage d'un fils à son père, La force de marcher raconte la vie de Tobasonakwut, chef Anishinaabe de la nation Ojibwé. Survivant des pensionnats autochtones, grand chef et défenseur des droits civiques, il a mené, malgré le cancer qui le rongeait, une entreprise de réconciliation qui demeure l'un de ses plus importants legs. Ce récit témoigne du combat et des chemins de résistance des Premières Nations du Canada.

  • Je suis l'Amérindienne
    Et ce fardeau
    Demeure en moi à jamais
    Poèmes narratifs, qui sont des repères sur la vie de l'auteure et sur sa condition de femme et d'amérindienne. On lit Nous sommes les rêveurs comme on lit un journal intime. On a l'impression d'entrer dans la tête de Rita Joe, de souffrir avec elle des injustices, de sentir son bébé grimper sur nous, de toucher la présence des êtres disparus. Et aussi de pouvoir changer les choses. Un livre vrai et émouvant. Rita Joe est une auteure amérindienne à découvrir pour mieux comprendre l'univers autochtone, l'histoire et la vie des Peuples des Premières Nations!

  • Amériquoisie

    Jean Desy

    C'est au fil de mes pérégrinations dans tout le territoire de la péninsule Québec-Labrador, dans les villes le long du Saint-Laurent, au sud, mais surtout au nord, sur la Côte-Nord / Nitassinan, à la Baie-James / Eeyou Istchee et dans le Grand Nord / Nunavik, que j'ai fini par mieux comprendre les extraordinaires qualités de la vie métisse. À n'en point douter, l'avenir harmonieux de ce pays passe par la métisserie.

    Amériquoisie rassemble des essais portant sur l'autochtonie, le nomadisme, le paysage et la nordicité. Témoin, auteur, promeneur et acteur, Jean Désy court le territoire et nous parle de cette aventure dite métisserie.

  • Réquisitoire sauvage au nom du vivant, La guerre des fleurs - Codex Ferus rassemble les principaux manifestes environnementaux, les déclarations d'artiste de Domingo Cisneros et un texte
    inédit, le Codex Ferus, manuel d'enseignements pratiques et spirituels de la vie en forêt. À l'image des codex mayas, toltèques et aztèques, ces manuscrits peints sur des peaux ou des écorces repliées en accordéon qui permettaient de léguer les connaissances
    aux générations futures, le Codex Ferus de Domingo Cisneros est un chant de passation de pouvoirs au souffle
    tellurique, un livre à l'éclat brut et envoûtant.
    Laure Morali

  • Fragments d'un monde en ruine Nouv.

    Premier recueil de poésie du grand écrivain autochtone Thomas King
    Traduit par Jonathan Lamy

    Résumé
    Thomas King signe un premier recueil de poésie. Soixante-dix-sept fragments où alternent mythes réactualisés, commentaires politiques, tranches de vie et traits d'humour. Le tout porté par la puissance tellurique et le style iconoclaste de ce grand écrivain autochtone.

    Extrait
    Quand je me sens frustré,
    je vais à la rivière
    lancer des pierres
    dans l'eau.
    Je suis comme ça.
    D'autres bombardent des villes.

    Point de vue de l'auteur
    77 fragments. Avril 2020, j'ai eu 77 ans. Le chiffre 77 représente à mes yeux une sorte de jumeau car il réunit deux nombres premiers. L'histoire iroquoienne de la création évoque les jumeaux. J'ai joué avec le concept de jumeaux dans mes écrits.

    Un monde en ruine. La ruine interroge la vie que nous vivons, ce monde dans lequel nous sommes. Je n'essaie pas d'amener des réponses à cette question. Je laisse au lecteur la liberté de les trouver lui-même.

    L'action par l'écriture. Militant, je n'aimais pas être au front, dans la mire des armes. Je l'avoue, honnêtement, je n'étais pas très doué pour ça. Ça me fait peur. L'écriture me permet d'être plus direct. Je peux prendre mon temps avec ce que je veux dire et m'assurer de le dire de la manière qui aurait le plus d'impact. Donc, je milite par l'écriture. J'arrive à mieux saisir le monde avec la fiction, la non-fiction et la poésie. Je peux en faire ce que je veux et je suis beaucoup plus heureux.

    L'auteur
    Thomas King, né en 1943, est l'un des plus grands intellectuels et écrivains des Premières Nations. Romancier, nouvelliste et scénariste de grande renommée, il a reçu de nombreux prix et distinctions dont le Prix du Gouverneur général en 2014 pour The Back of the Turtle(La femme tombée du ciel). Son premier recueil de poésie 77 Fragments of a Familiar Ruin (Fragments d'un monde en ruine) paraît chez Mémoire d'encrier en mai 2021.

