• Les significations attribuées au mot « communiste » sont plus diverses que jamais. Il renvoie à une histoire tragique pour les peuples et les communistes eux-mêmes, et est même associé, dans le cas de la Chine, à un acteur central de la mondialisation capitaliste. Mais il reste aussi, pour beaucoup de celles et ceux qui le revendiquent, associé à l'idée d'une alternative au capitalisme, visant à l'égalité sociale et à l'instauration d'un pouvoir politique effectivement exercé par le plus grand nombre, non monopolisé par les élites sociales.

    Au-delà de ceux qui l'ont pensé ou dirigé et dont on a retenu les noms, le Parti communiste français est aussi le fruit de l'engagement de nombreux anonymes, adhérents, sympathisants ou militants, femmes se revendiquant ou non du féminisme ou encore travailleurs immigrés engagés dans les luttes anticoloniales. Cette histoire, qui commence au congrès de Tours en 1920 et traverse un siècle en France, est aussi la leur. Entre immenses espoirs et profonds découragements, Julian Mischi, sociologue et politiste rattaché à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) et auteur notamment de Servir la classe ouvrière. Sociabilités militantes au PCF (PUR, 2010) et de Le Communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970 (Éditions Agone, 2014), relate ici une tentative unique de mettre au pouvoir les classes populaires, à renouveler.

    Né en 1974, Julian Mischi est sociologue et politiste, chercheur à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) à Dijon. Il a notamment publié Servir la classe ouvrière. Sociabilités militantes au PCF (PUR, 2010) et Le Communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970 (Éditions Agone, 2014).





  • À la fin des années 1960, la concurrence internationale et la peur du déclassement transforment un populisme de gauche (rooseveltien, conquérant, égalitaire) en un « populisme » de droite faisant son miel de la crainte de millions d'ouvriers et d'employés d'être rattrapés par plus déshérités qu'eux. C'est alors que la question de l'insécurité resurgit. Elle va embourgeoiser l'identité de la gauche, perçue comme laxiste, efféminée, intellectuelle, et prolétariser celle de la droite, jugée plus déterminée, plus masculine, moins « naïve ».
    Cette métamorphose s'accomplit à mesure que l'inflation resurgit, que les usines ferment et que l'« élite », jadis associée aux grandes familles de l'industrie et de la banque, devient identifiée à une « nouvelle gauche » friande d'innovations sociales, sexuelles et raciales.
    Les médias conservateurs n'ont plus qu'à se déchaîner contre une oligarchie radical-chic protégée d'une insécurité qu'elle conteste avec l'insouciance de ceux que cette violence épargne. Au reste, n'est-elle pas entretenue dans ses aveuglements par une ménagerie de juges laxistes, ­d'intellectuels jargonnants et autres boucs émissaires rêvés du ressentiment populaire ?
    « Progressistes en limousine » là-bas ; « gauche caviar » chez nous.
    Extrait de la préface de Serge Halimi



  • L'école des ouvriers

    Paul Willis

    • Agone
    • 9 Mai 2018



    Le rejet du travail scolaire par les « gars » et le sentiment qu'ils « en savent plus » trouvent un écho dans le sentiment très répandu dans la classe ouvrière que la pratique vaut mieux que la théorie : « Un brin de zèle vaut une bibliothèque de diplômes », annonce un grand placard placé dans l'atelier. L'aptitude pratique vient toujours en premier et a statut de condition préalable à toute autre forme de savoir. Alors que la culture petite-bourgeoise considère les diplômes comme un moyen de moduler vers le haut la gamme des choix offerts à un individu, du point de vue de la classe ouvrière, si le savoir ne se justifie pas, il faut le rejeter.
    Au travers d'une enquête (classique de la sociologie du monde ouvrier) menée dans un collège anglais fréquenté essentiellement par des enfants d'ouvriers, le sociologue Paul Willis analyse comment ils en viennent à accepter, après leurs parents, des positions relativement dominées dans le monde du travail. De l'école à l'usine, ce livre rend compte de la façon dont, en désorganisant l'encadrement scolaire, en s'opposant aux « fayots », ils privilégient la sortie du système scolaire, confirmant le fait que l'école ne leur promet aucun avenir professionnel en dehors du travail manuel.

  • Le communisme a autant été désarmé par ses adversaires socialistes et de droite, dans un contexte d'offensive néolibérale, qu'il s'est désarmé lui-même en abandonnant l'ambition de représenter prioritairement les classes populaires. Analyse du déclin d'un parti qui avait produit une élite politique ouvrière, ...



  • « Martial est un métis au visage brun dont le père est martiniquais. Il est gay, et se lie parfois à des Blancs aisés pour de l'argent et du rêve. En 1992, à 24 ans, il apprend qu'il est contaminé par le virus du sida. Je venais de faire sa connaissance peu avant. Il meurt en 2010, à 42 ans. Selon les médecins, c'est le sida qui l'a emporté. Mais est-ce là une explication suffisante ? Sous l'attrait qu'il exerçait, enjoué ou songeur, pouvaient surgir de la rage et l'envie de tuer. Les liens ordinaires sombraient. Type odieux ou mal dans sa peau, individu immature, schizophrène étaient des termes employés, "rebut de la société", disait-il de lui. »
    /> Peut-on mener une sociologie de la folie ou de la colère ? En utilisant comme source principale les cahiers rédigés pendant des années par Martial et les moments partagés avec lui, le sociologue Daniel Bizeul rend compte de l'homme qu'il a aimé. À travers la vie reconstituée de Martial, Il est question des indésirables, ces parcelles d'humanité qui vivent de combines et d'aides sociales et sont rebelles à toute autorité.

  • Comme les précédents, ce volume de Lire les sciences sociales présente une sélection raisonnée de recherches récentes. On y trouvera abordés des sujets très divers : ignorants les barrières entre disciplines, écoles et domaines d'investigation, indifférents aux hiérarchies académiques et mondaines, nous avons présenté « des grands objets » et « des petits terrains », des historiens, des sociologues, des ethnologue et des philosophes, des auteurs consacrées, des « classiques » et des travaux de jeunes chercheurs. C'est ainsi que Lire les sciences sociales a pu devenir en une quinzaine d'années une institution critique, interne au champ des sciences sociales, indépendante par rapport aux autorités de toutes sortes, privilégiant l'originalité du point de vue, la nouveauté de la démarche ou l'invention d'objets inédits.

  • Le système éducatif a connu des transformations très profondes ces trente dernières années, en lien notamment avec les politiques visant à mener 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat mais aussi avec les transformations du système productif. Les promesses de démocratisation scolaire ont fait long feu. Non seulement la majorité des enfants appartenant aux classes populaires continue d'être orientée, au sortir du collège, vers l'enseignement professionnel, mais ces réformes n'ont en rien remis en cause la division entre filières générales et professionnelles, renforçant au contraire la domination symbolique des premières sur les secondes. L'enseignement professionnel constitue ainsi un cas privilégié pour étudier l'évolution de l'emprise des hiérarchies scolaires, ainsi que les modalités selon lesquelles les jeunes d'origine populaire s'approprient leurs destins scolaires et sociaux. Comment s'opèrent leur orientation scolaire et leur socialisation aux rôles subalternes qu'ils seront amenés à jouer dans la division sociale du travail ? Comment s'y prennent-ils pour aménager leur condition présente ? Quels clivages internes aux classes populaires l'étude de l'enseignement professionnel permet-elle de révéler ?

  • Combien de fois avons-nous entendu dire que les jeunes d'aujourd'hui étaient individualistes, apolitiques et désintéressés des grandes questions de société ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'importante contestation étudiante du printemps 2012 est venue battre en brèche cette idée reçue.

    Les jeunes du Québec n'ont jamais cessé de s'intéresser à la chose politique, ni de mener des réflexions d'ordre plus philosophique. C'est d'ailleurs le pari qu'avaient fait la Fondation Charles-Gagnon et les Éditions Écosociété en organisant en 2010 le concours d'essais Bernard-Mergler.

    Sont ici réunis cinq des meilleurs textes ayant été soumis au concours : regard sur la mort à l'aune de l'anthropologie économique, engagement des jeunes, lieux de sociabilité des classes populaires, responsabilité sociale des entreprises ou perte de sens, voilà autant de problématiques témoignant de la richesse de la réflexion qui anime la jeunesse québécoise.

    Et si, comme l'affirme Gabriel Nadeau-Dubois dans la postface, cette jeunesse a été mise « au monde comme génération politique » avec la grève étudiante, ces textes sont la démonstration que le réveil du « printemps érable » promet d'avoir le souffle long...

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