  • Nommer et classer dans les Balkans Nouv.

    Cet ouvrage explore les processus de dénomination des lieux et des populations dans les Balkans contemporains. Durant les deux dernières décennies, les pays de la région ont en effet vu se multiplier et s'intensifier les enjeux autour des désignations collectives : nécessité de nommer les nouveaux États issus de l'éclatement de la Yougoslavie, affirmation identitaire de minorités ethniques ou nationales, irruption de nouvelles catégories de population. De la Roumanie à la Grèce, de la Turquie à la Croatie, les textes rassemblés ici visent à la compréhension de ces processus dans le contexte balkanique. Pour cela, quatre thèmes ont retenu l'attention des auteurs : la désignation « Valaque », répandue dans toute la péninsule mais mouvante et difficile à cerner ; la dénomination des groupes minoritaires ou issus de l'immigration en Grèce ; les politiques toponymiques élaborées dans la région aux XIXe et XXe siècles ; la notion d'autochtonie et son articulation avec la dénomination des lieux et des groupes.

  • En retournant la terre de mes mains, j'ai trouvé maintes pépites de la littérature des Premières Nations. Révélées au grand jour, elles ont beaucoup de choses à nous apprendre sur la qualité de ce sol québécois, sur sa composition
    également. C'est toute la fondation symbolique du Québec, aujourd'hui dans une impasse, qu'elles nous invitent à réexaminer.
    Enfin, un parcours critique des littératures
    autochtones ! Retour à l'intérieur de nous-mêmes sur les fondations du territoire et des récits d'origine.

  • À travers le rapport au territoire qu'elles convoquent, les oeuvres littéraires des Premiers Peuples nous invitent à repenser les fondements des sociétés américaines, québécoise dans notre cas, à partir de la perspective autochtone. Dans cet essai, Jean-François Létourneau définit une poétique du territoire inspirée par le travail d'écrivains autochtones. Ces derniers actualisent dans leurs textes des sensibilités qui s'enracinent dans l'histoire millénaire de l'Amérique. Ils convoquent une vision du monde en phase avec l'histoire et la culture de leur nation tout en renvoyant les lecteurs aux non-dits qui grèvent les sociétés américaines, notamment dans leur façon de concevoir le territoire.

  • Chorbacks

    Jean Desy

    Le chorback est une étendue d'eau libre, plus ou moins grande, ouverte dans le glaciel, champ de glaces flottantes. D'inspiration nordique, Jean Désy communique l'immensité et la grandeur de la terre. Transe poétique et traversée du paysage. Le souffle est modulé en plusieurs tons, tantôt cassant et abrupt, tantôt doux et tendre, comme la nature. Chorbacks est un livre qui nomme et exalte la nordicité, cartographie du territoire dans ses principaux éléments (flore et faune). Ouvrage lumineux qui donne à réfléchir sur la meilleure manière d'habiter la terre. Un rythme sauvage et fou.

  • Dans les situations héritées de la déterritorialisation - à l'origine de la présence française en Amérique -, comment prétendre à une certaine autochtonie ? Au-delà des frontières entre ceux qui sont établis et les populations déplacées, comment la liberté d'imaginer l'autre conduit-elle à concevoir l'appartenance en assumant l'histoire coloniale ?

    Sur l'horizon continental des littératures francophones, où l'auteure situe le texte québécois, l'autochtonie est l'affaire de tous. Qu'elle soit parée des signes de l'indianité, projetée sur l'écran virtuel de l'art, partagée par plusieurs identités, dérivée d'une mémoire prénationale ou sécrétée par une résistance à des pouvoirs réducteurs, elle est le vecteur d'un idéal d'authenticité. Sa quête module les oeuvres à l'étude. Le mythe de fondation - qui confère une légitimité au discours social et politique - fait place à des fantasmes qui renou­vellent l'appartenance par des propositions originales, lui donnant un ancrage sur différents territoires symboliques.

    L'approche anthropologique ici adoptée s'appuie sur une synthèse des principaux enjeux identitaires formulés par la fiction littéraire, depuis les années 1970 jusqu'au début du XXIe siècle. Le panorama des figures de l'appartenance qui en résulte offre une contribution remarquable à la réflexion actuelle sur les défis du vivre-ensemble.

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